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LA QUESTION SCOLAIRE DANS LE NORD-OUEST CANADIEN

C'était le 14 mars 1910. Je venais de terminer le tome V des Voix Canadiennes (suite de l'affaire Laval et division du diocèse des Trois-Rivières), et, me sentant en train, sans désemparer j'attaquais le dossier de ce qui devait fournir ce tome VIE dossier volumineux entre tous, dont les documents divers se répandaient sur une période étendue:(1869 à 1907), remarquablement troublée au point de vue scolaire qui est là-bas la question brûlante, selon : “l'expression du sénâteur Landry d'Ottawa. Je désirais. la ‘traiter avec quélque -ampleur. Mais comment aborder le sujet?

Je ‘parcourais, pour me faire une idée d'ensemble, brochu. res et discours, lettres et circulaires, force articles de jour. naux d'opinions .contraires, télégrammes félicitant Pierre -et encourageant Paul, télégrammes blâmant celui-ci ou démentant celui-là, des ‘plaidoyers pour ou contre, des jugements incohérents, pour finir par un contrôle de textes de lois.

Rien n'était simple dans l'affaire. Aussi, perplexe et fort

1. Ce tome VI formant un tout complet et distinct et vu l'insistance de mes

amis du Canada, je le fais paraître sans rétard. VI. — Vers l’Abime. ï

embarrassé, je me laissais aller à penser que ces Canadiens avaient pour le moins une psychologie déconcertante. Comment! leurs droits sont inscrits dans une constitution, reposent sur des textes formels et précis où le doute ne trou. ve point de place, où la sincérité des contractants comme des législateurs est manifeste, où il n’y à qu'à appliquer bouchons sur bouteilles, le tout assorti, pour résoudre les difficultés pendantes et clore des débats irritants; et cela ne leur suffit pas aujourd'hui; et cela ne les contenta pas non plus dans le passé! IL leur faut à perte de vue ergoter, se chamailler: il leur convient de léser sans droit, de plaider sans raison, de diviser les esprits, de troubler les cœurs en compromettant de légitimes aspirations et d'immenses intérêts! 11 faut faire de l'opposition à tout prix et quand même innover, empiéter, démolir pour restaurer, faire des affaies, en un mot, sous les apparences d'un intérêt public mal défini, ruiner les autorités établies pour y substituer une autre qui sera sienne, et régner ainsi avec tout le prestige et aussi avec tous les profits du pouvoir souverainl Pour y arriver, point de scrupules et tous les moyens.

Bref, qu'en sa tendre jeunesse ce pauvre Canada me semblait déjh vieuxT

Je songeais à ce que j'allais écrire. Comme j'avais été matinal, ce qui n’est pas un cas exceptionnel, un gai soleil levant répandit bientôt ses rayons dorés sur la verrière du grand hall qui m'abritait, déjà bourdonnant d'activité. Ces rayons, d’abord timides et frais, semblaient s'échauffer en s'enhardissant; puis, gagnant peu à peu sur l’espace, ils en. vahirent étalages et casiers, tables, fauteuils, et m'inondérent finalement. Après tant d'eaux déversées dans les airs; après tant de torrents répandus sur la terre et tant de débordements, d’inondations, de sinistres, de ruines et d'inénarrables misères occasionnées par un déluge déchaîné sur la France, cette lumière ruisselante d'or et pétillante de vie, promesse de temps meilleurs, me réjouissait ineffablement

et j'étais, certes, alors disposé à mieux faire qu'à gémir. Aussi bien, ma vieille concierge surgit soudain, aimable et ré. jouie de son côté; encore un effet du beau temps, assurément, puisqu'elle me disait l’amener avec le courrier qu’elle me tendait, réclamant toutefois les timbres étrangers qui y fguraient, timbres canadiens pour la circonstance. J'ouvris ces lettres du Nouveau Monde pour me débarrasser, et des timbres et de la concierge, pour savoir aussi ce qu’on m'annonçait de la Nouvelle France.

Une première lettre venait de la Banque Nationale du Canada. Elle me disait que Mgr Bégin refusait un abonnement de propagande à la Revue du Monde. C'était fort naturel: aussi bien, pourquoi mes employés distraits lui firent-ils une offre rejetée d'avance! Un ami de Winnipeg, par contre, et par simple mandat, s’abonnait à cette Revue. Une troisième m'arrivait d’un établissement scolaire de Saint-Hyacinthe et mon aimable correspondant me disait textuellement :

Saint-Hyacinthe, 5 mars 1910.

M. Arthur SAVAÈTE, éditeur, Paris,

… Je suis très satisfait de ce qué vous m'avez envoyé. Je désire que mes compatriotes en grand nombre achèlent et lisen la belle collection de documents historiques que vous publiez sur les choses religieuses et civiles de mon cher Canada, Je ne m'étonne nullement que votre œuvre, œuvre de pur dévouement à la vérité, ait l'heur de déplaire à bien du monde. Les grincements de dents de la synagogue, les clameurs maçonno-libérales, les morsures hypocrites des libéraux-catholiques de tout habit, les gémissements des héritiers de notre pauvre cardinal : tout cela prouve que votre publication vient en temps opportun pt utile, Dieu vous bénisse et vous donne grâce de mener l'œuvre à bonne fin!

Recevez-vous le Devoir, nouveau journal quotidien? Vous y trcuverez des articles bien documentés sur le grand traître, l'homme néfaste : Wilfrid Laurier.

Âgréez, etc.

(Signature)

Bon! je:ne reçois pas le « Devoir », et quant au «:Grand Traître », il en est grandement question dans mon dossier. Tout de même, quoique je ne recherche pas l'ivresse des eompliments, je préfère ce'petit mot aimable à cette autre missive qui vient de l'évêque ‘de Sherbrooke, dont le secrétaire n'est pas, je le suppose, un Sioux -ou un \ Bois-Brûlé. Cependant il m'écrit : « Monseigneur n'a pas T l'intention de‘s'ahon-

ner à votre Revue, qu'il vous prie de garder chez VOUS. »

Paribleul et bien que ce n'en soit pas la destination! Et puis, mais, très volontiers, M. le Secrétaire, car il vous faut d'autres distractions que l'étude de la vérité qui vous -échappe. Après tout, où ne doit pas s'égarer en tous milieux ni se perdie entre toutes les mains, et je suppose que si cet aima. ble correspondant, Bois-Brûlé ou seulement roussi, peu impoitel mais secrétaire tout de même d’un homme rangé qui pourrait être aimable d’une autre façon; je suppose donc que si cet hurluberlu a de l'esprit, il reste à savoir 's’il est ‘bien placé; assez, du moins, pour ajouter quelque lustre utile au dignitaire dont il interprète avec tant de tact et d'élégance la captivante bonté. Il y a comme cela dans toutes les castes des gens qui jugent de bon sens d’en manquer; qui tiennent avant tout à ne point exagérer leurs talents de société : parfaitement! car le nombre ne les encombre pas.

Passons à une quatrième et dernière lettre canadienne .de ce jour : c’est une compensation.

St...-Sask..….; 22 février 1910.

” Cher M. Savaëte,

Dy.fond de l'Ouest, champ d'action de douze années d'apostolat de Mgr Laflèche, je vous salue, je vous embrasse, Ici je vois les Métis et les Sauvages qu'il a baptisés et à qui il a appris ke catéehisme, il y à de cela quarante ans,’et ils ne cessent de ‘me répéter: « Whoah! Whoah! (cri d'admiration), c'était un bon père, le père Laflèchel »

Oui, vous faites du bien. Il y a assez longtemps que ces têtes

Hbérales agissent impunément, Laflèche ét Bourget sont deux saints ;

Mgr Langevin est une est une autre colonne de l'orihodoxie que les libéraux

de toute provenance essaient de térrasset. IIS reussiesent à lis0ler, à rendie vains” $68"Ser vices: "TS réüussiront à l le faire mourir

de peine. dut in ut RE IE pour lui comme ot les Laflèche et les Bourget, l'heure

des justes réparations sonnera et. la postérité à son honneur chantera : Bienheureux ceux qui souffrent persécution pour .la justice, car le royaume du ciel est à eux.

La douche d’eau froide que vous avez administrée aux seigneurs B.et E Ë. . à | Fait un bien ammense, CE aux cœurs rs catholiques qui gémissent, Cet à eux- mêmes; car - cela leur a fourni l'occasion de méditer sur la vanité des choses d'ici-bas. Ayant la SUPERBE, comme disait Pie IX de Montalembert, cela leur rabaisse le caquet.

Continuez, fouaillez, chassez les vendeurs du temp'e, démasquez les libéraux mitrés comme les autres : J'ai honte de pouvoir écrire

ces choses, mails Je sais que C'est vrai, et je suis convaincu que

Les Monseïgneurs de l'archevéc x Mieu, les Ronan a baston Tant FOR MEN Tr TAE ET sont la Cause avec 16 Taëtliereau et l'Université Laval. C'est une trop grande défaite et üné tr 5 x cause en est grande et, pour porter de tels fruits déshonorants, l'arbre doit être vieux et vigoureux, Aiguisez votré lance et percez les nbcès quelle qu'en soit la puanteur. Si vous arrivez à quelque seigneur érêque de LQuest (2) es que vors vont soulever les voiles : alors, vous vous boucherez le nez à deux mainsT N'est-ce pas navrant pour un prêtre d'avoir à clamer de pareilles tristesses sur ls compte de ses supérieurs! L'avenir me donnera raison.

Bien à vous, “ (Signature.) pe

si nous-avons pars nos écoles de l'Ouest par la trahison dés nôtres de Québec à Oltawa, ces députés ne sont pas les plus coupables. e Québec, les Ma

Triste et cruel, hélas! mais vrai; le pauvre missionnaire qui parle ainsi ne le sait que trop.

L'affaire des Ecoles manitobaines, comme des Ecoles de l'Alberta et de la Saskatchevan sont donc, aux yeux des prêtres zélés, t une > grande défaite compliquée d'une abomi-

nable trahison : c'est ce qui reste à rechercher à la clarté

de textes certains et de documents authentiques.

IT

HISTORIQUE SOMMAIRE DE LA QUESTION SCOLAIRE AU MANITOBA DÈS L'ORIGINE À 1886

Pour mettre le lecteur à même de mieux apprécier les faits de la cause, il me semble indispensable de lui faire dès maintenant un court historique de la question scolaire que je voudrais élucider. Fidèle à ma méthode, autant que faire se peut, je laisserai aux Canadiens les plus compétents le soin de nous éclairer; aussi bien, n'ontils rien négligé

pour instruire leurs compatriotes ou pour leur montrer les

- risques d'expériences téméraires, comme aussi les aboutis-

sements d'aventures qui devaient mal tourner.

En 1886 était en voie d'exécution, au Canada, la grande trahison libérale. Il fallait y préparer les esprits. Le parti libéral, qui venait de s'assurer par la ruse des succès décisifs, confia à L. O. David le soin de lancer une brochure : Le Clergé canadien, sa mission, son œuvre, véritable manifeste

‘que P. Bernard (nom de guerre qui abrite ‘une grande autorité), qui le réfuta vigoureusement, qualifiait : chose de peu; quant à son auteur : un aspirant en littérature qui ne se faisait remarquer que par un talent de jeunesse condamné à ne pas mûrir. Ce n’était pas fait pour donner à cette démonstra-

Bernard dans ses efforts généreux pour saisir cette ombre de rien, pour en dissiper les chimériques alarmes.

Avec P. Bernard, je dis, pour éviter toute fausse interprétation, qu'ici et toujours, à moins que les circonstances ne donnent à ma pensée un sens plus étendu, quand j'énonce parti libéral, et dirai parti conservateur, je n’entends parler ainsi que e des men membres c canadiens français” de ces partis, dont tis anglais à À dénominations similaires.

À l’époque où nous voilà, cela résulte d’irrécusables faits : sous le rapport religieux, le parti libéral, en majeure partie franco- canadien, était loin “d'avoir donné les mêmes garanties que le parti conservateur | “où néanmoins l l'élément anglo-protestant dominait : situation paradoxale, tant qu’ on le voudra, mais réelle.

Or, jamais, en bloc, le parti libéral n’a fait amende honorable de ces errements généralement voulus; jamais il n’a franchement, publiquement, renié son passé anticlérical ou antireligieux, terme préféré au Canada. Anticatholique et et révo-

lutionnaire d'origine et de tendances, ses manifestations 1 Teligieuses, quelles qu’en fussent l’occasion, la nalure et l'objet, ne furent que des démonstrations platoniques ou politiques dépourvues au fond de sincérité. Ahl sans doute, on comptait alors, comme on compte encore aujourd'hui, dans les rangs libéraux, même et souvent à leur tête, des catholiques distingués, parfaitement honorables; mais cela même ne prouvait qu'en faveur de l’habileté des maîtres qui opéraient dans l’ombre, et de la naïveté des honnêtes gens épris d'idéal et qu'on exhibait, et qu’on manœuvrait sous les yeux d'un peuple confiant qu'il fallait gagner, tromper et ‘utiliser à des fins déterminées qui n'étaient pas le but apparent ou avoué, On subissait l'influence comme les exigences du milieu à conquérir et les chefs catholiques, qui plastronnaient en public, n'étaient point ceux qui donnaient des ordres dans

les coulisses. Il arrivait ainsi au Canada ce qui se passe cou-

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ramment. en Europe: où rois et empereurs sont en. ses et

aux honneurs dans les loges mondaïnes, dor dont il ils n’ex: pourtant que: les programmes; jusque, on l'a vu, sous les

débris de leurs trônes, parmi, les ruines matérielles et mo: .rales de leurs peuples habilement soulevés. contre eux. Ces

souverains se livrent généralement pour surveiller l'ennemi, mais on les garde comme: des otages,, en: attendant. qu'on les traite‘en prisonniers de guerre. Du reste, toutes les atta: ques, on peut dire les. seulés attaques que subit le clergé canadien, viennent des rangs lil où les

angs libéraux, où les “esprits aventureux, violents et faux finissent toujours par imposer leurs. per-

-sonnes: encombrantes: et leurs idées subversives.

M Is O. David, par une singulière confusion qui ne: va , pas, je le crois, sans intention malhonnête, trouva que si les écoles séparées et la langue française. ont été. abolies au

Manitoba, c'était la faute à la Con nfédération! que dis-je, de

x Co onstitution, comme si ses amis politiques avaient con-

sulté la Constitution, qui n’en peut mais, pour nier et violer les droits des catholiques manitobains, leurs compatriotes et coreligionnaires; pour manquer surtout à leur: parole s0-: lennellement donnée: à l'archevêque de Saint-Boniface. La:constitution, nous:le verrons, et du reste le Conseil Privé. d’Angleterre en convient par jugement, pourvoit au redressement des: griefs des catholiques canadiens -français : et c’est en fai sant violence à cette Constitution q que les Canadiens- Français libéraux de. Québec et Montréal ont sacrifié leurs frères qui gémissent, par leur abandon misérable, dans une illégale oppression:

Mais voici l'historique que P. Bernard fit succinétement

de cette question pitoyable.

Je fournirai ensuite des pièces justificatives. Ba Province du: Manitoba; nous explique P. Bernard, fut

constituée ar une lof canadienne du. 12 mai 1870 qui fut

emmener

1. Voir: Un on libéral, 2' partie, page 10 et suivantes, par. PB. Bernard, ‘

chez Léger Rousseau, éditeur, à a 1886.

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approuvée et faite: loi de l’Empire par le Parlement impé.

ial en 1871. Cette loi qui est la Constitution même de la en RTE RMNQR

Province à laquelle rien ne peut être changé sans la sanction du Parlement Pansloiene dot appelés Tniot e Te de M nitoba », et tantôt «l'Acte de l'Amérique britannique du Nord 1871. »

. La population de la nouvelle Province étant partie protestante et partie catholique, les législateurs voulurent assurer à la minorité, quelle qu’elle fût un jour, un recours contre l'oppression d’une majorité injuste. À cet effet, dans l’Ac. te du Manitoba (88 Vict., chap. 3), is avaient inséré la clause 22 qui fait ainsi partie de la Constitution. Voici cetts clause : D:

22. Dans la Province la législature pourra exclusivement décréter

des lois relatives à l'éducation, sujettes et conformes aux dispositions suivantes :

1° Rien dans ces lois ne devra préjudicier à aucun droit ou privilège conféré, lors de l'union, par Ta 101 où par [a coutüme à aucune classe particulière de personnes dans la Province relativement aux écoles confessionnelles {denominational).

2° Il pourra être interjeté appel au Gouverneur Général en conseil de tout acte ou décision de la législature de Ia Province ou de toute autorité provinciale affectant quelqu'un des droits ou privilèges de la minorité protestante ou catholique romaine des sujets de Sa Majesté, relativement à l'éducation.

3° Dans le cas où il ne serait pas décrété telle loi provinciale, que)de temps à autre le Gouverneur Général en conseil jugera nécessaire pour donner suite et exécution aux dispositions de la présente section, — ou dans le cas où quelque décision du Gouvérneur Général en conseil, sur appel interjeté en vertu de cette section, ne serait pas dûment mise à exécution par l’autorité provinciale compétente, alors et en tel cas, et en tant seulement que les circonstances de chaque cas l'exigeront, le Par-

lement du Canada pourra décréter des lois propres à y remédier

pour donner suite et exécution aux dispositions de la présente section, ainsi qu'à toute décision rendue par le Gouverneur Général

en-consell sous l'autorité de la même section.

La Constitution garantissait donc à la minorité : 1° l'in-

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