DROITS MORAUX DES CANADIENS FRANÇAIS
Et cependant, le fanatisme, l'ignorance, l'esprit de parti aveuglent tellement certains hommes politiques et une partie du peuple anglo-canadien — moins considérable, du reste, qu'on ne le pense, — qu'au risque de compromettre l'intégrité du Canada et la sécurité de l'Empire, le parti conservateur s'oppose à ce que la constitution des nouvelles provinces conserve aux Canadiens-Français et aux autres catholiques des droits essentiels que nous ne refuserions pas, nous, aux deniers restes des tribus sauvages; et le parti libéral, après avoir résolu de rendre justice, se prépare à céder devant la tempête et à détruire l'œuvre nationale qu'il avait ébauchée.
Et pourtant, n' avons-nous pas dans ces régions, en outre des garanties de la constitution, des droits nationaux qui priment ceux du Doukhobor et du Mormon ?
• Les prairies du Far- West furent découvertes par des Français : des hommes de notre race et de notre foi y portèrent les premières lumières du christianisme et de la civilisation.
Nous avons donné sans compter notre part d'intelligence, de travail matériel, d'impôts publics, pour l'acquisition et le développement de ces territoires ; comme nous avions, avant tout autre peuple,* prodigué notre sang et nos efforts pour fonder et faire grandir le vieux patrimoine national.
Tout ce que nous demandons aujourd'hui, c'est que la Canadien-Français catholique qui va planter sa tente dans ces régions v trouve une portion minime de la liberté dont l'Anglais protestant jouit chez nous ; c'est qu'après une vie de peines et de sacrifices, le colon français et catholique puisse espérer que son fils, tout en recueillant le fruit de ses labeurs héritera de ses traditions ; c'est que l'école bâtie de ses «denier s soit ouverte à ses enfants, et qu'on ne leur en
ferme pas la porte en y interdisant renseignement catholique et français.
Tout ce que nous demandons, c'est que dans ces territoires où le français fut parlé avant que toute autre voix européenne ne s'y soit fait entendre, où la croix* du Christ fut plantée par les missionnaires partis des bords du Saint-Laurent, nous puissions parler.
notre langue et vénérer la croix avec la même liberté dont nous jouissons ici et que nous accordons si loyalement à ceux qui parlent un idiome étranger et ne partagent pas nos croyances.