Comment sont traités les catholiques du Manitoba ; et
2. — Ce à quoi nos confrères des nouvelles provinces doivent s’attendre, car les gouvernements de l’Ouest sont tous animés du même esprit.
J’ai en ma possission le “Programme des études pour la province du Manitoba, révisé le 30 juillet, 1902,’’ ainsi que la “Liste des livres de classes en usages dans les écoles publiques du Manitoba’’, aussi revisée le 30 juillet 1902.
Dans cette liste, entre autres livres, se trouve “Buckiey’s History of Engl and.” J’ai un exemplaire de ce volume, et je laisse le public à juger si oui ou non cette histoire d’Angleterre est un livre que l’on puisse mettre entre les mains d’un jeune élève catholique sans qu'il y ait danger pour sa foi. Je cite :
A la page 123 : “Under Cromwell and Cranmer a sériés of articles of
religion were drawn up, the WORSHIP of image and relies was forbidden, etc.1’ Ceci veut tout simplement dire cpie les catholiques adorent les images et les reliques, car, en anglais, le mot “worship”, dans son acception générale, signifie adoration, et nous ne pouvons exiger que des jeunes élèves comprennent la distinction entre le culte des images et leur adoration.
L’ importance de cette parole “worship,” la voici : partout chez les protestants, en dehors de l’école, l’on nous accuse cl’adorer ces objets, et, bien que nous répudiions cette accusation, les élèves qui la voient répétée ainsi dans leurs livres de classe restent sous l’impression que si l’Eglise n’enseigne pas cette doctrine maintenant, elle a dû P enseigner lors du règne d’Henri VIII à l’époque où Cromwell et Cranmer formulaient leur doctrine, et que c’est là une des raisons qui ont amené la Réforme. Ils en concluent naturellement que l’Eglise a changé son enseignement sur ce point, et par conséquent n’est point infaillible. C’est important, n’est-ce pas ? Cela tait très bien l’affaire des protestants du Manitoba, mais la foi des nôtres? Cette ligne est-elle hostile on non à l’Eglise catholique? Les écoles publiques ne sont pas des écoles sans Dieu; non, monsieur le rédacteur, elles sont une extension des églises protestantes.
A la page 133, sous le titre : “La persécution des Protestants”, l’auteur nous fait assister à une convèrsation qui est censée avoir lieu entre deux protestants, Latimer et Ridlev, tous deux mis à mort par Marie, reine d’Angleterre. Au moment du supplice, Latimer aurait dit à Ridley : “Play the man, Master Ridley, we shall this cay liglit such <a candie in Englond as by the grâce of God, shall never be put out.” En français : “Sois homme, maître Ridley, nous allons allumer ce jour en Angleterre un flambeau qui, par la grâce de Dieu, ne s’éteindra jamais.” Supposons cette citation vraie, elle est parfaitement inutile et certainement de nature à blesser la susceptibilité des catholiques. Mais ce n’est pas à ces paroles que j’en veux, c’est aux commentaires de l’auteur qui suivent immédiatement.
Ces- deux hommes mouraient pour leur religion, et le mot “flambeau” était pour Latimer l’emblème du protestantisme. Nous voyons que l’auteur même lui donne cette interprétation lorsqu’il dit : “The burning of these men... did light the candie of trutli and courage in the deep gloom of persécution.” Cette phrase peut se traduire ainsi : “Ce bûcher alluma le FLAMBEAU DE LE VERITE et du courage, etc.” D’après cet auteur, le protestantisme est donc le flambeau de la vérité. Inutile de demander si cela est hostile ou non à l’Eglise catholique.
Je il’ insisterai pas pour démontrer l’exaigératiain manifeste quant au nombre des victimes du massacre de la St-Barthélemi, tel que raconté à la page 143 ; mais je ferai remarquer qu’à la page 133, où l’auteur parle des protestants mis à mort sous le règne de Marie, il les décrit tous comme MARTYRS : ils sont morts pour leur RELIGION : “died for their religion, "tandis qu’à la page 142, les catholiques persécutés par .Elizabeth sont morts connues REBELLES : “were put to death as rebels.”
A la page 144, l’auteur nous donne le récit d’une mission prêchée en Angleterre par des prêtres de Douai, et comme le “fruit” de cette mission que trouvons-nous ? Un complot pour assassiner le reine Elizabeth, nous laissant sous l’impression que ces missionnaires avaient conseillé aux catholiques de commettre ce crime.
Est-ce de nature à inspirer le respect de notre clergé1? Les élèves sont si susceptibles à cet âge, que la bonne ou mauvaise impression qu’ils reçoivent en étudiant un livre comme celui cui nous occupe, peut se faire ressentir durant toute leur vie.
Je ne vous donne que quelques citations de ce volume tout imprègne d’un esprit anti-catholique, et je vous demande, monsieur le rédacteur, si en autorisant et imposant ce livre sous peine d’une amende de $ 10.00 a être payée par tout instituteur oui fera usage d’un autre auteur (Voir 53 Vict., Ch. 38, Sec. 143, Manitoba), je vous demande, dis-je, si le gouvernement du Manitoba, en imposant ce livre dans les écoles publiques, s’est conduit de manière à nous laisser croire que votre supposition s’est réalisée jusqu’à présent ?
Voilà ce qu’ont reçu les catholiques du Manitoba depuis 1892, et voilà ce que recevront les catholiques du Nord-Ouest si les livres Sjont choisis par les gouvernements des nouvelles provinces. Espérons que ce choix leur sera enlevé. Il est important de signaler ces faits pour que ce danger soit conjuré par qui de droit.