‹ Les écoles normales primaires de la province de Québec et leurs œuvres complémentaires [microforme]Chapitre 27 sur 53 · CHARTE · texte numérisé non relu

CHARTE

SSL LS

celées, s'il le faut, pour qu’elles donnent promptement, au moment opportun, le conseil pratique qui fasse toujours accomplir la loi, quelque dure qu’elle puisse être. L'instituteur doit ici encore agir énergiquement.

Les enfants sont, vous le savez, des êtres d'imitation : ils font ce qu'ils voient faire, et les retards, les hésitations deviennent de sérieuses entraves pour leurs intermittentes énergies. L'instituteur doit done montrer à ces retardataires le bien et ses plus frappants motifs, puis les y faire arriver avec toutes les industries de la persuasion et du bon exemple.

Ce sera pour lui le chemin du cœur.

Le cœur, Dieu et l’homme le sollicitent constamment, parce que, lui gagné, tout l’homme est éonquis. Mais pour gagner le cœur, il faut lui offrir un trésor capable de le captiver pour toujours. C'est Jésus-Christ qui l’a dit : “ Où sera votre trésor, là sera également votre cœur ”. Mais ce cœur est souvent pris dès le berceau et soumis à la plus tyrannique des volontés, aux aspirations, aux besoins, aux caprices les plus futiles. Il faut le relever, lui montrer des objets plus dignes de lui, le placer le plus haut possible,

C'est la volonté de Dieu qu'il est nécessaire de lui faire connaître, mais telle qu'elle est, comme elle s’est elle-même révélée ; car une fois bien comprise, elle le ravira pour toujours. Qu'est-elle donc la volonté de Dieu ? Elle est l'amour parfait dont Dieu s'aime et s'enivre et qu'il veut partager, dont il veut jouir avec l’homme. Volonté qui aimait à converser avec Adam et Eve dans les délicieuses retraites du paradis terrestre, et désirait récompenser de son propre et inaltérable bonheur un acte d’obéissance coûtant le facile et avantageux sacrifice de la volonté humaine. Volonté qui a

aimé jusqu'à se faire humaine pour pardonner, la faute de l’homme. Volonté qui se fait l'a l'esclave du cœur qui ne veut rien lui refuser. C qu'il faut faire monter le cœur de l'enfant :

» Au lieu d’un reflet, d’un rayon, se sent en possession du lumineux et nce ne connaît plus de limites, et la quérant de Dieu est de

d’une ombre, le cœur suave trésor, la jouissa plus grande crainte de l'heureux con s'exposer à perdre sa conquête.

Mais, cher instituteur, tu l'enfant d'aujourd'hui est susceptible d’a

peux me demander, si le cœur de tteindre à ces hauteurs.

lui-même avide de s'y grandes décisions, de

carrière. Le cœur de l'enfant d'aujourd'hui ? Mais il ne vieillit pas, il ne change

jamais, le cœur. Toujours il Jui faut Dieu et il s'ennuie de Dieu. S'il s'en est rendu indigne, il sera lui-même son Propre Dieu, mais pour s’ennuyer à mort du vrai Dieu, se jeter dans de frénétiques occupations afin de faire diversion à cet amer ennui. Mais diadème, auréole de l'ambition, ivresse de Ja volupté, monceau d'or de la cupidité, qu'est-ce que tout cela pour l'homme sans Dieu ?

En haut donc, ce cœur de l'enfant, cher instituteur ! Placez.

en l'expiant, mi passionné, ‘est jusque là

; C'est sur ces hauteurs qu'il faut le placer, et la tâche en est d'autant plus facile que ce cœur a été ori tives.

ginellement créé Pour ces préroga-

le en Dieu, qui veut en faire le cœur d’un homme de bien, d’un chrétien fervent, d'un saiut. Livrez-le au Saint-Esprit par vos prières, vos exemples et les mérites de votre apostolat.

Le caractère, qui soutient jusqu'au bout la lutte de la vie présente, se trempe en Dieu avec la piété, fournit à l'humanité s& part de dévoûment par le travail et se soutient par la patience et la murtification. Le cœur bien placé en Dieu est déjà au plus intime foyer de la piété, et s'applique le conseil du Saint-Esprit au livre de l’Ecclésiastique : “ Laisse-toi bien unir à Dieu et soutiens constamment ton effort, pour faire à la fin arriver ta vie à se complète croissance ”. C'est là toute la piété ; c’est le cœur en plein brasier de l'amour divin ; c'est : Dieu qui se dit lui-même “ un feu consumant, dévorant tout”, qui absorbe tout l’homme pour le temps et pour l'éternité ; car ‘ la piété, dit saint Paul, est utile à tout, parce qu’elle a les promesses et de la vie présente et de la vie future ”. Mais elle demande des exercices, elle se nourrit de —.. suivies et se consomme ici-bas dans la foi.

Habitvz: donc, chers instituteurs, vos élèves à la piété pratique, donnez-leur des exercices de piété réglant chacune de leurs journées, sanctifiant chaque mois de l'année et remplissant ainsi l’année entière. À Dieu leur Père élevez leur cœur avec les douces inspirations de la reconnaissance ; soumettez leur volonté au Maître qui n'attend un acte de soumission que pour leur continuer l'existence et plus fructueuse et plus douce ; liez toute leur personne à l'ami rendant au centuple l’atttachement dunt l’homme lui donne la preuve.

Rappelez-vous les dévotions de l’École normale. Avec la pratique des sacrements de pénitence et d'Eucharistie, qui vous {ait si délicatement facilitée — toujours nn confesseur

étranger avec les trois prêtres de la maison — ; la dévotion à

Notre-Dame du Sacré-Cœur, l’avocate des causes désespérées,

comme le monde en rencontre trop souvent ; la dévotion aux anges-gardiens, qui établit un lien ininterrompu entre les cœurs du Maître, de l'élève et celui de Dieu, parce que cet Ami du ciel, tout en s'occupant de nous, voit toujours la face du Père des cieux et lui ravit en notre faveur ses plus fertiles ressources.

Dans ces conditions le travail, trop souvent, froide et dure pénitence de l’homme déchu, amènera sa part nécessaire d'action dans ia trempe du caractère. Ce sera le travail pour Dieu ; car, dans le monde renversé où nous sommes, le travail est assez généralement le grand fardeau de la vie. Comme on le rejette facilement, comme on Y apporte je répugnance quand on ne peut s'y soustraire ! L'aiment deux classes d'hommes : les saints qui y voient le prix de la gloire pour l'éternité, à l'exemple du Sauveur, et les Âmes passionnées qui veulent arriver à la fin suprême de leurs désirs, la gloire attachée à la science ou aux honneurs, la richesse, les plaisirs. “ Vanité des Vanités ” dit Salomon que ce travail pour la terre et ses biens périseables. +=

Le seul travail digne du chrétien, les Saints l'ont choisi et avec eux l'instituteur chrétien doit l'enseigner et le faire aimer, Ses élèves ont des destinées qui dépassent le temps et la terre. Oui, chrétiens, nous tendons plus loin et plus haut : Altius tendimus. Nous ne pouvons nous arrêter à briguer la reconnaissance, si glorieuse soit-elle, des hommes, d'une nation, même de toute la terre : tout cela finira par s’effacer.

Mais le travail suraaturellement bon, le moindre acte accompli pour faire la volonté de Dieu, à la suite de Jésus,

peut ne laisser aucune trace dans ce monde, tandis qu'il assure un effet, un retentissement éternel dans un monde meilleur. Dût la tâche ne gagner que du mépris, des persécutions sur la terre, elle n'en sera que plus fructueuse pour le ciel. Quand même la lassitude essaierait de ralentir l’ardeur ou même de faire abandonner le labeur, une voix douce et convaincante dirait au cœur : “ Eile ne dure qu’un moment, alle n’est pas si lourde notre tribulation, si on la compare à la gloire sans mesure.et sans fin qu'elle nous prépare et dont nous trouvons l'assurance dans notre foi ”.

” Gravez, chers instituteurs, ces vérités, gravez-les bien dans le cœur de vos élèves, et l'eau glacée de l'épreuve ne servira qu'à le mieu” tremper pour le bien. Avec la piété et le travail, il exabrassera la patience qui donnera la dernière trempe à son caractère. La patience “ l'inévitable souffrance ”. comme dit l'auteur de l’Imitation de Jésus-Christ, résume la doctrine des Saints Livres sur le voyage de l’homme à la recherche du ciel. L'homme souffre pour jouir, mais, pire sort encore, il souffre de trop jouir, de jouir malgré Dieu et contre sa conscience. Mais la patience chrétienne, et non le faux et grimaçant stoïcisme, fait passer l’âme et le corps à travers les contretemps, les indigences, les maladies, les adversités, les plus crucifiants labeurs, avec la consolation d'y cueillir des mérites proportionnés à l'effort déployé, à la peine acceptée, aux privations endurées pour l'amour de celui qui tient compte d’un verre d’eau donné en son nom.

La patience est une des qualités de la charité, selon saint Paul, qui nous demande également de porter mutuellement nos fardeaux. Apprenez à vos élèves à se supporter lea uns les autres, et préparez ainsi des générations qui, bien loin de se

jalouser et par là de se nuire, se pardonnent réciproquement

leurs défauts et méritent ainsi d'être exaucés en disant au

Père des cieux : “ Pardonnez-nous nos offenses, comme nous

pardonnons à ceux qui nous ont offensés ”, Comme la pratique

de la charité envers le prochain est, selon saint Jean, l'accom-

plissement de toute la loi, Dieu donnera en retour les grâces qui feront observer Ja mortitication, autre forme de la patience.

L'enfant s’habituera à souffrir pour Dieu la faim, la soif, le froid comme la chaleur, la fatigue et la maladie, parce qu'il a acquis à l'école cette endurance, cette résistance efficace qui peut, sans se laisser abattre, rencontrer les labeurs, les diff. cultés, les épreuves. Faillible en soi, limité dans sa puissance et accessible à tous les chaos, le corps doit amasser toutes les forces, accumuler toutes les énergies, acquérir toutes les habiletés qui lui rendront moins désastreux les assauts imprévus de l'adversité,

. La mortification doublera les énergies de l'âme en l'empéchant de se consumer en curiosité vaine, imaginations folles et désirs brûlants qui enlèvent le temps, la recherche, le goût même du bien. Elle bridera les Passions et l'ivrognerie ; la débauche, ::s mauvaises Compagnies et les lectures dangereuses trouveront cet enfant toute sa vie appliqué à des objets plus dignes d’un ami de Dieu et d'un fils de la sainte Église.

C'est, chers instituteurs, en résumé, ce que vous avez tant de fois entendu enseigner à l'École normale et ce que l'on y apprend encore, la recherche de la vérité, l'amour et la pratique du bien.

C’est M. l'abbé Verreau, c’est son esprit, son âme qui anime ces solennités et vous répète ses leçons ; Qui offre au maître

et à l'élève les trésors si judicieusement amassés d'un généreux passé, livre encore un riche présent aux légitimes ambitions de ses uormaliens et des générations qu'ils sont appelés à former ; leur ouvre un avenir tout resplendissant des espoirs les mieux fondés.

Avec l'abbé Verreau, c'est le prêtre que le normalien sait connaître, apprécier, animer et suivre en tout, l'ami dévoué, sage, infatigable de l'instruction et de l'éducation de l’enfauce et de la jeunesse, héritier lui-même en cela des belles traditions du clergé canadien-français.

Avec l'abbé Verreau, le normalien a senti l'avantage, la nécessité même du prêtre dans l'enseignement, dans la classe, dans la direction et du maître et de l'élève, il a béni l'influence de l’évêque et de tont le clergé sur la formatioh scolaire.

Avec M. l'abbé Verreau, c'est l'Église que le normalien contemple, admire, aime et place au cœur même de son œuvre, sachant reconnaître plus pratiquement ce qu'est en tout et partout l'Église : Jésus-Christ continuant, étendant et complétant sa mission dans les individus et les sociétés, le Saint- Esprit animant de son souffle de lumière, d'amour, l’école, berceau de tant de saints, *

Apôtres, vous appelle le Play, chers instituteurs, apôtres à la suite de M. Verreau vous resterez et, comme dit le pr sphète Daniel, pour “ avoir formé à la justice un si grand nombre de jeunes cœurs, vous brillerez comme des étoiles durant la perpétuité Ges éternités ”. Ainsi soit-il.

Les accents solennels du Te Deum, le sublima cantique d'actions de grâces, termina dignement la fête religieuse, si simple tout à la fois et si touchante.

Page 1