LT
FA
première liste des normaliens. Ne : L'hon. Chauveau, William Dawson, Principal. ‘de: l'Université anglaise et de son nouveau département l'École normale McGill, M. Hicks, le directeur suppléant, l'évêque anglican de Montréal et d'autres insistèrent fortement, eux aussi, dans leurs allocations, sur la nécessité du-cours : d'études destiné à donner . aux futurs professeurs une préparation pédagogique suffisante. Mais il importe de
a avatar mue STE o »
remarquer que les protestants d'alors, à l'exemple des catholiques, affirmèrent, ce jour-là, l'obligation d'imprimer aux écoles normales le caractère religieux indispensable à tonte solide éducation. ke à
L'évêque anglican Fulford disait : « Quelques merveilleux
avantages que l'on nous promette, comme fruit d’une éduca-
tion progressive, je me refuse à croire à ses bienfaits, si l'on tente d'établir son efficacité sans la crainte dé Dieu et la Connaissance de l'Évangile. Non seulement l'Église d'Angletèrre, mais aussi l'Église d'Écosse surtout et les Wésleyens, repoussent énergiquement tout ‘système qui voudrait faire de l'éducation une chose indér-ndante de la religion ”. M. Dawson apporte également l’appu: sa grande autorité en faveur de l'enseignement chrétien dans les écotes normales, On voit que la neutralité religieuse n'était pas encore devenue le cäractère dominant de l’écule protéstante d'aujourd'hui, et que les sectes non catholiques luttaient ferme contre l'envähissement du scepticisme scolaire, D'autre part, pas la moindre récrimina. tion ne s'élève contre le principe de séparation entre les éléments catholique et protestant. Nous voilà bien éloignés de l'époque des compromissions imposées, en 1836, à notre unique école normale de Montréal.
Désormcis Montréal et sa région, à peu près également partagée entre deux nationalités ét deux langues différentes, possédaient les deux institutions dont le beébin s'était fait si vivement sentir, et les œuvres qui naîtront à l'ombre de leurs murs, contribueront à resserrer les liens qui doivent unir les membres du personnel enseignant tout entier.
Québec, de son côté, n'était pas resté indifférent au mouvement normaliste, et lé 72 mai de la même année, avec la
pompe accoutumée des grands jours, il réunissait l'élite de ses citoyens autour du jeune et infatigable surintendant, pour la fête de l'inauguration de son École normale Laval. :
Le local qui en fut le berceau, possède une histoire encore plus intéressante que celle du château de Ramezay où s'était installée l'École Jacques-Cartier. On l'appelait le Vieuz- Château. . Construit en 1784 par les ordres du gouverneur Haldimand, il n’était alors qu'une dépendance de l'antique château Saint-Louis, détruit par le feu en 1834. L'incendie respecta le Vieux. Chateau et, à défaut de la vénérable relique du régime français, la population de Québec et le gouvernement reportèrent sur lui, l’attention respectueuse qu'on avait eue pour son aîné. L'antique magasin des poudres construit par Denonville, avait été recouvert par les constructions subséquentes et servit longtemps de cuisine et d'infrmerie au - pensionnat de l’École Laval,
Sous le rapport archéologique, l’École Laval n'avait donc rien à envier à l'École Jacques-Cartier, puisqu'on l’entourait des souvenirs les plus lointains de notre histoire. Ne vit-elle pas aussi dans une atmosphère tout imprégnée des traditions de nos ancêtres, sur ce rocher dont chaque pierre pourrait racouter une page glorieuse ?
Aussi n'était-elle pas seule, le 12 mai 1857, à célébrer la fête de sa naissance en pays bien français, et dont elle devait contribuer à faire aimer les chères et vieilles traditions.
Comme à Montréal, l'inauguration donna lieu à des discours remarquables où l'idée religieuse et nationale, la nécessité de l'enseignement pédagogique, l'union de l'Église et de l'État sur le domaine scolaire, l'espoir en l'avenir du pays, provoquèrent les meilleurs mouvements de sincérité et d’éloquence,
L'institution nouvelle avait à sa tête l'abbé Edouard Horan, irlandais d'origine, mais très familiarisé avec la langue française, et ancien secrétaire de l'Université Laval. Les pourparlers entre le surintendant et les autorités universitaires, pour l'affliation de l'École normale, s'étaient trop prolongés au gré
.de M. Chauveau, et l'abbé Horan, se trouvant alors sans emploi, fut chargé de son organisation. Mais, au mois d'avril suivant, il était nommé évêque de Kingston. Il laissait l’École Laval avant d'avoir pu mettre la dernière main à son œuvre. L'abbé Jean Langevin, ancien professeur de mathématiques au Séminaire de Québec, et ancien curé dé Sainte-Claire et de Beauport, lui succéda. Il peut être considéré comme Je véritable organisateur de l’enseignement pédagogique, à
: Québec. C'était la première des nombreuses vicissitudes que devait traverser l’École normale de la capitale française du | Canada. à
Toutefois elle avait sur son aîné ün avantage précieux.
On sait que M. Chauveau n'avait pu réaliser; à Montréal, son
projet d’un département normaliste pour lez institutrices, les
Dames de la Congrégation ayani refusé de recevoir dans leurs classes, des professeurs étrangers 2. jeux instiiu’ Il ÿ avait d’ailleurs une autre difficulté.
L'insuffisance de la subvention législative annuelle ne permettait pas cette dépense, et le déficit des premières années, à Laval, ne justifièrent que trop lés craintes du surintendant et des religieuses de la Congrégütion. Cependant les Ursulines de Québec, sur la demande expresse de Mgr
Baillargeon, consentirent à se charger du pensionnat des
élèves institutrices de l'École normale Laval, et à mettre à
leur disposition, leur grande et nombreuse école des externes.
Mais à raison de la pénurie des ressources allouées à cette œuvre pourtant si nécessaire, les religieuses ne se réservèrent que l’enseignement du dessin, de la musique, de la broderie et de la langue anglaise. Les autres cours furent et restèrent confiés aux professeurs laïques de l'École normale. Le 15 septembre 1857, le nouveau pensionnat était ouvert, et 33 jeunes filles venaient y recevoir l'enseignement pédagogique. ©’ Dans son ensemble, l'œuvre normaliste fondée par la Législature et organisée par M. Chauveau a done obtenu l'entière sympathie et l'encouragement de tous ceux qui se préoceupaient alors des intérêts scolaires du pays. Il ne reste plus qu'une lacune à eombier, L'École normale Jacques- Cartier n’a pas de département pour la formation pédagogique des institutrices, et il faudra attendre plus de quarante ans avant que les projets du gouvernement, sur ce point, se réalisent,
M. Chauveau a choisi ses collaborateurs parmi les membres les plus distingués de l’enseignement. Six instituteurs primaires ont été promus professeurs dans les écoles normales de langue française, Le nombre des élèves-instituteurs, peu élevé au début atteignit bientôt le chiffre qu'il ne pouvait plus guère dépasser. On le verra osciller dans l'unique département de Jacques-Cartier entre 40 et 90 ; à Laval, entre 60 et 120, à MeGill entre 50 et 125 pour les deux départements, Le recrutement des élèves bien pséparés devient de plus en plus facile à mesure que s'élève le niveau général de l'éducation. Ajoutons que la fondation de 24 bourses pour chaque département de jeunes gens, et de 30 chez les Ursulines, en réduisant
de plus d’un tiers le prix de la pension des élèves, rendait possible l'imposition d'un ensemble d'études plus complet et d’un travail plus sontenv,
Quel programme d'études suivaient ces élèves ? Quelle méthode d'enseignement était en honneur, et d’où s'inspiraitelle ? De quels moyens disposaient les classes nouvelles, pour entrer dans les mille et un détails de l'enseignement encyclopédique moderne ? Voilà autant de questions qu'il importe de résoudre pour comprendre le fonetionnement de notre système d'éducation, et rendre justice à ceux qui l'ont établi. Pour juger du degré de l'instruction d'un peuple, il suffit souvent de connaître les différents Programmes qui ont été en honneur dans ses écoles.
L'abbé Holmes, en 1836, avait été pour nos collèges classiques et nos écoles normales, on s'ep souvient, un organisateur éclairé et discret. Le programme qu'il avait proposé pour ces dernières était tombé dans l'oubli depuis quelques années, ou plutôt les relations continuelles de nos instituteurs avec les pédagogues d'outre-mer avaient peu à peu amené l’introduction des méthodes d'enseignement les plus modernes Leur adaptation à nos mœurs et à nos besoins s'était faite sans secousse, et qaand s’ouvrirent les écoles norma-
les de 1856, on pouvait, avec avantage, comparer les résultats obtenus par nos petites écoles aux résultats des systèmes scolaires de France ou d'Angleterre. C’est le témoignage unanime de tous ceux que n'aveugle pas l'esprit de parti ou de dénigrement systémacique. Les écoles normales s'ouvrirent donc dans des cifconstances favorables, et leur fondation était un signe des progrès rcalisés depuis vingt ans dans le domaine de l’enseignement primaire.
L'éducat.on était alors l'objet d'une attention toute particulière de la part du Souvernement, et des maîtres éminents
imposaient à leurs compatriotes des méthodes d'enseignement
que notre génération n'a eu qu'à perfectionner. Les instituteurs du Bas-Canada demandèrent des leçons de pédagogie théorique aux grands éducateurs de tous les pays — J.-E. de LaSalle, Pestalozzi, Lancaster, Bell, le P. Girard, Braün — et ils étudièrent des méthodes multiples dont l'efficacité était discutée dans les réunions des Associations. L'introduction des meilleurs manuels classiques d'outre-mer et des États. Unis simplifis singulièrement la tâche de nos maîtres d'école.
Mais ce dont on ne peut exagérer l'utilité, c'est un programme d'études régulier, où les matières sont distribuées par ordre d'importance.et qui estsuivi avec uno exactitude aussi graude que possible. Il faut bien maintenir daus les études une certaine unité qui empêche de glisser vers l'incohérence. L'école normale, oceupant dans l'enseignement une place intermédiaire entre les collèges classiques et les écoles commerciales, doit donner une instruction générale et complète, qui permette à l'instituteur de multiplier son
influence intellectuelle et moralo sur la société qu'il instruit, Qu'on ne s'étonne done pas de l'étendue du programme d'études de nos écoles pédagogiques. Il a été rédigé par M. Chauveau lui-même qui s'est. évidemment inspiré du plan d'études, tracé par l'abbé Holmes, vingt ans auparavant. Originairement, il comprenait, pour les trois écoles normales, mais réparties différemment, les matières suivantes : pédagogie, but principal d 1 cours, enseignement religieux, lecture raisonnée, leçons de choses, déclamation, grammaire française et anglaise, composition littéraire, éléments de la philosophie . intellectuelle et morale, l'histoire en général, et en particulier, l'histoire sacrée, l’histoire d'Angleterre, celle de France et celle du Canada, la géographie, l'arithmétique, la tenue des livres,
nt enseignées au point de vue pédagogique, c'est-à-dire de manière à faire onnaître aux élèves- Maltres les meilleurs méthodes et procédés d'explication. de développement, et d'exposition. Ru . Comme on le voit, les élèves des écolés normales devaient faire diligence pour remplir uni pareil programine— ils sons. orsient à l'étude 13 heures pér jour — car il était déjà de réglé, de donner une importance | langues française. Eù outre, le cours Et. 2£
premières années, Les élèves peu nombrens et, pour la plupart, âgés et instruits — plusieurs même étaient mariés — entraient dans les écoles normales : avec l'inteution bien arrêtée de se conformer à leur obligation
Plan de l'École normale Jacques-Cartier et des bureaux du Départe de l'Instruction publique,
ment au Château de Ramezay (*).
(*) À, Vieux corps de logis de l’ancien hôtel du gouvernem ent faisant face à ln rue Notre-Dame.
B, Mansardes du vieux corps de logis,
C, Rez-de-chaussée de l'aile neuve faisant face à la cour intérieure :
D, E, F, premier, second et troisième étages de l'aile neu ve,
1, Bureau du Surintendant ; 2, Salle du conseil de l’Instruction publique ; 3, Bibliothèque et bureau des clercs ; 4, Bureau du clere des comptes et des statistiques ; 5, Bureau du secrétaire : 6, Entrée des bureaux ; 7, Cabinet de lecture et salle d'attente ; 8, Entrée de l'Ecole normale ; 9, Magasin de livres ; 10, Dépôt de livres : 11, Galerie couverte ; 12, Amphithéatre de l'Ecole normale ; 3, Couloirs et escaliers ; 14, Salles de répétition de l’Ecole modèle ; 15, Grande salle de l'Ecole modèle ; 17, Gymnase ; 18, Maison du concierge ; 19, Dortoir; 29, Infirmerie ; 21, Lavabo ; 2, Escalters et couloirs ; 23, Appartements du Principal ; 24, Escaliers et couloirs ; 25, Ertrée de l'Ecole modèle ; 26, Cuisine ; 27, Salle de bains ; 2, Appartements du messager ; 29, Corridor ; 30, Garde-manger ; 31, Réfectoires : 32, Fournaises : 33, Classes de l'Ecole normale ; 34, Cabinet de physique et laboratoire : 35, Bureau du Principal : 24, Couloire et escaliers RE: : À Fiaitres ; 55, Sulle de récréation ; 29, Chapelle : 40, Salle de musique ; 41,( 12, Salle d'étude,
Farioir des élèves- ‘hambre des professeurs F
d'enseigner au moins trois ans, après leur cours pédagogique. Mais avec l'augmentation du nombre des normaliens, les difficultés pour les élèves-maîtres de remplir le programme … d'études, firent ajouter une année au cours primitif de deux ans, et le diplôme académique commença d'être accordé, d’une manière intermittente, à Laval en 1860, à Jacques-Cartier et à MeGill en 1861. Dans cette dernière école normale, le titre de bachelier donnait droit au diplôme académique, à condition de subir des examens satisfaisants sur les matières pédagogiques.
Depuis cette époque, la durée du cours des écoles normales n'a pas varié : une année pour chacun des trois diplômes élémentaire, modèle et académique et, à Jacques-Cartier, depuis 1868, une année additionnelle préparant au cours élémentaire, les élèves dépourvus des connaissances prélimipaires indispensables.
Le grand nombre des matières de classe imposait aux professeurs une lourde tâche. Force leur était de posséder une vaste érudition qu’il fallait toujours accroître, L'abbé Verreau, en même temps que directeur de l’École, enseignait en 1857, l'apologétique, la philosophie intellectuelle et morale, la pédagogie, l'histoire sainte, l'histoire générale, l'histoire du Canada et, en attendant d'autres professeurs adjoints, les sciences physiques, l’histoire naturelle et le dessin linéaire.
Le directeur de l’École Laval remplissait un programme équivalent, et faisait 20 heures de classe par semaine, en 1860, tandis qu’un autre professeur, M. de Fenouillet, s'était chargé à lui seul, de l’enseignement de la langue française: de l’histoire générale, de la littérature, de la philosophie intellectuelle et morale. ne
Aussi, le surintendant mit-il tous ses soins à ne nommer,
aux postes de professeurs, que des hommes d'expérience et d’une science incontestable. 1] n'épargna rien pour rassurer le public sur le bon fonctionnement des institutions pédagogiques, dont la bonne réputation importait si fort aux progrès de l'enseignement primaire.
Plusieurs des professeurs des écoles normales se distinguèrent dans les lettres canadiennes. L'abbé Verreau, doué ‘’une érudition très étendue, acquit un nom eutorisé dans l’archéologie canadienne ; on se souvient encore des polémiques de M. Thibault avec notre poète national Crémazie. Plusieurs autres professeurs publièrent des ouvrages estimés, à l’usage des écoles primaires, entre autres MM. Thibault, Juneau, Cloutier, Toussaint et Lacasse, surtout à partir de 1865 L'École normale Laval, considérée comme un des premiers postes du diocèse de Québec, a vu trois de ses directeurs élevés à l'épiscopat. ;
Quand augmerita le nombre des normaliens, l'enseignement se spécialisa davantage, et les professeurs se partagèrent les matières bien plus que les élèves. Les cours gagaërént en régularité et en valeur. Dès 1857, chaque classe ne dure qu'une heure, et on la consacte tout entière à une seule matière. Ainsi, les diverses parties du programme forment des domaines distincts. Le nombre d'heures affectées à chaque branche de l'enseignement, indique son degré d'importance dans l’ensemble.
Chaque jour, les élèves-maîtres, réunis dans une même salle, font chacun une heure de classe à l'école d'application, dont le Programme comprend toutes los matières communes aux écoles primaires, et des matières spéciales, telle que l’arithmétique mentale, l'algèbre, la géométrie, la tenue des livres et la
8ymnastique. Ceux de Jacques-Cartier trouvent l’occasion de parler l'anglais aussi souvent que le français, puisque l’école aunexe comprend, en 1864, plus dé 60 élèves de langue anglaise sur un total de 128 enfants, A Laval, la population scolaire anglo-saxonne est moins nombreuse, mais la langue anglaise n'y est pas négligée.
Les leçons de choses où ,ar les objets, soit naturels, soit artificiels, ne datent, comme méthode d'enseignement, que du dernier siècle, Dans nos écoles normales, elles out reçu, dès le début, une attention toute particulière. Mais, malgré les
efforts do M. Chauveau Pour répandre cette méthode d'ensei. .
gnement d'un usage si universel aujourd’hui, un bon nombre d'écoles primaires restèrent indifférentes à ce mouvement.
Le surintendant fut plus heureux avec l'enseignement de l'agriculture, et pour cette excellente raison, qu'il était davantage à la portée des élèves, en général fils de cultivateurs. La fondation, en 1853, d’un ministère de l'Agriculture, avait imprimé une impulsion nouvelle aux vieilles sociétés agricoles du Bas-Canada ; le Gouvernement et le pays tout entier commençait à comprendre l'importance de la question agraire, La grande foire agricole de Montréal, en 1854, fut le . digne prélude des succès de l'exposition des produits naturels du Bas-Canada, à Londres, l’année suivante.
M. Chauveau profita de l'engouement général pour les études relatives aux travaux des champs, et il accepta avec empressement l'offre que fit M. Ossaye de donner gratuitement des leçons d'agriculture à l’École Jacques-Curtier. Ces cours ont été publiés, Dans la suite, MM. Perreault et Dostaler se chargèrent successivement de l'enseignement agricole, à Jacques-Cartier, pendant que MM. Thibault et Landry enseignaient la même matière, à Laval.
Puis, sous la poussée de l'opinion publique, M. Chauveau songea même pendant quelque temps à annexer des fermesmodèles aux écoles normales pour l'enseignement pratique régulier des élèves-instituteurs. Devenu ministrs de l'Instruction publique, il envoya, aux frais du Souvernement, en 1868,
‘abbé Godin, ancien directeur de la ferme-modèle du collège de Sainte-Thérèse, recueillir dans les meilleures écoles d'agriculture de France, de Belgique et surtout d'Irlande, des renseignements précis sur l'organisation de l'enseignement agricole dans les écoles normales, En attendant qu'il fût mis à la tête du département agricole projeté, l'abbé Godin fut Chargé du cours régulier d'agriculture à l'École Jacques- Cartier, et les’ élèves apportèrent béaucoup de zèle à l'étude de cette matière si importante.
De son côté, la Chambre d'agriculture mettait à profit les suggestions de l'abbé Godin, en favorisant l'établissement des conférences agricoles dans les plus riches campagnes,
Enfin, en 1871, le Conseil de l'Instruction publique imposait aux écoles normales un Programme obligatoire d'enseignement agricole, comprenant Pour chaque semaine, deux heures de théorie et deux heures d'agriculture appliquée, soit dans le jardin attenant à l'école, soit sur la ferme achetée ou louée Pour cette fin. Par malheur, le Souvernement n'acquit ni jardin : ferme, et, À Jacques-Cartier, on ne put donner qu'après 1879, un commencement d'exécution à cet utile projet. Quand on reprit cette idée féconde en excellents résultats, il était trop tard, et la mode scolaire favorisait plutôt un autre enseignement, celui du dessin linéaire.
A Laval, la pédagogie théorique avec l'abbé Langevin, et la langue française avec l'abbé Lagacé, devenaient des spécialités
dont le milieu si littéraire du vieux Québec favorisait Je
développement. De son côté, l'École MeGill, tout occupée à fournir aux écoles de Campagnes des instituteurs ou plutôt des institutrices qui se faisaient de plus en plus rares, s'absorbaii dans cette tâche souvent lourde pour elle.
Les écoles normales qui avaient contribué à élargir les cadres de l’enseignement primaire, manquaient encore cependant de beaucoup de choses. D'abord, les vieilles constructions où l'on avait 1... ‘allé temporairement les élèves à Montréal et à Québec, laissaient beaucoap à désirer, et rendaient difficiles les études, les études scientifiques en particulier. A Jacques- Cartier, les musées de numismatique, de conchyliologie, de zoologie et de minéralogie, les laboratoires de physique et de chimie, à cause même de leur richesse, encombraient les vieux bâtiments du château de Ramezay, et les manipulations devenaient forcément de plus ea plus rares.
Laval, sous ce rapport, eut plus encore que Jacques-Cartier, de nombreux griefs contre le parlement ambulant qui, de 1860 à 1865, l'obligea à occuper l'édifice qu’habitent aujourd’hui ‘es Jésuites, rue Dauphine,
Les élèves des écoles annexes avaient tout particulièrement lieu de se plaindre du manque de lumière et d'air, dans les mauvais rez-de-chaussée qu'on leur avait destinés. Mais les édifices plus récents des écoles normales actuelles ne devaient pas modifier leur sort. On les oublia encore pour ne songer qu’à leurs maîtres. Ceux-ci, de leur côté, restent aux prises avec les difficultés de l'enseignement simultané dans les grandes salles des écoles d'application. La méthode lancastrienne offre de aombreux inconvénients qu'il serait facile de supprimer villeurs, avec ie nombre d'éièves-maîtres disponibles,
Le programme d’études des écoles d'application, était celui des écoles modèles d'aujourd'hui. La comptabilité, l'arithmétique mentale, l'histoire et la géographie, et même l'algèbre y étaient enseignées. Aussi les écoles annexes de Jacques-Cartier et de Laval étaient-elles très achalandées. Plus tard, à Jacques. Cartier, surtout à partir de 1879, on supprima quelques matières, quand l'élément anglais fut à peu près exclu par suite de: l'installation de la nouvelle école au Pare Logan (aujourd'hui Lafontaine).
Le temps des classes ne dépaser jamais cinq heures par jour. C'est suffisant, si l'on admet que .e nombre et l'activité des professeurs se remplaçant d'heure en heure, peuvent plus aisément accélérer le progrès des élèves. Car, ce qui diminue l'efficacité d’une classe,ce n’est pas seulement l’incompétence du professeur, mais aussi le surcroît de travail, que lui impose l'obligation d'enseigner pendant plusieurs heures consécutives. Ici, rien de tel. Les élèves-instituteurs se relayent toutes les heures, et pas un seul — à moins de circonstances exceptionnelles — n'enseigne plus d’une heure par jour. C'est pour les élèves et pour les professeurs un avantage très appréciable.
Il y a plus. Trop souvent, on est porté à attribuer à nos prédécesseurs dans l’enseignement un mépris systématique pour les exercices corporels, pour la gymnastique en particulier. C'est une erreur. Et il fait plaisir de: constater qu'à Jacques-Cartier, et dès le début, la gymnastique fut en honneur parmi les élèves-maîtres aussi bien que parmi leurs cadets de l'école d'application. A Laval, les directeurs favorisent la culture physique par des exercices militaires, la gymnastique ou l'escrime, et, en 1868, M. Dawson introduit à
MeGill Un cours régulier de 8ÿymnastique pour les élèves de la classe élémentaire.
Les programmes officiels nécessaires pour régulariser
l'activité intellectuelle des élèves et l'empêcher de se dépenser °a08 profit, eurent à l'École Jacqu “Cartier, un excellent prolongement dans les cours publics, organisés par M. Chauveau, l'année même de la fondation des institutions normales, Peu de grandes écoies, à Montréal, avaient jusque-là donné des conférences publiques. La vie d'étude n'était pas inconnue. Pourtant, et l'histoire du Canada passionnait les esprits cultivés, depuis la publication du grand Ouvrage de notre historien national, F.-X: Garneau.
L'École normale Jacques-Cartier eut la bonne fortune d'avoir pour princ'nal, nn de ces hommes épris des beautés de notre histoire et profondément versé dans la connaissance de nos origines. Rien de ce qui constitue notre patrimoine national n'échappait à ses patientes recherches, et aucun détail historique n'était, à ses Yeux, dénué d'intérêt. Ce goût pour la précision lui faisait profiter de tous les avantages que lui offraient les hommes d'expérience et d'études. Aussi, l'abbé Verreau réunit-il bientôt autour de lui tout ce que Montréal Co:nptait alors d'historiens, d'archéologues ou de chercheurs.
Le château de Rar1ezay, avant de devenir notre meilleur musée d’antiquités Canadiennes, fut, grâce à un heureux Concours de circonstances, le centre des intellectuels de la ville, dont on pouvait déjà prévoir le rapide développement. Les réunions chez M. Chauveau étaient célèbres dans le
meilleur monde, Là se rencontraient des députés, des ministres, des prêtres, des industriels, et les longues causeries sur les. choses du pays permettaient de connaître la pensée de chacun.
DE LA PROYINCE DE QUÉBEC Hi
des invités et de provoquer les plus utiles projets de réformes. C'est alors qu'on ent l'idée de créer des cours pour le public de Montréal et de faire servir à cette fin les salles relativement spacieuses du château. de Ramezay. Fe
M. Verreau eut bientôt dressé la liste des conférenciers. Chaque cours devait comprendre de six à douze leçons. M. Chauveau se chargea du cours de littérature ; le Père Schneider, jésuite, des cours de physique, de chimie et d’astronomie ; M. Desmazures, prêtre de Saint-Sulpice, d'uu cours d'histoire générale, Quatre professeurs de l'École Jacques- Cartier s'inscrivirent : e’étaient M. Devisme pour des leçons de grammaire française et de philologie ; M. Regnaud pour des leçons de pédagogie :
cours d'histoire du Canada.
Comme on le voit, c'était un beau et vaste programme d'études, qui embrassait les connaissances les plus variées. L'assistance aux cours était, à vra: dire, gratuite. Les conférences se donnaient deux fois la semaine, le lundi et le jeudi. Au début, on n'eut qu'à se féliciter de cette heureuse idée, et le publie se montra empressé à profiter des avantages offerts par l'École Jacques-Cartier. Les cours d'histoire générale de M. Desmazures — ils durèrent plus de deux ans — eurent un succès sans précédent, et malgré les nombreuses conférences organisées par les membres de la Bibliothèque paroissiale, un auditoire nombreux se présentait chaque fois que s’ouvraient les salles de l’École normale. | .
Pendant l’hiver de 1857-58, il se fit à Montréal un grand nombre de conférences. Les sogiétés littéraires, tant anglaises que canadiennes - françaises, montrèrent une vitalité incomparable.
A l'Institut Canadien, L..A. Dessaules parla du progrès, et M. Hector Fabre raconta avec un talent délicat ses impressions
laissé d'excellents souvenirs tels que MM. Chauveau, Sénécal, A. Boucher, Giband, Cyrille Boucher, Joseph Royal, Girouard, H. Fabre, Paul Stevens. Chaque semaine, deux ou trois conférences s'y faisaient sur la littérature et les beaux-arts. De son côté, le Bureau des Arts et Manufactures faisait faire une série d'entretiens populaires sur les sciences, Les cours publics dn Collège MeGill et ceux de la Société d'histoire naturelle, l'Association chrétienne des jeunes gens (Y. M. C. A.) et la Société Saint-Patrice, ia Mercantile Library Association, l'Œuvre de la Sainte-Enfance, et d'autres encore, répandent par la parole et par l'exempie le goût des études littéraires, scientifiques ou religieuses.
La presse quotidienne fait que de naître ; on supplée à son action, per les cours Publies st les revues, dont quelquesunes, l'Écho du Cabinet de lecture, par exemple, sont rédigées avec une grande maîtrise. Jacques-Cartier ne se laissa devancer par ausune association littéraire de Montréal, et tant que ses conférenciers ne furent pas absolument débordés par une besogne abeorbante, ils jetèrent un vif éclat sur la nouvelle institution scolaire.
Les normaliens assistaient à ces Cours qui étaient considérés <omme un co plément de leurs classes. Et pour les intéresser davantage à ces lecons publiques, un des élèves-maîtres
devait faire chaque soir, le résumé de la leçon précédente et, s'il était bien fait, le Journal de l'Instruction publique l'insérait dans ses colonnes. C'est sinsi que les élèves Amyrault, Raymond Giroux et d’autres eurent l'honneur, au
reste-bien mérité, d'être les collaborateurs des directeurs de notre enseignement primaire.
En 1858, M. Desmasures avait fait douse leçons d'histoire générale, M. Chauveau, douze de littérature, M. Verreau, six d'histoire du Canada, M. Regoaud, six de pédagogie. Par malheur les préoccupations de leurs charges ne permirent pas longtemps aux professeurs de l'École normale de continuer leur œuvre des conférences, MM. Chauveau, Verreau et Dostaler ionnèrent, en 1861, les derniers cours publies se rapportant à cette période d'activité intellectuelle intense.
Mais les élèves normaliens ne furent pas pour cela totalement exclus du mouvement littéraire et artistique du dehors. En 1862, M. N. Bourassa leur fit des leçons de dessin pratique, et le principal leur ménagea souvent l'occasion d'entendre des conférenciers de talent.
Au point de vue des cours publics, l'École Laval était favorisée par le voisinage de l'Université où M. Aubry, dès 1857, donna jusqu'à dix leçons d'histoire générale. Les élèves purent assister à ces cours, profiter de l'expérience des professeurs, se former eux-mêmes au maniement de la parole. Peut-être assistèrent-ils aux conférences de M. Hunt sur la chimie, de l'abbé Brunet sur la botanique. Il est certain toutefois que M. Ferland, professeur à l'Uviversité, fit aux normaliens des classes régulières de botanique.
Quoi qu’il en soit, l'année 1857 est remarquable dans l'histoire de notre enseignement par l'inauguration des cours publics réguliers en langue française. L'Université Laval à Québec, et l'École normale Jacques-Cartier à Montréal se partagent l'honneur d’avoir frayé la route sur ce domaine nouveau, où se rencontrent bien des difficultés et bien des. dangers.
La fondation des écoles normales primaires fut pour M. Chauveau, l'âme du mouvement pédagogique de 1857, le point de départ de fondations secon‘laires, mais d'une grande importance encore, et dont la permanence à démontré la solidité et l'à-propos. Je veux parler Cs l'Association des instituteurs, de la caisse des retraites et des journaux d'éducation, les véritables œuvres annexes ‘des institutions pédagogiques, et les trois Principales mesures votées par la loi scolaire de 1856.
Au lendemain de l'inauguration des Écolés normales Jacques-Cartier et Laval, le surintendant réunissait en Associations appelées aussi Conférences, les instituteurs laïques dés deux grandes régions scolaires dont Montréal et Québec sont les centres rerpectifs, Au début, elles se composérent, l'une de cinquant et l'autre de quarante membres actifs, Leur but ne différait guère de celui des anciennes associations dont elles avaient hérité, et les moyens étaient identiques pour l’atteindre.
Elles eurent, elles aussi, à lutter contre de nombreux obstacles : ls distance, la modicité du traitement des professeurs des campagnes, l'opposition des commissaires d'écoles, l'apatbie pour se perfectionner dans une profession si peu rémunérée, Pourtant les associations Jacques Cartier et Lava! augmentèrent constamment le nombre de leurs membres, Ilse forma même dans les circonscriptions d’inspecteurs, des conférences sectionnelles en rapport avec les grandes associations. Celle de Laprairie, fondée sur le modèle de la Conférence Jacques-Cartier par l'inspecteur Lanctôt, en 1857, fut le premier groupement de ce genre, formé dans le district de Montréal. Elle décida d'avoir sis ‘éunions par année,
mais elle n'eut pas un grand succès, et trouva peu d'imita-
trices.
Cependant plusieurs inspecteurs réussirent, en 1858, à constituer des Conférences régionales — entr'autres, M. Archambault, au village Saint-Marc : M. Germain, à Saint- Eustache ; l'inspecteur Leroux, à Saint ‘Damase. Cette dernière section, composée de 13 membres, décide de tenir six rSunions par année, sans préjudice des réunions à l'École normale. Ces diverses associations de comté restent en rapports constants avec la Conférence Jacques-Cartier, mais elles ne paraissent
Pas avoir duré plus d'une année, puisque mention n'est faite d'aucune d'elles, à partir même de 1859
Par contre, dans la région de Québec, l'Association des instituteurs de l'Islet, incorporée en 1857, eut quelques réunions, puis elle tomba, faute d'encouragement et d'assiduité de la part du plus grand nombre de ses membres. Il était dit que les efforts et le travail des Conférences sectionnelles ne pourraient jamais produire que de maigres résultats. Malgré les vœux et les encouragements réitérés des associationsmères de Québec et de Montréal, les professeurs et les inspecteurs virent leur initiative se heurter contre l'abstention du plus grand nombre des instituteurs, qui ne se souciaient pas de multiplier leurs frais de déplacement. Quoi qu'il en soit, il faut rendre hommage à ceux qui ont tenté de promouvoir, sous cette forme et dans les districts éloignés des grande centres, le progrès de l'instraction élémentaire. Longtemps après, les conférences données anx maîtres et maîtresses d'école par les inspecteurs, à l'occasion de leurs visites annuelles, ont remplacé avec des avantages différents et plus appréciables encore, les associations régionales éphémères.
Depuis ce moment, l'œuvre des Conférences centrales a Prospéré, étendant son heureuse influence sur tout le personnel
nseignant laïque, et continuant chaque année la série de ses études, dont un grand nombre offre un réel intérêt.
En groupant ainsi les eflorts des éducateurs canadiens, M. Chauveau apprenait au peuple à user d'une liberté longtemps contestée, mais enfin conquise de haute lutte. Peu à peu, s'effacent les derniers vestiges d’un passé regrettable, ct, en 1857, on peut dire qu'au point de vue-scolaire, la séparation est pratiquement un fait accompli entre les deux nationalités bas-canadiennes. Désormais, il nous faudra étudier l'un après l'autre, les deux Courants parallèles et d'importance inégale qui se côtoient sans se mêler jamais.
A l'époque où nous sommes parvenu, les Canadiens- ‘ançais forment, dans la province de Québec, un groupe homogène, tandis que les Anglais sont disséminés sur un espace immense. Bien que l'élément britannique jouisse encore ” ‘le certains privilèges, il est peu à peu livré à ses propres forces dans sa lutte pacifique contre l'élément français. Il lui importe done beaucoup de se Srouper en un bloc compact, pour diminuer les chances de défaites, ou pour ralentir la marche envahissante de la nationalité rivale.
Car, il n’y a plus à se le dissimuler. Les Cantons de l’est qui, dans l'esprit des Anglais d'alors, devaient servir de réserve à l'immigration protestante commencent d’être envahis par les Canadiens, dont l'étonnante vitalité a préparé, en un demi-siècle, une conquête désormais assurée. Aussi, c'est de ce côté menacé que l'Université anglaise dirigera ses bataillons scoluires les plus actifs.
En pays anglais et protestant bas-canadien, les groupements
ha om cc >
= « PE bond ét ao hdi ans ca
d'instituteurs ne furent pas moins nombreux et actifs qu'en pays français et catholique. Peu de temps après son inauguration, l’École normale MeGill fondait une association qui se recrutait principalement parmi ses anciens élèves, dont la plupart enseignaient dans lew écoles rurales. La première réunion annuelle ne date pourtant que de 1863, quand déjà se : dessinait le m:vement d'ensemble qui allait donner une cohésion plus forte aux Conférences régionales. Quinze ans après, sa vitalité semblait décroître à mesure que les associations rurales redoublaient d'activité et de zèle. Il est juste de reconnaître néanmoins, que ses membres avaient fait d'importants travaux pédagogiques. Ils avaient même formé un commencement de bibliothèque scolaire.
Mais il faut chercher ailleurs le grand effort pédagogique protestant, au point de vue des associations d’instituteurs. Les Cantons de l'Est surtout virent se former, vers la même époque, diverses Conférences sectionnelles composées d’instituteurs et d’institutrices,et réunissant le personnel enseignant de districts plus ou moins étendus. On en eut à Bedford, Sherbrooke, Stanstead, Huntingdou, Québec, Lachute et Saint-François. Cette dernière, fondée en 1858, tint régulièrement ses réunions annuelles, jusqu'à ce que l'Association provinciale lui fit perdre une partie de son prestige et de son importance. Peu à peu, ses séances devinrent moins fréquentes ; elles cessèrent même tout à fait, pour n'être reprises qu’en 1877, après plusieurs années d'abstention.
Car, au début, comme il était facile de le prévoir, on hésita longtemps sur les moyens à prendre pour opérer les réformes scolaires les plus urgentes, et entreprendre de nouvelles fondations. Les nombrenses sectes protestantes empêchaient
l'entente désirable, et la dissémination des gr :1p;3 de popu!»tion anglaise constituait un élément de division antrement redoutable.
Ceperdant, devant le flot montant de l'immigration Canadienne-française dans les Cantons de l'Est, l'élément anglais comprit mieux la nécessité, l'urgence même d'une centralisation scolaire plus étroite, afin d'atteindre tous les groupes de population non-catholique. A la suite d'une convention générale ténue à Montréal, en 1864, les instituteurs protestants résolurent d'associer leurs efforts et de grouper les Conférences régionales en une seule association, sous le nom de Provincial Association of Protestant Teachers.
Elle avait pour mission de protéger les intérêts généraux de tous les protestants du Bas-Canada, en matière d'éducation, d'unifier los efforts et les travaux des divers groupements d'instituteurs, de régulariser leur influence, d’affermir leur autorité en leur imposant un Programme unique d'action. Elle formait un corps indépendant, composé des membres de toutes les associations locales, et de tous les instituteurs qui voudraient en faire partie ; elle accordait à chacune des dix Conférences sectionnelles, des droits égaux dans le comité central de l'Association provinciale, et tenait ses réunions à tour de rôle dans les localités les plus importantes du Bas- Canada. Comme les précédentes, la nouvelle Association eut un caractère ouvertement confessionnel, et c’est à la lumière des principes chrétiens qu’elle entreprit la réforme de l'éducation primaire.
La première réunion de l'Association provinciale eut lieu à She : : soke, sous la présidence temporaire de William Dawson,
qui profita de sa grands autorité pour donner à ses compa-
triotes, des leçons de tolérance et de justice. “ Il faut bien, disait-il, se pénétrer de l'idée que dans un pays constitutionnel on ne doit point vouloir imposer aux autres ce qui ne leur convient point, et que ce n'est que par un système de concession rériproque que l'on peut parvenir à de bons résultats se
Car, depuis quelques mois, des murmures s'élevaient parmi les protestants à propos de certains manuels scolaires recommandés par le Conseil de l'Instruction publique, et en usage dans les écoles primaires. De plus, l'Association des instituteurs protestants de Montréal avait critiqué le tableau de la subvention de l'éducation supérieure, prétendant que les non-catholiques n'étaient pas traités avec impartialité par M. Chauveau et qu'ils étaient lésés dans leurs droits.
L'Association provinciale, à son tour, tout en reconnaissant que jusqu'alors les protestants étaient seuls responsables du mauvais état de leurs institutions scolaires, nttaqua notre système d'écoles séparées, le département de l'éducation et le Journal de l'Instruction publique, son organe officiel. On devine aisément que la difficulté venait surtout de l'application difficile d’une loi faite pour satisfaire les exigences de deux populations vivant ensemble, mais séparées par les traditions, la langue et la religion.
Mais, à côté de ces attaques injustifiables, d'autres instituteurs admettaient que la législation scolaire u’avait nul besoin d'être amendée, et nue M. Chauveau avait. montré la plus grande impartialité dans son interprétation, Certes, ce témoigoage ne manque pas de fondement, puisque, dès cette époque, les protestants receÿaient plus que leur part des subventions accordées à l'éducation supérieure, si l'on prend pour base de leur partage, le chiffre proportionnel de la population. Et puis,
n'y avait-il pas, en 1863, plus de 70,000 enfants catholiques, sous le contrôle d'inspecteurs protestants, tandis que 34,685 enfants protestants seulement recevaient des inspecteurs catholiques. Car, à cette époque, toute la population scolaire d’un district quelconque n'avait qu'un seul et même inspecteur. Mais les réclamations avaient pour but et pour effet surtout, de garantir aux protestants les privilèges qui leur restaient encore, et qui mettaient en évidence Ja magnanimité des Canadiens français. - Il faut reconnaître que le malaise dont souffrait l'enssignement non-catholique avait une autre cause. Il venait surtout de la difficulté de satisfaire les sentiments religieux si différents d'une secte à l’autre, de l'insuffisance des salaires accordés aux instituteurs, de l'irrégularité des sessions scolaires déterminées Par les caprices des commissaires ou des saisons, et enfin du boarding round System, régime absurde heureusement en pleine décadence en 1876, et auquel une circulaire du surintendant donna le coup de grâce huit ans plus tard.
Trop souvent aussi, les locaux scolaires étaient mal définis,
. et servaient simultanément aux classes académiques, modèles et élémentaires—d’après le système de Lancaster. Ajoutons à ces diverses causes d’ennui, la dissémination de l'élément anglais dans un pays dont la colonisation commençait à peine, et nous comprendrons mieux l'infériorité des écoles protestantes et les plaintes auxquelles elles donnaient lieu.
Le principal but des iostituteurs, en formant des associations, nous l'avons vu, était de s'instruire mutuellement sur les meilleurs procédés pédagogiques et de se tenir au courant des progrès réalisés dans l'enseignement primaire: Les sujets les plus divers furent abordés dans ces réunions, où chacun
apportait les lumières de son expérience et le fruit de ses études.
On peut généralement partager les travaux des Associations en deux classes : les lectures ou conférences et les discussions.
Grâce aux biblio: hèques dont disposaient les instituteurs au siège de leurs associations respectives, les conférences ont souvené produit d'excellents résultate, Dès 1857, les professeurs les plus expérimentés s'imposent la tâche de remplir dignement cette première partie du Programme des réunions, A côté des études purement pédagogiques dont les plus remarquables, jusqu'en 1879, ont eu Pour auteurs, à. Québec : MM. de Fenouillet, l'abbé Langevin, Thibauit, Letourneau, Cloutier :
à Montréal : M. l'abbé Verreau, MM. Valade, Archambault, Lacroix, Cassegrain, prenaient place les lectures ayant un caractère purement scientifique, littérai-3 ou philosophique. En 1873, l'Association de Québec faisait des conférences de physiologie, lisait des essais historiques. A l’École J'acques- Cartier, M. Valiquette donne six leçons sur l'apiculture, Fabbé Godin parle d'agriculture, M. N. Bourassa, de peinture et d'architecture.
L'abbé Verreau et M. Chauveau prennent une part active aux travaux des instituteurs, et plus encore aux discussions parfois très intéressantes qui permettent à tous d'exprimer leur opinion, et de faire Parler l'expérience personnelle. Chez
les protestants comme chez les catholiques, on discute souvent sur les meilleurs moyens d'améliorer la situation pécuniaire des professeurs, problème qui ne laisse indifférente aucune association. Les solutions proposées par les instituteurs pour résoudre certaines questions épineuses, agirent sur les décisions des législateurs de l'éducation. Nous devons ainsi à ces assemblées de professeurs, plusieurs des amendements les plus importants apportés à nos lois scolaires.
La fréquence des séances des diverses associations d’instituteurs ne fut pas toujours et partèut uniforme. En général, les réunions eurent lieu deux fois l'année, et pendant la saison scolaire. Leur durée varia aussi quelque peu. Au début, une journée entière partagée en deux séances suffisait d'ordinaire. Plus tard, certaines assuciations firent leurs assemblées en deux jours consécutifs, mais, après expérience, elles revinrent au premier mode de réunion. De son côté, l'Association provinciale des iüstituteurs protestants, à raison même de la diversité des intérêts scolaires qui lui sont confiés, réunit ses membres une fois l’année pendant trois jours entiers, ce qui ne peut manquer de produire d'excellents résultats.
Ajoutops que pour donner plus d'éclat à leurs assemblées, les associations invitaient fréquemment des personnages éminents dont l'autorité ou l’ascendant rejaillissaient sur elles. Les surintendants, des ministres, des évêques donnèrent, à maintes reprises, aux instituteurs laïques, des témoignages non équivoques de leur sympathie et de leur admiration.
Dans une importante circulaire, que M. Chauveau adressait aux intéressés, en 1857, il était question de l'établissement — prévu par la Législature — d’une caisse d'économie destinée à venir en aide aux instituteurs pauvres et incapables d’ensei-
gner. Cette caisse de retraites est commune aux catholiques et aux protestants. Son revenu annwl pro7ient de deux sourres distinctes : d’un fonds permanent créé par une subvention annuelle de la Législature au montant de 500 louis et des primes acquittées chaque année par les instituteurs. Un article du règlement laisse à ces derniers la liberté de payer, dès la première année, le montant des primes des années passées on de le faire retrancher de la somme due lors de la première année de pension. Le maximum de la pension était d’un louis dix chelings, par année de service dans l’enseignement. Le taux annuel n’en était pas fixé et dépendait du revenu des primes et du nombre des pensionnaires. Mais elle ne pouvait dépasser vingt louis. |
Si nombreux que soient d'ordinaire les avantages d’une caisse de retraites, et malgré les promesses presque formelles de l'augmentation de la subvention législative, les adhésions n'arrivèrent que lentement.
La faute en était à une c'ause des règlements de la caisse, laquelle antorisait les anciens instituteurs primaires retirés de l'enscignement, à s'inscrire comme pensionnaires dès la première année, et sans avoir rien versé au fonds des pensions.
En 1857 même, une somme de 3887 fut répartie entre 63 pensionnaires, tous anciens maitres d'école ayant cessé d’enseigner avant 1856. 4
Ainsi, l'État se déchargeait sur les nouvenux sociétaires de sa dette envers ses vieux instituteurs. La conséquence était facile à prévoir. Les pensionnaires augmentèrent tous les ans, — 164 en 1862 contre 63 en 1857 — les adhésions se ralenti. rent, — moins de 15 Par année — à cause de la diminution graduelle de la pension, — 34.00 Par année d'enseignement en
1857, et 8175 en 1862. Cinq ans après sa fondation, la Caisse des retraites scolaires pe comprend q"= 269 inembres, dont 74 sont pensionnaires.
C'est en vain que la Législature porta la subvention annuelle à $4,600, en 1870 ; elle ne réussit guère à détruire l'impopularité de la caisse, bien que celle-ci présentât toutes les garanties possibles d'intègre administration, et que plusieurs professeurs imprévoyants eussent eu à se repentir de leur négligence. :
La loi de 1380 devait modifier profondément cet état de choses. Au chapitre suivant, on en fera connaître les principales dispositions.
Est-il besoin de dire que les écoles normales ont été, pcadant longtemps, dans notre pays, l'obiet d’appréhensions qui ne disparurent que lentement. En 1857 pourtant, une seule chose, semble-t.il, s'oppose au recrutement régulier de leurs élèves : c'est l'insuffisance des salaires payés aux maîtres d'école.
Pouvait-on, à cette époque, et avec des chances de succès, Proposer à de nombreux jeunes gens de s’astreindre à des études professionnelles longues et dispendieuses, quand la carrière de l’enseignement ne permettait d'espérer qu'une médiocre rémunération ?
Aussi, nul ne s'étonnera que la recrudescence de la question du traitement des instituteurs coïncide avec la fondation des écoles normales et des ‘associations de maîtres d'école. Elle était déjà de date ancie ane, cette importante question, quand, en 1857, M. Chauveau adressait un pressant appel aux comuwissaires des écoles, pour les supplier de favoriser l'enseignement pédagogique professionnel, en augmentant le taux
du salaire des instituteurs “ À l'exception d'une seule, disait-il, toutes les objections que l'on faisait valoir — contre les institutions pédagogiques — on été détruites par les précautions qui ont été prises pour que la religion et la morale, loin de rien avoir à redouter de l'établissement des écoles normales, y trouvent au contraire tout à gagner ”. Bientôt, il constatait avec joie l’augmentation graduelle des salaires, et deux causes lui permettaient d'espérer que ce progrès s'accentuerait,
La première, c'est que les institutrices non encore brevetées devaient se pourvoir d’un diplôme avant juillet 1857 ; ce qui aurait sans doute pour effet de faire cesser la concurrence des maîtres et des maîtresses inférieuré au point de vue pédagogique. La seconde cause devait venir des écoles normales qui, en donnant aux écoles des maîtres plus compétents, pourraient exiger pour eux une rémunération plus élevée. Si, d'ailleurs, les commissions scolaires refusent de donner aux instituteurs un traitement convenable, la Législature imposera un salaire minimum qui devrait être, d'après M. Chauveau, de cinquante louis au moins pour les instituteurs, et de vingt-cinq pour les institutrices diplômées.
Mais les écoles normales iospireraient-elles une confiance plus grande dans les instituteurs qu'elles formeraient, comme cela s'était produit dans le Haut-Canada ? Neuf ans après la création de l’École normale de Toronto, les salaires étaient paseés de 50 louis en moyenne à 75. Rarement ils atteignaient la somme de 150 louis. En effet, le système scolaire du Haut- Canada ressentit plus promptement l'influence de l'enseignement pédagogique professionnel, car il est entièrement laïque, nulle corporation religieuse anglaise ne se livrant au profes-
sorat. Parmi les nombreux jeunes gens diplômés par l’École normale de Toronto et les Bureaux des examinateurs protestants, on saisit vite la différence entre les deux catégories de professeurs au point de vue des aptitudes à l snseignement et de l'instruction proprement dite, Les premiers furent bientôt les plus recherchés et les mieux rétribués ; cela ne pouvait manquer de donner une haute importance à l'École normale.
Les choses ne suivirent pas la même voie dans le Bas- Canada. Les congrégations religieuses d'hommes, appelées de France par nos évêques canadiens, ne tardèrent pas à acquérir une grande popularité, Mais au légitime respect qu'on avait pour leur caractère d’instituteurs religieux, se joigrait aisément un motif d'intérêt plus humain qui, dans bien des cas, leur faisait donner la préférence. Je veux dire le maigre traitement dont ils se contentaient alors, et qui, malgré l’augmentation du coût de la vie, est resté presque stationnaire.
De 1840 à 1876, de nombreuses maisons des Frères enseignants s'élevèrent sur tous les points de la province, et les municipalités les plus pauvres eurent l'ambition d'en posséder. Les seuls Frères des Écoles chrétiennes étaient au nombre de 117, en 1860, et ils donnaient l'instruction à plus de 6,500 enfants.
Ce mouvement scolaire eut, certes, un excellent résultat. L’instruction se répandit rapidement jusque dans les paroisses les plus reculées, et le peuple apprit à en mieux apprécier les avantages. Les collèges commerciaux se fondèrent, nombreux et bien outillés, et le programme esquissé plus de cinquante ans auparavant se trouva rempli, Chaque comté eut sa grande école centrale, qu'alimentaient d'élèves choisis, les meilleures écoles primaires.
Mais la venue des congrégations enseiguantes, on le conçoit, n'eut pas pour effet d'éléver le taux du salaire des instituteurs laïques, bien que l'instruction fut généralement mieux appréciée. De leur côté, les collèges classiques donnaient à coups de prodiges d'économie, une excellente éducation à des conditions pécuniaires extrêmement peu onéreuses et à la convenance des ressources des habitants des campagnes. Plusieurs même avaient ouvert des classes d'enseignement commercial, et ils faisaient des essais d'enseignement agricole et industriel. Le peuple s’habitua ainsi à exiger toujours davantage des institutions scolaires, tout en maintenant au rabais le traitement des professenrs de toutes catégories. u
D'ailleurs, l'état plutôt pauvre de nos campagnes pouvait-il Permettre une rétribution plus élevée ? Les fabriques ellesmêmes n'ont-elles pas compté uniquement sur le dévouement des paroissiens pour le chant liturgique, par exemple. L'enfant du peuple se souvenait de ses débuts difficiles, et quand, à son tour, il devenait instituteur, il avait assez de générosité pour ne pas exiger de ses élèves, au point de vue du traitement, plus qu'il n'avait lui-même donné étant élève. Voilà, semble-t-il, une des raisons de l'exiguité des salaires des professeurs laïques.
Qui ne voie d'ailleurs que cette infériorité du traitement professoral est commune à la plupart des instituteurs primaires du Canada. Aussi leur nombre tend-il à diminuer dans toutes les provinces, Tandis que, chez les protestants, les institutrices les ont peu à peu retnplacés, chez les catholiques, au contraire, les Frères enseigoants ont continué, à la campagne et à la ville, l'œuvre virile de leurs humbles devanciers, sans permettre
le moindre aaissement dans la valeur et l'étendue de l'éduca-
tion publique. Car il est admis que, dans la direction des adultes et des jeunes gens, les instituteurs ont une supériorité qu'ils abandonnent aux institutrices, dans la conduite de l'enfance.
S'il faut déplorer que les questions de petite économie aient eu parfois trop d'influence sur le choix des maîtres d'école, il est juste aussi de dire que la facilité à trouver pour garçons, d'excellents instituteurs religieux à très bon compte, y a Concouru pour sa bonne part. Toutes choses égales d'ailleurs, peut-on avec raison reprocher au peuple ses préférences pour les maîtres d'école à menus salaires ?
Une autre cause a contribué à maintenir la médiocrité du traitement des instituteurs. C’est l'accaparement graduel de l'enseignement primaire par les institutrices. La proportion de leur nombre s'élève constamment à partir de 1857, l'année taême où la loi scolaire les oblige à se pourvoir d’un brevet de Capacité officiel. Mais l'indulgence excessive avec laquelle les dix Bureaux d'examinateurs leur accordèrent des diplômes, empêcha de faire un choix judicieux parmi les nouvelles recrues du professorat primaire.
Ea 1859, sur un total de 2,129 institutrices en activité de service, 1,338 étaient diplômées. Quelle valeur avaient alors, aux Yeux du publie, les diplômes conférés par les écoles normales, lesquelles avaient le double inconvénient d'exiger de la part
des aspirants une plus grande dépense et d'argent et de travail. C'est en vain que M. Chauveau signale l’anomalie de cette concurrence et, à l'exemple de plusieurs inspecteurs, il blâme ouvertement les Bureaux d'examineurs d'introduire dans les écoles primaires des institutrices inférieures à leur rôle scolaire.
“ Le diplôme octroyé par les Bureaux, dit-il, ne devrait pas valoir hors du comté ct devrait être renouvelé tous les 3 ou 4 ans ; de plus, il ne devrait . permettre d'useigner que dans les écoles élémentaires ”. Toutes les remontrances furent inutiles. Bien plus, le Conseil de l’Instruction publique, sans doute dans le but avouable de favoriser la diffusion de l'instruction dans les districts éloignés et de population clairsemée, augmenta (1861-62) le nombre des Bureaux d'examinateurs, qu'il porta de 10 à 17, tout en réservant à 6 d’entre eux, à savoir : aux Bureaux catholiques et protestants de Québec et de Montréal, et à ceux des Trois-Rivières et de Sherbrooke, le pouvoir exclusif d'accorder des diplômes autorisant à enseigner dans les académies et dans les écoles modèles, Par boubeur, il exigea des connaissances plus variées des nouveaux candidats à l'enseignement, et il nomma des délégués spéciaux ayant pour mission de surveiller et de contrôler les nouveaux Bureaux d'examinateurs.
Ceux-ci d’ailleurs reconnaissent volontiers que les écoles normales on :: pour résultat, de former une classe enseignante bien supurieure à celle d'autrefois, plus instruite, et. plus au fait des meilleures méthodes d'éducation.
Mais les institutrices continuent d'affluer dans les écoles primaires, toujours favorisées par l'indulgence des Bureaux d'examinateurs, davantage peut-être par leur compétence exclusive à diriger les salles d'asile et les écoles élémentaires mixtes, par le médiocre salaire dont elles se contentent. Par contre, la décroissance du nombre des iostituteurs primaires vient de la difficulté d'avoir des écoles séparées pour les garçons, de l'augmentation des salaires avec le coût de la vie, des sollicitations de plus en plus pressantes des Carrières.
industrielles et commerciales. En voilà certes assez pour expliquer les changements qui s'opèrent, à cette époque, dans le personnel de l'enseignement primaire catholique.
Par bonheur, le développement des villes de Québec et de Montréal, ainsi que le progrès général de notre province, en créant de nouveaux besoins, ont élargi les cadres de la carrière du professeur laïque et il ne manque pas d'écoles qui, aujourd'hui, peuvent offrir : un salaire convenable à leur personnel.
L'Académie commerciale de Montréal, ouverte en 1853,-— et transférée au Plateau en 1871, — fut longtemps la seule école sous le contrôle de ls commission scolaire de la grande ville. Puis s'ouvrirent les Écoles Montcalm, (ancienne académie Sainte-Marie (1860), Champlain et Sarefield ( 1870), Olier (1875), Belmont (1876), Murphy (1900). La magnifique École de Salaberry est actuellement en construction.
Ces écoles, salubres et bien peuplées, offrent un salaire initial de 8600 qui peut s'élever graduellement jusqu’à 81,200.
Le principal reçoit (1909) un traitement de 81,200 avec nne augmentation annuelle de 8100, jusqu'à concurrence de 31,800. Il perçoit, en outre, certains bénéfices provenant de sources diverses, Il est peu de villes, dans tout le Dominion, qui accordent un traitement plus élevé à leurs professeurs d'écoles primaires ou même d'écoles normales. Il faut donc faire abstraction des instituteurs catholiques de la Commission scolaire de Montréal, toutes les fois qu’il s'agit des appointements des professeurs primaires laïques en général.
Mais dans les campagnes, les salaires restèrent longtemps presque stationnaires, à peu d'exceptions près, et les instituteurs ont quitté les uns après les autres la carrière de l’ensei-
gnement réservée dès lors aux institutrices et aux congrégations de religieux. U
Aussi, de güerre lasse, le Journal de l'Instruction publique, rédigé par M. Chauveau depuis 1857, ne manqüe pas de signaler à l'admiration du public, :es exemples de dévouement vraiment héroïques qui se rencontrent parfois chez les instituteurs. Un jour, il cite le cas d'un professeur du nom de Bernier qui, “ avec le mince salaire de 40 louis qu'il perçoit annuellement et qui suffirait à peine à l'entretien d’une personne seule, a pourvu aux besoins de sa famille, à payé le bois de chauffage de son école, et a de plus, économisé en deux ans la somme de 9 louis, qu'il vient de Payer pour se faire inscrire sur le régistre des institateurs contribuant au fonds . de pension ”!
D'autre part, les commissions scolaires rürales continuent d'offrir trop souvent leurs écoles aux instituteurs ou aux institutrices qui, par patriotisme ou par nécessité, donnent leurs services presque gratuitement. Et cette coutume est tellement entrée dans les mœurs, que le journal pédagogique publie complaisamment, pour les municipalités pauvres ou isolées, les demandes de professeurs à bon marché.
Pour détruire les mauvais effets de cette indifférence trop générale à l'égard dés maîtres d'école, ur. règlement avait été adopté, obligeant les commissaires et les syndics à donner trois mois d'avis aux instituteurs et institutricos dont ils ne veulent pas continuer l'engagement, l'année suivante. Que firent alors les commissaires ? Pour éluder la loi, ils imaginèrent de licencier simultanément tous les professeurs et de ne rengager que ceux qui se soumettraient aux conditions exigées, afin d'exciter la concurrence et de diminuer le taux des salaires.
Bien que le département considère cette destitution en masse Comme nulle, et qu’il menace les municipalités de les priver de toute subvention du gouvernement, le sort de l'instituteur n'en est guère amélioré et les contribuables ne s'en inquiètent pas davantage.
Cependant, vers cette époque, une excellente extension de la loi de 1841 vient atténuer, au point de vue des impôts scolaires, les funestes conséquences de l’apathie à l'égard des petites écoles et élever le taux du salaire annuel du personnel enseignant. La contribution mensuelle, en sus des cotisations régulières, devient obligatoire pour toute la population écolière, Elle ne doit pas, en 1877, être inférieure à cinq sous ni dépasser quarante sous, et elle est exigible de tous les enfants de 7 à 14ans qui fréquentent les écoles. Ces cotisations mensuelles rapportèrent bientôt de fortes sommes, Aujourd'hui, elles atteignent en chiffres ronds près de $300,000 annuellement. Mais, dans bien des cas, on ne vit pas clairement tout d'abord ou plutôt on ne voulut pas voir les nombreux avantages du nouvel impôt scolaire, et les instituteurs durent attendre longtemps encore, avant d'en recueillir les profits.
Il ne faut pas s'étonner, dans ces conditions, que les jeunes maîtres quittent le professorat pour l'industrie ou le commerce, dès que ceux-ci enchérissent sur les allocations de l’enseignement. “ Jusqu'ici, disait M. Chauveau en 1864, la presque totalité des élèves sortis des écoles normales aves un diplôme s'est livrée à l'enseignement, .. mais les salaires découragent ”.
La même remarque, quelque invraisemblable qu'elle puisse paraître, s'applique aux instituteurs protestants de la province, Les Associations, l'École normale, les sociétés d'éducation ne tarissent pas en doléances sur la médiocrité des salaires, et
me m0 PIN EN
nn Smet a mhaie rit dsadséteier és isnna sé tés
elles en étudient les causes avec une ardeur qui fait croire à leur gravité. Rien n'y fait. En 1881, un journal pédagogique protestant constate avec peine que le traitement annuel des instituteurs au lieu d'augmenter diminue, et il cite telle municipalité scolaire qui ne donnait encore que 8280 par année à son maître d'école.
En outre, dans les Cantons de l'Est, sévissait toujours la coutume bizarre du boarding round, laquelle obligeait tous les contribuables, à tour de rôle et pendant un temps déterminé, à loger et à nourrir le pauvre instituteur rural. Ce système étrange n’avait-il pas le double inconvénient de mettre le professeur à la merci des familles, et d'inspirer aux enfants des sentiments de mépris pour le maître dont ils connaissaient mieux le caractère dépendant ? A coup sûr, aussi longtemps qu'il subsista, c'est-à-dire jusqu'en 1884 au moins, il fut un obstacle sérieux à l'augmentation du salaire des instituteurs protestants, et une source intarissable de plaintes et de récriminations. Sa disparition ne réglait Pourtant pas toutes les difficultés de la question des écoles.
Avec la francisation plus complète des Cantons de l'Est, qui, pendant longtémps, ont été le boulevard de la nationalité anglaise et protestante dans notre province, les embarras scolaires, pour la minorité non catholique, se feron:, pins redoutables encore, ainsi que nous le verrons plus loin.
Nous avons déjà constaté que les Associations d'instituteurs, sans prétendre donner un enscignement véritable, avaient réussi à créer un réel mouvement pédagogique et à faciliter la tâche du professeur. Maintes fois, elles renseignèrent les surintendants sur l'état de l'instruction et la nécessité d'amender certaines lois, et les gouvernants ne se sont jamais inquiétés de
la libre attitude des instituteurs à l'égard de la législation scolaire. Mais les réunions, au nombre de deux ou trois chaque année, sont trop peu fréquentes pour satisfaire ce besoin de sympathie et de relation professorale qu'éprouve l’instituteur laïque.
Aussi, le zèle éclairé de M. Chauveau lui inspira-t-il de se servir du ministère du journal Pour resserrer plus fortementencore les liens qui doivent rattacher les instituteurs les uns aux autres, pour les informer des actes et décisions du département de l'Instruction publique, pour leur faire même, à l'occasion, l'histoire des idées et des faits contemporains. Les associations n'atteignaient que leurs membres, les journaux scolaires s'adressèrent à tout le personnel enseignant du Ras-Canada, à tous ceux qui s'intéressaient aux choses de l'éduvation.
Le surintendant Meilleur avait compris et signalé la salutaire influence que pouvait exercer le journal exclusivement pédagogique. Dans nombre de ses Rapports annuels, il en demande Ja fondation et en énumère les avantages. Il est juste de remarquer toutefois que la Minerve, la Bibliothèque Canadienne, la Gazette de Québec et d’autres périodiques, ont publié, avant 1857, des études et même des séries d'articles sur l'éducation. Des brochures avaient parti qui mettaient les
instituteurs au courant des meilleures et des plus récentes méthodes d'enscignement, ou qui essayaient d'indiquer les moyens pratiques d’accentuer le mouvement pédagogique. Une petite revue anglaise, The Gazette of Education, publiée à Montréal, en 1830, n'eut qu'une durée éphémère. La presse scolaire avait-elle chance de vivre avant qu'ait été régulièrement organisé un système d'éducation quelconque ? Jusqu'en 1855, les meilleurs éducateurs du peuple
s'absorbent dans leur tâche laborieuse d'initiateurs d'un vrai Mouvement éducationnel qui entraîne toutes les classes de la société, Ils n'ont pas le temps d'écrire, ils agissent. Mais au moment où M. Chauveau entré à la direction de l'Instroction publique, le régime scolaire est solidement établi, le programme est tout tracé, le personnel mieux formé, le peuple gagné à: la Cause de l'éducation. C'est alors que commence une époque de fondations
publique parut en tribune, le
jusqu'en 1879, Le journal anglais, quoique publié le même jour par l'unique département de l'Éducation, différait du journal français par son bureau de rédaction et son allure générale, Il eut pour sous-rédacteurs — le surintendant restant officiell:ment rédacteur en chef — Joha Radiger, James Phelan, Patrick Delaney. A Québec, il fut redigé sous la direction du ministre de l'Instruction publique, par Henri-H. Miles, jusqu’en 1879, ayant pour collaborateurs P. Delaney et George-W. Colfer. De grand format in-quarto, à deux colonnes, petit texte, les deux journaux pédagogiques, anglais eb français, se
publient chaque mois à 32 pages, sans annonces, et même sans réclame de librairie jusqu'en 1866. Pour une population anglaise d'à peine 200,000 âmes, l'édition anglaise ons que le journal français, et rien n'est épargné pour donner entière satisfaction à la
Paraît dans les mêmes conditi
minorité ethnique à laquelle il est destiné. Le tirage en 1858 n'est que d'environ 900 numéros pour l'édition française et de ‘édition française
surintendant, et il songea un instant À une amélioration instamment demandée : la Publication bi-mensuelle du journal. Elle ne } % être
l'article si intéressant qu'écrivait M. Chauveau sous le titre généra] de “ revue mensuelle ” eb qui avait ses lecteurs de choix. Mais le Journal de l'Instruction publique conservait quand même son caractère pédagogique, ce qui restreignait forcément le nombre de ses abonnés. Sept ans après, la circulation des deux journaux sc"laires, français et anglais, s'élevait respectivement à 3,000 ct à 1,500 exemplaires.
Le surintendant donna à cette petite presse pédagogique Un caractère aussi franchement chrétien que pratique. Aucune
ntm tttecets star mmee EN UT CN trier msisiiponsse
a not geo se a tes mime nt née human san
des questions d'éducation ne la trouva indifférente, depuis les problèmes de l'enseignement universitaire et secondaire, jusqu'aux mille et un détails de l'organisation de l’école primaire et de l’école maternelle, Elle prit, dès le début, la forme et l'allure générale du journal français, “ afin, disait M. Chauveau, de faire contrepoids à toutes les horreurs qui fourmillent dans les faits divers de beaucoup de journaux ”!. D'autre part, les revues pédagogiques d’Angletr re et des États-Unis surtout l'alimentèrent de leurs meilleures productions. Mais, à y regarder de près, on remarque pourtant une distinction assez notable entre les deux publications qui reflètent chacune le système d'éducativn qu'elles représentent,
On a disserté, à perte de vue, sur, les différences entre le système scolaire anglais, qui laisse tant de liberté à l'enfant et le système militaire français, qui soumet l’écolier à une obéissance sans réplique. On a dit que le preuier développe, avec l'esprit d'initiative privée, la fermeté du caractère, l'individualité intellectuelle et morale, tandis que le second ne fait que des révoltés ou des êtres sans volonté.
Tout en tenant compte des exagérations de part et d'autres, nous savons tous que le Français se porte plus volontiers vers les spéculations de l'esprit, les arts, les lettres, les sciences théoriques. L'Anglais, au contraire, a une préférence marquée pour le côté pratique de la vie ; la famille et l’école sont pour lui une initiation de chaque instant aux devoirs du citoyen.
Le Bas-Canada, en 1857, manifestait ces deux tendances Opposées dans son double système d'éducation. Les journaux de l’Instruction publique en font foi. L'édition française accorde une plus large place à la littérature et aux arts libéraux, à l'histoire et à la géographie. L'édition anglaise publie de
nombreux articles sur les sciences, les travaux manuels, les arts du dessin, la gymnastique, l'hygiène et les détails do l'administration scolaire : elle fait de nombreux emprunts aux journaux pédagogiques des États-Unis et de l'Angleterre.
Aussi bien, les protestants n’ont-ils jamais élevé de griefs sérieux contre le journal pédagogique anglais rédigé par le département scolaire de Québec. Les articles sur l'éducation en Angleterre, les études critiques sur les ouvrages anglocanadiens, les comptes-rendus des évènements les plus remarquables des écoles protestantes, les nombreux extraits ermpruntés aux auteurs anglais les plus judicieux, tout cela met en évidence la bienveillante attention de la rédaction pour les intérêts de l'éducation anglaise et protestante dans notre vieille province française. Parfois même, l'édition anglaise est plus volumineuse que l'édition française (année 1870). Voilà comment nos pères savaient pratiquer la tolérance et la générosité envers la minorité.
Le vœu exprimé par les protestants, en 1868, était ainsi pleinement réalisé. Par son habile administration, M. Chauveau avait supprimé toutes causes de conflit entre les deux populations du Bas-Canada. La lutte se continuait, pacifique celle-là, mais pour la possession du sol, et si l'éducation protestante des campagnes souffre tant aujourd’hui, la faute en est uniquement à la question agraire dont la solution en faveur de la population canadienne-française n’est plus douteuse.
C'est le lieu de signaler, ne fut-ce qu'en passant, un essai intéressant de journalisme pédagogique venu des rangs mêmes des instituteurs. Er 1864, trois professeurs primaires de Québec, MM. C.-J.-L. Lafrance, Norbert Thibault et Joseph
tata b gti abat as
Létourneau fondent la Semaine, sorte de revue religieuse, pédagogique, littéraire et: scientifique, Chaque numéro
‘ na eiatiinitmsiiriainrtarnssonsonanceoduies
abs dé him das <a bt caur crut,
noté. ns . ns
ua volume de 416 pages.
Il s'occupe surtout de pédagogie et s'adresse à toutes les Personnes particulièrement intéressées à la cause de l'éducation. En envoyant le dernier numéro de l'année et de la publication, les rédacteurs se plaignent du peu d'encouragement qu'ils ont regu de la part des instituteurs, auxquels ils reprochent ‘“ ce manqué d'union qui presque toujours a distingué les membres de notre classe, cet isolement. qui menace de faire bientôt le caractère distinctif de l'instituteur canadien ”!
Cette revue pédagogique n’ajoutait qu journal de M. Chauveau aucune amélioration importante. Elle n'introduisait aucune idée nouvelle capable d'entraîner une partie quelconque du personnel enseignant des petites écoles. Trop spéculative pour les instituteurs primaires, el! disparut après une année d'existence, sans avoir entamé le prestige attaché au nom des rédacteurs du Journal de l'Instruction publique.
En 1867, Québec était élevé au rang de capitale provinciale. Sur les instances de Sir G.-E. Cartier, M. Chauveau prenait la direction du ministère, et restait à la tête du département scolaire avec le titre de ministre de l'Instruction publique.
Tout le -département fut ainsi transféré à Québec qui acquit, du même coup, le siège du Conseil de l'Instruction publique et la rédaction des deux seuls journaux pédagogiques de la province. :
C'était une perte considérable pour Montréal et, en particulier, pour l'École Jacques-Cartier qui se trouvait ainsi privée de l’usage de la riche bibliothèque du Bureau d'éducation, composée d'environ 9,000 volumes, en 1863. :
DE LA PROVINCE DE QUÉBEC 141 Quoique imprimé à Québec, sous la direction de l'hon. Chauveau, le double Journal de l'Instruction publique, évolua sensiblement, A l'exception de la “ revue mensuelle 5 toujours écrite avee un grand soin, beaucoup de pages sont
loisirs à l’hon, Chauveau. L'abbé Verreau #absorbe de plus en plus dans des études minutieuses sur nos origines fiationales, et la Société historique de Montréal est, avec l’École Jacques- Cartier, le théâtre le plus accoutumé de ses travaux et de ses leçons. Cependant, des écrivains de talent se réunissaient encore dans les bureaux de la rédaction du journal pédagogique français envoyé gratuitement (1877) aux instituteurs, aux députés, et aux curés de la province de Québec. La colonne de la Tribune libre était ouverte aux études scolaires et aux suggestions des instituteurs,
La subvention accordée par la Législature au Journal de l'Enstruction publique, ne s'éleva jamais assez Pour permettre à leurs rédacteurs de songer aux améliorations qu'ils avaient projetées dès le début. Les grands services qu'il avait rendus à la cause de l'éducation donnaient droit certes d'espérer que le Souvernement ferait tout en son pouvoir pour en continuer la publication.
Aussi, quelle ne fut pas la surprise des instituteurs, quand le département ann0nçs sa prochaine disparition. Après les articles si instructifs et si intéressants pabliés pendant l'année 1878, comment croire que la Législature refuserait l'allocation annuelle ordinaire (81,800) ? Ce fut pourtant ce
qui arriva. Au mois de juin 1879, les rédacteurs des éditions anglaise et française du premier journal pédagogique de notre . Province aunoncirent qu'il céssait de paraître, faute de fonds. Mais, en même temps, ils donnaient l'assurance que l'initiative privée allait incesiamment se charger de combler le vide créé par la disparition de cette double revue scolaire. En effet, après quelques tâtonnements, nous verrons les instituteurs eux-mêmes prendre en main le direction des journaux d'éducation, et leür imprimer ls tournure plus spécialement pédagngique qui les caractérisa daus la suite,
Les années qu'a vécu le journal de M. Chauveau comptent sans contredit parmi les plus brillantes de l'enseignement primaire, Dirigé par un esprit indépendant ‘et cultivé, il a accompli une œuvre de vulgarisation pédagogique, scientifique et littéraire, dont on ne saurait nier la profondé et heureuse
influence sur le personnel enseignant des petites écoles,
Avant de quitter le département de l'Tnstruction publique POUF nous occuper, à nouveau, de l'œuvre des écoles normales, il ne sera pas inutile, croyons-nous, de jeter un coup d'œil rapide sur l’organisation du Conseil adjoint au surintendant pour la gouverne de l'enseignement primaire. Il jouera désormais dans l'histoire du développement de notre système scolaire un rôle si important, qu'on ne saurait l'ignorer plus longtemps, même dans cette courte esquisse sur les écoles normales de notre province, F
Depuis 1841, la direction générale de l'instruction publique n'a pas subi de sensibles modifications. Elle reste soumise au contrôle d’an surintendant unique qui, aidé des inspecteurs régionaux, en surveille le développement et en cortige au
besoin les écarts. Mais avec l'admirable floraison d'écoles qui, de toutes parts, ouvrent leurs
conseil spécial chargé de l'aider dans son importante fonction
et de partager avec lui la responsabilité de la régie des écoles nationales. La loi d
Il se partageait en trois comités permanents ; ceux des règlements des écoles, du choix des livres, et des règlements du Conseil, Il se réunissait quatre fois l’année en séances privées au château de Ramezay, c'est-à-dire, an siège du département de l'Éducation. Le surintendant en faisait partie ex-oficio, mais il devait en respecter les décisions, Le premier président du Conseil de l'Instruction publique, fut Sir E.-P. Taché, élu en janvier 1860.
1869 fit davantage. Elle réorganisa entière.
ment le Conseil, et en portant de 14 à 21 le nombre de ses membres, et en le scindant en deux comités distincts, l’un catholique et l'autre protestant, composés respectivement de 14 ef 7 membres Le ministre ou le surintendant était de droit membre de chacun des comités, mais il ne pouvait voter que dans le comité de sa croyance religieuse. C'était pour.la minorité protestante un nouveau Pas vers une autonomie de plus en plus complète, au point de vue scolaire. Elle ne manqua pas d'user de la très large liberté qui venait de lui être de nouveau garantie par la majorité catholique canadienne.
Eofin, survient la loi de 1876 qui réforme une fois de plus la composition du Conseil de l'Instraction publique et même tout lo système scolaire, M. Gédéon Ouimet qui, en 1878, avait succédé à M. Chauveau au ministère de l'éducation venait lui-même d'être remplacé par M. Georges de Boucherville. Dans 'e court espace de derx ans, l'unité de direction si nécessaire à tout enseignement se trouvait donc rompue deux fois par suite de ces déplacements suecessifs. Tous ceux qui s’intéressaient aux Progrès de l'instruction s’inquiétaient à bon droit du caractère instable, que les fluctuations de Ja politique imprimaient nécessairement à la législation des petites écoles. Devenu premier ministre, M. Charles-B. de Boucherville n'eut rien de plus à cœur que le règlement définitif de cette question capitale.
Avec une parfaite intelligence de l'état politique et
nelle des divers groupes ethniques. Le but était de soustraire. l'enseignement du peu
Le département de l'Instruction publique est remis à la charge d’un surintendant nommé par le lieutenant-gouverneur et son conseil durant bon plaisir, et ayant tous les pouvoirs, attributions, droits et obligations de l’ancien surintendant. Le comité catholique du Consëil, aviseur naturel du surintendant, — Comme d'ailleurs le comité protestant, qui reste le même — se composers désormais des évêques ou administrateurs de chacun des diocèses catholiques de la province, et d’un nombre è égal de laïques désignés également par le lieutenant-gouver- . beur de la province, Disons enfin, pour être complet, qu’en 1906, le Conseil fut augmenté de quatre nouveaux membres, mais choisis cette fois — la chose est si raisonnable — parmi les professionnels de l'enseignement primaire. On voit aisé.
ro
ment quels inappréciables services ile pourront rendre à
l'instruction publique comme représentants du personnel
enseignant primaire dont ils connaissent les besoins et le : dévouement.
C'est de ce Conseil de l'Instruction publique, assisté du surintendant, qui lui-même dirige le corps des inspecteurs des écoles, qu'est parti très souvent le mot d'ordre pour Ia réalisation des réformes scolaires que réclamaient les progrès économiques, industriels et agricoles du pays.
Les écoles normales n'ont pas échappé à cette heureuse influence. Et après cette digression sur le nouveau büreau de direction de l'enseignement primaire, il ne sera pas malaisé d'en suivre les traces nombreuses, ,
Dès les premières années, l'enseignement Pédagogique et pratique donné par les écoles normales ne tarde pas à ‘produire un salutaire effet sur le personnel et le programme des petites écoles, Le soin que le gouvernement avait apporté dans le recrutement des professeurs des écoles normales, la publication du programme d'étr des ai complet, la compétence reconnue des directeurs de ces institutions, la publicité donnée aux examens de fin d'année, avaient inspiré à ceux qui l'avaient étudiée, une grande confiance dans l'efficacité d'une œuvre si sagement élaborée. Loin d'tre ostraeisés comme ils avaient lieu de-le craindre au début, les élèves sortant des écoles normales trouvaient aisément de l'emploi, et le nombre
En 1867, à l'École Laval, département des garçons, 118 diplômes avaient été accordés à 97 élèves-mattres, sans compter les diplômes obtenus des Bureaux d'examinateurs
DE LA PROVINCE DE QUÉBEC 147 par les anciens normaliens. Sur ce nombre, 14 maîtres seulement n'ont pas enseigné pour différentes raisons et 48. étaient encore dans l'enseignement, 11 faut done conclure que les dix onsièmes des élèves munis de diplômes se sont livrés à l'enseignement,
Si cette excellente proportion fléchit dans la suite, il n'y à pas lieu de s'en étonner, nous savons assez à quoi il faut attribuer ce recul inévitable. Quant aux anciennes normaliennes des Ursulines, elles entrent presque toutes dans Ja carrière de l’enseignement, y restent volontiers de longues aunées, et, au témoignage des inspecteurs des écoles, elles s'y distinguent par leur discipline scolaire exce 1te, leur zèle à appliquer et à répandre les meilleures méthodes pédagogiques.
A l'École Jacques-Cartier les résultats sont aussi satisfaisants, La région de Montréal possède en effet un plus grand nombre d'écoles de maîtres laïques, et le salaire ordinairement y est plus élevé que partout ailleurs. En 1864, 106 élèves de Jacques-Cartier sont porteurs d'un brevet et 47 enseignent encore, bien qu'ils ne soient pas obligés d’enseigoer chacun plus de trois ans. Bientôt les commissions scolaires demandent aux écoles normales plus d'instituteurs que celles-ci n'en peuvent donner à l'enseignement primaire, chaque année. En 1879, les résultats dépassent toutes les prévisions, par suite de l'augmentation du nombre des grandes et populeuses écoles appartenant à la commission scolaire de Montréal. D'autre part, les écoles modèles, en se multipliant
dans les villes et dans les grandes paroisses rurales, accentuent
le mouvement pédagogique en exigeant toujours da vantage
des professionnels de l’enseignement. so L'École MeGill, à cause même de la supériorité numérique
des élèves-maîtresses, obtient de meilleurs :suceès encore. Comme à Jacques-Cartier et à Laval, les professeurs qu’elle a formés trouvent facilement de l'emploi et malgré le peu de durée des engagements, par suite des multiples et inévitables * déplacements, près des trois quarts. du nombre total des diplômés de :
occidentales de la province: Plusieurs même tiennent des écoles dans le Haut-Canada et aux États-Unis,
Mais, à tout bien considérer, ce n'est Pas uniquement par le nombre des anciens normaliens restés dans l’enseignement qu'il faut mesurer la valeur et la portée de l'éducation pédagogique professionnelle. Il est des influences morales qu'on ne peut méconnaître, quoiqu'onne puisse les représenter par des chiffres, Les statistiques ont leur éloquence certes, mais elles deviennent aisément une. source féconde d'erreurs pour les esprits distraits ou superficiels, à
Nous n'ignorons pas.que les écoles. normales d'instituteurs - n'ont toujours fourni qu'un contingent restreint du personnel de l'instruction publique, Fallait-il done qu'ils fussent si nombreux pour populariser les meilleures méthodes d’enseignement, pour eréer une féconde émalation entre les divers #roupes d'instituteurs laïques ou religieux, pour disséminer les divers genres d'éducation les mieux appropriés aux besoins du peuple, enfin pour accélérer le progrès général des petites écoles ? Par leurs manuels scolni , leurs journaux Pédagogiques, leurs associations et leur caisse de retraites, ils ont contribué pour leur large. part à répandre dans le peuple l'amour de l'école, l'estime pour l’instituteur, le respect pour notre passé, un légitime souci pour l'avenir national.
$ 1 nan mi D De mena STE SE VIRERIE
Maïs que de travail il a fallu pour en arriver là, et combien l'organisation actuelle des études primaires demandé de temps et de dévouement aux éducateurs de Ja jeunesse ! La distance est grande aussi qui sépare le Cours d'éducation élémentaire, rédigé en 1821, par J.-F. Perreault, du Manuel de l'Instituteur catholique, publié par le Conseil de l'Instruction publique, en 1905. Essay'ons d'en suivre et d'en caractériser brièvement les étapes successives.
Le mode d'enseignement mutuel eut pendant toute la première moitié du XIXe siècle u2e grande vogue äu Canada, Comme d'ailleurs chez tous les peuples les plus civilisés de l'Europe, Mais les moniteurs et sous-moniteurs armés de bagaettes, les mots de commandements, le télégraphe et les ‘ tables de sable sec, n'étaient déjà plus que les souvenirs d’un passé qui disparaissait rapidem. at quand les écoles normales s'ouvrirent en 1856, La grande impulsion qu'elles donnèrent
aussitôt aux leçons de choses, ou si
attendirent longtemps un
Programme d'études complet, indiquant l'importance des
matières et le nombre d'heures à consacrer à chacune d'elles.
C'est surtout à partir de 1856 que la comptabilité, la géogra-
phie et l’histoire prennent définitivement leur place à côté de le langue maternelle, de l'arithmétique et de l'écriture.
Mais ce qui manquait le plus, c'étaient les cartes, les plans, les dessins nécessaires à l'enseignement raisonné des différentes matières ajoutées au Programme. Les manuels spécialement composés pour nos écoles nationales, — à l'exception de ceux de géographie—étaient rares ; on les empruntait Presque tous
à l'enseignement primaire français qui, naturellement, accordait à certaines questions d'histoire nationale, une place hors de toutes proportions avec l'utilité pratique que pouvaient en retirer nos élèves.
Les Frères des Écoles Chrétiennes, arrivés au Canada en 1837, n'avaient pas tardé cependant à publier de bons manuels classiques ou plutôt, à remanier, pour l'usage de leurs nouvelles classes, ceux qu'ils avaient apportés de France.
D'autre past, M. Valade avait réuni, dans un volume unique, le Guide des {nstituteurs, les éléments des priacipa'es branches de l'enseignement primaire, et il rendit ainsi, pendant longtemps, de grands services aux maîtres {d'école et à leurs - élèves. ‘ :
Le mouvement vers l'unité dans le travail scolaire s'accentuait davantage tous les jours. En 1860, le Conseil de l'Instraction publique décide de publier une série de livres de lecture français et il en confie l'exécution au surintendant. Sans tarder, celui-ci s'assure la collaboration de M. Perreault, directeur de l'École d'Agriculture de Varennes, de M. Ossaye et de M. Joseph Lenoir. Malheureusement, la mort prématurée de ce dernier vint interrompre le travail de rédaction déjà presque terminé, et le projet ne put être repris que dix ans plus tard.
Toutefois, le Conseil de l'Instruction publique en se substituant, sous ce rapport, aux divers Bureaux d'examinateurs, indique aux écoles communes les meilleurs manuels et il enjoint même qu'à partir de 1866, les seuls livres approuvés par les deux comités nommés à cette fin, ssraient autorisés dans }2s classes académiques, modèles ou élémentaires, Ce règlement — il fut renouvelé à une époque plus récente —
enlevait aux municipalités scolaires toute tentation de faire, dans le choix des livres, des essais plus ou moins judicieux et toujours dangereux.
Bien plus, pour engager les instituteurs à fournir euxmêmes aux écoles catholiques, des manuels vraiment nationaux qui convenaient à notre population d'écoliers, le Conseil de l’Tustruction publique mettait au Concours, en 1871, une série de cinq livres de lecture graduée, trois pour les écoles élémentaires et deux pour les écoles modèles et académiques.
M. A.-N. Montpetit répondit au désir exprimé en haut lieu. Il prépara d'abord trois livres, qui furent approuvés par le Conseil en 1874, et deux autres une année après. La série Montpetit est trop connue pour que nous en fassions l'éloge. Elle à rendu d'inappréciables services à l'instruction primaire. . Son caractère éminemment national et chrétien la recommandait à toutes les écoles primaires, et le Conseil de l’Instruction publique en fut si satisfait qu’il décida de ne point approuver d'ouvrage de même genre, avant le ler septembre 1880.
Malheureusement, d'autres matières souffraient beaucoup de l'absence de manuels appropriés aux besoins de notre population scolaire rurale - ‘out, et les rapports des surintendants contiennent des doleances réitérées sur la négligence apportée dans l'enseignement du dessin, de l'agriculture, de la tenue des livres, de l'écriture, et de l'hygiène qui est chose inconnue à la campagne.
Avee la multiplicité des matières scolaires, la nécessité d’un programme d'études uniforme pour les écoles primaires, commença d'attirer fortement l'attention de certaines circonseriptions. Le Conseil de l’Instraction publique voulut attendre que l'opinion des intéressés se fût quelque peu fixée,
em ne 0 nm om
| @vant de prendre l'initiative des- mesures propres à a satisfaire. . |
En 1873, il sanetionna bien un programme commun à toutes les écoles primaires, mais il n'osa pas encore déterminer d'une manière précise, l'importance relative des matières et l'emploi du temps des classes quotidiennes. Puis les cours primaires continuent de se faire de plus en plus compréhensifs,
Le surintendant Ouimet Prescrivait, en 1874, l'enseignement de l'agriculture dans toutes les écoles élémentaires. Le petit traité de Hubert Larue, habile vulgarisateur en histoire nationale et en sciences, fut le manuel obligatoire de cette nouvelle branche, et servit pendant longtemps de base à l'enseignement agricole. Flus de 3,000 exemplaires avaient été vendus en 1875, mais les écoles comptaient alors plus de
200,000 élèves de toutes catégories. Ce n'était done qu'un demi-succès, Une fois encore, les mes
préparé. le travail que s'imposa le Conseil de l'Tostruction publique pour fixer un Programme avec emploi du temps, correspondant au caractère particulier des diverses écoles. Dans sa séance du 9 octobre 1878, le Conseil de l’Instraction publique sanctionna ce que nous croyons être le premier Programme officiel de notre enseignement primaire. A part quelques modifications de détail, il & peu varié depuis I ne faut pas exagérer toutefois les inconvénients d’un système laissant à chaque profisseur la liberté d'établir une - échelle d'importance dans les matières à enseigner ot de règler l'emploi du temps des classes, surtout dans les écoles modèles et académiques. Un instituteur éclairé et dévoué se met vite au courant des besoins et des aptitudes de ses élèves. Selon qu'il s'adresse à des catégories diverses d'enfants, force lui est de varier son enseignement, de modifier sa méthode pédagogique, d'appuyer de préférence sur certaines branches d'une importance relative plus grande, Même dans les programmes les plus judicieusement rédigés, il doit y evoir place Pour une certaine liberté dans leur interprétation. Ainsi, il faudra toujours établir une distinction entre les élèves des campagues et ceux des villes, et il était dans le vrai l'instituteur qui, un jour, proposait la solution de la question des progranimes, en demandunt pour les écoles de | filles, les écoles de la Campagne et les écoles des villes, un : programme spécial et différent.
Tant que la question de colonisation fat à l'ordre du jour dans le Bes-Canada, les collèges classiques furent requis de donner l'instruction agricole nééeseaire, et plus d'une école d'agriculture se greffa sur les établissements secondaires, Les c Uèges de La Pocatière, de Sainte-Thérèse, de l'Assomption
de Saint-Hyacinthe, ete. établirent des fermes modèles de culture et tirent, par patriotisme, de l'élevage et du labourage. Les élèves purent entendre les mugissements des troupeaux en scandant les vers harmonieux des Bucoliques et des Géorgiques. Enfants des riches campagzes laurentiennes, peut-être ainsi oubliaient.ils moins vite les scènes au milieu desquelles leur enfance s'était écoulée. Des collèges, l'enseignement agricole s'est étendu jusqu'aux écoles normales, et, par elles, aux écoles primaires.
Mais avec le développement du pays changèrent les conditions sociales du pouple.
À partir de l'Union, qui fut pour notre pays une brillante époque de fondations de toutes sortes, l'industrie et le commerce prennent raug à côté de l'agriculture, Les villes du Bas-Canada se peuplent d’une foule cosmopolite qui demandait À ces deux grandes occupations des temps modernes, l'existence et le bien-être. Les développements de la colonisation, le mouvement des importations et des exportations, la vavigation océanique, le traité commercial de réciprocité avec les États-Unis, la multiplication de no voies de communications interprovinciales Par Canaux et chemins de fer, tout ce mouvement croissant d'affaires ouvre de nouvelles carrières
à notre jeunesse canadienne.
C’est alors qu'on commence à ressentir le besoin d’un plus grand nombre d'écoles commerciales. Les professeurs laïques ainsi que les religieux enseignants à mesure qu'ils arrivent dans le pays, obéissent à l'cpinion générale qui demsrdte à la jeunesse une connaissance plus étendue des premières opératious commerciales. Dans plusieurs localités importentes, Berthier, Lotbinière, Saint-Césaire, Lachute, etc., dans les villes
DE LA PROVINCE DE QUÉBEC 155 de Québec et de Montréal se fondent des écoles pratiques de commerce qui continuent l'enseignement donné dans les écoles primaires.
Elles avaient déjà rendu de réels services au commerce et à l'industrie, quand les grandes Expositions internationales — ces fêtes de l'industrie moderne — venaient leur donner une nouvelle impulsion, élargir leurs Programmes et éclairer leur marche vers le progrès. Dans ces Expositions, la section de la pédagogie s’efforça constamment de réunir tout ce que les différents systèmes d'éducation du monde entier offraient de meilleur et d'un emploi plus universel, Aussi, at-elle, chaque fois, retenu l'attention d'autant plus aisément, qu'elle montrait à coté des procédés d'étude, les résultats obtenus au point de vue pratique.
L'Exposition universelle de Lcndres, en 1862, prit notre pays au dépourvu, et on peut dire que la partie scolaire en fut généralement négligée. Le jury décerne toutefois une médaille d'honneur au département pédagogique bas-eanadien, principalement pour la publication du Journal de l'Instruotion publique.
Déjà, en 1867, nous étions plus en état de montrer les progrès scolaires réalisés depuis la célèbre loi de 1841 ; mais l'établissement de la Confédération, cette année même, empécha, encore une fois, les pouvoirs publics de s'occuper activement de la première grande Exposition de Paris. Toutefois, notre pays ne resta pas étranger à l'élan nouveau imprimé au mouvement industriel et commercial universel par la comparaison si éloquente des différents systèmes de travail, et, à partir de cette date mémorable, l’enseignement technique et les écoles pratiques de commerce et d'industrie devinrent de
la part des pouvoirs publics et de nos plus clairvoyants édu- Cateurs, l'objet des plus constantes préoccupations. Néanmoins il faudra attendre plusieurs années encore avant que se réalisont, sur ce point, les vœux du département de l'Instruction.
Enfin s'ouvre à Paris, en 1878, la grande Exposition universelle qui, la première, signale à l'admiration désintéressée dos éducateurs de tous les pays, les qualités les plus saillantes du système scolaire de la province de Québec.
Aussi bien, rien n'avait été épargné pour donner le plus d'éclat possible à cette ‘exposition pé‘ingogique eanadiennefrançaise, conformément à la recommandation du surintendant Ouimet, qui avai, dit : “ La partie scolaire des expositions internationales sera désormais le critérium de l’état social et de l'activité industrielle de chaque peüple ”.
Mais auparavant, on voulat se donner, par avance, le spectacle d'une exposition préliminaire, et les écoles normales, en septembre 1877, se joignirent à de nombreuses institutions poui: faire une exposition de leurs livres, appareils, fournitures, etc. Plusieurs de nos grandes maisons d'éducation, faute de temps, s'abstinrent, mais dans le court espace de deux mois — grâce au zèle infatigable de M. Urgel Archambault, principal de l'Académie Commerciale de Montréal — nos écoles primaires, cell: s de Montréal surtout, préparèrent une exposition scolaire des plus complètes et des plus intéressantes à tous les points de vue. Les manuels classiques usités dans nos écoles françaises et anglaises, les spécimens du travail des élèves, les modèles d'écriture, des traités divers et spéciaux, notre bibliothèque de littérature comprenant 269 ouvrages dont 57 signés par des auteurs anglais et 212 par des
auteurs canadiens-français, formèrent un ensemble dont on pouvait être légitimement fier.
DE Ls PROVINCE DE QUÉBEC 157
emma émnmmnmann- rem
Soit justice, soit bienveillance et sympathie pour la pro- l vince française du Saint-Laurent, notre exposition scolaire à : Paris fut très remarquée, et l'École normale Jacqu'#-Cartier
qui, par les soins de l'abbé Verreau, avait fait bonne figure à côté des institutions
École Laval, désigné par l’Assuciation de Québec, eut l'honneur d'être nommé délégué
officiel du gouvernement Provincial à cette exposition de Paris.
téressantes dont spécialistes de l'en-
organisée par l'Angleterre, ne craignit pas d'affirmer que le Canada avait donné un exemple honorable à ss métropole.
L'exposition eut encore un autre avantage très flatteur pour nous, et très élogieux. Les journaux français étudièrent notre . système d'éducation, marquèrent son profond respect pour la liberté de chaque nationalité et de toutes les confessions religieuses, admirèrent l'indépendance qu'il reconnaissait à ses administrateurs, et Proposèrent la province de Québec à l'imitation des autres pays de l’Europe.
À cette ‘occasion, MM. Meilleur, Chauveau, Ouimet et Archambault, furent décorés par le ministre de l’Instruction publique français, M. Bardoux, et le jury international décerna quatre diplômes et quatre médailles de bronze, à l'exposition scolaire de ls province de Québec.
qu'opposé à l'enseignement religieux. Tout le monde sait que le personnel laïque de nos écoles primaires est franchement. et loyalement catholique dans le meilleur sens du mot. D'ailleurs nos lois scolaires ne reconnaissent que des écoles confessionnelles.
N'était-ce pas M. Ouimet qui donnait un jour aux inspecteurs ce magnifique mot d'ordre : “ lo Enseignez à l'enfant la morale. Pas d'école sans Dieu. La religion est la meilleure école des devoirs, Elle relève l'homme et le fortifie. 20 Songez aussi à ses intérêts matériels ; enseignes-lui l'agriculture, le dessin et la tenue des livres, car il est destiné à étre cultivateur, ouvrier ou négociant ”.
Au lieu done de suspecter la sincérité et le patriotisme des éducateurs canadiens que le gouvernement français a honorés de ces distinctions, on aurait dû ne pas leur marchander notre reconnaissance pour avoir mis en évidence, par leur initiative et leurs intelligents travaux, les qualités éminentes de notre système scolaire si respectueux de la liberté de tous, et pour avoir ainsi éclairé et encouragé le zèle de nos maisons d'édu- On n’en resta pas là. Après les succès éclatanin remportés à Paris, nos écoles catholiques et françaises hésitèrent moins à se mesurer avec celles des différentes provinces du Canada.
Elle serait longue et glorieuse la liste des prix et récompenses que leurs procédés d'études et leur méthode d'éducation ont mérités dans tous les concours scolaires.
anglaise protestante. La fondation de l'Académie du Plateau, de l'École Polytechnique, du Mont-Saint-Louis, de l'École Commerciale de Québec, ete. ete. jointe aux succès obtenus es expositions internationales ou régionales, à dopais long-
P.-J.-0. Chauveau naquit à Québec en 1820. Le précocité de son intelligence et l'aménité de son caractère, inspirèrent à + famille et à ses maîtres les plus brillantes cépérances Journaliste à dix-sept ans, député à vingt-trois, ministre à trente-et-an et surintendant à trente-cing ans, il ne connut
popularité, Dès ea jeunes, il aims passicnnéinent sa patrie. et il l'aims d'autant plus qu’elle traversait alors une crise dont
160 LES ÉCULES NondaLes PRIMAIRES
l'issue inquiétait même les esprits les plus optimistes. Pendant que nos vaillants hommes d'État luttaient pour la conquête de nos libertés civiles et politiques, des centaines d'humbles maîtres-d'école, dont nous avons admiré le zèle énergique et désintéressé, entretenaient dans le peuple le culte des traditions et des croyances nationales.
snnuels. Il est partout, animent par son exemple où es écrits le-zèle des maîtres de l'éducation populaire. Avec la même aisance et le. même :.@eur, il s'acquitte de son travail de surintendant de l'éducation, préside à l'inauguration d'écoles nouvelles, assiste aux distributions de prix, porte la vigueur et la lucidité de ses avis dans les réunions d'instituteurs, ou fait les honneurs de son aslon fréquenté par les hommes d'esprit les plus distingués.
Quand, en 1867, la reconnaissance publique le désigna au
er ess
"mme
essor au moüvement scolaire, Les expositions internationales de Londres et de Paris lui permnirent de nous faire mieux connaître en Europe, et d'y faire admirer l'usage que nous avions fait depuis quelques années de la liberté d'enseignement.
Au début de cette féconde. période de sa vie d'éducateur, M. Chauveau a attaché son noin à trois importantes fondations 4 scolaires ; les écoles normales, les: journaux. Pédègogiques, la 140 caisse des pensions de retraite, En outre, il a étendu et | perfectionné le système de l'i ion des écoles, augmenté la valeur des diplômes ‘conférés par les Bureaux d'examitiateurs, élargi le programme des études primaires, introduit l'enseignement de l'agriculture seolaire. : -
ardent patriote ou séparera jamais en M. Chauveau ces grandes qualités qui le placent au Premier.
dé la natiénalité
uction publique chez les protestants, — Décadence : les causes et les responsabilités. —
retraites scolaires. —Les journaux Pédagogiques français et anglais, — Inspecteurs d'écoles, — Les écoles d'adultes, — Conférences, congrès pédagogiques d’institutrices, — Le Bureau central des Examinateurs catholiques. — Questions historiques d'intérêt général, — La commission scolaire catholique de Montréal. — L'étole et ln politique, — Salaire des institutrices, — L’uniformité des livres classiques. — L'impérialisme à l'école. — Les dificultés actuelles de l’enseignement primaire,
Il ne faut pas moins d'habileté et de clairvoyance pour diri- 8er une institution scolaire que pour l'établir. La pensée des
fondateurs et les traditions des débuts forment un héritage difficile à recueillir et à faire fructifier. Car chaque nouvelle période a ses exigences spéciales et demande un nouvel effort. La nécessité de concilier les besoins du présent avec les expériences du passé, voilà la sources et le principe de ces transformations lentes mais urgentes qu'impose la marche des évènements.
À l'époque où nous sommes parvenus, une profonde évoiation s'opère dans le domaine de l'instruction primaire et dans l’état économique et industriel du pays. Elle coïncide presque avec la disparition de l’homme éminent qui, depuis 1855, présidait aux destinées scolaires du Bas-Canada. M. Chauveau, cédant aux instances de ses nombreux amis politiques, s'était chargé, en 1867, d'appliquer à notre provinke le nouveau régime constitutionnel de la Confédération, Sa grande activité, la souplesse de son esprit, et son expérienee en matière d’éducstion populaire, empêchent toutefois la politique de 1absorber et il poursuit avec la même ardeur et sans se laisser distraire par la critique, Fapplieation et le-perfectionnement-du régime scolaire inauguré par le-docteur Meilleur.
Une fois M. Chauveau disparu, la contrainte que son prestige avait imposée se relâcha avec vivacité L'œuvre des vingt dernières années fut examinée avec le plus grande rigueur, mesurée, jugée, et sur bien des points décriée sans pitié. Les écoles normales eurent l'honneur du premier assaut. Et-c'était justice. Elles sont la-clé de voûte de l'édifies pédagogique. Les attaquer, c'était battre en brèche tout le système scolaire de la province. Sans vouloir nous attarder longuement aux polémiques qu'elles provoquèrent, nous ne pouvons les passer entièrement sous silence. Quelques mots d’ailleurs suffiront pour en préciser le sens et la portée.
Depuis plusieurs années, on le sait, les professeurs et les élèves de l'École normale Jacques-Cartier se trouvaient à l'étroit dans le vieil édifice du château de Ramezay. Les musées d'ornithologie, d'entomologie, de zoologie et de miné.
truction d’une nouvelle d'hui Lafontaine). Bien
ville de Montréal. Cependant, l'architecte, M. Lévêque, n'avait pu réaliser tout le plan primitif ; l'école modèle, la chapelle, la bibliothèque restaient à Construire, mais ce n’était, semblait. il, que partie remise.
Les idées simplistes ont toujours chance de s’accréditer auprès du peuple. Or, ce qui le frappait dans les dépenses Provenait du eoût des édifices Pouveaux, c'était leur disproportion apparente avec les allocations accordées jusqu'alors à l'instraction primaire. Il ne s'expliquait pas que le gouvernement-consentit à immebiliser de si fortes
Au mois de février 1881, Mgr Laflèche. évêque des Trois- Rivières, adressait au Conseil de l’Instraction publique, un
mémoire appuyant la fondation, dans sa ville épiscopale, d’une école normale pour les institutrices allocution annuelle de $4,000,
Îl ne demandait qu'une Pour procurer l'éducation
professionnelle pédagogique à 75 ou 80 élèves. Jusqu'ici rien à dire. Mais pour justifier cette fondation, Mgr Laflèche s'assa d'attribuer aux Écoles Jacques-Cartier et Laval les causes de l'infériorité relative de l'enseignement primaire dans son diocèse,
Dans les deux mémoires qu'il publia—février et mai 1881— pour sppuyer son projet, il ports contre les écoles normales deux accusations principales : lo Elles coûtent trop cher. 20 Elles sont inefficaces à cause de leur programme d’études quasi classiques, lequel détourne les élèves-maîtres de leur modeste profession d'instituteurs primaires Comme on le voit, le principe des fondations normaliennes restait intact. Les institutions pédagogiques étaient reconnues nécessaires.
L'abbé Verreau, avec tout le respect dû à l'évêque des Trois-Rivières, crut défendre, devars le tribunal du Conseil, l'œuvre à laquelle il avait déjà consacré vingt-quatre années de sa vie. Il écrivit à cet effet deux mémoires (datés du 22 février et du 12 septembre 1881) où il rétablit la question sous son vrai jour, complète les statistiques, + signale les états de service de l'École normale Jaeques-Cartier.
Au premier reproche adressé aux établissements pédagogiques existants, celui de coûter trop cher à la province, l'abbé Verreau répond, avec chiffres à l'appui, que l'éducation à bon marché est une utopie, que les dépenses annuelles de l'école normale ne dépassent pas, proportion gardée, celles des collèges classiques et des autres institutions scolaires du Canada ou de l'étranger, que le total des sommes distribuées annuellement à trois institutions pendant 23 ans ne peut manquer de surprendre les esprits peu avertis et de donner le change. |
L'efficacité des écoles normales était, semble-t-il, plus diffcile à démontrer et, Pour la mettre en doute, Mgr Laflèche avait cru devoir comparer le petit nombre des normaliens enseignant dans son diocèse avec celui des maîtres d'école Congréganistes. C'est alors que l'abbé Verreau publie — pour la première fois — les états de services de l'École normale Jacques-Cartier.
Il écrit : “ Le nombre total des élèves qui y ont été admis jusqu’à la fin de l’année 1878-79 est de 583, et le rombre de 44 sur cent ” La
à l'école normale comme dans toutes les maisons d'éducation ”. +
que pour les religieux enseignants.
Faut-il s'étonner dès lors que plusieurs aient reculé devant
les difficultés qui surgissent à chaque pas sur leur roûte, et abandonné une carrière si ingrate et souvent si monotone. Que le peuple ne s'en Prenne pas aux normaliens de leurs échecs partiels, mais à sa propre indifférence pour les professionnels de l’enseignement. Cette apathie d'ailleurs diminue chaque année, surtout depuis que la riche commission scolaire de Montréal augmente le nombre de ses écoles laïques et offre des traitements rémunérateurs à res maîtres.
Que l'on sache donc enfin reconnaître le patriotisme éclairé des fondateurs des écoles riormales, Qu'on ne condamne pas celles-ci avant de les juger. L'appel que l’oa fait à l'opinion publique, toujours facile à enflammer, n'est-il pas un nouvel acte d'injustice envers elles et une injure à l'adresse du Conseil de l’Instruction publique dont on voudrait forcer la déci sion, quand le vénérable corps épisdopal auquel on s'est d'abord adressé, n’a pas jugé ces accusations dignes de sa haute intervention.
Ea terminant sa vigoureuse défense, l'abbé Verreau écrit ces belles paroles : « Quoi qu'il en soit, je quitte la plame pour aller recevoir les élèves qui noës arrivent plus nombreux que jamais. Demain, je recommencerai pour la vingt-cinquième fois cette vie de labeur et de sollicitude à laquelle je me suis dévoué. Après 25 ans, les forces peuvent diminuer, je crois que le dévouement est le même. J'ai consacré à la défense d'une œuvre qui m'est chère un tomps que j'aurais peut-être dû employer autrement si j'avais écouté mon intérêt personnel. Quand j'aurai fait ce que je dois pour la défense de la vérité Comme pour le progrès intellectuel et moral de nos élèves, je serai tranquille. Dieu accomplira Île reste, ”
En somme, ces discussions Courtoises et loyales—il ne peut
suite toute critique. M.
vois avec peine que depuis
Verreau disait en 1884 :
est le triple de celui que le exiger ”,
qu'elle est même erchée. Il n'y a Pas jusqu'aux ordres religieux qui n'aient apporté certaines réformes dans leur
enseignement. Le mouvement est donné et j'espère qu'il se continuera. Tout cela est dû aux écoles normales. Voilà leur efficacité ”.
l'agriculture et la botanique recevraient une attention spéciale, grâce à l'acquisition d'un vaste jardin où M. Verreau fit faire des plantations de toutes sortes.
L'ameublement, sans être luxueux, rendait agréable aux élèves leur séjour à l'école. Les salles d'étude et de récréation, les classes, les dortoirs, les Parloirs, étaient construits de manière à satisfaire aux exigences de l'hygiène et du bon .&oût. La propreté était l'objet d’une Surveillance de tous les instants de Ja part des élèves des deux dernier» cours, À tour de rôle, ils faisaient l'inspection des appartements réservés à leurs condisciples, notaient toutes leurs observations, et faisaient un rapport hebdomadaire au principal. N'était-ce Pas pour eux une manière pratique d'apprendre à tenir une école ?
Le règlement intérieur prescrivait l'emploi des élèvesmaîtres les plus avancés et les plus sérieux pour assurer l'ordre et le silence pendant les heures d'étude. Les témoignages des anciens professeurs sont unanimes à reconnaître le bon esprit, l'ardeur au travail, la ponctualité des élèves-i:.« ‘trteure. Les instructions du dimanche, la lecture spiritre!ie — 15 minutes avant le souper — les leçons de catéchisme pour les deux cours infériours et d'apologétique pour les cours modèle et académique, la messe quotidienne—établie sur la dernande
expresse de M, Chauveau lui-même — et les autres exercices de piété imprimaient à Ja vie de l’école Un caractère profondé. ment religieux.
matières et le Programme des professeurs. On subit ces inconvénients comme ua pis aller, pour “ profiter dés avan-
Vers cette époque, on Sommença de ressentir les effots de la mobilité du terrain sur lequel s'élevait l'École normale, La &rande et belle tour du centre s'enfonce dans le sol et s'incline visiblement, Tout se disjoint, fenêtres, Portes, escaliers, 11.
s'en trouvèrent amoindries, et des sommes considérables, qu'on aurait pu employer ailleurs, immobilisées Par ces réparations nécessaires.
Toutelois, l'abbé Verreau continue de donner tous ses soins à ses élèves, augmente les collections par des ‘dons, des échanges
MICROCOPY RESOLUTION TEST CHART (ANSI and ISO TEST CHART No. 2)
EF EEFF
5 FFFE
LE EE Le in La [rs pr
é APPLIED IMAGE Inc 1653 Eost Main Street , New York 14609 USA (716) 482 — 0300 -- Phone (716) 288 - 5989 - Fox
Les divers musées trouvent place, temporairement, dans les étages supérieurs de l'École normale, mais les déplacements successifs leur causent de graves dommages. L'étude des sciences se ressent de l'exiguité des locaux, et surtout des longues et nombreuses réparations faites à la partie centrale de l’École.
En 1884, ces réparations touchent à leur fin, mais depuis deux ans on a dû transformer les salles de récréation en dortoirs, faire la classe dans les corridors, déplacer la chapelle, la bibliothèque, ete. Pour comble de disgrâce, les constructions continuent leur travail de tassement. Il faut recommencer, après cinq ans, la démolition d’une partie de la façade, construire une école annexe, exéçuter d'autres travaux importants. Plusieurs élèves quittent l’École (1 891), dévouragés par les inconvénients et les ennuis qui ont augmenté au point de nuire considérablement aux études.
Il va sans dire que ces multiples changements de locaux, la présence des ouvriers et manœuvres, le bruit occasionné par ces travaux, ne favorisaient guère le travail scolaire des professeurs et des élèves. Néanmoins, le niveau des études ne baissait pas autant qu'on serait tenté de le croire, Si le nombre des diplômes (18 sur 73 élèves en 1883) tend à décroître, certaines matières du programme reçoivent une vive impulsion. Le terrain qui entoure l'École sert à l'enseignement de l'agriculture et de l'horticulture, et on peut désormais joindre aux leçons théoriques un enseignement pratique, dont le résultat est le nivellement du terrain pour les cours de récréation, de belles plantations d'arbres fruitiers et d'ornementation, la mise en culture de plusieurs arpents de terre. Au début de chaque année, les élèves aspirants augmentent
et sont soumis à une
sélection plus sévère.
ainsi, disait le
est évident que l'institution est
e6 la situation de iée qu’autrefois. C'est der,
professeur,
une occa-
de concert avec le surintenl'œuvre normalienne.
La création du département d'élèves-institutrices confié aux Religieuses de la Congrégation et annexé à l’École normale Jacques-Cartier, en 1899, n’en était-elle pas déjà une manifestation éclatante, Mais c'est au moment où son œuvre de prédilection prend ainsi un nouvel essor que M. Verreau parvient au terme de sa féconde existence.
Cet homme éminent est un des plus grands éducateurs qu'ait produits le Canada français. Essayons—et co sera ici le dernier hommage de notre admiration et de notre respect, — de fixer brièvement les principaux traits de cette belle physionomie de prêtre-instituteur.
Hospice-Anthelme Verreau naquit dans ls famille d'un notaire de l’Islet, le 6 septembre 1828.
Naturellement sérieux et méditatif, il passa son enfance au milieu d’un spectacle grandiose : l'immense fleuve et ses rives ondulées, les Laurentides aux contours mous qui fuient vers le nord, une campagne austère qu'attristent les vents pres qui . soufflent de la mer, Il eut pour premier maître son propre père qui, par suite d’un rare souci de sa responsabilité, ne permit jamais à aucun de ses enfants de fréquenter l'école Commune. Il véeut ainsi dans une sorte d'isolement qui favorisa, croyons-nous, la vigueur naturelle de su esprit et l'habitude de se suffire à lui-même.
Québec, où il fut élève du petit et du grand séminaire, le collège de Sainte-Thérèse, qui obtint les prémices de ses talents de professeur, l'École normale Jacques-Cartier qu'il dirigea pendant quarante-quatre ans : telles sont les trois principales étapes de sa vie. Sa grande, son unique préoceupation fut pour les élèves confiés à ses soins. C’est là qu'il faut chercher les causes de l'harmonieuse unité de sa féconde
Carrière d'homme d'étude et d'action. La mort le trouva penché sur un travail pédagogique. Il tomba donc les armes à la main ; c'était le 15 mai 1901.
Le public érudit connait l'abbé Verroau. Pour lui, c’est l'auteur des études historiques sur Jacques-Cartier, les deux
l'ombre la lus belle partie de son œuvre.
Et pourtant l'abbé Verreau fut autre chose. Il fut avant
M. Verreau est un homme tout d’une pièce, L'intelligence est sa faculté maîtresse * On pourrait croire qu’elle est son unique faculté, Jeune, il se sentit attiré par les splendeurs sereines de la vérité, mais d’une vérité qui repousse les oruements comme indignes d'elle. I] sacrifia peu à l'imagination. Il a écrit son petit drame, Stanislas de K. ostka, avec son cœur de prêtre bien plus qu'avec des sentiments d'artiste, Son style, essentiellement d'idées, est grave comme sa pensée, et une logique implacable seule l'inspire et le soutient.
Pour lui, la vie est une chose sérieuse qui implique des.
responsabilités et des devoirs auxquels on ne doit pas se soustraire. La fermeté inflexible du caractère, guidée sans cesse Par une parfaite intelligence du, but à atteindre, voilà ce qui, à ses yeux, en fait tout le prix et tout le mérite.
L'œuvre spéciale de la formation professionnelle des instituteurs du peuple accentua encore dans ce sens l'idée qu'il se faisait de l'éducation. 11 s'y consacra tout entier, sans arrrièrepensée, avec l'unique désir d’être utile à la Patrie et à l'Église. Il possède touéex les qualités qui l'attachent à ses modestes et admirables fonctions. Fionemi du bruit et des distractions de société, avare de son temps, pruo.nt, énergique, persévérant, pieux et zélé, d'une politesse un peu solennelle, mais doué d'une grande élévation de caractère, il ne surtit que rarement du cercle qui avait été assigné à son activité. Les honneurs, qu'il fuyait, ne sont pas venus l'y chercher.
Ses études historiques elles-mêmes n’ont éts qu'ua accident dans sa vie, ou plutôt un des moyens les pius efficaces pour inspirer aux futurs instituteurs un patriotisme intelligent et ferme, et les intéresser davantage au progrès moral eb écor.omique de la patrie.
Mais pour apprésier M. Verreau à sa juste valeur, il faudrait pouvoir le suivre dans les détails du règlement intérieur de l'École normale, au milieu de ses élèves qu’il ne perdait jamais de vue et qu'il aimait sincèrement. Sa fermeté, d'autres diraient sa rudesse, est restée légendaire. Mais la discipline était respectée, les études vigoureusement poussées, le travail des classes contrôlé, les bienséances observées, l'éducation générale des élèves activement surveillée,
Il faut être éducateur pour sentir la joie intense de s'incliner sur une âme de jeune homme pour l'éclairer des lumières de
ET
(1061 v LSgi) Jr )-sanboef aprusou 21094]
op 1edouud 39]
AVAHHAA V-H a48v7
la vérité, lui faire aimer le devoir jusqu'au sacrifice, la pénétrer des ardeurs de l'enthousiasme et de l'héroïsme, ou lui donner la fermeté et là nôblesse qui font la beauté d'une existence humaine. Chaque progrès n'est-il pas pour lui un triomphe,
chaque effort nouveau, une récompense ? M. Verreau fut cet:
éducateur. :
Avec quel soin ne veillait.il pas sur la formation morale de ses jeunes élèves-maîtres ! Quelle solide instruction religieuse —C'était son domaine particulier — il leur donna toujours ! Il ne se désintéressa jamais non plus de leurs études. ;
Laissons ici la parole à son plus fidèle collaborateur, M. J..0: Cassegrain, professeur à l'École rormale Jacques-Cartier
depuis 1866.“ Comme éducateur, dit-il, M. Verreau était. éminemment distingué. Jamais nous n'avons entendu de.
professeur exposer sa matière avec autant de clarté, autant de méthode que lui. Il savait se mettre au niveau de toutes les
intelligences : le langage technique, chez lui, revêtait des formes telles, que les principes abstraits devenaient, pour. ainsi dire, sensibles, Aussi fallait-il voir — comme nous en’
avons eu l'occasion tous les jours — le soin avec lequel, en dépit de ses vastes connaissances et de sa longue expérience, il préparait ses classes, même les plus élémentaires. C'est que
l'excellent professeur considérait l'enseignement comme une
chose très sérieuse, et que, dans son cpinion, la science du maître doit dépasser de béaucoup les limites des matières qu'il enseigne. M. Verreau était bien loin de partager l'avis de ceux
qui croient que le professeur peut s'imprôviéer, et qu'il-suffit de posséder une culture intellectuelle quelconque pour se livrer
à l'éducaiïion de 1a jeunesse. Les futurs instituteu-s avaient donc sous les yeux un modèle parfait des qualités que doit
DEEE
r none naquit dhéonmanmeninen sc)
avoir un maître : dévouement, amour do l'étude, désir constant
de posséder davantage ”.
Non moins profonde cst l'influence de M. Verreau sur le développement des Œuvres postnormaliennes, Les anciens élèves—qu'il savait si bien défendre au besoin —]’Association régionale des instituteurs, la Presse pédagogique, lui doivent une large part de leurs travaux et de leurs succès.
S'il était possible de résumer en un mot le travail d'un demi-siècle d'enseignement, nous dirions volontiers que M. Verreau a été fiièle à toutes les choses qui ne passent pas, fidèle à la religion, fidèle à sa patrie, fidèle à son devoir. Prêtre modèle, éducateur accompli, savant distingué, écrivain de race, il à été tout cela pour l'honneur et le bien de son pays qui, nous en avons l'espoir. lui en gatdera reconnaissance.
L'abbé Nazaire Dubois sous-principal depuis trois ans, lui succéda dans l'automne de 1901.
Pendant (, :: l'École normale Jacques-Cartier voyait son influence grandir dans la région de Montréal (1), l'École Laval maintenait ses bonnes traditions, et poursuivait sa tâche avec non moins de persévérance et d'efficacité.
Pendant le Principalat de l'abbé Langevin (1858-1867), les études pédagogiques Proprement dites avaient reçu une vive impulsion, et, dès les premières années, l'École acquit une autorité qui l'aida puissamment à atteindre son but spécial, qui est de faire connaître et de répandre les meilleures méthodes d'éducation, L'abbé Chandonnet, le troisième principal (1867-1871), aimait trop les hautes études Pour descendre dans les détails de l'enseignement primaire. Son successeur,
—— (1) On trouvera en Appendice le tableau des états de services de l’École normale Jacques-Cartier, de 1857 4 1907, :
ee
l'abbé Lagacé (1871-1884), comprit mieux son rôle de directeur. Il raffermit la discipline et restaura les études ; il 1: i wat de suite quel excellent parti il pourrait tirer de la sollat …. ation d'un personnel qui comptait plus d'an vétéran de l'enseignement. En 1875, un professeur de l'École enscignait depuis 41 ans, deux depuis 33 ans, et deux autres depuis près de 30 ans. Exemples de persévérance admirable donnés aux jeunes élves-maîtres.
On sait avec quelle insistance l'abbé Lagacé iculqua à ses nombreux élèves le respect et l'amour du français. Avec une ardeur qui faisait parfois sourire, tant elle semblait exagérée, il engagea une guerre de tous les instants contre les fautes si fré. quentes dans notre langue familiale :syllabes effacées, ton tratnant et chantant, sons faux, prononciation défectueuse, expression nulle, etc. Il fit de cette question vitale pour notre nationalité le centre de ses efforts pédagogiques, et c'est à son influence que l’on doit, en grande partie, la réforme récente du langage et de la Prononciation, réforme qui s'est vite étendue à tout le pays.
Dès 1873, il introduisait la méthode phonique à l'École Laval. Nombre de petites écoles suivirent l'exemple donné, surtout quand les instituteurs purent étudier l'ouvrage que M. Lagacé composa sur l'art de la lecture. L'infatigable principal a également orienté 1: travail de ses normaliens vers une exécution plus artistique du plain-chant. Son traité d’aecompagnement fait encore autorité parmi les organistes. “ Ses rapoorts annuels, dit M. Ouimet, se distinguent par la hauteur des idées en même temps que par le sens pratique des considérations pédagogiques. C'était un prêtre distingué, un homme de bien, un éducateur émérite ”. Il mourut en 1884.
L'abbé Bégin, — aujourd’hui archevêque de Québec, — Jui
iso LES ÉCOLES NORMALES PRIMAIRES
succéda l'année suivante. 1 loué d'un esprit d'élite et très cultivé, fidèle observateur de Programme et restaurateur des finances, il put se rendre compte par lui-même de la valeur d'un enseignement Pédagogique solide, et de la nécessité de
contribué au relèvement des études primaires,
En 1888, l'abbé Rouleau, adjoint des deux principaux précédents depuis 1874, prit la direction de l'École Laval, et, les circonstances aidant, il réalisa enfin quelques-uns des vœux si souvent exprimés par ses prédécesseurs,
Le Conseil de l'Instruction publique charges M. Charles Lefebvre, professeur à Laval, d'aller s'enquérir des meilleures méthodes suivies dans les écoles primaires européennes pour l'enseignement da dessin.
Puisqu'il était dans la destinée des institutions pédagogiques de souffrir longtemps de l'inconvénient d'une installation défectueuse, Laval s'y résignait, non sans les récriminations accoutumées. Le projet de Construction, si souvent rappelé aux pouvoirs publics, restait Cependant toujours dans les cartons du ministre.
Entre temps, l'École Laval était, plus scuvent qu'elle ne l'aurait désiré, en quête de loge:-ent. Après être revenue de ln rue Dauphine au Vieux-Châtau, en 1866, elle en était repartie en 1892 pour s'installer dans l'antique pensionnat de l'Université Laval. |
L’honorable S.-N,. Parent, ancien élève de l'École Laval et Premier ministre de la Province, s'émut enfin d'une pareille situation. Il donna à son Alma Mater la belle propriété du chemin de Sainte-Foye, située dans un endroit central, salubre
pourtant, et éloigné de l'agitation du commerce et de l'industrie. On commença incontinent la construction d'un édifice spacieux de 70 x 50 pieds, à trois étages au-dessus du rez-dechaussée. L'École normale s’y transporta au début de l’année scolaire 1902.
Les élèves jouirent enfin d'un peu de confort, quoique l'étroitesse des pièces se fit seutir dès le début, 11 n'y avaiten effet de salle ni pour les musées, ni pour les séances ncadémiques ; une chambre avec rallonge au nord tenait lieu de chapelle, et les dépendances de l’ancienne demeure privée, laquelle était occupée par le personnel, devaient servir et servent encore aux classes de l'école d'application. Mais à l'approche des fêtes du cinquantenaire, célébrées le 25 septembre 1907, on attira plus que jamais l'attention du gouvernement sur les défectuosités de la nouvelle installation, surtout pour ce qui regarde les 80 élèves fréquentant l'école annexe. Gardons l'espoir que Laval aura bientôt, pour son école d'application, le local convenable qui lui manque encore, et qui favorisers davantage les leçons pratiques d'enseignement données à ses élèves-maîtres.
Le 19 mai 1898 restera une date mémorable dans l’histoire de Laval, On célébrait, ce jour-là, les noces d’or de professorat de MM. Toussaint et Lacasse, et l'Université même s’associait aux nombreux anciens élèves de ces deux vénérables instituteurs pour les remercier, au no:n de tout le corps enseignant, de leur dévouement sincère et constant à la sublime cause de l'éducation nationale. M. Toussaint prit sa retraite à la fin de cette même année et mourut deux ans après. Son collègue M. Lacasse termina sa carrière pédagogique en 1895. Il décéda en 1907. |