APPEL DU GOUVERNEUR-GÉNÉRAL EN CONSEIL
Le remède de la réserve au bon plaisir du Gouverneur- Général n'avait pas été appliqué; le Désaveu avait été refu- Sé; le recours aux tribunaux avait finalement amené une
décision défavorable aux écoles. Que resteraitil à faire? En; face de tous ces refus, de tous ces échecs, les Catholiques allaient-ils renoncer à la revendication de leurs droits? Ils étaient trop convaincus de la justice de leur cause, pour ne pas recourir à tous les moyens dégitimes de les protéger. La revendication devait se faire sur un point différent de ceux qui avaient été invoqués jusqu'à ce jour. La loi avait été sanctionnée et par la sanction l’idée de la « réserve » s'était évanouie. Deux années s'étaient écoulées depuis la sanction, le « Désaveu » était devenu par là même une impossibilité. Le plus haut tribunal de l'empire avait déclaré ces actes intra vires; la minorité ne pouvait plus, pour le moment du moins, invoquer les droits et privilèges garantis par la coutume, au temps de l’union. Qu'on le sache bien, toutes les impossibilités de recourir de nouveau aux protections auxquelles elles se rapportaient n'avaient inspiré à l'esprit des intéressés aucune conviction défavorable au mérite de la question en ellemême. Ils restaient et ils sont restés convaincus qu'ils sont les victimes d’une injustice, et ils ne seront satisfaits que quand un remède efficace aura été apporté aux maux dont ils souffrent, de quelque part que vienne le remède.
L'annonce de la décision du Conseil Privé fut l’occasion d’une explosion grave, mais énergique du sentiment de la population. L'Honorable Sénaïeur Girard convoqua une session du Congrès National. Elle fut tenue à St.-Boniface les 15 et 16 Août 1892. Des délégués s’y rendirent de tous les points importants de la province. Tous étaient des hommes appartenant à l'élite de notre peuple, sans distinction bien entendu de parti politique ou de quoi que ce soit qui puisse être un sujet de division. Il se fit là des discours d’une grande valeur oratoire, sociale et chrétienne. Des résolutions pleines de dignité et de force furent adoptées avec cette unanimité grave et solennelle qui indique les grandes causes et
l'émotion de ceux qui s'en occupent. Au loin, on peut mépriser ce petit peuple, qui souffre pour sa foi et sa nationalité; pour moi qui suivais tous ses mouvements avec la plus af. fectueuse anxiété, je fus fier de mes ouailles et je leur en renouvelle ici l'assurance la plus sincère. Il serait trop long de rapporter ce qui s’est dit et fait alors; si le Iecteur tient à se renseigner il trouvera des comples rendus dans le Manitoba et le Free Press, publiés aprés ces magnifiques as- SO PERS.
En vertu des 2e et 3e paragraphes de la clause 22 de l’Acte de Manitoba, comme en vertu du paragraphe 3 de la clause 93, de l'Acte de l'Amérique Britannique du Nord 1867, la minorité avait droit d'appel au Gouverneur-Général en Conseil, et elle se prévalut de ce droit. Le Conseil bxécutif du Con. grès National se réunit et rédigea un mémoire, qu'il adressa à Son Excellence et dans lequel il rappelait respectueusement au Gouverneur-Général que dans des pétitions, déjà reçues à Ottawa, la minorité en avait appelé à son conseil, de certaine législation provinciale, et que l’Honorable Ministre de la Justice avait dit dans un rapport en date du 21 Mars 1891, que si la contestation judiciaire, alors pendante devant les tribunaux, était préjudiciable aux vues des Ca. tholiques, le temps viendrait pour Son Excellence d’examiner les pétitions qui ont été présentées au nom de ces mêmes Catholiques. Le comité ajoutait :
Une récente décision du Comité Judiciaire du Conseil Privé en Angleterre, ayant maintenu la validité contestée des lois d’écoles, vos pétitionnaires prient très respectueusement et très vivement qu'il plaise à Votre Excellence en Conseil de prendre en considération les pélitions plus haut mentionnées et accorder les Conclusions des dites pétitions ainsi que le redressement et protection qu'elles demandent.
Vos pétilionnaires ne cesseront de prier.
Saint-Boniface, 20 Septembre 1892.
Signé par les Membres du Comité exécutif du Congrès National :
T. A. BERNIER, H. F, Despars, Président [ntérimaire, M. A. KÉROACK,
À. À. CO. La RIVIÈRE, TÉLESPHORE PELLETIER,
JOSEPH LECOMTE, De J. H. OcT. LAMBERT,
JAMES E. P. PRENDERGAST, JosEPH Z. C. AUGER,
J. ERNEST Cyr, À. F. MARTIN,