L. R. Masson, Sénateur, membre du Conseil Privé
J. J. Rose Sénateur, membre du Conseil Privé,
Théodore Robitaille, membre du Conseil Privé, Sénateur,
Adolphe P. Caron, député, membre du Conseil Privé
Hon. Costigan, député, membre du Conseil Privé,
MM. C. B. Boucherville, Jos H. Bellerose, J, O. Arsenault, P. À. De Blis, M. Adams, W. Hingston, Sullivan, A. Mac Donald, J. O. Brien, J. F. Armand, Donald, Mc Millan, Wm. Macdonald, C. E. Casgrain, Joseph Baldue, T. A. Bernier, M. Montplaisir, J. C. Villeneuve, L. Forget, P. Landry, Sénateurs ;
MM. A. H. La Rivière, F. D. Monk, F. C. Dupont, Frs. Ant. Marcotte, J. G. H. Bergeron, L. E. Dugas, Geo. Mclnerny, J. Clancy, A. Gülies, A. C. Macdonald, J. B. Morin, M. F. Quinn, M. F. Boisvert, ‘Th. Ch. Casgrain, L. A. Chauvin, H. F. McDougall, Députés.
Et nous arrivons en Juin. Les rapports se tendent, le mécontentement de la première heure augmente, un conflit peut surgir et la partie lésée s'adresse à Rome.
A Son Em. le Cardinal Oreglia di San Stefano, Préfet de la Congrégation des affaires ecclésiastiques extraordinaires. EMINENCE,
Notre devoir est de porter à votre connaissance la grave et
malencontreuse immuxtion de Mar Morry del Val dans les élections locales qui viennent d’avoir lieu dans la province de Qué. bec, immixtion qui a compromis ei violenté l'autorité épiscopale dans ce pays, et qui, bien indüment, à favorisé d'une manière partiale les intérêts du parti libéral en faussant les notions constitulionnelles jusqu’à ce jour acceptées sur la nature et l'étendue de la juridiction des législatures provinciales en matière d'éducation.
À l'approche des élections provinciales, les Evêques avaient comme par le passé, publié dans leurs diocèses respectifs un mandement destiné à instruire ie peuple sur le grave devoir électoral qui lui incombe, sur les erreurs contre lesquelles il doit se mettre en garde, sur les fautes qu'il doit éviter, sur les principes qui doivent le guider dans le choix de ses repré. sentants. Connaissant parfaitement l'état des esprits dans la province de Québec et le courant de plus en plus fort d'idées malsaines ‘qui envahit sa population et plus particulièrement ses classes dirigeantes, les Evêques disaient entre autres choses (dans des termes généraux) qu'il ne fallait donner son suffrage qu'à des hommes de principes sûrs, soumis à l'autorité religieuse dans les matières de sa compétence, désireux de faire avancer le pays, non de le bouleverser et de le déchristianiser; l'autorité épiscopale donnait, à cet effet, des règles pratiques propres à éclairer le pauple et à former sa conscience.
Or, vers la fin de cette grande lutte politique et quelques jours seulement avant la votation, Mgr Merry del Val, à l’insu de l’Episcopat, lança dans les journaux un télégramme dans lequel nous lisions ces mots : « Tout ce que Son Excel.
- » lence veut dire pour ls moment est que dans une élection » où il s’agit de questions purement adm'nistratives, chacun » est libre en conscience de voter pour le candidat qu'il préfère » (Signé) : L. Tampieri, sec, »
Loin de nous, sans doute, la pensée de suspecter la droiture des intentions de Son Excellence, qe nous savons animée
d’un grand zèle pour le bien de l'Eglise; mais, Eminence, nous ne pouvons nous empêcher de remarquer que ce télégramme inattendu, vrai boulet de guerre aux mains des libéraux, constitue de la part de Mgr le Délégué une ingérence indue, inopportune, Injurieuse à l'Episcopat canadien, et grosse des conséquences les plus périlleuses.
19 Cette immixtion soudaine dans les affaires politiques de la province de Québec nous paraît une ingérence indue, un acte dépassant les limites de la mission pour laquelle Mgr le Délégué a été envoyé en ce pays. Nous ne croyons pas en effet que le but du Saint-Siège, en députant auprès de nous un Délégué Apostolique, ait éié de lui confier la direction des diocèses de la province de Québec, et de rendre par là même inutile l'exercice de la juridiction épiscopale.
a) En effet, ce n'est pas dans un télégramme de trois lignes que Son Excellence, en pleine campagne électorale, pouvait tracer à l'électorat les règles de doctrine et de direction morale, si importantes pour éclairer et former la conscience du peuple, que les Evêques de la province s'étaient efforcés d'exposer, dans une Lettre Pastorale détaillée, de la manière la plus claire et la plus conforme à l'esprit catholique ;
b) De plus, la sagesse et la délicatesse la plus élémentaire eussent dû, ce semble, inspirér à Son Excellence l'idée de s'entendre avec les membres de l'Episcopat sur une question aussi grave, avant de laisser tomber de ses Ièvres la moindre parole qui püût être interprétée par les politiciens et le peuple contre le mandement des Evêques et leurs instructions:
c) De fait, ce télégramme habilement provoqué par la presse libérale et ses amis, espéré, attendu avec impatience des «candidats de ce parti comme un puissant engin de guerre, accordé spécialement aux instances d’un chef libéral, a merveilleusement servi les intérêts des libéraux; il a été considéré comme une censure des instructions épiscopales et n’a pas peu contribué à affaiblir l'autorité des Evêques déjà si
considérablement amoindrie par l'arrivée de Son Excellence le Délégué et la conduite qu'il a tenue depuis qu'il est ici;
d) Son Excellence n'a pas cru devoir réprimer l'abus que l'on faisait de son télégramme au profit de certains hommes politiques à idées malsaines, el ces hommes (qui au fond n’ont sollicité de Rome l'envoi d’un Délégué que pour couvrir de son influence les élections provinciales de Québec) peuvent maintenant se flatter d’une victoire complète.
20 Er présence de ces faits, nous nous croyons, Éminence, en droit de déclarer que, sans le vouloir sans doute, mais d’une manière trop réelle, Mgr le Délégué Apostolique a opposé son autorité à l'autorité de l'Episcopat, qu'il a contrecarré par un télégramme de trois lignes un document épiscopal des plus graves et des plus importants lu dans les églises de plusieurs diocèses, qu’il a assuré aux électeurs, sans explication ni restriction aucune, une liberté de conscience que les Evéques de cette province n’eussent jamais osé proclamer, parce qu'ils doivent la regarder, dans les circonstances difficiles que nous traversons, comme anti-religieuse ec anti-sociale; qu'enfin il a réjoui les protestants anglais et les libres-penseurs qui ne se gênent pas de dire que le règne de l'influence cléricale est «enfin à jamais fini en ce pays.
80 Pour toutes ces causes, et pour d’autres encore, cette in. gérence de Mgr le Délégué, si innocente qu'elle paraisse de prime abord, n’en est pas moins une imprudence très sérieuse et une action grosse des conséquences les plus désastreuses.
En effet, le télégramme de Mgr Merry del Val suppose qu'à l'heure actuelle, dans la province de Québec, il n’y a en jeu que des questions purement adminisira'ives et qu’on peut, en toute sûreté de conscience, élire indifféremment pour Ja Législature provinciale n'importe quel dépaté, sans s'as-urer de ses principes et de ses tendances. Or, cette supposition est fausse en face des dispositions impératives de la loi qui donne aux législatures provinciales une juridic'ion exclusive en matière d'éducation.
La plupart des députés libéraux, élus le 11 mai dernier (grâce en partie au télégramme de Mgr Merry del Val), arrivent en Chambre avec des idées de réformes scolaires, qui signifient un véritable bouleversement dans notre système d'éducation.
Leurs journaux n'osent pas encore, en présence de Mzr le Délégué, donner tout le détail des changements qu’ils projettent; mais cependant des chefs du parti ont déjà déclaré qu'il fallait implanter à Québec le système d'écoles publics sanctionné par la convention Laurier-Greenway au Manitoba. On ne saurait être plus clair dans le moment.
Nous avons un Conseil d'Instruction Publique, présidé par un Surintendant étranger aux luttes politiques, et ce Conseil, où siègent tous les Evêques de la province de Québec avec droit de se faire remplacer par un représentant, quand il y a lieu,a été organisé par nos meilleurs hommes d'Etat de manière à assurer la prépondérance de l'influence religieuse. L'un des premiers actes du nouveau Gouvernement libéral sera, d'après ses journaux, de substituer au Surintendant un ministre de l’Instruction Publique; ce qui aura pour effet de mettre le Conseil et les Evêques eux-mêmes. qui en font partie, sous la tutelle et la dépendance immédiate du Gouvernement. Ce sera ‘un premier pas vers la sécularisation.
On travaillera ensuite (certains libéraux l'ont déjà déclaré tout haut) à faire sortir les Evêques du Conseil de l'Instruttion Publique, et à placer ce Conseil exclusivement entre des mains laïques. Ce sera le second pas dans la même voie, et ainsi de suite.
Est-ce là ce qu'il faut appeler avec Mgr Merry del Val « des questions purement administratives ? ».
La présence ici du Délégué paralysait déjà l’action que les catholiques de la Chambre fédérale voulaient tenter en faveur de la minorité catholique. Le moins qu'on pouvait espérer, c'est que Son Excellence resterait parfaitement neutre et ne tenterait rien en faveur d'un parti au détriment de l’autre. Le Délégué est sorti de cette réserve prudente et nous met dans
la nécessité de lutter non seulement contre nos ennemis, mais contre celui-là même qui devait être notre sauveur et qui menace d’être notre ruine. Nous sentirions faiblir notre courage, Si la Providence et le Saint-Siège n'étaient là pour nous soutenir dans nos luties, pour sauver l'autorité battue en brèche, et nos cœurs profondément contristés rar d’aus:i rénibles et d'aussi funestes événements.
En offrant à Votre Eminence l'hommage de notre profond respect, nous .avons l'honneur de nous souscrire
Ses très humbles et très dévoués serviteurs, (Signé) : H. Montplaisir, Jos. Bolduc, Ph. Landry, Sénateurs.
Ottawa, 6 juin 1897.
Et le lendemain, 7 juin, le Sénateur Landry réplique comme guit :
À Son Exc. Mgr R. Merry del Val, Déi. Apost. au Canada.
EXCELLENCE
La réponse que m'a fait parvenir voire Secrétaire à mes lettres du 17 Mai et du 1° Juin contient :
19 la manifestation de la surprise que vous avez éprouvée de me voir publier dans les journaux ce que je croyais avoir l'autorisation de faire connaître comme votre opinion
20 l'affirmation que la dépêche de votre Secrélaire, en dete du 7 mai dernier et adressée à la Minerve et au Soleil était l'expression exacte de votre pensée.
Avec la bienveillante permission de Votre Excellence, je vais lui faire connaître de suite les objections très sérieuses que fait naître sa réponse et je profiterai de l’occasion qui m'est actuellement foummie pour la mettre en même temps au courant de ce qui se dit dans le public au sujet de sa mission dans ce pays.
L'Incident des dépêches
Le 6 mai dernier, le Soleil, journal libéral de Québec, sous la titre : « La position des catholiques dans les présentes élections », publiait les dépêches suivantes :
« Portneuf, 4 mai 1897.
» L'Hon. C. A. P. Pelletier, » Président du Sénat, » Ottawa-Ontario,
» On m'informe. positivement que M. le Curé Cinq-Mars, de Portneuf, à dit en chaire, dimanche dernier, que le dernier mandement de Mgr Laflèche pendant l'élection de Champlain, condamnant le règlement des écoles, avait été approuvé par Mgr Del Val.
» H. G. Joly de LOTBINIÈRE, »
« Ottawa, 5 mai ‘1897.
» À Sir H. G. de Lotbinière, » Portneuf, » Délégué Apostolique affirme n'avoir jamais approuvé le mandement condamnant le règlement des écoles.