‹ Les écoles normales primaires de la province de Québec et leurs œuvres complémentaires [microforme]Chapitre 2 sur 53 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

L'école, en général, a pour but de développer simultanément les puissances et les facultés de l’enfañt : les forces physiques par la gymnastique et l'hygiène, l'intelligence par la connaissance de la vérité, et la Conscience par l'habitude de la vertu. Education et instruction sont deux mots inséparables pour tout instituteur digne de ce nom. Car si l'intelligence a ses droits impérieux, la volonté qui produit les qualités morales acquiert une importance peut-être plus décisive encore dans la destinée de l’homme. Tout peupla respectueux de son Passé et soucieux de son avenir, doit donc exiger de ses institutions d’enseignement public, d'apprendre à l'enfant À vouloir énergiquement ce qui l’honore et ce qui l’éve en l’éclairant,

Il serait oiseux de se demander lequel des trois ordres d’enseignement tient la plus large place dans la vie d’une nation. Est-ce l’enséignement primaire, l’enseignement secondaire ou l’enseignement universitaire ? Chacun d'eux forme un degré distinct dans l’ascension de l'esprit vers une vérité plus complète et plus haute, mais tous trois sont également nécessaires, quoique la priorité appartienne de toute évidence à l’enseigne-

’ ment primaire. Aussi bien, l’école commune est-elle devenue un organe indispensable à la société moderne. Elle accomplit Une Œuvre qui laisse une empreinte profonde, ineffaçable, dans l'âme du plus grand nombre des enfants. Si l'instruction première est faussée, si les impressions reçues dans le milieu

LES ÉCOLES NORMAïES PRIMAIRES

que l'enfant traverse au sortir de !a maison paternelle sont mauvaises, l’enseignement secondaire ou universitaire pourra peut-être encore en atténuer ou en arrêter les mauvais effets. | Mais cet enseignement ne s’adressera toujours qu’à une élite, c’està-dire à une faible partie de la jeunesse d’un pays, et l'horizon intellectuel du plus grand nombre se bornera toujours aux seules connaissances acquises dans le bas âge. Peuton alors rester indifférent au choix des maîtres des écoles primaires ? Quelle responsabilité n'assume pas le père de famille, en confiant l’éducation et l'instruction de ses enfants à des instituteurs iadignes ou incapables ?

{ autre part, il n’est personne qui ne voie l'extrême difficulté de donner l'éducation en comiun sans une préparation suffsante. Et la tâche loin de se simplifier, devient de plus en plus lourde chaque année. C'est surtout à partir du XVIe siècle que les progrès des sciences et des lettres, en Europe, commencèrent d'élargir le programme des petites écoles. Les branches d'enseignement se multiplièrent. Les éléments de la lecture, de l'écriture et de l’arithmétique professés jusqu'alors, furent trouvés insuffisants et la pédagogie se fit conquérante. Elle poussa dans tous les sens l'agrandissement de son champ d'action. Mais le moment devait arriver où, n’ayant plus de domaine à conquérir, les éducateurs dirigeraient leur attention sur la manière d'enseigner et de concilier l'étendue des matières avec l’âge et la condition des enfants. De ce jour, la méthodologie scolaire, comme art spécial, était trouvée. L'école normale ne devait pas tarder à se fonder. Destinée à développer et à affermir les qualités des futurs éducateurs des enfants du peuple, l’école normale ajoute à la connaissance pratique des lettres, des sciences et de la religion, la formation professionnelle et spéciale nécessaire au bon instituteur.

Son nom. primitif de séminaire en marque assez le but et le caractère éminemment social.

Toute science, a-t.on dit, possède en elle sa méthodologie. La pédagogie peut-elle, dès lors, se séparer de l'étude des matières à enseigner, et suffitil de la superposer aux études générales ? On l’a pensé, et voilà ce qui distingue les programmes des écoles normales des divers pays. Dans les uns, en Angleterre, en Allemagne, aux Etats-Unis, et dans les provinces anglaises du Canada, la séparation entre les études proprement dites et la méthodologie est généralement plus ou moins effective — et l'on ne donne l'éducation pédagogique professionnelle qu'aux élèves qui ont terminé leurs études littéraires et scientifiques. Dans les pays latins, au contraire, en France, en Italie, dans la province de Québec, l’école normale donne simultanément l'instruction proprement dite et la science de la pédagogie. Les écoles normales de la première catégorie sont le plus souvent des externats, et leurs sessions bi-annuelles ue dépassent guère quatre mois. Les autres exigent naturelle. ment un stage plus prolongé, et se transforment volontiers en internats. Quel est le meilleur système, le plus fructueux et le plus favorable à la formation professionnelle des instituteurs ? Je laisse au lecteur, la liberté de se prononcer.

L'idée de l’école normale n'appartient Pas, quoiqu’on en ait dit, à la Révolution française. Du moment que l'on commença de donner l'éducation en Commun, on s’occupa de trouver les meilleurs procédés Pour apprendre vite et bien. Néanmoins, tel que nous l’entendons à l'heure actuelle, l’art spécial de la pédagogie est de date piutôt récente. Il ne remonte guère au delà de deux ou trois cents ans. Les congrégations religieuses enseignantes, dès le XVIIe siècle, ouvrent auprès de leurs collèges, des séminaires Pour former de bons maîtres et publient, pour leur usage, de véritables traités de pédagogie. Il suffit de mentionner les séminaires de maîtres d'école créés, l’un à Lyon, en 1671, par un prêtre, Charles Démia, l’autre à Reims,

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