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p4 LES ÉCOLES NORMALES PRIMAIRES
Une seule école normale ouverte à Toronto, en 1847, suffisait à peine aux besoins de la province exclusivement anglaise, dont elle occupait à peu près le centre. Il en était tout autrement dans le Bas-Canada. Bien à tort, toutefois, la minorité anglaise se plaignait d'être négligée. Elle pouvait réclamer pour elle ce qu'elle avait si obstinément refusé à la majorité, tant que le gouvernement responsable ne fut pas établi. La nécessité d'une école normale pour la minorité anglaise s'imposait donc, et d'autant plus que les représailles n'ont jamais été dans les maurs de nos hommes d'État canadiens.
Montréal, était alors comme aujourd'hui, le centre le plus important de la population anglaise, puisque sur 220,000 citoyens anglais épars dans le Bag:-Canada, 200,000 au moins étaient groupés dans un rayon de 40 lieues autour de cette ville. D'autre part, Québec ni Montréal n'occupaient une situation absolument centrale en pays franco-canadien, lequel s'étendait depuis les rochers de la Gaspésie jusqu'au lac Champlain et aux rives de l'Ottawa.
C'est ce qui détermins la fondation de deux écoles normales, au profit des deux groupes bas-canadiens comprenant chacun environ 300,000 colons d'origine françair:. C'était aussi le meilleur moyen de recruter es élèves dans toutes les parties de la province, à l'encontre de i'École normale de Toronto, qui recevait près de la moitié de ses élèves, des trois comtés de Peel, York et Ontario. De toutes manières done, la fondation des écoles normales était accueillie avec faveur, et on le vit bien au jour de leur inauguration.
Aussitôt que les crédits furent votés par la Législature, M. Chauveau se mit à l'œuvre pour recruter le personnel des écoles normales. Ses premiers soins furent consacrés aux nouvelles institutions de Montréal.
C'est dans le vieux shâteau de Ramezay, agrandi et aménagé Pour répondre à sa nouvelle destination, que s'installa l'École normale Jacques-Cartier, nommé ainsi en mémoire de l’immortel découvreur du Canada. M. Chauveau l'habitait depuis deux ns, comme surintendant du département de l'Instruction 15 publique, qui y avait ses bureaux et sa bibliothèque. Situé fl dans la partie réputée aristocratique de la ville, le château | avait successivement servi de résidence à la famille de Ramezay, puis de magasin de pelleteries à la compagnie des Indes Occidentales. Peu après 1760, il était devenu la propriété du gouvernement qui l'affecta à divers usages. C'est au vieux château de Ramezay qu'Elgin, poursuivi par la populace : anglaise qui venait d’incendier le parlement et sa riche bibliothèque, se réfugia, emportant sous son manteau le projectile qu'on lui avait lancé par-dessus les lignes de soldats.
Au mois d'octobre 1856, M. Chauveau avait nommé principal de l’École normale de Montréal le jeune abbé Verreau, directeur au collège de Sainte-Thérèse, et dès cette époque, avantageusement connu pour son ardeur au travail et son érudition.
Aussitôt nommé à cette charge importante, l'abbé Verreau, de concert avec le surintendant, recruta le personnel de l’École, organisa les cours, établit des règlements scolaires, et, le 3 mars 1857, l'inauguration de ln nouvelle institu.ion se faisait avec une solennité sans exemple dans les fastes de l'enseignement primaire. Les plus hautes autorités civiles et religieuses y étaient présentes ou représentées. On y voyait Mgr Bourget et le supérieur de Saint-Sulpice, le maire de Montréal et ses quatre prédécesseurs à la mairie, le principal de l’Université MeGill et les professeurs de l'École normale de ce nom, et
96 LES ÉCOLES NOKMALES PRIMAIRES a ee eee A me plusieurs directeurs de nos institutions « enseignement secondaire. -
Gotte réunion des citoyens les plus influents de la société —
d'alors marquait bien l'harmonie des différents pouvoirs, qui tous s’unissaient loyalement Pour promouvoir les intérêts de l'éducstion primaire, et éclairer l'opinion publique au sujet des nouvelles institutions scolaires. Bien des préventions contre l'éducation pédagogique s'évanouirent, ce jour-là, et l'on: acquit enfin la conviction que les écoles normales loin d'être, comme en France, us danger pour la foi de notre population, en pourraient être un puissant auxiliaire.
Les élèves-instituteurs de la première promotion, au nombre de 27, furent l'objet s'une
bien en apprécier l'importance, doit “ Vous aves, dit le surintendant en s'adressant à Mgr Bourget, Vous ‘avez pris cette institution naissante sous votre protection. Certes, il convenait surtout à un évêque qui a Couvert son vaste diocèse de maisons de charité et de maisons d'éducation de tout genre, d'aider le gouvernement dans l'établissement d'une école qui complète aujourd'hui notre système d'instruction publique ”. : :
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