CHAPITRE IV LES ÉTUDES A CHARTRES AU W SIÈCLE
Les chanoines étudiants, de retour à Chartres, lisaient beaucoup et s'occupaient de livres. Ils les échangeaient ou les achetaient entre eux; d'autres fois ils les empruntaient ou les léguaient à la Bibliothèque capitulaire. Ainsi Jean Portier, un des secrétaires du Chapitre dès 1419, prévôt d"Auvers en 1433, sous-chantre en 1446, et qui dans son testament se dit nourri pendant 58 ans des hieris de l'Eglise, laissa à la librairie, en 1428, une Somme de Hugues de Saint-Victor (n» 331). Brillon assure aussi qu'il y déposa en 1439 les Epitres d'Ive de Chartres ■qu'il tenait de Nicolas Avenues, prévôt d'Ingré. Avant lui, Jean Sarradin (en 1410 il était sexagénaire) acheta de Jean Lecomte (Coinitis) une Légende dorée de Jacques de Voragine qui se retrouve encore dans la Bibliothèque.
Jean dw Bois, signalé de 1400 à 1415, possédait un Recueil de Sermons en l'honneur de la Sainte-Vierge assez intéressant.
Richard Le Bel, qui fut sous-maitre des enfants d'aube, leur maître en 1428, puis pénitencier, légua une Summa GuilleJmi Br'itonïs super expositionem diversorum vocahulorum Bibliae (n«» 351).
Guillaume Grélier, licencié en Droit canonique, chanoine de f^liartres. prévôt de Normandie, en 1474 ' et cardinal, donna une petite Bible et un Bréviaire : en 1440, il emprunta les Sentences de Pierre Lombard ( n*" 247) . en 1461 il avait laissé au couvent de Saint-Victor le man. 14.851 du fonds latin -,
D'autres firent don d'ouvrages de Médecine et d'Histoire naturelle. Nous avons déjà parlé du legs de Pierre Béchehien.
Laurent Tuménil, signalé de 1413 à 1419. donna les Opuscula medica de Galien ^ (n° 286) et d'Hippocrate avec le Liber Canonum d'Avicenne(n° 313).
Les livres de Droit étaient toujours appréciés. Nous avons vu Jean Boudier faire présent d'un Spéculum Durandi qu'il avait acheté à Gérard l'Escrivaing (n° 267) et son contemporain Jean Barre acquérir aussi de Jacques Biderel, promoteur de la Curie, un Spéculum judiciale (n° 268) et. en 1491. des exécuteurs de Jean de Molendinis novis un Sacramentale Guillclmi de Monte Lauduno (n°327).
En 1401, Robin le Godais reçut de Pasquier Chalou, notaire de la curie épiscopale. le 6^ livre des Décrets.
Robert de Bellafago, chapelain de Saint -Serge et Saint- Bacche, vendit en 1408 un Spéculum judiciale à Nicolas Charron, d'abord chapelain de la Belle-Verriére en 1390, des Dix-Autels en 1392, fondateur de deux anniversaires à Saint- Piat, puis officiai du Chapitre et délégué à ce titre pour l'instruction de causes fort délicates (n° 266).
Enfin, en 1482, Jean Gaboys, clerc de 1 "Œuvre, céda une Décrétale de l'œuvre à Giles Prieur moyennant 100 sols d'or^
Quelques secrétaires composèrent des recueils de chartes. Mathurin Belloys, secrétaire de Miles d'Dliers en 1483, rédigea
< Conf. G. 173, f. 128 v.
> Cabinet des Mss. II, 222.
3 Les numéros entre parenthèse se réfèrent au nouveau Catalofjue de^ Mss. de la Bibl. do Chartres.
* Cont. G. 177. f. 97.
le Cartulaire des privilèges du Cliapitre^ ; déjà Jean de Chartres, prévôt de Mazangé en 1401, avait fourni la Collectio diversarwn litierarum et formaruni Curiœ romance; il faisait ce don en 1460 -.
Mais le chanoine le plus bibliophile de cette époque fut sans contredit Etienne Huvette. On le voit aux chapitres de 1398 à 1419 ; en 1422, il laissa à la librairie trois recueils curieux de poésies françaises. Sur chacun d'eux on lit ces mots: « L'an de grâce 1422, maistre Etienne Huvette, chanoine de Chartres, donna à l'Église ce présent livre pour servir et mettre en la librairie de la dicte église. Priez pour lui et pour ses bienfaiteurs ^ »
Si l'on marquait ainsi les manuscrits c'est qu'on en avait grand soin. Et il en fut de même après la découverte de Fimprimerie. Plusieurs fois, dans les Registres, nous avons été frappé de la manière minutieuse avec laquelle on décrivait les livres prêtés ou vendus, afin d'établir leur identité. Nous en avons un exemple très curieux, en 1527, à l'occasion des deux Orihase, actuellement conservés à la Bibliothèque nationale. Si ces deux manuscrits % tous deux antérieurs à l'an mil \ furent, à la Révolution, jugés assez importants par dom Germain Poirier pour être emportés à Paris, on ne les estimait pas moins en 1517. On le verra par la description suivante qui en fut faite alors :
(( Maistre Jehan de Lyon soubz diacre, prieur commendataire du prieuré de Saint-Etienne de Boisgency, a eu et receu en présence de Messieurs les doyens et Chapitre de Chartres, absent, en la personne de... stipulant en ceste partie, — deux livres en parchemin escriptz en lettres de forme reliez chacun entre deux aiz couverz de cuir auxquelz pendent deux chesnes avecques lesquelles ilz étaient atachez au cinquième pulpitre a senestre de la librairie de nostre église. Le premier livre en petit volume commençant on premier fueillet escript : (( Incipit prologue Oribasii super Amphorismos Yjwcrathis. Quoniani necesse est semper in omni libro quœdam necessaria prœdici, etc, )) et finissant en la darrenière ligne du darrenier fueillet escript et ataché à la couverture : modo nimiiitn frigida et calida. En ce livre à YIII ^^"^ XVII fueilletz escriptz et
^ Bibliothèque de Chartres, Ms. 1162. — 2 M, Ms. 312. — 3 M. Ms. 408, 419, 426.
* Fonds lat. suppl. 11° 10233. ~ ^ iN» 1332.