‹ Les écoles du nord-ouest canadienChapitre 31 sur 127 · PREMIER LIEUTENANT-GOUVERNEUR DE MANITOBA · texte numérisé non relu

PREMIER LIEUTENANT-GOUVERNEUR DE MANITOBA

Le premier officier que le Canada préposa à l'administration de la Province de Manitoba fut l'Honorable Adams Georges Archibald. C’est à lui que fut confiée l'importante et difficile tâche de gouverner un pays tout récemment encore en pleine insurrection. C'est à Niagara, Ontario, et le 23 Juillet 1870, que le nouveau Lieutenant-Gouverneur fut assermenté par le Gouverneur-Général Sir John Young. Îl fut décidé que le nouveau Représentant de Sa Majesté, ne se rendrait pas au siège de son gouvernement par la voie des Etats-Unis, mais qu'il prendrait l'ancienne route des canots,

depuis le Fort William. Son Honneur n'’atteignit le Fort Garry que le 7 Septembre.

‘Arrivé de nuit, et à la suite de pluies abondantes, le Gouveineur pui se convaincre que tout n'était pas clarté ni de l'aspect le plus riant dans son nouveau domaine. De fait il fallais au chef de l'administration beaucoup de lumières, de tact, de prudence, de fermeté et de savoir faire pour conduire la barque de l'Etat, au milieu des ténèbres et des écueils de toutes sortes qui l’environnaient. M. Archibald possédait ces qualités dans un degré plus qu'ordinaire. Voyant la confusion, dans laquelle se trouvaient les éléments divers qui formaient la population, il comprit de suite qu’il avait beaucoup à faire; qu'il fallait travailler énergiquement et consciencieusement à ramener l'harmonie, l'ordre et la confiance dans le pays. Il comprit et tous les gens sensés comprirent avec lui qu'il ne pouvait pas être purement et simplement un Gouverneur constitutionnel, dans le sens ordinaire du mot, mais qu'il lui fallait payer de sa personne et mettre Iui-même la main à la roue pour imprimer un mouvement régulier, une direction utile au char de l'Etat. Heureusement que ses connaissances et son expérience en administration et en jurisprudence l'avaient préparé à combattre avantageusement les difficultés nombreuses qu'il rencontra.

L'Honorable Monsieur Archibald avait occupé un siège aux Communes d'Ottawa dès l’origine de la Confédération, il avait été membre du premier cabinet fédéral. Lorsque les troubles éclaièrent à la Rivière-Rouge, il en suivit les développements avec l'anxiété d’un patriote et celle d'un homme d'Etat éclairé, il ne perdit de vue aucune des péripéties de ces événements si gros de menaces.

Les négociations poursuivies à Ottawa l'intéressèrent vivement. Naguère membre du gouvernement et toujours un de ses plus zélés partisans, Monsieur Archibald connaissait les vues de l'Administration Fédérale et quand le Bil' de Manitoba fut discuté aux Communes il prit une part active aux

débats et prouva, dans un discours plein de modération, qu'il avait saisi la véritable portée de cette mesure de conciliation.

Le Gouverneur se nomma de suite deux ministres, l'un Anglais, l'Honorable M. Alfred Boyd, et l'autre d'origine Française, l’'Honorable Marc A. Girard. Lui-même s’appliquait à parler français quoiqu'il le fit un peu difficilement, pour prouver qu'il n’était pas venu à l'encontre des demandes faites par les délégués. Une proclamation assura à tous une protection égale et des droits égaux. Il fallait montrer que l’« Acte de Manitoba » ne serait pas une lettre morte. Un recensement de toute la population constata que les deux sections qui la composaient, c’est-à-dire les Catholiques et les Protestants, étaient à peu près égales et vivaient dans des paroisses exclusivement Anglaises et exclusivement Françaises, ou mieux, exclusivement Catholiques et exclusivement Protestantes. C’est pourquoi la Province fut de suite divisée en vingt-quatre collèges électoraux, dont douze parmi les Français et douze parmi les Anglais. Une proclamation en date du 3 Décembre annonça des élections pour ces vingt-quatre divisions ; les élections eurent lieu le 30 du même mois. Parmi les douze représentants catholiques il y avait six Métis : MM. Beauchemin, Breland, Delorme, Klyne, MekKay et Schmidt, Les six autres étaient Canadiens de diverses origines, MM. Clark, Dubuc, Girard, Lemay, MeTavish et Royal Parmi les douze représentants protestants, il y avait aussi six Métis : Bird, Bunn, Burke, Norquay, Spence et Taylor; Îles six autres membres étaient Anglais ou Ecossais au moins d'origi-

e: MM. Bird, Boyd, Hay, Howard, Smith et Sutherland.

Le Lieutenant-Gouverneur compléta son administration, en ‘joignant aux deux rministres déjà mentionnés, trois autres dent l’un d'origine Anglaise M. Howard, l'autre d'origine Irlandaise M. Clark, et un troisième Métis M. McKay. Le conseïl législatif fut aussi formé et se composa d'après l’Acte de Manitoba, de sept membres, dont deux Métis-Ecossais, MM.

Inksier et McKay; deux Métis-Français, MM. Dauphinais et Hamelin; deux Irlandais, MM. O'Donnell et O’Giltree, et un Ecossais. M. Gunn. Une proclamation du quatrième jour de Mars convoqua les Chambres pour la dépêche des affaires, fixant le 15 du mois comme jour de réunion. Le 10, une proclamation nommait l'Honorable James McKay orateur du Conseil Législatif; une autre constituait M. Thomas Spence, Greffier du même Conseil, et une troisième nommait M. Molineux St. John, Greffier de l’Assemblée Législative.

Je donne ces détails pour montrer quel soin fut pris pour que les différents éléments de la population fussent représentés et eussent leur part de patronage. On n'arrive à harmoniser des éléments hétérogènes que par une protection égale et non pas par une exclusion systématique.

Les Chambres se réunirent le 15 Mars, M. Royal fut unanimement élu comme Orateur ou Président de l’Assemblée Législative. Toutes les cérémonies de l'ouverture de cette première Session du premier Parlement de Manitoba se firent avec beaucoup de pompe et de solennité; c'était l'inauguration d’une ère nouvelle dans le Nord-Ouest.

Le Gouverneur lui-même prit une large part à l'organisation de tout ce qui était nécessaire en cette occasion solennelle, maïs il donna surtout ses soins à la préparation des mesures qui devaient être soumises à la considération des nouveaux Législateurs. | ” Ouire l'expérience qu'il avait acquise à Ottawa, M. Archibald en avait eu beaucoup dans la Législature de sa propre Province où il avait été chargé de plusieurs mesures importantes. La question d'éducation surtout l’avait occupé, il était don bien préparé pour la direction des nouvelles Chambres Législatives. Il le fit en se souvenant toujours que l’Acte de Manitoba devait être considéré et était en réalité la charte constitutionnelle de la Province. Au besoin, il rappelait à ses aviseurs légaux de ne pas s’écarter des limites tracées par cette charte, tant pour l'éducation que pour le reste.

La question de nos écoles était si importante, que l’Assemblée Législative, en nommant huit comités permanents, en désigna un sous le titre de « Comité de l'Education ».

I! était composé de MM. Boyd, Girard, Bird, Dubuc, Norquay, Breland et Sutherland. L'Orateur de l'Assemblée Législative avait au préalable fait une étude spéciale, à l’effet de rédiger un projet de loi sur les écoles. C'est M. Norquay qui présenta celte importante mesure, le 27 Avril 1871. Après avoir passé par toutes les phases requises par les procédures législatives, le projet de loi fut adopté à l’unanimité : « Acte pour rétablir un système d'éducation dans cette Province ». Le 3 Mai, le Lieutenant-Gouverneur donna son assentiment.

La passation de ce statut fut le commencement de la Troisième Phase, dans laquelle entraient nos écoles. Pour arriver à ce résultat, la Législature, sous la direction du Lieutenant-Gouverneur, s'était inspirée de la « coutume » suivie dans le pays: elle s'était aussi persuadée que la Constitution de la Province l’obligeait à respecter cette coutume,

” Tous les membres des trois branches de la Législature, tant Protestants que Catholiques, trouvèrent naturel, juste et sage de se reconnaître mutuellement des droits égaux. Cette première loi sur l'éducation reconnaissait des Ecoles Publiques tant Catholiques que Protestantes, et ces écoles étaient d'autant plus publiques que tous les parents y trouvaient le respect de leurs convictions religieuses, au point du moins, de leur permettre d'en faire bénéficier leurs enfants. La loi fut accueillie si favorablement qu'elle ne provoqua aucune objection. Les taxes qu'elle imposait, et qui étaient les premières prélevées dans le pays, furent payées sans difficulté, sans hésitation et sans regret, par la raison toute simple qu'elles devaient profiter aux différentes classes de personnes qui les payaïent. Malgré ses imperfections, cette loi fut acceptée et mise en opération par les Catholiques ; les Protestants comme un tout l’accueillirent aussi favorable.

ment. Ïl eût été facile à ces derniers d'obtenir une loi qui au- Trait distingué leurs écoles entre elles, si tel avait été leur désir. Les Anglicans et les Presbytériens étaient les seules dénominations protestantes qui eussent des écoles, ils auraient pu en obtenir le maintien séparément s'ils l'avaient désiré. Une simple demande de leur part aurait suffi pour déterminer les membres des deux Chambres du Parlement à faire cette distinction; tous les catholiques comme un seul homme leur auraient volontiers donné l’appui de leurs votes.

Les Protestants n’ont pas voulu de cette distinction qui existe dans d’autres parties de l’Empire Britannique; ils ont mieux aimé s'unir entre eux, puisque la loi leur permettait d'avoir des Ecoles Protestantes, complètement séparées des Ecoles Catholiques. Les Autorités des Ecoles Paroissiales tant Anglicanes que Presbytériennes ne virent alors aucune objection à l'union qui leur était proposée, ils l’acceptèrent. C'est ce qui fait que la Province de Manitoba fut dès son origine dotée, de par la loi, d'un système d'instruction publique, un dans son ensemble et double dans son application.

Le Conseil Général ou Bureau était chargé « de l’organisation générale des écoles communes ou élémentaires » ; tandis que ce même Bureau se divisait, en deux ! Sections, l'une Protestante, l’autre Catholique, chacune d'elles ayant sous son contrôle respeetif l'administra'ion des écoles établies, supportées et fréquentées par les membres de sa section.

Au droit commun d’avoir des écoles de leur choix, les Catholiques de Manitoba ont vu s adjoindre deux privilèges que

leur conférait la loi, celui de pouvoir organiser leurs écoles eux-mêmes, et de plus celui de les voir assistées, à même les fonds publics, sans préjudice du caractère distinctif qu'’elles réclamaient et dont elles jouissaient. Il ne faut pas l'oublier, les écoles catholiques reconnues ou érigées sous la loi de Manitoba n'étaient pas simplement ce que sont les écoles séparées d'Ontario, mais elles étaient sur un pied de parfaite égalité et avaient une action tout à fait paral-

lèle à celle des écoles non catholiques. Les unes autant et de la même manière que les autres étaient des écoles « publiques, communes, libres, nationales »; mais aucunes d'elles n'étaient des écoles neutres, anti-chrétiennes ou sans Dieu.

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