‹ Les écoles normales primaires de la province de Québec et leurs œuvres complémentaires [microforme]Chapitre 6 sur 53 · ERRES · texte numérisé non relu

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Le gouverneur Vaudreuil recommanda si ardemment la fondation pédagogique des Frères Charon qu'on peut lui attribuer le mérite d'avoir donné au Canada ses premiers maîtres d'école réguliers. La région de Montréal se trouvait pourvue par, logs royal de huit instituteurs, qui furent recrutés en France par le frère Charon lui-même et dont. plusieurs en: ‘ignèrent à l'Hôpital-Général, Boucherville, la Pointe-aux-Trembles, Longueuil, Batiscan et Trois-Rivières. Faillon prétend qu'ils eurent peu de succès et qu'ils désertèrent bientôt leurs fonetions d'instituteurs. Le frère Chrétien Turc, successeur de M. Charon, repassa en France en 1722 et recruta dix nou-

veaux maîtres qu’il offrit vaine.sent de confier aux Sulpiciens :

de Paris pour l'épreuve de leur vocation. Ce nouvel échec ne lui fit pas abandonner son projet. Il fit passer six autres insti-

en Canada. Ils périrent, croyons-nous, dans le naufrage du

Chameau. Le frère Turc essaya même d'ouvrir à La Rochelle

une sorte de noviciat pour former à la carrière de l’enseigne-

ment ceux qu’il recevrait à l'avenir.

Æ cette époque, une transaction malheureuse jointe au refus du roi d'autoriser les Frères à prononcer les vœux qui relient les membres d'une communauté les uns aux autres, mit en péril l'existence même de l’Institut. La maigre subvention annuelle de 3,000 livres, la première qui ait été accordée aux écoles primaires, fut supprimée en 1731, et la Congrégation des Frères Charon se dispersa bientôt (1745).

Cependant il est probable que les Frères sécularisés conti. ‘

nuèrent d'enseigner en même temps qu'un certain nombre de professeurs séculiers dont ies registres nous permettent deconstater les états de services, sur divers points de la colonie.

Si cet essai loyal et persévérant pour procurer à la Nouvelle-

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France de bons maîtres d'école n'a pas entièrement réussi, encore faut-il se souvenir que de nombreux efforts ont été dépensés pour le faire triompher, et que l’état du pays et peutêtre l'inexpérience sont les seules causes de l'insuccès, Deux Frères des Écoles chrétiennes vinrent à Montréal, en 1737, Pour essayer de sauver, en les absorbant, les débris de l'œuvre des Frères Charon et Pour prendre la régie de leurs écoles. La négociation malheureusement échoua, et l'Hôpital-Général devint la propriété des Sœurs Grises. qui, à la fois infirmières et enseignantes, continuèrent l’œuvre commencée.

Ces constatations sont plus que suffisantes pour prouver que l'instruction des garçons, malgré les obstacles inhérents à cette époque de fondation, ne fut jamais tout à fait négligée, et qu'on s’en préoccupa toutes les fois que les circonstances le permirent.

Ainsi donc, avant 1760, les Jésuites et le séminaire de Québec se partagèrent l'enseignement classique et l’enseignement technique ; les Récollets, les Jésuites, les Sulpiciens, les Frères Cheron, des prêtres séculiers et quelques maîtres laïques se chargèrent de l'instruction primaire des garçons, tandis que les jeunes filles recevaient chez les Ursulines et les Dames de la Congrégation une solide instruction. Les orphelins des deux sexes trouvaient dans les Hôtels-Dieu, asile, protection et éducation: Était-il possible de faire davantage pour l'instruction du peuple ? Non. Car les établissements d'enseignement élémentaire n’ont jamais été, à une exception près, directement dotés par les souverains. Ils ont dû leur succès et leurs heureux résultats aux gratifications volontaires faites par de picux laïques ou par le clergé. Plus tard, l'augmentation de la valeur des propriétés investies par les corporations religieuses leur ont permis de multiplier les

bienfaits de leurs œuvres et de les proportionner aux nécessités croissantes du pays.

Mais au moment où la Nouvelle-France se dégage des embarras de ses débuts, un événement gros de conséquence et, qui devait exercer sur ses destinées la plus profonde influënce, vient arrêter l'essor de son développement, et paralyser, pendant plus d'un demi siècle, ses institutions et ses libertés les plus précieuses, Le traité de Paris, en 1763, livra à l'Angleterre la plus belle des colonies françaises, Soixaute mille colons catholiques et français, passaient par droit de conquête, sous la domination politique d'un peuple d'aspirations différentes Des espaces sans bornes s'ouvraient devant l'antivité anglaise. Nos pères, enfermés dans la vallée da Saint-Laurent, auront à faire face à de nouveaux eniemis èt à livrer d'autres combats. C'est alors que commence Pour eux une période de

lattes, où la politique joue un rôle souverain. Comte sur les Champs de bataille, nos vuillants ancêtres devront disputer pied à pied à leurs vainqueurs, une victoire qui les rendra maîtres de l'avenir.

La capitulation de Montréal et le traité de Paris n'avaient rien stipulé relativement aux biens des congrégations ensei- &nantes, On sait pourtant que les Jésuites et les Sulpiciens, par exemple, n'avaient reçu leurs vastes seigneuries qu'à la charge de pourvoir à l'entretien du culte et à l'instruction de la jeunesse du pays. Ces propriétés sans cesse augmentées par la libéralité du peuple devaient acquérir, avec le temps, une valeur suffisante pour alimenter à jamais la caisse des écoles communes. Pourquoi alors ne Pas garantir à ces congrégations enseigaantes, avec l'autorisation de se recruter dansda colonie, l'usage de ces biens, puisqu'en définitive, iis profitaient à tout

le peuple, et décharger ainsi les pouvoirs publies de l'obligation de défrayer les dépenses scolaires ?

Mais il s'agissait de bien autre chose. La nationalité elleméme courait, sous le nouveau régime, et dès le lendemain de la cession, les plus grands périls Aucune clause ne reconnaissait l'usage de la langue française, si ce n'est incidemment dans l'article de la capitulation qui maintenait les lois civiles existantes, L'ans l'esprit d'un grand nombre d’Anglais, l'œuvre d'assimilation des Canadiens était la première et la plus nécessaire de toutes celles qui devaient assurer la possession de la récente conquête. Au milieu d’une population française et éatholique, les colons anginis qui furent toujours en petit sombre, éprouvèrent un effroi instinctif des institutions libres. Done, empêcher la fondation de nouvelles écoles en tarissant lu source de leurs revenus, interrompre toutes les communications avec l’ancienne mère-patrie, enrayer l'introduction de nouveaux livres français dans la colonie, tel fut le programme dont on ne voulut s’écarter que le moins possible.

Le roi d'Angleterre, Georges III, donnait un exemple pernicieux de duplicité, et en morcelant le pays, et en introduisant, contre la foi des traités, les lois britanniques Le Bureau des Colonies ne respectait pas mieux les liberté, canadiennes, ct il stimulait adroitement le zèle des francophôbes auxquels il livrait la Nouvelle-France. Le recrutement du clergé sécülier et régulier aux deux-tiers d’origine française est tout-à-coup interrompu ; et à mesure que les paroisses augmentent, le nombre des prêtres diminue (80 pour 200,000 catholiques en 1806), l'œuvre des missions sauvages est presque anéantie. L'administrateur Milnes refuse la liberté d'ériger de nouvelles paroisses et force l’Église canadienne à retourner au système

des missions comme aux premiers jours de la colonie. L'évêque de Québec ne peut communiquer avec Rome que par des voies détournées. Et ce n’est qu'en 1818, que Mgr Plessis peut enfin obtenir de la métropole l'autorisation de créer de ”ouveaux ; diocèses,

Même pendant l'administration du libéral Carleton, les catholiques sont exclus de la magistrature, du jury et du barreau, et pour la nomination aux charges et aux emplois publics, ou ne Manque pas de donner la préférence aux Loyalistes et aux étrangers établis dans le Bas-Canada. Défense aux colons canadiens d'entretenir des relations d'aucune sorte avec les parents ou les amis résidant en France. Le sulpicten Ciquar' est expulsé par Haldimand, en 1783, afin d'étouffer. toute tentative de rapproçhement ave l’ancienne mère-patrie. Faire venir des journaux ou des livres directement de France n'était même pas toléré, et jusqu'en 1830 au moins, les enfants des écoles sont obligés de copier de leurs propres muins plusieurs des manuels classiques les plus indispensables.

Les relations commerciales avéc la France sont interrompues pour plus d’un siècle. Contrairement à la recommandation de Haldimand qui conseillait de réserver aux Canadiens le territoire appelé depuis Cantons de l'Est, l'élément nouveau essaie Par une ceinture de colonisation anglaise d'arrêter leur expansion et, en 1833 même, le gouverneur Kempt propose d'envoyer à cette fin 500,000 émigrants dans les cantons de l'Est, et 100,000 dans la vallée de l'Ottawa. Dans son “ Plan d'Union”, le juge en chef, Jonathan Sewell, propose de noyer les Canadiens dans les flots de l'émigration européenne.

Inutile d’insister plus longtemps sur le péril imminent qui, pendant près d’un siècle, menace l'existence même de notre

nationalité, “ Tous les maux imaginables, dit Garneau, avaient accablé là population franco-canadienne qui avait bravement résisté à l'orage ”,

Le mauvais vouloir des Anglais à l'égard des Canadiens, se double d'une injustice, Pour ce qui concerne l'instruction. Les pouvoirs publics n'ignoraient pas que les donations faites aux Jésuites, étaient destinées à favoriser l'éducation de la jeunesse du pays, ainsi que l'établissement des missions des Sauvages. Pourtant la Chambre législative réclame en vain les revenus de ces biens. Encore une fois, il n'en aurait rien coûté au trésor fiscal, pour le soutien des écoles communes, si . le gouvernement avait respecté la volonté des donataires, car

les lettres patentes de 1678 constituaient la Compagnie de Jésus en corporation légale pour l'administration de ces biens. Ainsi, sur le terrain scolaire, cette hostilité déloyale devait aboutir, du moins au début, à la suppression des moyens d’instruction en usage à cette époque. Un üsfiance justifiée d'un coté, un espionnage étroit et mesquin de l’autre, étaient de mauvaises conditions de progrès. Aussi, ne craigaons pas de le dire, après avoir fait la part des responsabilités, l'instruction, après la conquête subit, sinon un recul, du moins un arrêt regrettable, Les Canadiens jugèrent que le seul moyen d'échapper à la fusion des races, était de laisser vides les écoles qui constituaient un danger pour leur foi religieuse et leurs plus chères traditions. À la guerre de races qui commençait dès le début de la domination anglaise, nos pères ostracisés opposent la force de l'inertie, et se tournent plus volontiers vers la culture du sol dont ils s'emparent rapidement, La politique devint dès Jor : le champ d'action où se déployèrent l’activité et le patriotisme de nos hommes d'Etat, tandis que l'éducation à tous les degrés

fut le domaine réservé aux initiatives privées. La détente que produisirent les grandes &uerres de l'indépendance des Etats-Unis et de la Révolution française, n'affecta encore que le domaine politique, et c'était beaucoup, il faut en convenir, La liberté de l'enseignement, comme la liberté individuelle et domestique, s'implantera sur le sol canadien à la faveur des progrès des institutions civiles et politiques. En attendant qu'elle puisse produire tous ses fruits, le clergé et les Congrégations religieuses prennent ex main, du consentement du peuple, et malgré la pénurie des ressources des paroisses, la direction de l'instruction publique.

Une phrase tracée sur son journal de route par un officier anglais de l'armée de Burgoyne, en 1776, jette un peu de lumière sur l'état de l'éducation dans les paroisses situées sur la rive gauche du fléuve, entre Québec et Montréal. “ De trois en trois lieues, dit-il, on trouve une espèce de petit village qui consiste en un presbÿtère, une auberge, une école pour les petits enfants, et quelques maisons ”, Nous aimerions Connaître la situation scolaire des riches localités des environs de Montréal. Le latin s'enseignait dans quelques presbytères, mais il va sans dire, à un très petit nombre d'élèves choisis. D'autre part, Mgr Bailly de Messein, le coadjuteur de Québec disait en 1790: “II y a plusieurs curés de Campagne qui ont des Ecoles d'écriture, de lecture et d'erithmétique dans leurs paroisses ”. Cependant, l'entretien des routes et des ponts, les améliorations municipales les plus urgentes, absorbaient les revenus des quelques taxes volontaires ou indirectes très restreintes encore, puisqu'elles n'atteignaient pas la propriété foncière. Jusqu'en 1830, les marchands soutinrent qu'on ferait

grand tort au commerce en mettant à sa charge 1. dépenses publiques.

Cet état de chos : : devait pas se perpétuer. L'œuvre d’anglification ne j vait s'acccrr: ir qu'à la condition d'atteindre les jeunes géni : at: ns. Puis, 12 les Canadiens préféraient restreindre le non tre de l‘urs écoles plutôt que d’abjurer leur foi et leurs traditions nationales, on résolut de leur forcer la main et de confier au Conseil exécutif le contrôle de l'éducation du peuple. En 1787, une commission de neuf membres est chargée d’enquérir sur les causes de l'infériorité de l'instruction publique et sur les moyens d'y remédier. Composée en majeure partie d’ \nglais protestants (cinq sur neuf), elle accumule à loisir les preuves de l'ignorance des Canadiens. “ Le manque d'instruction élémentaire, ose-elle dire dans son rapporé du 26 novembre 1789, à laissé un peuple dans un état de vile barbarie (base barbarism) ”

Nous avons vu que la manière la plus sûre de répandre les lumières de l'instruction était de rendre à leur destination primitive les revenus des biens des Jésuites, que lord Goderich lui-même, en 1831, reconnaissait avoir été spécialement destinés à l'éducation. Après avoir enlevé à une population sans défense tous ses moyens d'instruction, nos maîtres nous reprochaient une ignorance dont ils étaient seuls responsables, et qu'ils avaient invoquée, en 17 85, pour nous refuser l'exercice du principe électif. L'évêque catholique de Québec avoue que le nombre de ceux qui savent lire et écrire oscille de 24 à 30 Personnes par paroisse, car l’on manquait de professeurs compétents et sûrs. C’est peu sans doute, que ce petit nombre de lettrés, mais il serait étonnant qu'il fut plus élevé, à cette époque surtout où un grand nombre de paroisses étaient privées de pasteurs, ou desservies d'une manière fort irrégulière.

Le remède Proposé à nos pères était pire que le mal. Aussi

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au mouvement commercial et industriel, Les groupes

au projet de la fondation d'une université mixte où devait

nécessairement dominer l'élément anglais et protestant, l'abbé

Plessis, plus clairvoyant que le condjuteur Bailly, répondit

pour l'évêque de Québec, par le vigoureux mémoire qui dévoi-

lait une fois de plus l’astucieuse tolérance du parti anglais, et son désir de soumettre le clergé et le peuple catholiques de notre province, à la suprématie spirituelle du roi d'Angleterre.

Le danger fut momentanément écarté. Mais au lieu d'accorder

la liberté scolaire si éloquemment demandée par Du Calvet et

tant d’autres, les Pouvoirs publics se désintéressèrent d’une question si épineuse, et qu'ils ne voulaient régler qu'au profit

des idées anglaises, Entre temps et pour affermir davantage .

les positions déjà si avantageuses de la minorité protestante,

l'acte de 1791 accordait au clergé augligan, la propriété de la scptième partie des terres vacantes de la province.

Dix ans s'écoulent avant que le gouvernement se préoccupe à nouvea de l'éducation populaire, Néanmoins, depuis 1791, il existait un comité permanent pour l'éducation, comité composé de mem/res de l’Assemblée législative, mais sans influence sur le progrès des écoles puisqu'il ne dispose d'aucun. subside. De son côté, le peuple compte trop souvent sur le &ouvernement pour défrayer les dépenses de l'instruction publique et, dans ce but, réclame avec opiniâtreté les revenus des biens des Jésuites,

Pendant ce temps, dans les séminaires de Québec et de Montréal, se prépare la nouvelle Pléiade de patriotes éclairés qui tiendront bravement tête à l'orage qui s'amoncèle à l'horizon politique. La nationalité canadienne s’affermit en nant possession du sol national, mais reste presque étra

prengère anglais

composés de militaires, de fonctionnaires, de marchands ou

d'agents de Commerce, sont heureux de maintenir nos pères . dans l'isolement, afin de les- exploiter dans les affaires publi.

ques et dans la politique.

La lutte scolaire entre dans une phase nouvelle avec l’année 1801. Le gouvernement responsable n’est pas encore constitué avec ses rouages essentiels, mais le peuple ose enfin faire entendre sa voix, s'il ne réussit pas toujours à obtenir justice. Il peut enfin parler d'éducation et en parler, c'était éveiller le patriotisme de nos hommes d’État, signaler des lacunes, faire la part des responsabilités, provoquer des comparaisons suggestives, en un mot, créer un mouvement d'opinion sur cette question vitale, Certes, l'occasion était belle alors pour procla-

mer la majorité du peuple canadien, et l'affranchir de la tutelle du gouvernement. Mais, comme au lendemain de la Cession, On aima mieux empêcher que de favoriser l'organisation d'un systême scolaire libéral que tout le pays demandait. "Et pour accélérer le mouvement d'assimilation, qui n'avait détaché du bloc national que les enfants perdus de notre race, nos maîtres s'adressèrent, une fois de plus, à la métropole, et, un jour, ils annoncèrent bruyamment la fondation d’un Bureuw de l'Institution royale pour l'avancement des sciences.

C'était l'établissement du monopole de l'enseignement, maintenu par notre Législature au profit de l’Église d'Angleterre, et alimenté par une population catholique pour l'entretien d'écoles protestantes ou neutres, La loi ne passa pas sans opposition de la part de plusieurs députés ; J.-F, Perreault présenta même un projet de loi “ pour établir des écoles publiques dans les Paroisses du Bas-Canada ”. Le parti anglais fit valoir en faveur de l'Znstitution royale la raison de priorité, puis la nécessité

d'assimiler tous les éléments hétérogènes du Canada. I] ést bon toutefois de signaler ces protestations réitérés contre un système d'exclusion, qui paralysait les progrès de l'éducation : populaire, depuis 1760.

Sous des apparences de libéralité et de justice, la nouvelle société d'éducation faisait un dernier effort pour enfoncer les rangs compacts des Canadiens, et eaper les fondements de leurs traditions séculaires.

L'Institution royale demande la fondation d’une école élémentaire dans chaque paroisse, et d'une école modèle au chef-lieu de chaque comté. La langue maternelle pourra être enseignée aux enfants, dont l'instruction religieuse sera donnée sous la surveillance du curé ou du ministre de la religion des enfants Jusqu'ici rien à reprendre, et le but inavoué des promoteurs de la mesure était si soigneusement dissimulé, que plusieurs Canadiens lui donnèrent leur adhésion, et s’étonnaient que le clergé s’y opposât si ouvertement. Pourtant si le projet de loi était perfide, il n’était pas malaisé d'en saisir la véritable portée. La première loi d'éducation publique accordée au peuple canadien, n'était-elle pas confiée, dans son application, aux pires ennemis des traditions nationales ?

Un comité protestant nommé par l'Exécutif, et siégeant sous la présidence de l'évêque anglican de la province, choisit les maîtres d'école et leur assigne leur traitement annuel.

Les jeunes instituteurs protestants de 1801, se destinant pour la plupart au ministère paroissial, considéraient souvent. leurs nouvelles fonctions comme une transition vers un poste plus élevé, prix de leur fidélité aux idées anglicanes, D'ailleurs, comment croire que leur enseignement put être exempt des préjugés de race et de religion ? L’assimilation des Cana-

diens français ne constituait-elle pas le premier article du Programme de la bureaucratie anglaise ?

Jusqu'en 1818, l'Assemblée législative ne put acquérir le contrôle du budget, et étendre dans up sens plus libéral, la portée de la loi d'éducation de 1801. Isolées dans les campa- &nes, au milieu d'une population justement métiante, les écoles de l'Znstitution royale restèrent vides ou plutôt, elles ne rendirent guère de services qu'aux colons anglais, Au risque de justifier l'accusation d'ignorance si souvent adressée aux Canadiens, ceux-ci préférèrent l'intégrité de leurs traditions et de leur foi aux avantages offerts d’une main si avare. Le vigilant évêque de Québec avait refusé de prêter son concours à cette œuvre, qui avait le grand tort d'être patronnée par l'Exécutif, et placée sous le contrôle du parti hostile à la majorité des habitants du pays. On pourrait s'étonner du long silence de Mgr Plessis sur la question scolaire, si l’on ne savait que le peuple n’était pas entièrement privé de moyens d’éducation, et qu’il y avait toujours danger de ranimer les vieilles ranCunes de l’oligarchie anglaise contre la liberté d'enseignement.

L'horizon politique s’éclaircit peu à peu à partir de 1811, et le gouverneur Sherbrooke montre un désir très sincère de rapprochement entre le chateau et le palais épiscopal, en donnant à Mgr Plessis un siège au Conseil législatif.

Dès lors, les deux Chambres de la législature réussirent, après quelques essais infructueux, à s'entendre (1820) sur un projet de loi scolaire beaucoup plus libéral et destiné, dans la pensée de ses promoteurs, à mettre fin au monopole de l’Znstitution royale. Mais il fallait que le bill fut ratifié par le roi.

Or, c'était au moment même où l'affaire des subsides causait

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les plus graves ennuis au secrétaire des Colonies, lord : Bathurst, qui voulut au moyen de la question scolaire, tenir la Chambre d'assemblée en échec et l'amener à faire, sur d'autres points, des concessions à l'Exécutif. Aussi, ni les amendements apportés au projet de loi, l’année suivante, ni l'unanimité dès suffrages des deux Chambres du Bas-Canada, ni les recommandations pressantes du gouverneur Dalhousie et de l'évêque de Québec, n’eurent raison du mauvais vouloir du Bureau colonial, lequel refusa d'approuver la loi scolaire projetée, afin de : puuir les Canadiens de l'obstination qu'ils mettaient à réclamer le gouvernement responsable. N'était-ce pas la même tactique que l'Exécutif employait naguère, en demandant le contrôle et l'emploi des revenus des biens des Jésuites et des Sulpiciens, afin de se rendre indépendant des députés du peuple ? La liberté scolaire restait donc toujours s1bordonnée à la politique.

C’est alors que, justement alarmé des difficultés croissantes du recrutement de son clergé, et plus encore du triste avenir qu'elles présageaient, Mgr Plessis fonda, en 1822, une société, —C'était la seconde—pour secourir dans leurs études, les jeunes gens qui montreraient des dispositions particulières pour l'état écelésiastique. Car, quoique le Bas-Canada ne comptât alors q 1e 37 écoles officielles, le Souvernement ne laissait pas de menacer l'existence même des établissements d’enseignement secondaire, “ Le parti anti-catholique, affirme Mgr Plessis, avait conseillé au pouvoir de s'emparer des biens du collège de Nicolet ”.

L'enseignement primaire n'était pas moins gêné dans son expansion. Le 14 avril 1821, Mgr Lartigue écrit au curé de Varennes à propos d’une école, que celui-ci se

Proposait de construire sur une propriété léguée par un bienfaiteur de la fabrique : “ Je pense que le Gouvernemené serait plus hardi à envahir l'administration d'une écrle bâtie sur u” terrain donné depuis peu par un particulier, que de celle qui serait établie sur une terre appartenant de temps immémorial à la cure ”!

Les menaces incessantes que les Anglais faisaient peser sur la population catholique avaient peut-être pour but, de l’amener à une coopération effective, en faveur de l’Znstitution royale. Ils crurent un moment avoir réalisé des espérances souvent déçues, quand Mgr Panet, cédant aux sollicitations du gouverneur et de son Conseil, consentit à adjoindre à l'Znstitution royale, un comité distinct “ chargé de la réglementation exclusive et de la direction des écoles catholiques en vertu de la loi de 1891 ”." Mais l'agitation politique d'alors fit ajourner, puis abandonner ce beau projet, et bientôt furent votées de nouvelles lois scolaires. Vingt-quatre ans après sa fondation, l’Znstisution royale, ne comptait encore que 37 écoles fréquentées par 1,048 élèves. Reconnaissons toutefois qu'elle avait fait des efforts louables Pur répandre l'instruction. .. parmi la population anglaise. Elle avait même ouvert, à Québec, c'est-à-dire dans une ville aux deux tiers canadienne francaise, une sorte d'école normale soi disant Nationale, et, en 1824, Burrage, le secrétaire du Bureau de l'Znstitution ruyale,

sachant qu’on se plaignait beaucoup de l'incompétence des mattres d'école, propose que tout instituteur qui serait nommé pour une paroisse, en tout ou en partie anglaise, fût obligé de suivre préalablement et pendant quelque temps, les cours de cette École, et d'y acquérir une idéc exacte et pratique du système d'éducation en usage dans le pays. C'était le régime suivi

dans les écoles de charité, en Avogleterre, où l'initiative privée, en matière d'éducation, était alors encore prépondérante, Nous savons que le projet eut des suites, mais dans quelles mesures l'instruction publique en bénéficia-t-elle ? En tout cas, le remède au mal dont on souffrait depuis un quart de siècle, venait trop ta.d et d'une institution condamnée par l'opinion publique.

En eflct, si l'éducation primaire a tant de peine à se fonder, ilen est tout autrement de l'enscignement secondaire, plus indépendant des pouvoirs publics. Grâce à la féconde initiative du clergé et des riches particuliers, les collèges s'ouvrent qui vont donner à la période d'agitation qui s'étend de 1804 à 1850, des orateurs, des légistes éminents, des hommes d'Etat incomparables. La région de Montréal se fait particulièrement remarquer dans ce mouvement scolaire universel.

Les collèges de Montréal, de Nicolet, de Saint-Hyacinthe, de Sainte-Thérèse, de Chambly et de l'Assomption, œuvres colleetives d'autant de riches paroisses, relèvent partout le niveau de l'instruction dans les Campagnes, et stimulent l’ardeur pour l'étude dans les écoles primaires. Car au lieu de réserver pour ses futurs lévites, le meilleur de ses soins et de ses lumières et de fonder des petits séminaires, l'Église canadienne a donné indistinctement à tous une même éducation scientifique, littéraire et religieuse. La liberté politique a recueilli les premiers fruits de cette généreuse initiative. Papineau, le puissant tribun populaire, achève l'éducation politique du peuple, et lui apprend que notre constitution contient en germe toutes les libertés.

D'ailleurs, la province de Quéhec se dégage vers cette époque, des partis hostiles qui l’asservissent depuis si longtemps. Depuis qu’elle paye les dépenses de l'administration (1818), la

décadence de l'Exécutif comme organisme autonome n'est plus qu’ans question d'années, et la Chambre d'assemblée, investie de la souveraineté populaire, lui succède peu à peu à la tête des affaires,

Une fois maitres de leurs destinées, les Canadiens françuis font preuve d’une rare intelligence du gouvernement responsable, ct ils t: ivuillent sans retard à l'organisation d’un système scolaire vraiment progressif. Gardons-nous de croire toutefois qu'on avait attendu l'initiative des pouvoirs publics pour fonder, à côté des églises, des écoles communes en nombre suffisant pour recevoir une grande partie de la population scolaire des paroisses. Rigaud seul, pour citer un exemple, possède, en 1821, un maître et une maîtresse d'école catholiques outre deux instituteurs ambulants ; c'était suffisant pour justifier la défense faite alors aux enfants, de fréquenter les écoles protestantes. A Montréal, les Sulpiciens, les Dames de la Congrégation, entretiennent des écoles gratuites, sans préjudice d'institutions privées, sous la direction d'instituteurs et d'institutrices laïques. En 1822, Mgr Lartigue invite son clergé à dresser les statistiques des écoles paroissiales, afin d'en transmettre l'état complet à la Congrégation de la Propagande. C'est une preuve qu'elles sont déjà nombreuses.

Michel Bibaud écrivait en 1825 : « Quoi qu’on en puisse dire, l'instruction fait tous les jours des progrès parmi nous : il est présentement peu de paroisses un peu considérables où Ù n'y ait une école tenue sur un pied plus ou moins respectable sans parler de l'enseignement privé qui s'étend aussi de son côté, et peut-être dans une plus grande proportion encore que l'enseignement publie ”.

De iongues et intelligentes recherches nous révèleraient

sans doute bien d'autres 1sits, capables de réhabiliter la mémoire de nos pères, à qui on impute sans Preuve, une apathie invincible à l'égard de l'instruction publique.

La loi de 1824 fit une première brèche au vieux système étroit et mesquin qui fermait la porte de l'école à des milliers d'enfants. Elle autorise les fabriques, à consacrer le quart de leurs revenus annuels à l'établissement des écoles élémentaires. Sans doute, dans le même temps, le Séminaire de Saint- Sulpice, qui tenait, à Montréal, en 1837, trois écoles primai. res fréquentées Par environ 1,200 enfants, était toujours menacé dans son existence même, mais la première loi qui

permet l'emploi des deniers publics aux fins de l'éducation, tout imparfaite qu'elle fut, reconnaissait le principe de la liberté de l’enseignement.

Elle avait trtefois le,tort grave de mettre à la charge des fabriques les petites écoles. Ajoutons l'aversion naturelle des Canadiens pour toutes sortes d'impositions, puis, à cette époque, la prise de possession du sol national, les besoins si Pressants de la colonisation et de l'agriculture, et l'on comprendra sans peine que les fabriques hésitent à se grever du

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date (1829),

petites éccles que soutenait, au prix des plus grands sacrifices, une population gér. éralement Pauvre et très disséminée.

La loi de 1829 — elle n'abrogeait pas les deux lois scolaires précédentes — apporta le remède à cette situation précaire de nos écoles officielles et, à ce point de vue, on doit la considérer com.ne la loi véritablement libératrice, qui unifie tous

les efforts partiels tendant à organiser le département d’éducation. De fait, c'était une partie du système scolaire actuelle. ment en usage, puisque cette loi établissait des syndices pour chaque groupe important de population, une subvention de la part du gouvernement, un droit de contrôle et de visite confié aux membres de la Législature, une reconnaissance des écoles confessionnelles où la liberté des minorités restait complète, l'introduction du système pédagogique appelé mutuel ou lancastrien. Par malheur, elle fixait le nombre des écules, lequel fut porté à 1,500 par l'amendement de 1832, et, ce qui est plus grave, cette loi n'était que temporaire et devait être abrogée le ler mai 1836.

Mais alors de nouveaux horizons s'ouvrent devant notre nationalité, qui s'empresse de mettre à profit ce commencement de justice. L'école du peuple est enfin confiée au peuple qui, par ses représentants, exerce un contrôle absolu sur l'instruction publique, La libarté de l'enseignement est fondée.

Une subvention annuelle de vingt louis est accordée à toute école réunissant au moins vingt élèves, et donnant 90 jours de classe. La Législature prend à sa charge la moitié des dépenses encourues pour la construction des nouvelles écoles, pourvu que la subvention ne dépasse pas cinquante louis. Enfin une prime n’excédant pas dix louis est offerte à l'instituteur le plus compétent de chaque paroisse, s’il enseigne la grammaire, la géométrie et la tenue des livres de comptes. Assurément la Législature ne pouvait faire davantage pour les progrès de l'instruction du peuple. Dès 1834, les allocations attribuées à l'enseignement primaire s’élevaient déjà à £18,000 sterling, somme considérable pour l’époque, puisque le revenu total de la province atteignait à peine 60,000 louis. Aussi, la marche

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ascensionnelle de l'éducation populaire fut.elle rapide, trop rapide au gré du parti des bureaucrates,

En 1829, 63 écoles de fabrique, sans compter les écoles libres, fonctionnaient tant bien que mal avec un nombro très restreint d'enfants assistant régulièrement aux classes, Six ans plus tard, les progrès réalisés ont dépassé toutes les espérances. Il y a déjà au moins 1,600 écoles tenues en grande majorité par des instituteurs, avec une population scolaire de 37,000 enfants, et, dix ans après, malgré le temps d'arrêt causé par l'insurrection, soixante mille enfants trouvent place dans les nombreuses écoles autorisées par la loi. Montréal seul & sept écoles primaires de arçons en 1837, et de plus, en vertu d'une ordonnance du Conseil Spécial, le Séminaire est confirmé dans ses titres de propriété sur les biens immeubles 401 tenait de la compagnie féodale de Notre-Dame de Montréal depuis 1663, à la condition d’en employer les revenus annuels, à la Propagation de Ja foi catholique et de l'instruction de la jeunesse, dans les limites de l'ancienne paroisse de Notre-Dame.

Les eemtés les plus éloignés, ceux de Gaspé et d'Ottawa, obéissent à l'impulsion générale, et quoique la colonisation rayonne dans tous les sens et disperse la jeunesse, on apprécie de plus en plus les avantages de l'éducation, si élémentaire soit-elle.

Voilà de quelle manière nos pères ont répondu au reproche d'ignorance et d’apathie pour l'instruction, le jour où ils ont joui d’un commencement de liberté d'enseignement. Le Haut- Canada a-t-il marché d'un pas plus rapide dans cette voie ? Non, et il n’est arrivé au degré de perfectionnement actuel, qu'après bien des tâtonnements et des expériences plus ou moins heureuses.

Comme on le voit, le droit de contrôle sur l'enseignement primaire dans le Bas-Canada, dans le cours espace d'un tiers de siècle, avait successivement passé de l'oligarchie anglaise qui avait cru pouvoir employer l'école à l'anglification du pays, aux fabriques des paroisses déjà surchargées par les dépenses du culte, et, en dernier lieu aux membres de la Chambre d'assemblée si absorbés alors par les luttes ardentes de la politique,

Les fabriques et le clergé, impuissants à continuer seuls l'œuvre de l'instruction publique avaient transmis aux syndics des écoles, l'usage de leurs immeubles scolaires, ne se réservant que leurs droits de propriété. A quelques exceptions près, les députés à la Légistature, obligés de conquérir de haute lutte, les libertés n.tionales, ne purent s'acquitter de leurs nouvel. les fonctions d'inspecteurs des écoles publiques, et celles-ci gardèrent sous la protection de la loi, leur caractère paroissial.

Certes, lord Durham avait raison de résumer ainsi, dans son célèbre Rapport, la politique scolaire du parti anglais, “ La négligence constante du gouvernement britannique laissa la masse du peuple sans aucune des institutions qui les auraient élevés en liberté et en civilisation. 11 les a laissés sans l'éducation et sans les institutions du gouvernement local populaire qui aurait assimilé leur caractère et leurs habitudes, de la meilleure ct de la plus facile manière, à ceux de l'empire dont ils devinrent partie ”,

11 manquait encore à ce système scolaire, l'unité de direction si désirable pour rendre pratiques et affermir les efforts isolés qui se faisaient depuis longtemps, pour solutionner cette importante question. Plus encore que l'unité de direction, l'action du gouvernement se dérobait toutes les fois qu'il

s'agissait d’une Joi d'éducation ayant un caractère

necuse cependant un progrès considérable sur la période d'avant 1801, et reste ouverte aux améliorations qu'amènera nécessairement l'autonomie de plus en plus complète de notre Législature provinciale.

Dans ce grand mouvement éducationnel qui va de 1800 à 1836, il serait injuste de passer sous silence les travaux et les essais dus à l'initiative d'éducateurs aussi éclairés que désintéressés,

Deux hommes aussi éminents par l'esprit que par le cœur, ouvrent dignement, à cette époque féconde, la liste des dévoués maîtres laïques. Ce sont le docteur Labrie François Perreault. Un mot sur chacun d'eux.

Né en 1784, à Saint-Charles de Bellechasse, Labrie fit ses études littéraires au petit séminaire de Québec, acheva ses études médicales à Edimbourg et vint se fixer, dès 1808, dans : la riche paroisse de Saint-Eustache, près Montréal, C'était une

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, Par ses Progrès en agriculture et son goût pour les questions politiques. Tous les grands intérêts du pays trouvaient de l'écho dans, cette Paroisse populeuse, centre naturel d’une riche région agricole,

Aussi, le docteur Labrie, aidé du digne curé de Saint- Eustache, ne tarda-.t.il pas à ouvrir deux écoles primaires supérieures, l’une pour les Sarçons, tenue par M. Paul Rochon, et l'autre pour les filles, sous la direction immédiate d’institutrices, Labrie semble avoir cette dernière, qu'il voulait peu à peu transformer ep une

école de pédagogie, pour la satisfaction des besoins der gnement rural.

Le programme comprenait les langues française ef anglaise, l'histoire, la géographie et la cartographie, l'arithmétique, des éléments de physique, et, selon l’usage d'alors, des travaux . ménagers. Le docteur Labrie avait composé deux’ manuels, à l'usage de ses normaliennes, une Histoire et une Géographie du. Canada. Les journaux Je l'époque parlent avec admiration de le distribution annuelle des prix, laquelle donnait lieu à des exemens publics et à des fêtes littéraires bien propres à répandre l'amour de l'instruction. ;

Lorsqu'en 1829, la nouvelle loi d'éducation confie les écoles élémentaires à la surveillance et au contrôle des députés de la Législature, le docteur Labrie qui représentait le comté des Deux-Montagnes, entreprend, la cession terminée, la visite des écoles de son district et meurt, dans l'automne de 1831, d’une maladie contractée dans l'exercice de sa noble mission. Sans arrière-pensée et avec un dévouement admirable, il avait mis ses talents et son patriotisme éclairé au service de ses compatriotes, à une époque où l'enseignement primaire courait les plus grands dangers. Longtemps encore, sa mémoire vivra dans le cœur du peuple qui a connu son zèle et bénéficié de ses éminents services.

Autre est la destinée de J..Frs Perreault, surnommé de son vivant le “ père de l'éducation du peuple canadien ”. C’est une des figures les plus originales de cette époque de fondations, Il fut tout à la fois légiste, éducateur, agronome et fonctionnaire public. :

Il passa les premières années de sa vie, à faire le commerce dans les postes de traite du Mississipi, En 1781, il revint à Montréal pour s'y fixer, plus pauvre qu'auparavant et chargé d’une nombreuse. famille. Il continua de s'occuper du commerce

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pour vivre, et fit de la politique par patriotisme. Après d'assez longues études de droit, il fut nommé par lord Dorchester, en 1795, protonotaire et greffier de Ja paix pour le district de Québec, charge qu'il occupa jusqu'à sa mort. < Actif, laborieux, ennemi de la servitude ‘et soumis aux lois, défenseur du droit de ses compatriotes, bien renseigné sur toutes les questions légales, officieux, esprit ouvert à tous les progrès de son temps, il prit une part active au relèvement national, et contribua, par l'étendue de ses connaissances, à inspirer eux Anglais le respect des Canadiens. En 1796, il entre au parlement afin de mieux promouvoir les intérêts de l'éducation et les progrès de l'agriculture. Pour faire échec à

. Tl'Znstitution royale, il présente un projet de loi plus libéral

dans son application et plus juste envers la majorité des habitants du pays 11 subit l'échec prévu, mais après des débats retentissants qui mirent à l'ordre du jour, cette impcrtsnte question.

Quoique livré à des ressources très restreintes, il se fait l’âme dirigeante du mouvement scolaire, fonde, en 1821, avec l'aide dé la société d'Éducation dont il était président, la première école gratuite à Québec. Il établit une école spéciale dans le but de former des élèves capables d'enseigner l'agriculture dans les campagnes. En 1830, il agrandit encore son œuvre. Tnjou-s à ses frais, il ouvrit une école élémentaire pour les jeun+s garçons du faubourg Saint-Louis et, l’année suivante, une autre pour les fillettes du même arrondissement. Plus de trois cents enfants y recevaient l’enseignement presque gratuitement, Le zélé protonotaire consacrait ses rares loisirs à visiter ses écoles, à encourager les élèves, à composer à leur usage plusieurs manuels indispensables, et peu communs à cette époque.

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Il a laissé dans son “ Plan raisonné d'éducation générale el permanente ”, ses principales idées sur le meilleur système scolaire tel qu'on lentendait alors. Il fait une large place à l'enseignement agricole, et propose d'étendre l'instruction élémentaire à tout le pays. “ J'estime ”, dit-il en parlant des trois établissements qu'il dirigeait en 1832, “ qu'ils sont très propres à former des maîtres et des maîtresses d'école ainsi que des professeurs d'agriculture, qui, répandus dans les Campagnes, propageraient les éléments de la lecture de l'écriture, de l'arithmétique, etc. ” Mais l'agitation politique commence de retarder les progrès de l'instruction, et J.-F. Perreault mourait, en 1840, dans un état voisin de la gêne, après avoir dépensé de grandes sommes pour le soutien de l'instruction élémentaire, à Québec.

Avec lui, no 13 entrons dans la période moderne du développement éducationnel dans notre province. L’instruction populaire suivra désormais une marche ascensionnelle ; elle se répandra et se généralisera de plus en plus, jusqu’à devenir la préoccupation constante des groupes même les plus récents de population rurale,

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