CONCLUSION
Après tout ce que je viens de dire il m'est impossible de croire que les écoles publiques de Manitoba ne soient pas la continuation des écoles publiques protestantes, établies par la loi dans la province et en force depuis le 8 Mai 1871 jusqu'au ler Mai 1890. Ces deux systèmes sem-
vlables en ce qui concerne les Protestants, sont bien dif-
férents pour les catholiques. L'Ancien Régime respectait les croyances et plaçait tous les citoyens sur un pied d'égalité, en harmonie avec leurs convictions religieuses Le Nouveau Régime au contraire, en se cachant sous des noms d'emprunt, prétend offrir la même chose à tous ; seulement les uns peuvent consciencieusement accepter ce qui leur est offert et en sont heureux ; tandis que les autres ne peuvent pas consciencieusement profiter de la position, et souffrent de l'exclusion pratique dont on les frappe. On dissimule cette distinction sous un semblant d'égalité et on nous dit : ‘“ Ce n’est pas la loi qui est en “ faute, c'est par suite de convictions religieuses, que tout ‘“ le monde doit respecter, et par suite de l’enseignement ‘“ de leur Eglise que les Catholiques Romains se trouvent ‘“ incapables de profiter des avantages que la loi offre à “ tous également.” Quel singulier raisonnement ! On annule des lois avantageuses aux Catholiques, on en passe d’autres dont leurs convictions religieuses ne leur
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permet pas de profiter et tout en affirmant que tout le monde doit respecter ces convictions religieuses, on ajoute : Ce n'est pas la faute de la loi si les Catholiques souffrent, mais c'est la faute de leur religion ! Comme qui dirait: Ce n’était pas la faute de l'Empire Romain si les Chrétiens étaient mis à mort sous Néron et ses successeurs, cela était dû aux convictions religieuses de ces Chrétiens et à l’enseignement de leur église qui défendait aux fidèles certaines pratiques, que la loi déclarait également avantageuses à tous.
Les résultats obtenus par les deux systèmes scolaires qui se sont succédé dans la Province sont bien diflerents. L’Ancien Système n’a pas manqué de développer d'une manière tout-à-fait remarquable et presque inouïe dans un jeune pays les avantages d'une éducation chère à tous et en même temps, comme le dit si bien M. J. B. Somerset : ‘* Nous avons été à peu près entièrement exempts ‘ des froissements et des désagréments qui ont marqué ‘les progrès de l'Education dans quelques-unes des pro- ‘“ vinces-sœurs.” Peut-on en dire autant du Nouveau Régime ? Hélas, non. Il retarde beaucoup le progrès de l'instruction, au moins parmi les Catholiques. Puis comme il est pénible d’être tous les jours témoins des froissements, des désagréments, des procédés injurieux, des désunions et du malaise qui règnent dans la province depuis trois ans. Au lieu de nous unir, les nouvelles lois nous séparent, au lieu de nous assimiler, elles ajoutent à nos distinctions une saveur acerbe et amère.
De ce que les Catholiques ont à souffrir pour leurs écoles, il ne s'ensuit pas qu'ils ferment les yeux sur les avantages que leur pays natal ou d'adoption leur offre ; il ne peut pas s’ensuivre qu’ils soient traitres à leurs obligations comme citoyens et sujets. On a bien tort d’ajouter aux privations que l’on nous impose, le reproche injuste de manquer aux obligations dues à notre patrie et à notre allégéance ; néanmoins, puisqu'on a osé porter contre nous ces graves accusations, le lecteur me permettra de les repousser avant de prendre congé de lui, et de dire à ceux qui nous méconnaissent, ce que ma foi veut de moi dans l’ordre religieux et dans l'ordre civil. Je suis chrétien ! Par suite, je porte mes aspirations plus haut que la terre, à laquelle mon âme abandonnera bien-
tôt ma dépouille mortelle, En désirant le Ciel, ma vraie patrie, ma foi se fortifie en la sainte Eglise de Jésus- Christ, comme la voie qui y mène. Je donne donc mon allégéauce à cette sainte Eglise, acceptant ses enseignements qui veulent que j'aime Dieu avant tout et mon prochain comme moi-même -pour l'amour de Dieu; ces enseignements qui me disent de faire du bien à ceux qui me font ou me veulent du mal et de faire aux auires comme je voudrais que l’on me fit à moi-même. Je suis Catholique !
Mon allégéance à l'Eglise, dans l'ordre spirituel, me trace aussi mes devoirs dans l’ordre civil ou politique. Le soleil du Canada a éclairé mon be:ceau, j'espère qu'il luira sur ma tombe. Mes ancêtres sont nés au Canada depuis six générations. Le Canada est ma patrie, je n’en ai jaraais eu et n’en veux pas avoir d'autre. Je suis Canadien.
Manitoba et le Nord-Ouest ont ma vie, mon travail et mon affection depuis près d’un demi-siècle, et ils l’auront jusqu’à mon dernier soupir. Je suis né et ai vécu dans les possessions Britanniques. Mon allécéance est donc à la Couronne d'Angleterre ; ma conscience et mon cœur repoussent tout ce qui serait contraire « mes obligations. Je suis Sujet Anglais! Je suis heureux de vivre sous la protection du glorieux Drapeau qui symbolise l’Empire. Est-e être traitre à cette allégéance de désirer que |: douce brise de la liberté fasse flotter ce noble Etendard du côté de mes co-religionnaires comme du côté de mes autres compatriotes, pour que tous, Eux comme Nous, et Nous comme Eux, jouissions de la protection et de l’impartialité que nous avons droit d'attendre, en retour de notre allégéance ?
f ALEX,, Arch. de Saint-Boniface, O. M. I.
Naint-Boniface, 20 Avril 1898.
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