PREMIÈRE PARTIE
Caractère et signification des noces d’or. — La première réunion des anciens élèves, le 2 décembre 1906. — Formation d’un comité général et de plusieurs sous-comités, — Leurs travaux. — A Ja recherche des anciens professeurs et élèves, — Circulaire d'invitation. — Les journaux s'intéressent aux fêtes, — Les élèves actuels se préparent à recevoir leurs aînés,
Joseph de Maistre a énoncé une règle excellente pour juger de la valeur d’un homme ou d'une institution : “ Voyez quels soné ses amis et quels sont ses ennemis ”. L'École normale Jacques-Cartier, vient de subir l'épreuve décisive,
On jugers par les pages qui suivent si elle en est sortie victorieuse. Ceux qui nous ont fait l'honneur de parcourir les pages précédentes, l'ont pu deviner déjà,
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224 LES FÊTES JUB!LAIRES
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Les anciens élèves de l'Ecole normale Jacques-Cartier, en effet, se rencontrent dans toutes les carrières, même les plus difficiles à atteindre. Ils revêtent avec une égale aisance les costumes les plus divers.‘ Les uns vont s'asseoir avec majesté sur le banc judiciaire, ou dans les chaires de l'Université, les autres couvrent la veuve et l'orphelin du manteau de leur protection ou veillent sur !e« testaments : ceux-ci se hâtent de recommander leurs drogues pendant qu'elles guérissent encore, ceux-là réparent avec onction les fatales erreurs de leurs confrères. D'autres enfin, les sages, les modestes, les fidèles, font la guerre, une guerre sans trêve ni merci aux défauts charmants mais perfides de milliers d'enfants. Philologues, historiens, dessinateurs, mathématiciens, calligraphes, ils sont tout cela, oh ! mais sans aucune vanité, et comme sans le savoir !
S'ils vivent dans la crainte... des commissions scolaires,
ils inspirent à leur tour à leurs élèves des craintes efficaces, contents de réaliser ce dicton, que la vie est faite de contrastes.
Oh !.. j'en fais faire autant Qu'on m'en fait faire.
Combien d'anciens normaliens sont retournés, qui à la charrue, qui au rabot, qui aux comptoirs paternels, comprenant bien “ qu'on court à sa perte quand on sort de son état”. D'ailleurs, y a-t-il déshonorant métier pour celui qui gagne sa vie honnêtement ? Aussi l'École normale Jacques-Cartier ne rougit-elle d'aucun de ses fils: car les démolisseurs, les esprits chagrins et les cœurs aigris ne se recrutent guère parmi eux. Elle a fourni toute une légion d’intègres citoyens.
Elle possède une autre qualité. Elle a cinquante ans. Pour
.__. PE L'ÉCOLE NORMALE JACQUES-CARTIER 225 RE ne ii ne beaucoup de pauvres humains, c'est une perte sèche : mais. pour notre institution, c'est la consécration” de sa vitalité, de son prestige, de sa vigueur. Dans notre jeune patrie, c'est assurément un bel âge. Notre constitution elle-même ne peut le réclamer ni peut-être prétendre à autant de sagesse, car elle
n'est pas toujours tendre envers les iinorités ! Notre écule toutefois n'a pas l'éclat de ces collèges cossus, tout fiers de leurs 800 écoliers et en relations constantes avec les génies de tous les siècles. Nous ne l'igaorons pas. Done on nous saura gré du caractère ere modeste imprimé à nos fêtes jubilaires.
L'École normale n'a pas voulu éclipser ses sœuré de l’ense gnement secondaire, Son œuvre, aussi belle mais moins éclatante, ressemble plutôt à l'herbe qui gagne de proche en proche les hauts sommets, sans jamais porter ombrage à l'orgueil des grands chênes.
Sans provocation et sans réclame bruyante, nos anciens élèves se sont réunis en une fête intime où les souvenirs d'un demi-siècle ont été rappelés sans regret, “ L'histoire comme là géographie, a-t-on dit, a ses déserts et ses solitudes ”. A l'École normale Jacques-Cartier, pas de Sahara, ni même de Kalabari, peut-être de temps à autre, Li faible dune pour la variété du paysage norumilien.
Oserais-je dire que notre jubilé a été une réhabilitation ? Non, car il ya longtemps que l'on reconnait l'utilité, l'importance, la nécessité même de l’école normale primaire dans notre province. Assurément, c'était la fête d: la reconnaissance |! -
On n’a pas oublié les noms des Chauveau, des Verreau, des professeurs et des amis de la maison. Un hommage plus
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discret s'adressait aux anciens élèves devenus Maîtres à leur tour, et qui ont fait l'honneur de leur Alma mater en restant fidèle à sa mission d'institutrice du peuple. Mission sublime, mais qui hait.le bruit, qüi a besoin de la paix et du silence pour s'épanouir. Le grain de blé séjourne longtemps sous terre avant de révéler sa présence et sa fécondité.
La religion et le patriotismetels sont les deux éléments essentiels de la vie de tout véritable instituteur. Les pouvoirs publies ne doivent-ils pes protection et reconnaissance aux maîtres d'école qui sèment à pleines mains ces deux précieuse semences dans le cœur des jeunes générations ? Mais quand la moisson de vertus chrétiennes et civiques s’épanouit, qui en recueille les fruits ? Pense-t-on seulement à l’'humble semeur, au geste large et infatigable, qui passe sans jamais regarder derrière lui ?
Les fêtes jubilaires célébrées en 1907, ne seront pas de sitôt oubliées. On se les rappellera pour que le souvenir des dévouements d'autrefois ranime le zèle et l'ardeur de ceux auxquels les traditions normaliennes ont été confiées, et aussi, pour que les élèves-instituteurs d'aujourd'hui restent dignes en tous points de leurs devanciers. Ce sera le plus beau résultat de la solennité du jubilé de notré vénérable institution. .
Il serait difficile de dire à qui revient l'honneur d'avoir le premier émis l'idée de la célébration du cinquantenaire. Elle jaillit spontanément du cœur d'un grand nombre d’anciens élèves qui, à l'approche de l’année 1907, se ::nt instinctivement reportés aux débuts de l'École normale Jacucs-Cartier. Jamais projet ne fut mieux accueilli par nos anciens. Il fallait voir avec quel entrain ils bousculaient—du moins en théorie— les difficultés inséparables d'une fête de ce genre. Elle est toujours vraie la parole de Pascal : “ Le cœur a des raisons que
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la raison ne connaît pas ”. Quand l'enthousiasme des débuts se fut apaisé, il fallut songer aux préparatifs et la raison se mit de moitié avec le cœur pour organiser dignement les réjouissances jubilaires. fe = Le 2 diicembre 1906, 66 ancieus élèves se réunissaient dans le g-and parloir de l'École normale pour aviser aux meilleurs moyens à prendre pour fêter le jubilé d'or. Séance importante où plusieurs orateurs parlèrent avec émotion du passé de l'Alma mater et de la place qu'elle occupe dans l'enseignement primaire. L'honorable P.-E. Leblane, le chef de l'opvosition, à Québec, se déroba à l'honneur de- la présidence, alléguant que cette fonction “ appartenait de droit à un homme qui a passé sa vie dans l'enseignement, faisant l'admiration de tous et s'étant attiré le respect et de la reconnaissance universels ”. C'était indiquer, personne ne s'y trompa, le vénérable M. J.-O. Cassegrain, le doyen des professeurs de Jacques-Cartier. À l'unanimité, il est élu président. Le Comité général d'organisation des noces d'or fut bientôt ainsi formé : Président : M. J.-O. Cassegrain. à - Vice-présidents : MM. J.-N. Perreault, principe] de l’École - Montcalm et le notaire J.-B. Demers, inspecteur d'écoles, Secrétaires : MM A.-B Charbonneau et Germain Beaulieu. Trésorier: M. N.-G. Chabot.
Assistant-trésorier : M. R.-Z. Baulne.
Veiller à la répartition du travail d'organisation, solutionner les questions d'intérêt général, imprimer à la fête l'unité
désirable, etc., telles furent les attributions diverses du grand comité.
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Sans vouloir multiplier les comités secondaires et tromper le public sur l'importance et l'étendue des préparatifs, le comité central crut bon de s'adjoindre des groupes d'anciens élèves, troupes légères d'allure plus vive, qui se chargeraient tout spécialement de certaines parties de l'organisation. Les
comités suivants furent nommés :
Des finances : MM. L.-P. Bérard, J.-W. Harris, J..A. Cléroux, E. Daoust, et l'Hon. P.-E. Leblanc.
Des adresses et invitations : MM. N. Brisebois, Dr Gauthier, L Létourneau, Dr Benoit, et R.-Z. Bauine.
Du programme des fêtes : MM. U.-P. Boucher, Dr JC. Poissant, Dr D, Caisse, J.-C. Pelland, et E. Ducharme.
Subséquemment, un sous-comité chargé de la composition
des annonces et des articles à publier dans les journaux, est composé ainsi : ;
Comité de la presse : MM. N. Brisebois, Dr Gauthier et. A.-B. Charbonneau. ,
La besogne se trouvait partagée. Le sous-comité de ; ânances fut le premier à se mettre à l'œuvre, fier de son iniportance et bien décidé à résoudre la question des gros sous, cer c'est le nerf de la guerre depuis bientôt six mille ans. Le 9 décembre, jour de la première séance régulière du Comité général d'organisation du cinquantenaire, s'ouvre la série des discussions amicales et courtoises sur les principaux détails des fêtes projetées, Quelle habileté il fallait parfois au président pour voguer au milieu de ls mer des opinions diverses, et démêler les tendances générales. Quatorze fois, les
anciens élèves se réunirent. en assemblée plénière, quatorze fois, apparut manifestement leur aptitude et leur goût pour la discussion intensive. Mais on finissait toujours par s'entendre et le travail avançait, se grossissant des observations des souscomités. On aborda vite les questions vitales : La première difficulté sérieuse était de dresser des listes complètes des cénquante cours depuis la fondation, de retracer tous les normalisns survivants, de découvrir le lieu de lenrs do:aiciles et de se mettre en communication avec chacun d'eux. Travail de fointage très compliqué et qui demanda au principal de l'École normale des ris entiers de longues et patientes recherches. Pas un jour qui n'amehât une-trouvaille ‘importante, : s
Les anciens élèves de nos collèges classiques, à raison même de leurs études prolongées et de leur situation, restent plus en évidence dans la société, et il est relativement facile de les retracer. Combien de normaliens sont obligés de gagner ailleurs que dans le professorat, le pain de chaque jour ? Aussi, quelle incroyable dispersion de ls famille normalienne ! Ceux qui en ont réuni les membres le savent assez ! La voix retentissante des journaux cria plusieurs fois, par tout le pays, l'appel de l'Alma mater à ses fils dispersés,
Pais on s’avisa d’un nouveau mode de publicité, qui obtint un plein succès. Son seul inconvénient était d'être dispendieux, mais qu'importe, s'il avait chance de réussir. Il consistait dans l'envoi aux anciens élèves connus, de brochurettes contenant les listes des élèves des cinquante promotions successives, et demandant de compléter les renseignements. Trois brochures de plus en plus volumineuses parurent dans l'espace de trois mis Elles étaient divisées en trois parties et comprenaient :
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10 la liste des professeurs de l'École normale ; 20 la liste des élèves qui avaient passé dans l'établissement depuis sa fondation ; 30 la liste des adresses des anciens professeurs et élèves ; 400 sur 1,585 en décembre, 678 le ler mars, 920 le 14 avril. La troisième et dernière édition n'avait pas moins de trente pages et contenait des staiistiques de la plus haute valeur. Nous en publions lé résumé en appendice.
Ces diverses statistiques, par leur abondance et leur variété, laissent loin derrière elles; le tableau, publié en 1884, des états de services des anciens élèves de Jacques-Oftier. Elles sont presque toutes dyes au travail personnel du principal,. M. l'abbé N. Dubois : elles projettent une vive lumière sur l'œuvre importante et féconde accomplie par les écoles normales primaires dans notre province, et quand les fêtes du cinquantenaire n'auraient produit que ce résultat, on pourrait encore parler de leur succès.
Dès le début de l'année jubilaire déjà, les grandes lignes de la célébration. se dessinaient, et Îa première cireulaire du’ comité général, en date du 28 janvier, l'annonça aux 400 anciens élèves, dont on connaissait l'adresse, Les voici.