‹ Les écoles du nord-ouest canadienChapitre 118 sur 127 · VII. — Vers l'Abime · texte numérisé non relu

VII. — Vers l'Abime

due et les droits qu’elle réclame, n'existe que dans l'esprit de ceux qui, en petit nombre, veulent priver les catholiques du droit naturel et sacré de diriger l'éducation de leurs enfants gonformément à leur foi.

La possibilité et le devoir de légiférer effectivement sur cette matière ont été reconnus par tous les hommes publics au Canada qui méritent quelque considération.

Avant les élections du 28 juin dernier, M. Laurier disait à un auditoire catholique :

« Si le peuple du Canada me porte au pouvoir, comime j'en ai la conviction, je réglerai cette question à la satisfaction de toutes les parties intéressées. Et puis, en fin de compte, si la conciliation ne réussit point, j'aurais à exercer ce recours constitutionnel que fournit la loi, recours que j'exercerais complet et entier, » +

Dans son discours devant le Parlement (3 mars 1896) M. Laurier nous expose clairement en quoi consiste ce recours compiet et entier :

« En matière d'éducation », dit-il, « le Gouvernement (fédéral) possède des pouvoirs encore plus étendus, car le Parlement fédéral peut intervenir et substituer des lois aux lois des législatures provinciales en ce qui a trait à l'éducation » (Débats, page 10, colonne 2, ligne 9).

L'honorable M. Mills, principal lieutenant de M. Laurier, lorsqu'il étai! dans l'opposition (il est maintenant sénateur), disait en Parlement, le 28 mars 1896 :

« Qu'est-ce que le droit d'appel signifie? Et qu'est-ce que la réclamation d'une loi réparatrice? Réclamation signifie, non requête, mais demande reposant sur un droit. Que la Chambre veuille bien remarquer la gravité de tout le paragraphe (93 de lacte constitutionnel). Cette disposition a été le sujet d’une discussion longue et approfondie, que le Parlement ne voudrait pas changer si elle était susceptible d'amendement, parce qu’elle exprime un arrangement auquel toutes les parties sont arrivées. Elle consistait à assurer à la minorité religieuse de chaque pro-

Êl

vince certains droits et privilèges qui assurément seraient impropres si le pouvoir limité, confié au Parlement, était un simple pouvoir facultatif n'impoôsant aucune obligation quelconque. Un droit d'appel y est admis et une réclamation à son exécution y est concédée. Une réclamation ne serait pas ce qu'elle est, si c'était un simple appel demandant qu'un pouvoir discrétionnaire soit exercé. Ce terme signifie beaucoup plus. Il comporte que ceux qui la font ont un droit, et qu'ils invoquent le secours de la partie à laquelle la loi a confié le pouvoir de l’apporter. Une simple discrétion n'est pas compatiblé avec un pacte. On présume qu’il y a un pacte que la loi protège parfaitement contre toute violation, au moyen du pouvoir conféré et de l'obligation constitutionnelle imposée » (page 408, colonne 2, ligne 12, des Débats). t

En face de cette doctrine si logique et si savante de M. Mills, en face de ses propres déclarations, comment M. Laurier et son gouvernement peuvent-ils aujourd'hui invoquer leur impuissance pour engager la minorité catholique à accepler un règlement qui ne fait disparaître aucun des griefs reconnus par les décrets que nous avons cités ?

M. Blake termine sa leitre en disant :

« Après avoir considéré les dispositions du règlement proposé je les crois infiniment plus avantageuses pour la minorité catiolique que toute loi remédiatrice qu'il est au pouvoir du parlment du Canada d'imposer à la province du Manitoba ».

Ceci n'est pas l'opinion d’un avocat constitutionnel, c'est toul au plus le procédé d’un agent d'affaires dont le client ne veul pas satisfaire au jngement rendu et qui reacontrant l’adversaire lui conseille d'accepter le peu qu'on lui offre.

Renversons les rôles pour un instant et supposons que la minorité qui réclame soit protestante. Estil un seul protestant qui voudrait accepter la conclusion de M. Blake et lui-même aurait-il pu être induit à la formuler? Est-il un seul protestant qui voudrait consenlir à se voir taxé pour des écoles ca'holiques, à perdre le contrôle sur l'éducation de ses enfants, à renoncer

au choix des livres de classe conformes à sa foi? Une protes-

tation indignée est la seule réponse que l’on puisse attendre

d'hommes pénétrés de l'importance de la responsabilité qui

leur incombe comme chefs de famille. Pourquoi espérer autre . chose de la minorité catholique et pourquoi persister à lui demander l’abdication de ses droits reconnus, tels qu ’étabkis par le pacte sacré de la Constitution ?

Québec, 22 février 1897.

Signé : À. R. ANGERS C. R.

Th. Cuase-CasGRain C.R, {Copie conforme à l'original).

J. CI. ARSENAULT, Ptre.

Vice-chancelier de l’Archevêché de Québec.

L'hon. M. Angers, membre du conseil privé de la reine Victoria pour ke Canada fut successivement procureur général, juge, lieutenant gouverneur de la province et ministre fédéral. C'était donc un homme d'honneur et d’une compétence incontestée.

Quant à M. Casgrain, il fut également procureur général, professeur de Droit à l’Université de Laval, député des Communes du Canada et conseiller de la Reine.

Leur consultation ne pouvait donc qu'être prise en la plus sérieuse considération.

Sir Wilfrid Laurier, généralement bien renseigné, n'en pouvait douter et av: . ‘na.vaise impression qui pouvait en résulter à Rome à l'encontre de son gouvernement.

RETOUR DE ROME DE DROLET, QUI N'ÉTAIT NI CECI, NI CELA, PEUT-ÊTRE AUVERGNAT. — MANŒUVRES DE SIR W. LAURIER

Mais sir W. Laurier était un homme à ressources qui avait beaucoup appris dans son commerce avec les libéraux chers à Laval. Ce qu'il en avait le mieux retenu c'était qu'à Rome, avec des intelligences dans les places et de l’audace dans les manœuvres, on pouvait assez facilement surprendre l4 bonno foi de très braves gens.

Et le voilà résolu à contrebalancer, jusque dans la Ville Eternelle, l'influence et l'autorité de l'épiscopat canadien qu'il avait roulé avec impudence.

Il se mettrait donc à crier plus fort que tous, à se plaindre comme l’innocent roué vif, et il demanderait un commissaire apostolique enquêteur, dont il accepterait les bons offices sans en admettre le jugement!

Il envoya donc à Rome un homme à lui; un homme à tout faire, comme certaines femmes de peine, qui avait nom Drole ou plutôt Drolet. Et que fit cet homme drolatique ?.. Il en informa complaisamment La Presse, journal libéral, dans l'inierview que ‘voici et que je trouve dans le numéro de ee journal portant date du 27 Février 1897, sous ce titre alléchant :

Retour de Rome : ps Q. — Vous arrivez de Rome, n'est-ce pas?

R. — Oui. Je suis revenu par le steamer « Ems » de la North

German Lloyd. Nous avons quitté Naples le 12 février. Après une relâche de quatre heures à Gibraltar, nous sommes arrivés à New-York le 24.

Q. — Avez-vous objection à dire aux lecteurs de « La Presse » s’il est vrai que vous aviez été chargé d’une mission par le Gouvernement auprès du Saint-Siège, et quel a été le résultat de vos démarches ?

R. — Je n'ai aucune objection à vous répondre que je n'ai jamais été délégué par le Gouvernement canadien auprès du Saint-Siège; mais un groupe considérable d'hommes politiques, alarmés de la situation difficile, pénible et équivoque, que le clergé de la province de Québec faisait aux sujets catholiques de Sa Majesté au Canada, m'ont prié d'aller porter leurs plaintes devant les Congrégations Romaines, ce que j'ai fait.

Q. — Qu'entendez-vous par situation difficile, pénible, équivoque ?

R. — Votre question demande une répon:e complexe. L’Em-

pire Britannique célébrera, dans quelques mois, le soixantième anniversaire du règne de Sa Majesté la Reine Victoria, montée sur le trône en 1837. Cette date suffit pour vous remettre en mémoire les pages sombres de l’histoire des « trou. bles de 37-88 », et des luttes nationales que soutinrent nos pères pour nous obtenir le Gouvernement responsable. Or, pendant que, dans tout l'Empire, on se réjouira des conquêtes que les libertés cons!itulionnelles ont fai'es sous ce règne glorieux. Seuls les catholiques des provinces de Québec et de Manitoba, rétrograderont de soixante ans en se voyant, comme autrefois, contester par le clergé de ces provinces, le droit de jouir paisiblement de ces libertés, d'exprimer librement leurs opinions po'itiques, de discuter les questions d'ordre public tout comme leurs conci'oyens n’appartenant pas à la religion catholique — ceci semble un paradoxe, d'avancer qu'un catholique peut, à cause de sa foi, se trouver dans une situation d'infériorité dans l'Etat vis-à-vis des protestants, quand l'Eglise nous enseigne qu’au contraire c'est ‘un avantage d'être catholique. Cependant, certains évêques et un grand nombre de curés l’ont déclaré, tant privément que publiquement, tant du haut de la chaire qu'au confessionnal, en

enseignant qu'un sujet anglais caiboli ue ne pouva't êlre loyai au Gouvernement de Sa Majesté Britannique, ayant au Can:da pour chef de son Gouvernement l'honorable Wi:frid Eauricr, sans commettre un péché mortel, sans encourir la privation des sacrements de l'Eglise. ‘

Or, comme malgré les violences de ce langage, malgré l'intimidalion religieuse, malgré les menaces de chitiments :d:essées à ceux qui persisteraient à rester attachés à la foi politique du chef du Gouvernement de Sa Majesté, plus des deux tiers de la population catholique du Canada, se rangèrent sous la bannière de l'honorable M. Laurier, il s'ensuit que la paix et l'harmonie sont troublées, que la situation cs' devenue tendue et difficile et que des milliers d’âmes de catholiques sont contristées d'être ainsi viotemment rejetées de l'Eglise par leurs pasteurs. Le clergé, au lieu de désarmer, persiste dans ses efforts, étouffe la libre discussion de certaines questions d'ordre publie, interdit la lecture du journal politique « L'El:eteur » l’ur des organes du l'ouvernement de Sa Majesté dass la province de Québec, en fait un autodafé en place publique, dans le diocèse de Chicoutimi, bâillonne d’autres journaux politiques par des menaces, exige de la Congrégation de la Sainte Inquisition Romaine la cendamnation d’un livre de l’historien L. O. David, « veritas odium parit », etc.

Mais je m'arrête, tar je ne sais plus si l’on peut tenir, aujourd'hui, dans la province de Québec, le même langage que j'ai tenu à Rome, sans m'expaser personnelleme {, ainsi que votre journal, à des censures ecclésiastiques.

Q. — À qui avez-vous fait des représentations à Rome? Comment avez-vous procédé ?

R. — D'abord, à la Congrégation de la Propagande, mais je constatai dès mon arrivée que le siège du Cardinal Préfet de cette Congrégation, dont nous relevons comme simple pays de mission, avait été fait avec succès par les cinq évêques qui se succédèrent dans la Ville Eternelle, depuis les élections générales du 23 juin jusqu'à mon arrivée, le 12 octobre. J'eus

l'honneur d'être reçu en audience par le Cardinal Préfet, huit ow dix fois, mais le « Pape Rouge » (card. Ledochowski) comme on appelle à Rome le puissant Président de cette Congrégation embrassant tous les pays, en dehors de l'Europe, avait tellement ajouté foi aux représentations des évêques de la province ecclésiastique de Québec et du Manitoba, que je ne fus pas peu surpris d'entendre, lors de ma première audience, le cardinal Ledochowski me dire avec un grand sérieux : « Pourquoi ce M. Laurier que vous représentez comme cathoiique refuse-t-il d'obéir à « l’ordre de la Reine » commandant de rétablir immédiatement les écoles séparées dans le Manitoba telles qu'elles existaient avant 1890 « quand un bon protestant comme M. Tupper » se déclare prût à le faire si on lui confie de nouveau Is pouvoir » (textuel).

Son Em. le card. Ledochowski est âgé de 76 ans. Ancien archevêque de Posen, le Cardinal Préfet est célèbre par ses démêlés avec Bismarck qui, lors des lois du « Kulturkamps », le fit tout bonnement emprisonner pendant deux ans. Ce souvenir, très glorieux, est souvent invoqué par le cardinal intransigeant. Son Em. sera certainement désappointée si M. Laurier ne fait pas bientôt emprisonner les six évêques qui ont juré sa ruine politique. Il est vrai que je représentai à Son Em. que Bismarck persécutait les catholiques allemands et les punissai‘ dans la personne de leur archevêque, tandis qu'en Canada ce sont les évêques qui combattent M. Laurier pour le punir d’entrainer les catholiques à sa suite.

Le cardinal Ledochowski s'est identifié avec la cause des écoles du Manitoba depuis 1893.

Mgr Gravel, évêque de Nicolet, nous à appris dans la correspondance que Sa Grandeur publia, il y a deux ans, qu'el'e avait réussi à engager en 1894, le cardinal Ledochowski à écrire à Son Em. le cardinal Vaughan, priant l'archevêque de Westminster d'employer son influence auprès des Lords du comité judiciaire du Conseil Privé, afin de les induire à ren-

dre un jugement favorable à la minorité catholique de Ma. nitoba.

Le 29 janvier 1895, les Lords du Conscil Privé rendirent enlin, après l'admirable plaidoir:e de l'honorable Edward B'ake, ce fameux jugement que les fortes têtes de l'Eglise et de l'Etat interprèlent si différemment. Néanmoins le cardinal est in‘imement convaincu que c'est grâce à son intervention que « la Reine a donné l'ordre » de rétablir immédiatement les écoles séparées telles qu’elles existaient avant 1890.

Q. — $. E. le Cardinal Préfet croitil toujours à l'efficacité de son intervention et ses idées sont-elles restées les mêmes après vous avoir entendu ?

R. — Ni les conclusions de M. Ewart, ni la magistrale con. sultation de l’hon. M. Edward Blake, les deux avocats au dossier de la minorité catholique devant le Conseil Privé, ni le texte même du jugement, n'ont pu le faire changer d'idée — Son Em. le cardinal Ledochowski, est âgé de 76 ans — d’autant plus que la Propagande, nous a assuré Mgr Ciasca, son secrétaire général, a été informée par les évêques de Québec que M. Laurier était un franc-maçon de l'espèce la plus dangereuse el que c'était œuvre méritoire de le combaît:e par tous les moyens que l'Eglise à à sa disposition. (textuel!

Q. — Vous n'avez donc pas réussi devant la Congrégation de la Propagande ?

R. — Le cardinal Ledochowski m'avoua franchement après

deux grands mois d'entrevues, de mémoires et de débats, qu'il se croyait obligé de s’en rapporter à la sagesse et à la prudence des évêques du Canada, quand à la partie religieuse de la question, vu qu'ils étaient sur les lieux pour se renseigner, mais que Ja question étant « d'ordre politique autant que d'ordre ruligieux », Son Em. me conseilla instamment de porter la cause devant le tribunal souverain du Saint-Père représenté par Son Em. le card. Rampolla, ministre secrétaire d'Etat de Sa Sainteté. Le cardinal Ledochowski promit même de nous aider devant ce nouveau tribunal.

Q. — Comment avez-vous été reçu par le card. Raimpolla ?

R. — En tant qu'ancien zouave Pontifical, faisant en conséquence partie de la famille Pontificale, je n'ai qu’à me louer de l'accueil que m'a fait le puissant ministre de Sa Sainteté, mais en tant que délégué d’un groupe, n'ayant aucune qualité officielle, ce n’est pas sans difficulté que j'ai réussi à « m'accréditer moi-même ». La Secrétairerie d'Etat du Vatican est peut-être la chancellerie la plus à cheval sur l'étiquette de toutes les chancelleries européennes. I1 faut montrer patte blanche et être muni de lettres de créance bien en règle, avant d’être admis à trai'er officivllement d'affaires po'itinues avec le cardinal Secrétaire d'Etat. Il n'en est pas de même devant les autres Congrégations Romaines qui s'occupent plus particulièrement de ques‘ions religeuses, de doctrine ou de discipline. Enfin, j'ai pleinement réussi à transporler ma « cause » de la Propagande à la Secrétairerie d'Etat, et à produire mes factums, mes mémoires, qui sont maintenant soumis à une Commission de Cardinaux nommés par le Saint-Père lui-méme. Le cardinal Ledochowski et plus tard le cardinal Rampolla, m'avaient offert de me faire recevoir en audience privée par le Saint-Père pour exposcr directerrent à S.S$. les griefs du groupe dé catholiques que je représentais. J'acceptai cette offre d'audience, mais remettant à plus tard ce grand honne-r, voulant d’abord convaincre « Leurs Eminences elles-mêmes », afin qu'elles appuyassent ma démarche auprès du Pape. Je craignais en rencontrant Léon XIIE ce grand Pape de 87 ans, sans préparation, Sans appui, de n’avoir pas le tomps, dans une audience d'une demi-heure, d'exposer à S.S. ma cause, toute « ma cause », de dissiper la mauvaise impression que je n’aurais pas manqué de faire, « a priori », en portant des accusations contre l’épiscopat et le clergé Canadien, au nom d’un parti politique, banni, conspué, calomnié et dénoncé à l’avance à Rome, comme le parti de la révolie, des mauvais principes, de la franc-maçonnerie, quoi!

Q. — Pouvez-vous nous dire en quoi consistent les plaintes que vous avez portées et conire qui elles sont dirigées ?

R. — Le groupe d'hommes publics que je représentais se plaint particulièrement de l’ingérence indue de six Evêques, des violences, de l'intimidation religieuse, des menaces de châtiments futurs de plus de deux cents curés, qui non seulement déclarent que c'était péché mortel de voter pour un candidat appartenant au parti libéral, mais refusèrent l’absolution à leurs paroissiens qui déclaraient ne pouvoir en conscience « regretter » leurs votes et refusaient de s'engager à voter pour un candidat conservateur aux élections futures. Les curés des diocèses de Chicoutimi, de Québec, des Trois-Rivières, de Nicolet et de Rimouski, se sont particulièrement distingués par leur violence. Les uns refusant l’absolution à leurs paroïssiens, refusant ensuite la sainte Communion à ces paroiïssiens absous par des prêtres habitant les paroisses voisines, en déclarant, par exemple, comme Mgr Bossé, curé de Caplan, que l’absolution donnée par un prêtre partisan de la politique de M. Laürier était nulle et qu'il fallait recommencer sa Confession : d'autres abo'issant les confréries du Tiers- Ordre de Saint-François dans leurs paroisses, afin de punir leurs paroissiens libéraux; d’autres refusant de célébrer lcs messes demandées par les libéraux; d'autre, comme le cu'é de Saint-Lazare (Becllechasse), menaçant d’arracher les extra ts de baptême des registres de l'Etat civil des libéraux renégats qui avaient voté pour cet infime Laurier (sic); d’autres, comme le curé des Eboulemeits, déclarant que leurs paroissiens, partisans de M. Chs. Angers, qui s’approcheraient de la Sainte Table sans regretter leurs votes en faveur de ce cribleur d'é. vêques, commettraient des sacrilèges ; d’autres, comme le curé de Saint-Pierre de l'Ile d'Orléans, invoquant les châtiments de Dieu sur sa paroisse; d’autres disant que Monsieur Laurier était protestant, vendu aux Juifs ; d'autres, comme le curé Dufresne, de Saint-Joseph de l’Alma, accusant M. Laurier de ne pas faire baptiser ses enfants, etc.

Q. — Comment ces plaintes on.-elles été reçu:s à Rome? :

R. — Je n'oublierai jamais la sainte indignation qui s'empara de Son Em. le cardinal Jacobini lorsque je lui fis connai. tre, avec preuves à l'appui, quelques-uns des actes d'> ce:tains membres: du clergé canadien. « Les malheureux! s’écria le pieux et savant cardinal, mais ils ont donc oublié que N.-S. Jésus-Christ à versé tout son sang sur la croix pour racheter une seule de ces âmesl'» (textuel).

Et, cependant, la: population de la province de Québec est certainement la plus religieuse de la terre. Qui a vu la procession du Saint-Sacrement dans les rues de Québec, de Mont- * réal, ou dans n'importe quelle paroisse de la province, le jour de la Fête-Dieu, peut faire le tour du globe et jamais, nulle part, il ne trouvera autant de foi, autant de piété que dans nos religieuses populaticns canadiennes-françaises. Et c'est cette population que l’on veut altacher au char du bon protestant Tupper, en dénigrant, en calomniant M. Laurier, en répandant, à Rome, dans les Congrégations, jusque dans l’antichambre du Pape, au Vatican, que M. Laurier est franc-maçon.

Q. — Comment, on a dit, à Rome, que M. Laurier était franc-maçon ?

R: — Oui. Vous savez que l'arme favorite de certaines

personnes est la calomnie. Parmi les calomnies, il y en a deux, très employées, qui ne ratent jamais leur effet : on insinue à l'oreille, sous le sceau du plus grand secret, que Monsieur un: tel à des mœurs inavouables, ou qu’il est franc-macon. On ajoute : « Surtout, ne dites pas que c’est moi, ne mentionnez pas mon nom, si vous croyez utile, dans l'intérêt des âmes, d'en faire part à vos amis », etc. Et voilà; ce n’est pas plus malin que cela ; huit jours après tout Rome 1e sait. C'est ainsi que l’un des trois évêques qui étaient à Rome au mois de novembre dernier, a cru fatre acte de: bon chrétien, en confiant à tous ceux qu'il put approclier, que « le Canada était bien affligé d’avoir à sa tête un homme aussi méprisable, aussi dangereux que M. Laurier, qui n'avait de catholique que le nom, mais

qui-était franc-macon de l'espèce la plus redoutable pour 1Eglise », etc. Vous n'ignorez pas qu’à Rome, on tue un homme sûrement, en l’accusant d’appartenir à la franc-maçonnerie. Or, un jour, cet évèque -ayant obtenu du Saint-Père une audience de congé, ‘attendait dans l’an‘ichambre l'honneur d’ètre appelé par le Camérier secret de service, pour être admis en présence de Léon XIII. Un autre prélat fut alors introduit dans cette antichambre, un archevêque qui m'honore de son amitié. Mgr N... sachant que ce prélat, qui sera fait cardinal au prochain consistoire ‘de Pàques, assure-t-cn, e:t un giand admirateur de M. Laurier, se fit présenter à cet archevêque ét s’empressa de lui dire : « Monseigneur, je sais combien vous portez d'intérêt au Canada; mais vous ignorez, sans doute, que nous avons le malheur d’avoir, en ce moment, pour chef du Gouvernement, un nommé Laurier qui est'un mauvais ca‘holique, un libéral.de la pire espèce ét affilié à la franc-maçonnerie la plus dangereuse ». (Textuel). Le discours de l’évêque canadien fut interrompu par le Camérier secret. Cet évêque, dont c'étail le tour d'audience, courut se jeter aux pieds du Vicaire de Jésus-Christ. Une heure après, l'archevêque, encore sous le coup de l’indignation, vint me rendre visi‘e à l'hôtel du Quirinal, et me raconta avec quelles armes les adversaires de la politique de M. Laurier cherchaient à le ruiner auprès des autorités Pontifical£s.,

Q. — M. Laurier connait il ces faits ?°

R. — Oui, Après en avoir obtenu l'autorisation de cet archevêque, j'écrivis à l’hon. M. Laurier. Je l’invitais à prendre les mesures nécessaires, afin de se protéger contre la déloyauté de ces procédés et de! ces attaques, propres à préjuger fortement contre son Gouvernemar.t, des prélats romairs, méême des cardinaux.

Q. — Savez-vous comment M. Laurier rencontra son accusateur ?

R. — M. Laurier me répordit : veici sa lettre; elle est marqduée « personnelle », comme vous voyez, mais, dans les cir-

constances, je considère qu'elle appartient à l’histoire et je prends sur moi de vous la communiquer, afin que le Canada, Rome, ses admirateurs comme ses détracleurs, apprennent à connaître tout ce qu’il y a de grandeur d'âme, de foi, d’humilité chrétienne, de charité, dans le caractère de Wilirid Laurier. C'est la réponse la plus formelle à Mgr Laflèche, qui, le 5 juin 1896, disait à Sainte-Anne : « Laurier n'est ni catholique, ni chrétien en principe ; Laurier est un libéral de l'école de France et d'Italie, allié aux sociétés rationalistes ; c’est un renégat et voter pour un candidat qui le supporte est une faute grave. » ‘

Quoique M. Laurier ait déclaré dans tous ses discours, depuis son entrée dans la vie publique, qu'il répudiail les principes des écoles libérales de France et d'Italie, quoiqu'il ait défendu le bill d'indemnité des Jésuites au Parlement fédéral, quoiqu'il n'ait jamais perdu une occasion, dans l:s assemblées composées de protestants anglais, d'affirmer hautement sa foi catholique, on persiste en certains lieux, à lui fermer la porte de l'Eglise, comme si l’on craignait qu'il n’y tînt trop de place.

Voici sa lettre, dont je vous permets de prendre copie, pour l'édification des compatriotes de M. Laurier :

« Personnelle.

« Otlawa, 15 décëèmbre 1896.

« Mon cher Drolet.

« J'ai reçu tes deux dernières lettres. — Merci.

«.. Le règlement que nous avons obtenu du gouvernement du Manitoba salisfait tous les homme: sensés du Canada, mais le clergé de la province de Québec ne nous pardonne pas ce qu’il appelle son échec de l'été dernier. Il veut à tout prix prendre sa revanche et à moins que 12 Saint Siège n’intervienne à temps, nous sommes mevacés d’ure gucire religiese dont les conséquences m'effraient moi-même. Nous ne pouvons cependant pas reculer; certains membres du clergé sont

aveugles, car si leur manière de voir devait prévaloir, nous n’aurions pas seulement une guerre religicuse parmi nous, mais des milliers et des milliers d'excellents ca‘ho'irues s2raient portés à tenir la religion responsable dis excès e: des fautes de ses ministres. Il faut à tout prix éviter cela. X... me disait hier : « Si Drolet pouvait arriver jusqu'au Pape et crer » à Léon XIIL, comme le cardinal Lavigerie lui cria un jour : « Saint-Père, on vous trompe », et ayant ainsi capté l a‘tention » du Souverain Pontife, si Drolet pouvait lui exposer la situa- » tion poliique du Canada, nous savons que Léon XIII ne se- » rait pas lent à la comprendre et nous croyons aussi qu’il y » aurait bien vite mis ordre ».

« J'ai lu avec chagrin les propos que Mgr N.. tient pur mon compte, jusque dans le palais du Vatican. J'en res'e étonné, bien que je m'attende à toute espèce d'attaques. Cependant, je n'aurais jamais cru qu'il y avait tant de fiel dans le cœur d'un certain monde. Mon cher Drolet, tu me connais depuis bientôt quarante ans; {u sais que je n'ai jamais fait parade de mes convictions religieuses, mais qu'elles existent; je me rends compte aujourd'hui combien elles ont d'empire sur moi, quand je constate qu'elles ne sont pas ébranlées par les attaques ds ceux qui ont pourtant la mission de prêcher la charité chrétienne.

« Quoi qu'il en soi', « il faut marcher droit son chemin ». C'est ta devise d'ancien zouave pontifical, c'est la minne aujourd'hui Il faut marcher droit son chemin. Je vois clairement et nettement le but à atteindre. Je ne sais pas cependant si nous pourrons atteindre ce but, mais je suis toutefois plein de courage et d'espérance.

« Chose singulière, ces violences, certe ignorance des choses de notre pays, cet'e guerre à laquelle nous allons être exposés, loin de m'éloigner de l'Eglise, m'en rapprochent.

« Je sens combien la religion est supérieure à tout ce qui se fait souvent au nom de la religion.

« Bien à toi, « WILFRID LAURIER ».

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J'ai lu cette lettre à dix cardinaux et à plusieurs prélats romains. Ën de ces derniers me dit un jour, après en avoir entendu la lecture : -« Maïs, il n’y a donc plus que M. Laurier qui prêche l'Evangile en Canada? »

©. — Parlez-nous donc de la condamnation du livre de M. David : Le clergé canadien, sa mission, son œuvre. Vous devez savoir quelque chose de la procédure suivie pour l'obtention de cette condamnation ?

R. — J'aimerais mieux m'abitenir de parler Ce cette affaire. J'ai obtenu beaucoup d’approbations de cet ouvrage à Rome par des personnages appartenant « même » à la Congrégation du Saint-Office, avant que cette condamnation ne fût promulguée ; il ne reste plus qu'à s’incliner maintenant devant le décret. Je suis allé au Saint-Office, depuis, m'enquérir des raisons qui avaient motivé cette mesure. J'y ai vu Mgr Gennard, l'assesseur. J’y ai aussi vu des consulteurs Dominicains, car la sainte Inquisition romaine est entièrement entre les mains des fils de saint Dominique depuis des siècles. Les délibérations sont absolument secrètes, cependant ma religion a été suffisamment éclairée quand j'ai appris que l'on mettai' souvent À « l'index » des livres qui, tout en ne contenani pas une ligne contre la foi, contre la doctrine, contre les dog mes, avaient ceperdant été dénoncés par des évêques, qui, à cause de l'apparition inopportune de ces livres de polémique. croyaient avoir trop besoin de leur au‘orité, pour permettre d : discuter leurs actes.

Le cardinal Ledochowski fait partie de la Congrégat'on du Saint-Office. Son Em, m'’apprit ells-même la promulgation de ce décret, avec un tel air de sa‘isfaction personnelle, que je ne pus retenir üne réponse, qu’en autre temps, j'aurais certcine ment trouvée imperiinente. « fe m'incline, Eminence, devant le décret de a sainte Inquisition Romaine: fasse Dieu que le

1. Livre magistralement réfuté par P. Bernard, comme nous l'avons vu précédemment par d'importants extraits.

.Saint-Office en obéissant ainsi aux dénoncialions de certains évéques de Québee, n'ait pas enfoncé un nouveau clou dans Le cercueil de l'influence religieuse en Canada ». Son Eminente nc répondit rien à cette boutade, mais comme les cinq évêques de la province ecclésiastique de Québec sont encore en instance devant ce redoutable tribunal, pour atteindre de nozveau des amis de la cause libérale canadienne, j'aime mieux ne plus rien dire sur ce sujet, pour le moment.

Q. — Combien avez-vous été de temps dans la Ville É‘ernelle ? Avez-vous vu le Pape?

R. — J'ai vu quatre fois Léon XIIL J'ai assisté à sa messe. J'ai été reçu une fois en audience. J'ai assisté au consistoire du mois de décembre. J'ai enfin vu le Saint-Père à la chapelle Sixtine à l’anniversaire de la mort de Pie IX. J'ai passé quatre mois à Rome.

Q. — Vous devez bien connaître le fonc icnnemeat des Congrégations alors ? |

R. — Je crois ne pas avoir perdu mon temps. Naturellement, Rome étant la Ville éternelle, les questions y deviennent souvent éternelles, plus ou moins, surtout quand de pauvres laïques se plaignent d’un clergé qui s'y rend en masse et présente un front compact? J'y ai fait des études fort intéressantes et si mon Ordinaire ne me le défend pas, je ferai probablement, avant peu, une conférence publique sur las « Congrégations romaines ».

Q. — Mais vous ne nous avez pas encore dit quel résultat vous attendez de vos démarches!

R. — L'envoi d'un délégué apostolique en Canada, qui,

faisant une enquête sur place, fera la part de chacun, selon ses œuvres et rendra enfin « à Dieu ce qui est à Dieu, et à César ce qui est à César », la paix aux hommes de bonne volonté, et ramènera le calme dans les âmes contristées.

Q. — Savez-vous comment l'honorable M. Fitzpalrick a ét

reçu à Rome?

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