NECESSITE DE FAIRE LA LU- MIERE
Il s'est accumulé depuis deux mois un tel monceau de discours, de mémoires et d'articles, d'argumentations, de disputes, de diatribes et d'invectives de toutes sortes, qu'à moins dé se cramponner aux faits essentiels de cette question, il est impossible de distinguer la vérité du mensonge.
Depuis la publication de "l'amendesement" que le gouvernement se propose, paraît-il, de faire subir à sa propre législation, les journaux minissériels rivalisent de zèle avec les organes de l'opposition pour déguiser la vérité.
J'ai donc cru devoir saisir l'occasion de faire connaître à mes compatriotes toutes les données essentielles et véritables de ce vaste problème national.
Je le ferai avec justesse et impartialité, j'espère, sans préoccupation individuelle et sans esprit de parti, j'en suis certain.
Nous touchons à l'une de ces heures où les hommes et les partis ne comptent pas, car la religion, la patrie et la nationalité sont en danger.
Je ferai précéder d'une revue rétrospective du régime de l'instruction publique au Canada, l'étude de la question particulière de l'éducation au Nord-Ouest.
Etude Historique
Origine des lois d'instruction publique au Canada
PRELIMINAIRES DE LA CONFE- DERATION.
En 1S64, les délégués des Canadas- Unis, de la Nouvelle-Ecosse, du Nouveau-Brunswick et de l'Ile du Prince- Edouard se réunirent à Québec pour arrêter les termes du traité qui devait servir de base à la Confédération.
Les Canadiens-Français ne voyaient pas ce projet d'un bon œil. Ils redoutaient la situation, pleine d'inconnu, qui leur serait faite par ce groupement de toutes les colonies anglaises du Nord américain. En tout cas, si l'union devait s'opérer, ils réclamaient avec énergie la reconnaissance absolue de l'autonomie des provinces dans toutes les matières qui touchaient aux droits civils, à l'organisation religieuse et à l'instruction publique. Ils ne voulaient pas de l'ingérance du pouvoir fédéral, nécessairement dominé par une majorité anglaise et protestante, sur tous les terrains qui constituaient leur patrimoine national et religieux.
Connaissant nos propres sentiments à l'endroit de la minorité anglaise ; sachant que là où nous sommes forts nous n'abusons jamais de notre puissance, nous étions disposés -à accorder la même confiance aux majorités anglaises des autres provinces et "à ne pas leur imposer des entraves que nous ne voulions pas subir nous-mêmes.
Ce fut la minorité protestante de Québec qui, forte de l'appui des délégués des provinces anglaises, exigea que ses droits fussent placés sous l'égide du pouvoir fédéral.
Nos représentants au Congrès y consentirent, à condition que cette pro-
tection s'étendît également à la minorité catholique du Haut-Canada.
L'accord se fit, et le Congrès plaça l'instruction publique au rang des matières qui devaient tomber sous la juridiction exclusive des législatures provinciales "sous réserve des droits et privilèges que les minorités catholiques ou protestante, dans les deux Canadas, posséderont par rapport à leurs écoles séparées au moment de l'union".
M. Alexander Galt représentait alors la minorité protestante du Bas- Canada dans le ministère de coalition.
Cet homme éminent n'accueillit pas sans quelque appréhension l'article des résolutions du congrès relatif à l' instruction publique. Il prononça, à Sherbrooke, le 28 octobre 1864, un discours retentissant dans lequel il déclara qu'avant la conclusion du pacte fédéral, la loi de l'instruction publique du Bas-Canada devrait subir des modifications propres à sauvegarder les droits de la minorité protestante.
Il ajouta les paroles suivantes qui sont toutes d'actualité:
Les mêmes privilèges qui appartiennent de droit à la minorité ici, appartiennent de droit aux autres minorités ailleurs.
On ne saurait commettre une injustice plus grave à l'égard d'une population que de la forcer à faire élever ses enfants contrairement à ses convictions religieuses.
A la session suivante de la législature canadienne, en 1865, M. Holton provoqua un débat sur cette question.
Le ministère promit, par la voix même de sir John-A. Macdonald, que les droits de la minorité rro testante du Bas-Canada seraient amplement sauvegardés.
A la session de 1866, le gouvernement proi osa un projet de loi assurant aux protestants de Québec une part proportionnelle des subsides destinés au soutien des écoles et le droit de constituer un conseil protestant de T instruction publTque. C'est ce que
réclamait M. Galt. M. Bell, député de Russell, proposa alors une mesure absolument identique en faveur de la minorité catholique du Haut-Canada.
11 se manifesta aussitôt, sous une forme moins violente, un mouvement d'opinion comme celui qui règne aujourd'hui. Les députés protestants du Haut-Canada, prêts à donner à la minorité protestante de Québec tout ce qu'elle réclamait, refusèrent d'étendre la même mesure de garantis aix catholiques d'Ontario.
Le gouvernement décida de retirer les deux projets de loi et de s'en tenir au texte des résolutions de Québec. Sir Georges Cartier promit, du reste, que la province de Québec s'empresserait d'accorder à la minorité protestante toutes les mesures' nécessaires au bon. fonctionnement de . son régime scolaire.
M. Galt ne fut pas satisfait de ces engagements. Il démissionna et se rendit à Londres afin de veiller aux intérêts de ses coreligionnaires au cours des négociations que nouèrent les membres du gouvernement impérial et les délégués des colonies ch.ns le but de rédiger les articles du projet de constitution fédérale. M. Galt ex.gea que l'on garantit à la minorité protestante de Québec, non seulement les droits qu'elle possédait alors,mais tous ceux qu'elle pourrait a« quérir postérieurement, sous l'empire de la nouvelle constitution.