‹ Les écoles normales primaires de la province de Québec et leurs œuvres complémentaires [microforme]Chapitre 17 sur 53 · RER LL · texte numérisé non relu

RER LL

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Nous contrôlons nos taxes, nous avons une part généreuse des allocations de la Législature, nous formons nous-mêmes nos instituteurs;#ét nous faisons tous les règlements que nous voulons pour nos écoles ”!.

Voilà de quelle manière la province catholique et française de Québec entend la garantie des franchises d'autrui, la pratique de la Constitution de 1867, les engagements contractés dans le passé envers les minorités.

L'excellent usage que nous avons fait de la liberté d’enseignement, et qui pourrait servir d'exemple et de modèle à plus d'une province de la Confédération, nous donne le droit d'espérer qu'on la respectera toujours. En tout cas, elle nous impose le devoir de veiller sur son intégrité.

La connaissance des solides qualités de notre système scolaire ne nous ferme pas néanmoins les venix sur ses imperfections, encore moins sur les difficuités rencontrées dans son application. Nombreux sont les obstacles qui ralentissent le progrès de nos écoles nationales.

Il en est que nous avons hérités de nos pères et qui tienrent au caractère même de notre population, séparée depuis un siècle et demi de l’ancienne mère-patrie. D'autres nous viennent du peuple qui nous entoure et qui, possédant le prestige du génie commercial, comprime la libert{ de notre développement intellectuel normal. D'autres enfin ont leur origine dans l'organisation même de notre mécanisme scolaire, sujet à de multiples influences extérieures souvent divergontes.

La première des difficultés que nvs maîtres d'école rencontrent dans leurs fonctions, c'est l'influence du milieu familial sur l'emploi de notre langue française. Pourquoi ne le dirionsnous pas ? Notre vocabulaire canadien a été arrêté dans son:

évolution régulière par la longue nuit littéraire qui s'étend :

sur un siècle de notre histoire. Le rétablissement des relations avec la France ne date que des soixante derpières années. Faut-il s'étonner que de ce vieux fonds de langage légué par le XVIIe siècle surgisse si souvent le mot archaïque, savoureux si l'on veut, à coup sûr peu moderne et qui s'est conservé au foyer paternel ?

On a entendu le cri d'alarme répercuté de village en village depuis un demi-siècle contre l'envahissement de notre parler national par le vocabulaire hétérogène. La lutte contre l'anglicisme n’est pas près de finir. Pour peu en effet que nos jeunes gens s'éloignent des centres fermés où les traditions ancestrales se perpétuent, ils se heurtent à une autre population, active, entreprenante et énergique. Au moment où le commerce et l'industrie sont devenus de véritables carrières ouvertes à nos jeunes Canadiens, ceux-ci se sont aperçus de la nécessité d'apprendre ce qu'on appelle “la langue des affaires ”, afin de lutter à armes égales contre leurs concurrents. On sait avec quelle rare habileté notre jeunesse instruite manie les

langues française et anglaise. Mais aussi que d’anglicismes

ont chance de pénétrer dans notre vocabulaire industriel ou commercial à la faveur de ce contact journalier avec l’idiome étranger.

Il y a autre chose. Certaines théories erronées et dangereuses au point de vue scolaire tendent à s'accréditer parmi

nous, Combien croient, par exemple, que l'erithmétique, la

comptabilité, la gymnastique, la géographie parfois et même l'histoire s’enseignent ou s’apprennent plus vite en anglais qu'en français ? Ajoutez l'adoption universélle des jeux anglais dont la nomenclature et les mots de commandement

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Etre

PAR MEHR era Pan ES

sont à peu près intraduisibles. Oh ! la langue des cours de récréation de nos élèves ! Malheur -aux oreilles délicates qui l'entendent !%Le mal vant d'être sigoalé afin qu'on soit plus indulgent envers les maîtres qui ont à lutter contre ces défauts extérieurs.

Quelques désavantages enfin sont inhérents à l'organisation du cours d’études primaire, à l'emploi du temps, au peu de durée du stage scolaire. La question des programmes ne peut rester indifférente au personnel de l'enseignement. Nous en avons marqué les différentes étapes. On croirait, à suivre l'agrandissement successif du cycle des études que la nature de l'enfant change de nos jours, que, plus précoce, il peut acquérir au moyen de ;0c6dés que l'on dit nouveaux, plus de connaissances qu'autrefois, les conserver plus longtemps et en faire un meilleur usage. Quel sourire de pitié à l'adresse des anciens provoquent d'ordinaire les trois parties de l'antique enseignement populaire : lire, écrire et compter ?

Cela ne suffit plus. Il faut enseigner à des enfants dont les facultés s'éveillent à peine un nombre de matières dont la seule énumération étonne et laisse rêveur. Ce n’est que timidement que l’on ose parler de la surcharge du programme des écoles communes. Cependant chaque année apporte une nouvelle matière à laquelle il faut faire une petite place. Quelle habileté il faut au professeur pour empêcher telle étude d'empiéter sur le terrain d'une autre ! En attendant, elles se pressent les unes contre les autres, mendiant de l'enfant qui un regard, qui un sourire, qui un accueil plus cordial, qui une franche et large hospitalité. Tiraillé en tous sens, voulant saisir de sa main débile tant de fils d'Ariane qu'on lui tend, l'écclier studieux et ambitieux, multiplie ses efforts, accumtüle

les heures de travail cérébral, pâlit sur les livres ou les: dictionnaires bilingues ; l’autre aa contraire, plus ami de son repos ou plus lourd d'esprit, promènera ses mains distraites d'un livre à l'autre, acquerra une instruction superficielle, et, pour n'avoir pu lui faire parcourir le programme complet, on aura oublié de lui apprendre les connaissances les plus indispensables, c'est-à-dire les éléments de la lecture, de l'écriture, et du calcul.

Ces échecs sont peut être plus nombreux qu'on n'ose l'avouer. Aussi bien, en présence de l'envahissement des carrières administratives ou commerciales par ces jeunes gens d'un prétencu savoir universel, mais qui ignoreñt même les “ rudiments ” comme l'on disait vaguère, l'or a fini par croire, en Angleterre et dans certaines villes des États-Unis, que les vonnäissances à l’école primaire pouvaient bien perdre en profondeur ce qu'elles gagnaient en étendue. Qui le croirait ? On a tenté une réaction dans le but de ramener les programmes au point de départ, et de n'exiger des éccliers que ce que l'on appelle là-bas fhe three R's (wRiting, Reading, aRithmetic) !

Si, du moins, cette pléthore du programme ne s'alliait pas à d'autres désavantages scolaires particuliers à notre province de Québec et déjà signalés dans notre travail. Mais il faut bien, dans les campagnes, compter avec les rigueurs du climat, le mauvais état des chemins publics pendant six mois de l’année, la dispersion des habitations, la pauvreté d'un grand nombre de nouvelles paroisses, les familles chargées d'enfants. Dans les villes, les instituteurs connaissent bien les obstacles qui se dressent contre eux : la facilité de trouver du travail

pour les jeunés garçons surtout, l'état besogneux de nos popu-

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lations industrielles ou commerciales, la popularité croissante de la vie en plein air, l'absence si douloureusement ressentie des œuvres complémentaires de l'école, telles que patronages, cercles d'ouvriers, ete. Faut-il s'étonner dès lors que la durée du stage scolaire soit en général si ecnrte, que les classes supérieures des écoles primaires se dépeuplent tant, et qu'une ignorance profonde remplace dans bien des cas les connaissances forcément incomplètes acquises dans l’enfance ?

Ceux qui ont la charge ou le contrôle de l'éducation nationale peuvent-ils, sans risquer de rester dans le domaine de la théorie et du rêve, négliger tous ces faits dont chacun est si gros de conséquences pour les résultats de l’œuvre scolaire ?

Par contre, est-il un serviteur du peuple qui mérite plus que l'humble instituteur de l'enfance l'appui empressé, efficace et persévérant de toutes les classes de la société ? Dans nos paroisses canadiennes, il est un auxiliaire précieux pour notre clergé qui doit à son tour l'aider de son expérience et-de son autorité. Aussi avec quel plaisir nous verrions revivre en sa faveur cet antique règlement d’un concile de Cambrai ou quelque autre semblable : “ Les curés s’informeront tous Les mois des progrès des enfants (dans les écoles) ”. Nous nous consolerions ainsi plus aisément de l'apathie ou de l'incompétence de bon nomhre de commissions scolaires.

Si difficile donc est la tâche de l'éducateur, si considérable son rôle dans la société, et si grandes sont ses responsabilités ou ses mérites que l'on peut parler sans crainte de la nécessité où il se trouve d'acquérir une formation professionnelle spéciale st complète. On ne saurait exagérer l'importance religieuse, morale et sociale des “ séminaires ” de maîtres ou de maîtresses d'école. Sagement conduite, toute imprégnée de vie

chrétienne, éclairée par une saine philosophie et une science solide, l’école norn 1le peut rendre d'immenses services à l'instruction publique en perfectionnant g-aduellement les études et en les diversifiant d'après les besoins du pays. La proportion du personnel »nseignant improvisé est encure trop grande dans la province de Québec. Pour la diminuer. 1! n’est pas de plus sûr moyen que de favoriser l'extension qu'a prise récemment l'œuvre pédagogique des écoles normales.

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