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très indulgents envers les candidats assez courageux, pour entrer dans la carrière peu rémunératrice de l'enseignement. De leur côté, les maîtres ambulants, nombreux et dévoués, rendaient, moyennant une modeste rétribution, de grands services aux familles privées de tout autre moyen d'instruction. Mais avec le progrès de l'instruction populaire, le- besoin
d'écoles normales se fit vivement sentir, et occupa la pensée de tous les hommes instruits.
L'enquête parlementaire sur l'instruction publique dans le Bas-Canada, en 1834, avait révélé, une fois de plus, les défauts du système. Aussi, dans la session de l'année suivante, le Parlement déposa-t-il un projet de loi destiné à combler les lacunes de la législation scolaire antérieure ; mais le Conseil législatif, alors en guerre ouverte avec la Chambre des. députés, refusa de voter les clauses relatives à l'enseignement primaire, et en conséquence, plus de 1,600 écoles se trouvèrent subitement abandonnées à elles-mêmes.
C'était imposer au peuple, brusquement et sans transition aucune, le système des contributions scolaires libres, dont il avait désappris l'usage. Dès le premier moment, on vit les conséquences de l'acte rétrograde de l'Exécutif, De toutes les parties de la province déjà si enflammée par les questions. politiques, s'éleya contre les pouvoirs publics, un long cri de colère. Le premier mai 1836, jour de la prorogation injustifiable de la loi des écoles . primaires, deux journaux de Montréal, la Minerve et le Vindicator, paraissaient avec tous. les signes funèbres d’un deuil national. Ils déploraient, et tout le peuple avec eux, la chute imminente d'unc multitune. d'écoles dont le soutien devenait, sans l’aide du gouvernement, un fardeau trop lourd pour la population. Pourtant la pru-
denco et la solidarité sociale n'imposaient-elles pas aux législateurs, le devoir de diminuer les causes déjà si nombreuses de discordes civiles ? Pourquoi faire revivre la question scolaire, au moment où tous les actes du Conseil exécutif prenaient, aux yeux du peuple, le caractère d’ure hostilité à peine déguisée ? Quoiqu'il en soit, les cotisations volontaires comblèrent en partie le vide fait à la caisse scolaire, et pendant cinq ans, ce régime, difficile à appliquer en tout temps, ne laissera pas de suppléer quelque peu l’action du Souvernement. L'instruction continua de se répandre malgré tout ce qu'on pût faire pour en entraver la marche. A Une heureuse exception fut faite au projet de loi, en faveur 6 des écoles pédagogiques, qui devaient être non confessionnelles et communes aux deux nationalités du Bas-Canada. Présentée le 23 mars 1836, la nouvelle législation fut bientôt agréée par toutes les branches de la Législature. Les premières écoles normales officielles devenaient un des rouages de notre organisation scolaire, mais, on l'a vu, au moment même où celle-ci subissait un grave échec. Etrange contradiction, la Législature fermait les petites écoles et ouvrait des établissements pour l'éducation professionnelle des instituteurs.
La loi incomplète et temporaire qui instituait les écoles normales primaires de Québec et de Montréal, avait le grand tort d'entrer en force au moment où l'effer vescence populaire était très excitée. Depuis de longues années, les deux branches de la Législature du Bas-Canada, c’est-à-dire le peuple et le SOuveraeur, se faisaient une guerre ouverte. La métropole elle-même était attentive aux débats, qui se poursuivaient avec une acrimonie de plus en plus aiguë, dans sa colonie lointaine d'Amérique. 1] va sans le dire, les institutions les
moins solides étaient pendant ce temps le prix de la lutte, et
bientôt, les partis extrêmes osèrent en appeler à la force: des
armes, C'était la guerre civile. Elle éclatait dans les districts qui avaient le plus souffert des injustices, dont se plaignait le pays depuis longtemps.
A la veille de cette commotion nationale, il nous faït plaisir de constater, que le désir de donner au peuple les moyens de s’instruire, animait singulièrement nos hommes d’État et les citoyens :es plus influents. Dans cette courte histoire des écoles normales fondées en 1836, nous voyons à côté du tribun populaire Papineau, l'intègre Jacques Viger et l'infatigable Joseph Girouard, le pourvoyeur de l'enseignement pédagogique professionnel. À l'opposé de justes défiances nous constaterons des espérances tenaces, un désintéressement admirable, et une parfaite connaissançe de ce qui constitue l'institution normaliste.
Peu d'hommes néanmoins, à cette époque, pouvaient donner des écoles normales, une définition satisfaisante. Sans doute, a n'avait pas oublié les essais très appréciables du docteur Labrie et de J.-F. Perreault ; on connaissait l'habileté, le dévouement, le zèle des jeunes filles, auxquelles les Religieuses de la Congrégation et les Ursulines avaient confié la direction des écoles rurales ou urbaines.
Mais ces exemples n'étaient peut-être pas concluants, puisqu'il s'agissait, par le moyen des nouvelles institutions, de former des maîtres capables de tenir les écoles supérieures que réclamait le progrès du commerce et de l’industrie.
Pour organiser les deux écoles normales qui devaient s'ouvrir, l’une à Québec, l’autre à Montréal, le gouvernement nomma pour chacune d'elles, un comité de régie dont les
principales attributions comprenaient la nomination des professeurs, l'emploi des allocations, la rédaction du programme des études, enfin tout ce qui était nécessaire au bon fonctionnement de l'institution.
Pour mieux réussir dans cette tâche délicate, on eut l’heureuse idée de recourir au savant abbé Holmes, professeur au . séminaire de Québec, et l’un des plus zélés promoteurs de la cause de l'éducation dans notre province. De concert avec l'abbé Demers, dont Je témoignage devant la commission parlementaire chargée de préparer la loi de 1836 contient, à peu de choses près, le Programme des futures écoles normales, M. Holmes accepta de présider à l'organisation pédagogique des nouvelles institutions scolaires, c'est:à-dire de leur procurer des professeurs, de choisir les livres, d'acheter
les appareils scientifiques et surtout, de s'enquérir des meilleures méthodes pratiques d'enseignement et de tracer le Programme des cours. Les comités de régie ne se réservèrent que la partie matérielle, le choix du local, l'installation des professeurs et des élèves, etc. Ils n'eurent qu'à se féliciter de M. Holmes. Pendant son
l'Europe, sa constante
e missions aussi honorables que difficiles. Aussi peuton le regarder comme l’un des fondateurs les plus actifs des premières écoles pédagogiques du Canada, et il sera facile
de marquer son influence jusque sur les institutions similaires fondées plus tard par M. Chauveau.
Nous ne connaissons que très peu de détails sur l'École normale du district de Québec. La liste des membres du comité de régie, la Correspondance du secrétaire H. S. Huot
avec les Ursulines des Trois-Rivières, avec l'abbé Holmes et le comité de l'Écots normale de Montréal, les vagues indications du docteur Meilleur et des journaux de l'époque, constituent, à l'heure actuelle, tout le dossier des pièces documentaires sur cette institution projetée.
Les recherches pour retrouver les procès-verbaux des réunions du comité sont jusqu'ici demeurées infructueuses, et force nous sera de ne parler qu'incidemment de l'École normale fondée à Québec, cn 1836. Nous n'osons dire qu'elle n’a jamais fonctionné, puisque des sommes considérables ont été consacrées à son organisation. La découverte de renseignements tout-à-fait révélateurs sur l’histoire de l'École normale de Montréal, doit nous rendre prudent en fait d'afirmations de ce genre.
La fondation de l'École pédagogique de Qnébec rencontra une vive opposition de la part des protestants. Prévoyant, sans doute, qu'ils n'auraient pas la majorité dans son comité de régie, ils adressèrent à lord Gosford une pétition pour que la loi fut réservée à la sanction royale. On passa outre. .
Le comité de régie de l'École normale de Québec, formé au début de 1836, se composait de MM. R.-E Caron, maire de Québec, président, John Neilson, vice-président, HS. Huot, député à la Chambre d’assemblée, secrétaire, D. Daly, trésorier, Messires Baillargeon et Holmes, l'archidiacre protestant Mountain, Georges Vanfelson, L.-G. Besserer, et Wm Henderson (en remplacement de J.-A. Stayner, démissionnaire). Comme celui de Montréal, ce comité donna à M. Holmes, chargé par la plupart des institutions d'enseignement classique d'aller acheter, en Europe, le matériel nécessaire à l'étude des sciences physiques et chimiques, les plus amples pouvoirs pour
l'organisation de l'École normale du district de Québec. L'abbé Holmes resta en relations constantes avec ce comité, mais, il semble, si l'on en juge par les documents respectés par le temps, que l'École normale de Montréal absorba une plus &rande partie de ses soins.
Aussi, dans les pages qui vont suivre, sera-t-il presque uniquement question de cette dernière, une bonne fortune nous ayant permis de consulter les minutes des séarces de son comité de régie. Comme ce document est peu connu du publie, nous y ferons de considérables emprunts, le résumant dans ses détails essentiels et, autant que possible, le conservant dans sa forme originale. Ce sera encore ln meilleure manière de rendre justice aux éducateurs patriotes, qui, à l'auroxe d'une ère nouvelle pour notre nationalité, ont essayé de mettre à prufit, en faveur de l'éducation, la liberté encore incomplète de ces temps agités, ri
En vertu des pouvoirs que lui conférait la loi des écoles normales, Jacques Viger, alors maire de Montréal, convoqua par avis public, publié en français dans la Minerve et en
constater l'état civil des citoyens dans les dites villes, les supérieurs et directeurs des collèges et les professeurs de belles-lettres, rhétorique et histoire naturelle des dits collèges, les juges des cours du Banc du Roi, les membres de la Législature du ‘district, et le maire de la dite cité ”. Les électeursfondateurs se réunirent, le 12 avril 1836, dans la salle des Sessions du Quartier, à Montréal. Ils étaient au nombre de 39 dont Mgr Lartigue, M. C. Fay, curé de la Paroissé de Montréal,
Sous la présidence de Jacques Viger, ils procédèrent à l'élection d'un comité de dix membres. Au premier tour de scrutin, huit furent élus à la majorité absolue : c'étaient MM. Jacques Viger, P. Phelan, H. Esson, L-J. Papineau, James Leslie, P. Viau, E.-B, O'Callaghan et F.-A. Quesnel. MM. TS. Brown et Jacob de Witt leur furent adjoints au scrutin de ballottage.
La première réunion du comité de régie eut lieu dans 1n maison de l’hon. L.J. Papineau, et le bureau de direction fut ainsi constitué : président, l’hon. L.-J. Papineau ; viceprésident, F.-A. Quesnel ; secrétaire, TS. Brown ; trésorier, Jacques Viger.
Comme on le voit, les catholiques et les protestants se trouvaient réunis daris le bureau de direction. Ainsi avaient été pleinement réalisés les vœux de la Législature, pour la fondation d’une école normale nationale dans le sens le plus large du mot, Les idées séparatistes au point de vue religieux, n'avaient alors qu'un petit nombre de timides partisans. Mais,
à cette époque d'organisation? politique et civile, elles n'étaient pas assez puissantes pour faire taire les injonctions
de la popalation anglaise, qui demandait l’école normale sans distinction de nationalité et de religion. Il faut attribuer
à cette union forcée que redoutait tant Mgr Lartigue,
une part de l’insuccès des premières écoles pédagogiques de , notre province.
Dès la première séance du comité de régie, on annonça que l'abbé John Holmes devait partir incessamment pour l'Europe, et que le comité de l'École normale de Québec, dont il faisait
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partie, l'avait chargé de lui trouver, « "wfesseurs compétents. Le comité de Montréal autorisx M“. ‘’apineau, Viau et Brown à donner à l'abbé Holmes, les instructions nécesea” ‘s pour faire le choix de deux directeurs, l'un catholique et l’autre protestant. A une assemblée subséquente, M. Papineaa donna lecture de la lettre qu'il avait composée, pour l'usage personnel de l'abbé Holmes, Voici les principaux passages de cette lettre :
“ Le comité de régie des écoles normales du district de Montréal, informé que Messire Holmes, préfet des études du séminaire de Québec, est à la veille de passer en Europe, principalement en vue de faire pour plusieurs collèges de cette province, l'acquisition d'instruments de mathématiques et autres pour faciliter les démonstrations de leçons de physique, de chimie, d'histoire naturelle, ete, pour l'achat des livres élémentaires adoptés dans les meilleures écoles de l'Europe et des Etats-Unis, tant dans celles qui sont consacrées à l'éducation primaire, que dans celles qui sont destinées à l'enseignement des diverses parties des sciences, dans les meilleurs collèges et universités qu'il se propose de visiter à son retour, de faciliter les introduetions et perfectionnements qu’il y aura observés, le prie d'adopter en faveur de ce comité, les mesures qu'il jugera les plus propres à favoriser les vœux de la
Législature en faveur de l'établissement d'écoles normales en ce pays...
“ Après avoir vu les différents établissements qu'il visitera dans les États de la Nouvelle Angleterre, M. Holmes est prié de réfléchir sérieusement sur cette question : Pense-t.il qu'à l'aide du rapport des conseils et direction qu'il transmettra à
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ce comité, et des livres élémentaires qu'il lui procurera sous un court délai, il soit sossible de trouver dans le pays, parmi ceux qui déjà se sont consacrés à l'enseigaement dané les écoles, académies ou collèges, quelqu'an de qualifié à: mettre ici une école normale sur un aussi bon pied que celui sur lequel il aura trouvé des établissements de ce genre aux États-Unis...
“Il sera peut-être plus facile de trouver ici qu'ailleurs quelqu'un qui ait l'habitude de parler indifféremment en anglais ou en français, avec la facilité nécessaire, Pour se mettre à portée de l'intelligence des élèves,
“S'il croit indispensable de tirer un tel instituteur du dehors et de choisir un homme qui se soit déjà distingué dans quelqu'école 1ormale, M. Holmes prendra tous les renseignéments en son pouvoir sur les facilités qu'il y aurait d'engager un tel prof sur dans les États-Unis, et sur ce qu'il en coûterait pour obtenir ses services, Il ést prié de transmettre ces renseignements à ce comité avant son départ pour l'Europe.
“ Dans cette supposition, il est très probable que M. Holmes jugera à propos de ne se pas déterminer de suite à entrer en srrangemeut avec un tel professeur, mais qu'il trouvera prudent de visiter l'Europe avant de se déterminer, et là de voir si les écoles normales devancent tellement celles qu'il aura vues aux États-Unis, que le bien public serait mieux consulté et promu, en engageant un instituteur recommandable, qui aurait acquis de l'expérience dans quelqu'un de ces
‘établissements.
“ Dans tous les cas, ce comité est porté à croire qu'il suffira de retenir les services d'un seul homme, qu'il soit familiarisé