CONCILIATION VRAIE
On nous demande d'accepter l'amendement Sifton comme le résultat d'un "compromis honorable", comme l'expression de l'esprit de conciliation qui doit unir les deux races au Canada.
Certes, la conciliation est bonne toujours et partout, et dans notre pays elle est nécessaire à l'existence de nos institutions et de notre organisme national .
Mais la conciliation n'est jamais bonne, elle n'est pas même possible, entre deux principes contraires, entre la vérité et le mensonge, entre la justice et l'iniquité.
Chercher l'union des deux races, au Canada, en dehors du respect mutuel qu'elles doivent à leurs droits respectifs, c'est édifier la nation sur une base fragile, c'est lui donner comme pierre angulaire un élément de ruine et de destruction.
Vouloir obten:'r l'estime, la confiance et le bon vouloir de nos conci-
loveiis anglais en leur sacrifiant les droits incontestables que nous avons, en consentant nous-mêmes à la rupture du pacte national qui nous 'garantit ces droits, et en acceptant les spoliations, les empiétements et les insultes de la même manière que nous accueillons les bons procédés, c'est nous vouer d'avance au mépris et à l'asservissement.
1/ Anglais est fier et fort ; il méprise la basesse et la lâcheté, mais il s'incline avec respect devant ceux qui revendiquent, sans injure et sans pro-
vocation, leurs droits, leur honneur et leurs biens.
C'est dans cet esprit que le parlement doit chercher la solution du problème qu'il lui faut résoudre en ce moment.
C'est dans cet esprit que les pères de la Confédération ont conçu la charte de nos libertés et de notre autonom'e ; elle ne subsistera qu'aussi longtemps que nos hommes publics et le peuple canadien tout entier en conserveront l'essence et la base fondamentale.