SECOND JOUR : LA FÊTE OFFICIELLE
Nos hôtes, — Adresse présentée par M. J.-O. Cassegrain, président des fêtes jubilaires, — Réponse du ;rincipal, M. l'abbé N. Dubois, — Discours de l’hunorable P.-B, de La Bruère, surintendant de l’Instruction publique. — Présentation de la médaille commémorative, — Le Banquet, — Allocution de Mgr Paul Bruchési, archevêque de Montréal, — Allocution de l’honorable Lomer Gouin, Premier ministre de la province de Québec. — Allocution de Mgr Emard» évêque de Valleyfeld, — Allocution de l'honorable Evariste Leblanc, chef de l'opposition, à Québec. — Dernière réunion du comité
d'organisation. — Conclusion.
, Ce matin donc, les fêtes ont revêtu un caractère dirai-je plus austère ? non, mais plus sérieux et plus officiel. Des hôtes distingués sont arrivés pour prendre part à nos réjouissances et nous en sommes tous fiers. Nommons seulement
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l'hon. L. Gouin, premier ministre de la Législature de Québec, Mgr Bruchési, archevêque de Montréal, Mgr Émard, évêque d Valleyfield, le R. P. Filiatreault, S. J., supérieur du Scolastica de l'Immaculée-Conception, M. l'abbé Perrier, visiteur de. écoles catholiques de Montréal, M. l'abbé Choquette, supérieur du Séminaire de Saint-Hyacinthe, M. C.-J. Magnan, rédacteur de l'Enseignement primaire, de Québec, etc., etc.
À onze heures, la réception officielle des anciens élèves de l'École normale Jacques-Cartier et des invités avait lieu dans la grande salle improvisée de l’école-annexe. La scène d'où, la veille, les jeunes avaient fait entendre leurs joyeux colloques, servait de tribune maintenant aux vieillards vénérables et aux sages, dont les paroles toutes chargées de souvenirs célébraient d’autres temps et prédisaient pour notre École un bel avenir. M. J.-0. Cassegrain, président du comité d'organisation des
fêtes jubilaires, le premier, parla au nom de tous les anciens élèves de l'École normale Jacques-Cartier.
ADRESSE DE M. J.-0. CASSEGRAIN
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Monsieur le Principal,
C'est avec plaisir que nous avons reçu votre chaleureuse invitation d'assister au CINQUANTENAIRE de la fondation de l'École normale Jacques-Cartier. Aujourd'hui, nous sommes heureux de répondre à votre appel, et nous vous prions d'agréer nos plus sincères remerciements de nous donner l'occasion de nous asseoir un instant sous le toit hospitalier de notre Alma Mater.
Un cinquantenaire est une date qui fait époque dans l'histoire d'une institution. 11 rappelle aux élèves les soins, les sollicitudes dont ils ont été l'objet de la part de cette institution, et des années qui ont été les plus belles, les plus heureuses de leur existence. I] Permet de revoir d'anciens anus, d'enciens confrères, de s'entretenir des choses d'autrefs,s, et à: vivre pendant de trop courts moments, hélas ! de la vie du Essssé, Il permet aussi de rappeler Ja mémoire des confrères qui ont : quitté la scène de ce monde pour habiter le séjour des sitée, et de vouer à ces chers disparus vn souvenir fraterne! sk gieux. Un cinquantenaire offre ‘tout l'occasion de #gner à l'Alma Mater les sentiments d’attachement et de re: :nnaissance qu'on à toujours entretenus à son égard, et de exprimer les vœux que l'on forme pour sa Prospérité future, Permettez-moi de placer ici quelques courtes réflexions qu. me sont suggérées par la fête de ce jour
L'éducation de l'enfance a été, à toutes les époques de
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l'histuire, le sujet d'études sérieuses et de profondes méditations ; et si nous remontons le cours des âges, nous constatons que depuis les noms les plus autorisés de la sagesse antique jusqu'aux plus grands esprits des temps modernes, tous, à divers degrés, se sont occupés d'éducation. Il n'y s dans ce fait rien qui puisse surprendre. L'éducation est une œuvre des plus importantes, une œuvre hérissée de difficultés, sur laquelle repose le bonheur de la fmille et de la société ; c'est de plus une œuvre indéfiniment perfectible comme l'est ‘son objet. Car de quoi s'agit-il dans l'éducation ? si ce n’est de former l'homme, en d'autres termes de développer les facultés de son intelligence, de cultiver son cœur et de façonner son caractère. Que de choses grandes 'et nobles! mais aussi quelle responsabilité assume celui qui se charge d'une semblable tâche ! Que d’aptitudes il doit posséder ! que de zèle et de dévouement il lui faut déployer pour accomplir ses fonctions, et ne pas faiblir sous le fardeau !
En considérant les qualités que doit avoir celui qui aspire à la carrière de l'enseignement, les esprits bien pensants de tous los siècles ont cru qu'il fallait une institution dans laquelle le futur instituteur pôût se former lui-même : car le véritabls professeur ne s'improvise point. De là, la nécessité d'écoles d'entraînement, d'écoles ncrmales.
Dans une école normale, l'élève-maître suit un cours spécial d'enseignement ; il s'efforce d'acquérir ces qualités de premier ordre qu'il lui faut posséder afin de pouvoir les communiquer aux autres. Il étudie les procédés, les moyens, les méthodes enfin les plus propres à développer les facultés naissantes de l'enfant, et à faire pénétrer dans cette jeune intelligence les connaissances qu'il veut lui inceulquer.
Mais c'est surtout au point de vue ,sora! qu'une école normale devient le plus nécessaire, et heureuse influence. L'élève-maître y Particulier : le principal ou directeur collaborateurs, le
qu'elle exerce Ja plus est l'objet d'un soin tout de la maison, aidé de ses suit pour ainsi dire Pas à pas, étudie attentivement son Caractère, s'efforce de découvrir en lui les qualités, les aptitudes d'un bon instituteur. Et ce n'est qu'après avoir donné des preuves de toutes ces choses, et avoir subi avec succès un sérieux examen sur ses Connaissances scientifiques et pédagogiques que l'aspirant reçoit officiellement Je Permis d'enseigner, On voit par là jusqu’à quel point la nécessivé d'une école normale s'impose, et quelle &arantie elle offre à la société tout entière.
Pénétré de ces idées, l'honorable M. Chauveau, cet ami de l'éducation, ce patriote éminent, l'un de ces hommes qui jettent le plus d'éclat sur le nom canadien, a fondé, du consentement des autorités religieuse et civile, trois écoles normales en cette province. De plus, il a voué à ln diffusion de l'instruction publique dans notre Paÿs son énergie, ses talents d’orateur et d'écrivain, et, je pourrais ajouter, la meilleure partie de sa vie.
Pour compléter et affermir son œuvre, M. Chauveau appe!a
à la direction de ces établissements des hommes distingués par leur savoir, des hommes aux vues élevées, et dévoués, comme lui, à la cause sacrée de l'éducation de la jeunesse.
L'un de ces hommes — je ne parle ici que du premier principal de l'École normale Jacques-Cartier — eut, pendant près d'un demi-siècle, la direction de cette importante maison, M. l'abbé Verreau a apporté dans l’accomplissement des devoirs multiples de sa charge, une activité qui ne s'est jamais démentie ; il a fait preuve d'une connaissance profonde de la
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jeunesse et de ses besoins, connaissance qui, suivant moi, le place à l'un des premiers rangs parmi les éducateurs de tous les pays. :
Afin de se convaincré de ce que j'avance ici, il suffit, pour ceux qui m'écoutent en ce moment et qui n’ont pas été sous la direction de M. Verreau, de lire les rapports qu’il présentait chaque année au Surintendant de l’Instruction publique, ainsi que les discours qu'il a prononcés et les thèses qu'il à développées devant l'Association des Instituteurs catholiques de la régiôn de Montréal. Ces documents constituent un cours de pédagogie, et ont de plus le mérite de répondre aux besoins spéciaux de notre province.
M. Verreau n’était pas seulement un éducateur de premier ordre, c'était un homme dont les vastes connaissances n'avaient d'égale que sa profonde modestie ; c'était un écrivain aux vues larges, au jugement droit et sans préjugés. Aussi fut-il, comme son ami do cœur, M. Chauveau, l'objet d'attaques ardentes, passionnées, que rien — absolument rien — ne saurait justifier.
Je ne puis dire combien je me sens ému lorsque je rappelle le souvenir de ces deux hommes si dévoués à leur pays, de ces catholiques dans le vrai sens du mot ; et, en rendant à leur mémoire un faible tribut de vénération et de reconnaissance, je suis certain d’être l'interprète de tous mes confrères les normaliens.
Monsieur le principal, en vous confiant la direction de l'École normale Jacques-Cartier, les autorités religieuses et civiles vous ont donné une preuve de la confiance qu'elles reposaient en vous. Permettez-moi de le dire ici, cette confiance est pleinement justifiée.
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Vous êtes encore au début de votre carrière ; mais l’activité que vous avez déployée dans l'accomplissement difficile des devoirs de votre charge, l'intérêt que vous prenez à tout ce qui se rattache à l’enseignement primaire dans cette province, l'estime que vous avez pour la jeunesse studieuse, tout nous donne la certitude que vous marcherez dans les traditions de l'École normale, et que :vous continuerez l'œuvre si
heureusement commencée et en partie accomplie par votre illustre prédécesseur.
Certes, M. le principal avait le droit d'être fier du succès des fêtes jubilaires, C'était la récompense de plusieurs mois de travail, Aussi, quelle émotion n'éprouvait-il pas en présence de ces 400 à 500 anciens professeurs et élèves, accourus de toutes parts pour célébrer l'œuvre normaliste de Montréal ! Ses remerciements s'adressent à eux d’abord, puis à ses nombreux invités, à ceux qui ont envoyé des lettres d'excuses de ne pouvoir assister ou qui se sont fait représenter aux fêtes jubilaires. Il salue dans l'assistance le vénérable père de Mgr Emard, âgé de près de 80 ans, et l’un des plus anciens instituteurs primaires du pays. Puis, il entreprend la tâche agréable de faire l'historique de l’œuvre accomplie par l’École normale Jacques-Cartier depuis cinquante ans.
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