LE PRETENDU FANATISME DES ANGLAIS
L'argument principal qu'on présente pour faire accepter l'amendement Sifton, c'est que le. ministère n'aurait pu faire voter l'article 16 à cause du fanatisme de la population anglaise et de ses représentants à la Chambre des communes.
Qu'on me permette, à moi, Canadien Français et catholique, de déclarer que cet argument constitue une infâme calomnie contre la grande majorité des Anglais protestants de notre pays.
C'est d'ailleurs l'excuse fausse et dangereuse que plusieurs de nos hommes publics invoquent chaque fois qu'ils veulent commettre un acte de faiblesse ou de lâcheté.
Non, la majorité des Anglais du Canada n'est pas fanatique. J'ai maintes fois parcouru la province d'Ontario. J'y ai adressé la parole à certaines heures où mes compatriotes ne voulaient pas m' entendre, croyant qu'il était dangereux de parler librement dans notre pays — ; j'ai proclamé la pensée canadienne^française en face d'auditoires composés en grande partie d'Anglais protestants, orangistes et impérialistes, et chaque fois on m'a, sinon approuvé, au moins écouté avec une •bienveillante attention ; et plusieurs d'entre eux m'ont félicité de la franchise de mes expressions et demandé pourquoi nos hommes publics ne vont pas plus souvent
faire connaître à leurs concitoyen»
d'Ontario la pensée vraie des Canadiens-Français.
Vous avez éprouvé la même satisfaction, M. le Président, lorsque, cédant à une noble impulsion dont je vous félicite et vous remercie chaleureusement, vous êtes allé à Toronto exposer, au point de vue catholique et français, la question même que je viens de discuter.
Au cours même du débat qui se poursuit en ce moment à la Chambre des communes, plusieurs députés protestants ont démontré la fausseté de cet argument.
J'ai signalé le beau discours de l'honorable M. Fisher qui constituait une défense irréfutable, non pas de l' amendement Sifton, mais de l'article 16 lui-même. Qu'on joigne à son témoignage celui de M. Pringle, député de Cornwall, et celui de M. Ames, — tous deux Anglais, protestants et conservateurs, — qui prouvent que dans les rangs mêmes de ses adversaires, le ministère pouvait trouver des appuis précieux pour l'aider à faire triompher la cause de la minorité.