CONCLUSION
A toute élude historique il faut une conclusion. Car les leçons de Thistoire sont celles de l'expérience ; le passé doit être la lumière de l'avenir, et, bien que le monde, malgré ses progrès incessants, semble toujours tourner dans le môme cercle, il est du devoir de l'homme do chercher sans relâche, sinon à briser ce cercle qui l'enserre, du moins à l'étendre dans toute la mesure de ses forces.
Donc, de tout ce qui précède que conclure? Que TEtat s'est trop longtemps désintéressé de l'instruction pubUque et l'a abandonnée trop longtemps aux seules mains de l'Eglise qui, comprenant mieux que lui la nécessité de l'enseignement et surtout la puissance qu elle en pouvait tirer, s'est servie de cette arme non point pour élever et faire grandir la raison humaine, mais au contraire, dans l'intérêt de sa domination, pour en arrêter l'essor et pour chercher à l'étouffer.
Aux premiers temps, c'est elle seule qui règne, et toute la science est dans la foi et dans la créduhté. Lors de la création des écoles séculières à côté ou à la place des écoles épiscopales et monastiques, elle reste encore la maîtresse, tout règlement d'études devant être approuvé à Rome. Au milieu du xv* siècle enfin, un mouvement extraordinaire se produit. Charles VIII a le courage d'adjoindre au légat du pape, pour la réforme de l'Université des commissaires laïques, l'émigration grecque nous amène ses savants, Timprimerie est inventée, le collège royal fondé. Les Etats
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généraux prennent pour diriger riustruction publique, la place des conciles ; une impulsion nouvelle et d'un nouveau caractère semble ouvrir aussi une ère nouvelle et plus libérale. L'Eglise s'effraie. C'est alors que lui apparaît inévitable, pour sauver son pouvoir menacé, une lutte longue et difficile, qu'elle se voit dans la nécessité d'appeler à son secours des alliés habiles, tenaces, intéressés au succès, et dont l'action ne soit jamais entravée par de malencontreux scrupules, et qu'au risque de devenir leurs esclaves, elle se jette dans les bras des Jésuites. Le mal qu'ont fait ces derniers, et qui ne ressort que trop des documents que j'ai produits, chacun le sait, même leurs amis qui ne l'avouent pas; les parlements l'ont hautement proclamé, et avec eux les rois, avec eux le pape luimême. Il fallut pourtant la révolution pour suspendre les effets désastreux de leur pernicieuse et anti-nationale influence, que la faiblesse de Henri IV leur avait permis de reprendre et d'accroître, en leur rouvrant cette porte qu'il leur avait prudemment fermée. Et, la révolution passée, ils reparurent. Vainement des voix autorisées s'élevèrent sans cesse contre les dangers qu'ils rapportaient avec eux. Vainement, jusque sous le dernier empire, des hommes considérables par leur situation, les magistrats les plus haut placés, s'efforcèrent-ils de rappeler que o l'enseignement, c'est la préparation de l'avenir delà patrie, et que l'Etat serait frappé de vertige s'il abandonnait cet avenir aux hasards de Texploitation industrielle ou aux vues redoutables d'une exploitation hostile. » Pas plus le Preniier Président que le Procureur Général de la Cour de Cassation n'était écouté.
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Que rhistoire nous éclaire ; ne retombons plus dans nos fautes; que TEtat se garde de ce vertige que semblait prévoir M. Troplong; que lui-même il fasse les hommes, les citoyens qui doivent le servir. Que pour les former, il ne recule devant aucun sacrifice, car il récoltera suivant sa semence. Qu'il ne confie point, ne laisse point remplir à d'autres qu'à ses mandataires directs et responsables, où à des personnes reconnues capables, qui aient sa confiance absolue, un des devoirs les plus sacrés qui lui incombent. Le temps a marché depuis Leibnitz : bien des yeux et bien des intelligences se sont ouverts; et àla République, tenant haut et ferme, sans jamais faiblir, le drapeau de l'instruction, muniede maîtres instruits, moraux, animés par le souffle d'un pur et vrai patriotisme, honorés comme le commande l'importance de leur sublime mission, il ne faudra pas un siècle pour changer le monde.
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