‹ Les écoles et collèges en provence depuis les temps les plus reculés jusqu'en 1789Chapitre 32 sur 49 · PREMIÈRE PÉRIODE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PÉRIODE

ECOLES EPISCOPALES ET MONASTIQUES ET ECOLES CIVILES PARALLÈLES DU IV^ SIECLE JUSQU*A CHARLEMAGNE.

C'est au IV' siècle qu'apparut dans la Gaule la vie monastique. Avec les apôtres du christianisme s'étaient élevées de nombreuses écoles destinées à propager leurs doctrines ; c'était l'enseignement chrétien, s'adressant surtout aux âmes, constitué à côté de renseignement païen, s'adressant davantage à l'intelligence et infiniment plus littéraire. Menacées sous Julien, les écoles chrétiennes reprirent bien vite, sous son successeur, leur hberté et leur activité. Déjà leurs progrès qu'avait vainement essayé d'entraver Julien par son fameux édit de 362, étaient marqués : les écoles civiles n'attiraient guère à elles que les classes supérieures, auxquelles elles pouvaient fournir, outre des professeurs nombreux, des collections, des bibliothèques, tandis que les écoles religieuses, pauvres en maîtres comme en livres, ne recevant aucune subvention de l'État, fortes seulement de leurs croyances et de l'empire qu'elles devaient exercer, travaillant sans cesse au même et seul but, dans une pensée unique, celle de conquérir le monde, ne visaient qu'à la clientèle du peuple, dont peu à peu elles s'emparaient.

a Le christianisme, révolution essentiellement pra-

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tique, s'est surtout proposé, dit Guizot, auquel je ferai plus d'un emprunt (1), de gouverner la vie des hommes, et non-seulement de quelques hommes, mais des peuples, du genre humain tout entier. y> Les écoles religieuses reflétaient donc admirablement, traduisaient, appliquaient ce programme, elles tendaient surtout au nombre, dont elles voulaient arriver à régir les volontés « par la domination officielle des intelligences. »

Les écoles religieuses étaient sous la domination des évoques qui en ouvraient dans leurs palais mêmes. A Torigine, ils donnèrent personnellement l'instruction, mais ils se déchargèrent bientôt de ce devoir sur les prêtres et sur les diacres. Là, naturellement, où Tidée religieuse devait régner en maîtresse souveraine, on n'étudiait les connaissances profanes qu'en les rattachant à la théologie. On y professait toutefois la grammaire, la rhétorique, la dialectique, même les sciences positives. On y lisait Sénèque, Cicéron et, en un mol, l'enseignement n'y difl'érait que peu de celui dont Grégoire de Tours parle comme étant alors réservé aux fils de famille, dans le passage de son histoire concernant Andarchius, esclave du sénateur Félix, auprès duquel il avait été placé dans son enfance ou sa jeunesse pour s'appliquer avec lui à l'étude des lettres. Les éléments principaux de cette éducation étaient Virgile, le code Théodosien, le calcul (2).

Bientôt à côté des écoles fonctionnant avec l'autorité

(1) Guizot, Histoire de la civilisation en France^ t. I.

{%) Grégoire de Tours, Histoire des Francs, livre 14, chapitre 47^ édit. de la société d*Hi8toire de France. — Ou sait que le code Justiuien ne fut coDQU en France qu^en 1137. L'étude des lois se fit donc jusque là dans le code de Théodosieo, publié en 485 par Théodose le jeune.

des évêques et confiées par eux à des prêtres ou des clercs, à côté du clergé séculier s'établirent de toutes parts les moines. Bien mal accueillis d* abord, assez mal pour être menacés de lapidation, ils surent gagner peu à peu ime influence prépondérante par leur travail, leur union, leur zèle à favoriser le mouvement intellectuel, leur vie toute d'étude et de prédication {ly Moins adonnés que ceux de TOrient d'où ils étaient venus, à la contemplation, à la solitude, moins ascétiques malgré les extravagantes austérités auxquelles *ils ne surent pas se soustraire (2), conformant leurs

(1) llalhearensemeDt le choix des maîtres par les évoques était loin d'être toujours irréprocbuble, et cette circouslance ne fut peut-être pas absolumeut étrangère au succès de la concurrence que leur firent les moines. Grégoire de Tours déplore les conséquences funestes de ce mauTais choix dont il signale notamment un exemple dans le passage qu'il consacre à Ethérius, évêque de Lisieux ; il y flétrit les actes d'immoralité, dMmpudicité, commis par le clerc auquel cet évéque avait confié le soin d'instrnire les enfants de la ville du Mans et blâme hautement Ethérius de son impardonnable indulgence pour les crimes d'un homme qui finit par comploter la mort de son bienfaiteur. (Histoire dts Francs, liv. VI, chap. xxxvi.)

(2) Grégoire de Tours signale comme un bomme d'une grande et méritoire abstinence Tévêque de Chalon, Agricole, « petit de taille, mais grand d'éloquence t, qui ne prenait d'autre repas que le souper, et y consacrait si peu de temps qu'il se levait de table avant le soleil couché. Nais il eo'ûite d'autres dont l'abstinence dégénérait en véritable folle, ce « reclos Patrocle, par exemple, qui, par suite de ses jeûnes éprouvait de •i fréquentes incommodités, qui ne buvait ni vin, ni bière, ni rien de ce qni peut enivrer, mais seulement de l'eau adoucie de miel, ne faisait usage d'aucun ragoût, mais seulement de pain trempé dans Teau et parsemé de sel, était contlnuablement en prières, portant toujours un cilice sur la peau. » Patrocle est bien certainement le modèle de l'abstinence et de la vie contemplative ; car il vécut longtemps ainsi : malgré ces inconuDodités fréquentes qu'il éprouvait, « il ue sortit de ce monde pour se réunir au Christ, qu'à l'âge de quatre-vingts ans. » Inutile d'ajouter que Patrocle avait le don des miracles ; de même que le prêtre Julien, du monastère de Randon, également remarquable par son austérité et son abstinence, c il guérissait d'un mot les possédés, rendait la ▼06 anx aveugles, et cbasser les autres infirmités par l'invocation du nom do Seigneur et le signe de la croix était pour lui chose facile.'»

habitudes et leurs règles au milieu dans lequel ils devaient vivre et à leur but de s'emparer de cette influence qu'ils ambitionnaient et qu'ils se préparaient tantôt par une tolérance, tantôt par une sévérité extrême, toujours par une politique habile, ils devaient être nécessairement et furent assurément plus utiles et plus forts. Ils le devinrent surtout du jour où, en 528, la règle de la vie monastique de saint Benoit devint leur loi générale, et traçant leurs devoirs, ordonna leur travail manuel et intellectuel, établit leur rigoureuse discipline, et cette perpétuité de vœux qui, * en les enchaînant pour toujours, fit de leur force uno force irrésistible. C'est alors que commencèrent ces innombrables et persévérants travaux plus utiles par la conservation des précieux manuscrits qu'ils ont sauvés que par la lumière qu'ils ont jetée sur leur temps. Ce n'est pas sans raison, en effet, que l'abbé Courtépée, parlant des chroniques de Saint-Bénigne et de Bèze, de Flavigny, de Vézelay, etc., a fait cette remarque, « qu'on doit se défier de la crédulité des moines, leurs auteurs, et du zèle qui les animait pour le bien et la gloire de leurs maisons (1). »

Combien surtout doit-on se mettre en garde contre les assertions contenues dans ces innombrables vies des saints, dont beaucoup ont été perdues, beaucoup sont restées inédites, et qui forment cependant, pour les cinquante-trois premiers volumes du Recueil des BollandisteSy au calcul de Guizot, la respectable collection d'au moins vingt-cinq mille biographies ! Quelle prodigieuse quantité de légendes, produit à la fois de

(1) L*abbé Courtépée, préface de sa description du duché de Bourgogne^ p. 23.

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l'exaltation religieuse et de Tétat moral de la société alors en décadence et plongée dans les ténèbres de la plus crédule ignorance (1) !

Du rv* au viti* siècle, le clergé et les moines furent souvent en dissidence. Comme l'a fait observer Guizot, la lutte des monastères contre les évêques existait la même que celle des communes contre les seigneurs féodaux (2): les moines se montrant bientôt jaloux d'entrer dans la société ecclésiastique, dans les ordres, tout en voulant conserver leur indépendance, les évoques méfiants de leurs prétentions, envieux de leur popularité, s'efforçant de les écarter jusqu'au jour où ils se virent forcés à proclamer eux-mêmes, dans les conciles, leur supériorité hautement reconnue au

(1) « Les premiers contes en FraDce furent les légendes des saints, narrées avec une crédnle simplicité et grossies de bouche en bouclie. Ces contes pieux, inventés par les moiaes, et enjolivés de détails peu édifiants, avaient pris racine dans la religion, et telle était alors la manie des contes, que les dogmes fondamentaux du culte furent travestis de ta façon la pins scandaleuse, sans mauvaise pensée. Ainsi l'évangile servit de teite à des facéties licencieuses. Les livres d'heures et les psautiers étaient d'ordinaire allongés de miracles, de diableries et de paraboles, qu'on lisait à réglise par manière de distraction... Voilà comment il est arrivé qne les plus célèbres prédicateurs du xv* siècle mêlaient tant de contes à leurs sermons, et changeaient la chaire en tréteaux. » Paul Lacroix, Bévue fie Paris, 1834, L 111, p. 303.

(S) On peut en juger par les difficultés auxquelles donna souvent rhonnenr de diriger les abbayes. Le titre d'abbés porté par les snpérieur des communautés monastiques remonte à l'établissement même de la vie cénobitique. Les abbés, ditMabillon (Prœf. in iU sœcu!. Beoedict.. n» 3), forent d*abord élus par ceux qui devaient leur obéir ; mais bientôt la jaloonie, Tambition et la cupidité ioteryertirent cet ordre, et les éleclious forent le résultat oo de la brigue des évéques ou de la violence des ecclésiastiques séculiers, qui, les uns et les autres, se placèrent souvent sor la chaire abbatiale. Le mal, ajoute Migne, s'augmenta de plus en plus durant le cours du vin« siècle. 11 y eut même quelquefois deux abbés, verus abbas, qui était l'abbé religieux et abbas miles qui était le seigneur. Simple protecteur et défenseur du monastère (de Laurières Glosa, du Droit français^ p. 197), ce dernier n'était, à vrai dire, qu'un abbé honoraire. .

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vii*^ siècle par le pape, et à les associer, sinon à l'existence, toujours distincte, du clergé, du moins à ses privilèges et à son pouvoir. Cet événement ne fut d'ailleurs pas tout profit pour les moines, condamnés par là même à perdre cette indépendance à laquelle ils mettaient, avec raison, tant de prix, et à voir s*étendre et s'affermir de plus en plus sur leurs monastères Tautorité épiscopale, dure pour eux comme elle rétait pour les prêtres (1) et contre laquelle ils ne conservaient d'autre force résistante que celle qu'ils tiraient de leurs biens et de certains droits importants de leur administration intérieure. Le plus précieux de ces droits était l'élection de leur abbé et des autres officiers monastiques, mais il fut loin de leur suffire toujours, comme on peut en juger par leur insoumission, leur insubordination, qui alla quelquefois jusqu'à la résistance à main armée, jusqu'à exiger de leur évêque, qui les excommuniait en vain, une charte analogue à celle qu'arrachèrent les communes aux seigneurs et dont elles faisaient jurer le respect et le

(1) Souveat môme, les évoques usaient les uns contre les autres de violences peu édifiantes. Grégoire de Tours nous en a conservé plus d*aQ exemple. Dans le 5« livre de son Histoire des Francs, il fait le récit des outrages qu'il eut lui-même à subir de la part de révoque de Nantes, Félix, auquel il avait refusé de céder une terre de son diocèse. S'il en est qui ont laissé une juste renommée de vertu, il en est, à en croire le même historien, un assez grand nombre qui n*ont laissé que de tristes souvenirs. On peut en juger par ce qu'il dit des iniquités révoltantes de Tévêque de Langres, Pappol, et des deux disciples de saint Nizier, évéque de Lyon, qui, « dés qu'ils furent devenus leurs maîtres par leur nomination, Salone à l'évêché d'Embrun, Sagittaire à celui de Gap, commencèrent à se signaler avec une fureur insensée par des usurpations, des meurtres, des homicides, des adultères et autres excès. » Grégoire de Tours rapporte môme de ces derniers un fait d'attaque à main armée contre un de leurs collègues qui célébrait la fôte solennelle de sa naissance, qu'ils maltraitèrent, dit-il, dépouillèrent, et laissèrent honteusement outrager, après avoir tué ses serviteurs.

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maintien à leurs successeurs les plus puissants. Il arriva même qu'en plusieurs circonstances, sur leur demande, les rois intervinrent comme arbitres et s*interposèrent entre les deux parties.

Quoi qu'il en soit, et dans ces conditions respectives des évéques et des moines, auprès et sous la direction de ces deux puissances ecclésiastiques, se fondèrent des écoles, et c'est seulement dans les documents qui nous restent sur ces écoles épiscopales et monastiques en même temps que sur les petites écoles également ecclésiastiques que créait le clergé dans les campagnes et dont, en 529^ le concile de Yaispn recommanda la propagation, que se retrouvent quelques données sur la seconde phase de nos origines scolaires qu'on peut ainsi dater de l'avènement même du christianisme (1).

A partir du v* et surtout du vi* siècle, les grandes écoles civiles si nombreuses aux deux siècles précédents avaient à peu près disparu pour leur faire place entièrement. Elles étaient donc déjà les maîtresses de Finstruôtion. « C'étaient surtout, je le répète avec Guizot, les jeunes gens des classes supérieures qui fréquentaient les écoles civiles : or, ces classes étaient alors en pleine dissolution. Leurs écoles tombaient avec elles; les institutions subsistaient bien encore, mais vides; l'àme avait quitté le corps. y> Puisque je cite Guizot, je ne puis mieux faire que lui emprunter

(l) On peut dire que rorigine de nos écoles épiscopales et monastiques remonte à rétablissement même du christianisme en Gaule. Un missionnaire n'entreprenait jamais les conquêtes de l'apostolat sans se muni^ de livres^ et dès quMl campait au milieu d'une peuplade, c*était pour y fonder une école de néophytes et se préparer des disciples. » Le Mattre, Let écoles épiscopales et monastiques depuis Charlemagne à Philippe' il if^ui/e (768-1180), p. 1.

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encore le tableau qu'il a tracé des tendances exclusives de renseignement épiscopal.

« Nous y retrouverons bien, dit-il, les noms de quelques-unes des sciences professées autrefois dans les écoles civiles, la rhétorique, la dialectique, la grammaire, la géométrie, l'astrologie, etc.; mais évidemment elles ne sont plus enseignées que dans leurs rapports avec la théologie. Celle-ci est le fond de l'enseignement: tout se tourne en commentaires des livres sacrés, commentaire historique, philosophique, allégorique, moral. On ne veut former que des clercs; toutes les études, quel que soit leur objet, se dirigent vers ce résultat.

<K Quelquefois même on va plus loin, on repousse les sciences profanes en elles-mêmes, quel qu'en puisse être l'emploi

« Le même fait éclate, et plus hautement encore, dans la littérature écrite Une révolution plus importante encore et moins aperçue s'y manifeste : nonseulement la littérature devient toute religieuse ; elle cesse d'être littéraire, il n'y a plus de littérature proprement dite. Dans les beaux temps de la Crrèce et de Rome, eten Gaule jusqu'à la chute de Tempire romain, on étudiait, on écrivait pour le plaisir seul de savoir, pour se procurer à soi-même et aux autres les jouissances intellectuelles. L'influence des lettres sur la société, sur la vie réelle, n'était qu'indirecte, et n'était point le but immédiat des écrivains. En un mot, la science, la littérature étaient essentiellement désintéressées, vouées à la recherche du vrai et du beau, satisfaites de les trouver, d'en jouir, et ne prétendant à rien de plus.

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a A l'époque qui nous occupe, il en est tout autrement : on n'étudie plus pour savoir, on n'écrit plus pour écrire. Les écrits, les études, prennent un caractère et un but pratiques. Quiconque s'y livre aspire à agir immédiatement sur les hommes^ à régler leurs actions, à gouverner leur vie, à convertir ceux qui ne croient pas, à réformer ceux qui croient et ne pratiquent pas. La science et l'éloquence sont des moyens d'action. Il n'y a plus de littérature désintéressée, plus de littérature véritable. Ce n'est plus le beau qu'on cherche ; quand on le rencontre, on s'en sert plus qu'on n'en jouit. L'application positive, l'influence sur les hommes, l'autorité, c'est là le but, le triomphe de tous les travaux de l'esprit, de tout le développement intellectuel (1). »

Peut-on faire une peinture plus vraie des tendances qui dominèrent du v® au viii* siècle et qui n'ont même

(1) Gaizot, Histoire de la civilisation en France, t T. On peut voir dans le dictionnaire d'archéologie sacrée de l*abbé Migne (▼. Abbaye) le tableau qtr*il fait de ces paissants établissements religieux des premiers siècles et des moines qui « ont une double prise sur les hommes, la possession du 8ol et le gouvernement des esprits. » Je ne sais si en voulant les défendre contre « les déclamations de Técole pseudo-pbilosophique », et en les montrant 8*imposant ainsi aux hommes, s^appliquant à en faire leurs esclaves, leur chose, il n'a pas contribué, au contraire, à faire ressortir les excès de leur domination et les dangers de leur puissance. Ce n*est pas rendre service à l'humanité que de soumettre la raison à l'autorité et à la force; c'est l'abaisser. N'est-ce pas, en effet, la responsabilité qui fait la dignité et la responsabilité peut- elle exister sans la liberté ? La vraie gloire des abbayes et surtout des monastères, c'est d'avoir su recueillir et conserver ces immenses richesses littéraires et scientifiques qui, sans eux, eussent été peut-être perdues. C'est par là et par la marche qu'ils ont, pour faire face à leurs propres besoins, imprimée à l'agriculture et aux beaax-arts qu'ils ont eu leur part au progrès humain. Mais, les gloriûer comme d'un bienfait d'avoir fondé ou consolidé leur influence par la supériorité toute matérielle que leur donnait la possession du sol, ou par un coapable abus de Tignorance et de la crédulité populaire, c'est vraiment trop d'enthousiasme.

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cessé de dominer depuis ce temps jusqu'à nos jours renseignement qui, aujourd'hui, a pris le nom de con* gréganiste? Grégoire de Tours lui-même le reconnaît avec regret dans la préface de son histoire: a La culture des lettres et des sciences libérales s'éteignait, ou plutôt dépérissait absolument dans les villes des Gaules... Il ne pouvait se trouver un seul grammairien savant dans la dialectique pour retracer les événements contemporains, soit en prose soit en vers, d C'est, dit-il, ce qui l'a décidé a à transmettre lui-môme aux temps à venir la mémoire du passé, bien que ne parlant qu* un langage inculte. » Ce qu'il faut, au surplus, principalement remarquer avec Guizot, c'est que l'état de décadence ainsi constaté ne résultait nullement, ainsi qu'on pourrait le croire, d'une indifférente apathie. Bien au contraire, il régnait alors une activité extraordinaire, fiévreuse, mais une activité qui ne s'appliquait en aucune façon à préparer desmonuments pour l'avenir, ne s'adressait qu'au présent et ne visait qu'à la conquête des esprits.

Il suffit de ce qui précède pour faire connaître les écoles religieuses épicopales, ce qu'on y enseignait et vers quel but unique tendait l'enseignement qu'on y donnait. A côté d'elles étaient les abbayes et les monastères qui portèrent longtemps, je le répète, ombrage aux évoques, et dont le nombre devait s'accroître rapidement, surtout au vu* siècle. Le pieux oratoire isolé d'un ermite, tel fut généralement l'origine de ces établissements qui, peu à peu, devaient finir par prendre une si grande extension et par exercer une si grande influence. Autour de l'ermitage se groupaient des cellules, une association se formait bientôt ainsi

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entre des hommes animés des mêmes sentiments, également résolus à se vouer à la prière, à la mortification, au travail de tout genre, intellectuel et matériel, puis la communauté grandissait, et, avec elle, forcément le monastère; la pauvre chapelle primitive devenait basilique ; enfin, se formait en même temps, comme annexe, le village, le bourg ou même la ville, lorsque de désert et d'inculte qu'il était, le pays était devenu propre à recevoir des habitants. Souvent ces derniers étaient attirés d'abord en pèlerinage par les miracles attribués soit à quelque membre de la communauté, soit aux reliques de quelque martyr ou de quelque saint abbé, puis retenus par l'abondance des ressources nécessaires à leur existence.

Dans les abbayes et les monastères, l'enseignement avait aussi sa part. Un moine, choisi parPabbé, devait, au dire de Mabillon (1), y consacrer chaque jour trois heures. Cet abbé lui-même était chargé du soin de donner l'instruction, et il sortit du cloitre plus d'un évêque de mérite. Saint Loup, à Chalon-s-Saône, dirigeait en personne les études de ses jeunes clercs. Mais l'œuvre des moines principalement à partir du vu* siècle, consistait surtout à conserver etmultiplier par la copie les monuments littéraires de l'antiquité. En grand nombre ils s'y employaient, tandis que d'autres s'adonnaient à la culture des beaux-arts ou se livraient à d'humbles travaux manuels, et, architectes, sculpteurs, peintres ou simples maçons, élevaient, construisaient, ornaient euxmêmes leur couvent que d'autres enfin pourvoyaient

(1} llabilloD, Acta sanctor», t. I, — Eist. littér, de la France, t. III, p. 83.

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des aliments nécessaires en se faisant agriculteurs.

Dans les monastères de filles, aussi bien que dans ceux des hommes, Tétude tenait une large place. La preuve en est dans ce qui se passait à celui que fonda à Arles un évêque célèbre, né à Chalon-sur-Saône, saint Césaire, au commencement du vi' siècle. Deux cents religieuses y étaient occupées à copier soit des ouvrages religieux, soit même des ouvrages profanes anciens, et tenaient en même temps écoles ouvertes. On raconte que sainte Rusticule, Tune de leurs abbesses, savait toute TEcriture par cœur et faisait apprendre le psautier aux jeunes filles qui lui étaient confiées. A Laon, une autre abbesse, sainte Austrude, est représentée comme ayant consacré sa vie à la culture des lettres, exercens se etiam in magisterio doctrinœ. Lorsque d*un monastère de femmes partaient quelques religieuses, comme de ceux d'hommes quelques moines, pour former ailleurs une nouvelle colonie, on se gardait bien d'oublier les livres nécessaires ; c'était le moyen certain de créer ces colonies, qui furent très nombreuses, avec un élément de succès immédiat.

Dès le V* et le vr siècles, la Bourgogne se couvrit de monastères, ou abbayes, parmi lesquels s'en distinguèrent plusieurs particulièrement : de 420 à 470, sous les deux premiers rois, on en trouve notamment trois dans le Jura, dont le plus fameux, celui de Saint- Claude, fondé par saint Romain, solitaire du Bugey ; saint Euphrone, ami de Sidoine Apollinaire et de saint Loup de Troyes, établit celui de Saint-Symphorien d'Autun ; l'abbé Jean, fils d'un sénateur Dijonnais, celui de Mou tier-Saint- Jean.

Le roi Sigismond qui, après avoir quitté l'arianisme

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pour la foi catholique, devait être compté au nombre des saints; qui, pour expier le meurtre de son fils, dont il s'élait rendu coupable à Tinstigation de sa seconde femme, se fit moine, et fut, en 524, détrôné par ses sujets et livré par eux à Clodomir qui le fit périr, fut un de leurs plus ardents protecteurs.

Peu de temps après la mort de Sigismond, en 530, Grégoire, dô* évêque de Langres, fils d'un sénateur d'Autun et bisaïeul de Grégoire de Tours, fondait à Dijon, qu'il avait choisie pour sa résidence habituelle (l)f la célèbre abbaye de Saint-Bénigne; Seine, fils du comte de Mesmont, celle de Sainte-Marie de Sestres, connue depuis sous le nom de Saint-Seine, à cinq lieues de là; saint Germain, celle de Saint-Marien d'Auxerre et Toratoire de Saint-Maurice qui devint l'abbaye de Saint-Germain ; le solitaire Saint-Eptade, celle de Cervon au diocèse d'Autun. Il faut encore rappeler Bèze, Corbigni, Couches, Cluny, Vézelay, Saint- Marcel, Saint-Rambert, Anzi-le-Duc, Perrecy, etc.

Deux siècles avant la fondation de l'abbaye de Saint- Bénigne, la première de Dijon, non point parce qu'elle est la plus ancienne, mais par ce qu'elle porte le vocable de l'apôtre de la Bourgogne, vers 343, s'était déjà élevée, sur la crypte qui jusque là avait servi au culte, la Basilique de Saint-Etienne. Elle était, dans le principe, desservie par des clercs envoyés pîirl'évêque de Langres, qui y vivaient en communauté, sous la direction d'un des permiers officiers de la cathédrale

(l) Grég. de Toarg, Histoire da Francs^ liv. 3, chap. xix. L'historien deé Fnnci, eu rapporUnt ce fait, a laissé de la ville de Dijon, à cetle époque, une desciiption an sujet de laquelle, à propos de ce quMl dit de •on origine^ ont eu lieu plus d'une controverse dont le dernier mot n*e8t peut- être p. s dit encore.

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de cette ville, leur supérieur et <c le genre de vie que Ton y pratiquait était à peu près semblable à celui qu'on pratique aujourd'hui dans les séminaires bien réglés (4) ». Elle devint ensuite leur deuxième cathédrale pour les évêques de Langres,tant qu'ils résidèrent à Dijon, pour prendre ensuite son caractère d'abbaye, composée de clercs-chanoines, sous l'autorité des abbés dont le premier connu fut Betto !•' (801), son bienfaiteur (2).

On peut donc faire remonter à la fin du iv° siècle l'établissement d'un enseignement épiscopal à Dijon même. Comment croire, en effet, que Saint-Etienne, avant même que la Basilique ait surmonté la crypte, n'ait pas eu son école, compagne ordinaire, et l'on peut dire nécessaire, de toutes les communautés qui surgissaient à cette époque, et qui, héritières des apôtres, chargées d'exercer et de transmettre le droit qu'elles avaient elles-mêmes reçu d'eux d'enseigner et de prêcher, trouvaient, au milieu de la décadence de la société civile et des classes aristocratiques des disciples disposés en si grand nombre à les suivre, dans les classes inférieures ? Comment croire que Saint-Etienne aurait négligé de chercher à conquérir, par une institution conforme aux tendances autoritaires de toutes les congrégations , celte masse plébéienne que les évoques et les prêtres voyaient se grouper chaque jour de plus en plus autour d'eux, et qui, par ses sentiments, sa faiblesse, son ignorance et sa crédulité, allait si grandement contribuer, à son grand préjudice.

(1) F^ot. Hist. de r Eglise abbatiale et collégiale de St-Etienne. — AveriiêsemeuU (%) Donation mentionnée au Recueil de Pérard, p. 47.

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à laisser se substituer à la puissance civile la puissance religieuse? Au \* et au vi« siècles, les évoques, chefs naturels des villes, administraient le peuple dans Tintérieur de chaque cité, le représentaient auprès des barbares, étaient ainsi établis d'une part auprès du peuple, de l'autre auprès des trônes et se préparaient dans Torganisation hiéj'archiquedela propriété foncière en formation, une troisième situation qu'ils eurent bientôt, celle de grands propriétaires (4). Quelle ne devait donc pas être leur autorité, quel devait être leur soin à la maintenir, à la faire s'accroître grâce à ces faciles impressions populaires qu'ils surent toujours si bien exploiter !

L'église n'avait-elle pas tout intérêt, pour conserver et augmenter son influence, à la mettre au service de progrès qu'elle pouvait retarder, mais qu'elle ne pouvait arrêter, et dont elle devait conséquemment préférer prendre la direction à la laisser à d'autres ? Fautil, du reste, une preuve qu'elle n'y manquait point? En 511, à Orléans, trente-deux évêques étaient réunis en un concile convoqué par Clovis, sur le conseil de saint Remy ; or, ils firent insérer au 2^ canon cette prescription : « que les enfants et petits-enfants des clercs soient sous la. puissance de l'évêque, au lieu de celle de leurs parents. » I/autorité paternelle supprimée à leur profit ! Pouvaient-ils aller plus loin? On verra ce qu'étaient les oblats ; du moins, en ce qui les concerne, cette autorité était volontairement abandonnée par les parents. Ici, c'était un sacrifice imposé et non seulement pour une, mais pour plusieurs générations !

(1} Guizot, ttist. de la civiiisaiion.

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Ce n'était pas d'ailleurs sous des hommes comme saint Âpruncule de Dijon (1), ou comme saint Grégoire^ évêques de Langres, que l'enseignement devait languir dans les villes de leur diocèse, surtout dans celle de toutes à laquelle ils avaient donné la préférence. Tous deux résidaient à Dijon, près la chapelle Saint- Vincent, son premier baptistère, voisine de Saint-Etienne, dont elle était le cimetière. Mais le dernier surtout, a le bienheureux Grégoire, prêtre renommé du Sei* gnqur, illustre par ses miracles et par ses vertus », suivant le portrait qu'en a fait son petit-fils (2), devait y signaler son ëpiscopat par ce fait mentionné plus haut et qui ne laisse aucune doute sur son ardente piété et son dévouement aux intérêts religieux, pai* la fondation de l'abbaye de Saint-Bénigne, dont Téglise, bâtie en 506, dédiée en 514, fut consacrée en 535 (3).

(1) Grégoire de Tours, Histoire des Francs, liyre 2, ch^p. xxiu et x^^zT et livre 3, cliap. ii. Saiul Apruncule, dous apprend-il, devenu suspect aux Bourguignons et menacé de mort, se sauva de la forteresse de Dijoo, en franchissant de nuit les murailles et se rendit* à Clermont où il devait être Vuu des successeurs de sou ami Sidoiue Appollinaire, suivant la prédietioD faite par ce dernier au moooent de mourir : « N*ayes ahi* cune crainte, 6 peuples! mon frère Apruncnle est vivant^ et il sera votre évôqne. »

(3) Hist, des Francs, llv. S, chap. xix. <c Illustre par ses miracles * dit Grégoire de Tours ; mais on sait combien était répandui suivant ati hlttorien, ce don des miracles a qu'il attribue peut-être avec plus de piété <iue de critique aux saints personnages dont il a écrit la vie » cooàme Ta justement remarqué Fraatin dans la 2* notice sur le casfrum Divtion/^nsep qu*il a publiée à propos du livre de M. Tabbé Bougaud sur la mission, les actes et le culte de saint Bénigne.

(3) Avec rétude historique publiée en 1869 sur saint Bénigne par. M. Tabbé Bougaud, algrs aumônier de la Visitation de Dijon, aujourd'hui .vicaire-général d'Orléans, il faut citer l'édition qu'a donnée, dkûs la collectipn des analectn Divionensia (18?:^, le même savant, de la chronique de saint Bénigne; A cette très curieuse chronique, qu'il ne faiil au surpluis consulter qu'avec la réserve qu'y apportait Côurtépée, a été jointe par M. Garnier, archiviste de la Côte-d'Or, celle de Bèze non moins cariease, mais tont aussi légendaire et faite àson imitation.

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L^église terminée, Grégoire fonda le monastère qa*il plaça sous le gouvernement d'Eustade, comme lui mis au nombre des saints, et qu'il dota richement. Puis après lui, son cptrvre trouva un zélé continuateur dans te roi de Bourgogne, (îontran, qui orna l'autel et le tombeau de saint Bénigne de ses couronnes royales, de ses manteaux les plus beaux, de croix, de châsses, de vases d"or et d'argent si précieux, que lorsque ces trésors disparurent plus tard (1). il ne se trouva aucun roi assez riche pour en réparer la perte. Saint-Bénigne, du reste, ajoute M. TabbéBougaud auquel j'emprunte ce passage (S), se montrait reconnaissant des hommages dont en entourait son tombeau. De fréquents miracles récompensaient la foi des peuples, soit qu'ils vinssent en pèlerinage à sa crypte célèbre, soit que trop éloignés ils invoquassent son nom. Assurément, saint Bénigne eût été bien ingrat d'en agir autrement; mais son élégant historien me paraît accepter, comme Frantin reprochait à Grégoire de Tours de l'avoir fait, avec plus de piété que de critique, tous ces miracles dont tes récits ont rempli les premiers siècles du christiamsme où, par suite, on trouve cet interminable catalogue de saints dont les Bollandistes ont en partie recueilli les biographies légendaires.

Ce qu'il y a de certain, c'est que l'abbaye, dès son origine, trouva, à côté de son dévoué fondateur, fort opulent lui-même et fort généreux envers elle, un royal bienfaiteur qui lui permit d'acquérir immédiate-

(1) Ib furent Tendus au xi« siècle, et le prix eu fut dislnbué aoY pauvres par Tabbé Guillaume pendant une famine générale. (Courtépée, t. II, p. 94.)

(t}-M. rabbé Bougaud, Étud* hUL sur saint Minigm^ p. S48.

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ment une autorité prépondérante, et lui prépara cette incontestable influence qu'elle eut plus tard sur les mœurs par cette autorité même, sur les lettres et les sciences parles travaux qui s y firent et par les savants qui s'y réfugièrent, et sur Içsails parles moines artistes, peintres, sculpteurs, architectes qui en sortirent, notamment au xi* siècle a comme d'une ruche j», pour former la grande école d^architectureBénignienne (1). 11 semble parla que, dès son enfance, la Bourgogne ait été, comme pour tant d*autres biens, une terre privilégiée pour les arts, dans lesquels jusqu'à nos jours, elle n'a cessé de fournir des modèles et parait avoir, au xix' siècle, surtout dans la sculpture, atteint son apogée.

Quoi qu'il en soit, il n'est pas douteux que Tabbaye de Saint-Bénigne ait été ainsi, en même temps qu'une école de lettres et de sciences, une école d'artistes. « Dè3 l'origine de l'ordre monastique, lit-on dansTintroduction à la Vie de saint Bernard par de Montalembert, saint Benoit avait prévu dans sa règle qu'il y aurait des artistes dans les monastères, et il n'avait imposé à l'exercice de leur art, à l'usage de leur liberté qu'une seule condition, l'humilité. Sa prévision fut accomplie et sa loi fidèlement exécutée. Les monastères bénédictins curent bientôt, non seulement des écoles et des bibliothèques, mais encore des ateliers d'art où l'architecture, la peinture, la musique, la sculpture, la ciselure, la calligraphie, le travail de l'ivoire, la monture des pierres précieuses, la reliure et toutes les branches de rornementation furentétudiées

(1) M. rabbé Dougaiid, Étml. hùt, sur Saint-Bénigne,

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avec autant de soin que de succès, sans jamais porter atteinte a la juste et austère discipline de Tinstitut.

« L'enseignement de ces arts divers formait même une partie essentielle de Téducation monastique. »

A peu de chose près, de Montalembert a tracé là le tableau lie ce que fut Tabbaye de Saint-Bénigne au point de vue intellectuel.

Non loin de Saint Bénigne était Saint«Jean, d'abord chapelle baptismale et sépulcrale fort ancienne et que saint Urbain, 6* évêque de Langres, passe pour avoir agrandie. Saint-Jean qui commença par être, si l'on en croit Grégoire de Tours, la basilique hors des murs, basilica extramurana, devint ensuite une abbaye, abbatiola. Serait-ce donc trop présumer que de croire que Saint-Jean avait aussi son école? Les évêques de i^ngres, dont le siège était l'un des plus célèbres, qui avaient, comme on le vit encore en 152G, suivant du Tillet, le pas sur Tarchevêque de Lyon, primat des Gaules, n'en plaçaient-ils pas partout où ils le pouvaient? Dès le \i^ siècle précisément, on en trouve a (^hatillon-sur-Seine, près d'un simple oratoire dédié à Notre-Dame sur la montagne où existe aujourd'hui Téglise de Sainte- Vorle, et c'est même à cette école que fut instruit saint Bernard, dontla chapelle souterrahie, bâtie par saint Didier, porte le nom (1) ; il y eu avait à Avallon.

Faut-il, au surplus, rappeler les autres abbayes, les autres églises qui du vi" au viii» siècle ont eu leur

(1) Notice historique sur le col/ège de Langres par François GauUiicr, professeur de rhétorique de ce collège.— Courtépëe, dans sa deâcripliou de CbàtilloD-sur-Seine, rappelle que cette ville a été autrefois fameuse par iCi écoles « qui sout très ancieuDes et qui étaient confiées par les éTé([ues do Langres à des prêtres de leur cathédrale. »

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école? Â quoi bon donner tous ces noms, puisque pai^ tout la même instruction y était donnée à un degré proportionné sans doute à leur importance ?

Quelques-unes donc seulement: Saint-Seine d'abord, dont j'ai déjà parlé plus haut, Tune des plus renommées, qui compta jusqu'à cinq cents moines et arriva à jouir de plus de quarante villages. Le récit de sa fondation est tel dans la vie de saint Seine (1) qu'on le prendrait, remarque Guizot, pour celui des premiers essais d'établissement de quelques colons au fond des plus lointaines forêts de l'Amérique, ou de quelques pieux missionnaires au milieu des peuplades les plus sauvages. Les miracles y applanirent heureusement encore toutesles difficultés et o changèrent en agneaux les loups féroces » qui occupaient l'emplacement choisi. Les loups, qu'on venait troubler chez eux, étaient, disent les actes, a les gens qui habitaient à l'entour et se repaissaient, comme des bêtes fauves, de sang et de chair humaine. » Voilà une de ces légendes du temps.

L'église de Chalon-sur-Saône eut, au vi« siècle seulement, trois saints et savants évêques : Agricole, l'ami de Fortunat, Flavie, référendaire du roi Contran, et Loup. Ce dernier surtout y fit, comme chef de l'écolo épiscopale, fleurir les sciences.

Saint Symphorien d'Aulun voyait en même temps prospérer les études, dirigées par saint Germain, qui futévêque de Paris et passe pour avoir été la gloire de l'église gallicane à celte époque.

Moutier-Saint-Jean, fondéparJean de llêorae, voyait

(1) § 7 et 8, Acta sanctor. ord, S^.Benedict., 1. 1, p. 264.

^*Bff9EIGNEMENT ?N PROVINCE ?3

coninie Saîot^eiui^i les disciples affluer d^ns son seini et prenait de pliis en plus d'exte&sion.

Mais je m'arrête : on trouve ailleurs, dans les ou vra^ ges spédanx, la série de toutes les communautés qui s'établirent alors ou s'accrurent, et dont il serait oiseux de donner une nomenclature complète.

De ce que je viens de dire, et du nombre des ab-» bayes ou monastères, de la certitude que tous avaient leurs écoles, il ne faudrait pourtant pas conclure à un enseignement bien répandu. Toutes ces écoles, en ^ffet, n'étaient point des écoles publique^. Avant le ix:* siècle, comme l'a fort bien observé M.Léon Maître (1), rectifiant sur ce point une erreur de D. C^ijot, les moines, suivant le précepte de leur réformateur saint Benoit, se contentaient de s'instruire entre eux, sans jamais ouvrir leur porte aux séculiers, et c'est seule*ment à partir du règne de Charlemagne que les Béné^ dictins consentirent à faire cause commune avec le chapitre des cathédrales. Les études ecclésiastiques devaient, en outre, former et formaient en réalité, par suite de l'exclusion des laïques, un enseignement exclusif. Aussi vit-on les évoques réprimer les écarts des maîtres qui paraissaient l'oublier et saint Grégoire luimême reprocher dans une lettre à saint Didier, diacre de saint Syagre, qui, devenu archevêque, de Vienne, fut une des victimes deBrunehaut, d'enseigner la grammaire et de faire expliquer les poètes profanes , au grand danger de favoriser ainsi TiJolâtrie.

Ce fut dans les dernières années du viip siècle seulement que Betto, évêque de Langres, le bienfai-

(i) Léon Mattre, les Ecoles épiscopaies et monastiques de V Occident, depuis Charlemagne jusqu'à Philippe- Auguste,

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teur de Saint-Etienne, « establit dans Langres et dans son diocèse des escholes publiqaesetdesmaistres pour enseigner la grammaire, la rhétorique et l'arithmétique, Tinterprétation des escritures saintes, la musique et le plnin chant et auUres arts libéraux. L'on adjoute que par les mêmes ordres du roy l'on y dressa une espèce d'académie avec privilesges et exemption pour les exercices militaires, comme de tirer de l'arc et de Tarbaleste, de manier une espéc et un bouclier, en un mot, de s'exercer aux armes (1). » Mais, avec Betto, j'anticipe sur une nouvelle période, celle qui s'ouvre avec Charlemagne, et qui mérite bien une étude distincte de la précédente; car Tavénement de ce prince ne fut pas seulement le signal d'une réforme, mais bien plutôt celui d'une régénération des études, qui amena dans les lettres, les sciences et les arts une véritable transfonnation.

(1) Extrail d'un aacicD manudcril cité par FrauçoU Gaulhier «Jaiis sa nolice biâlor. sur le collège de Laiigres.

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