OUVROIRS
Les ouvroirs sont des salles destinées, dans les écoles de filles, à réunir les élèves d'un certain âge et à les initier aux divers ouvrages de couture, ouvrages comprenant non-seulement l'art de couper et de coudre des vêtements neufs, mais celui, bien plus utile encore, s'il est possible, d'en raccommoder de vieux. Apprendre aux filles des écoles publiques à se servir habilement d'une aiguille est incontestablement plus utile que de leur apprendre à dessiner; bien peu auront l'occasion de se servir de leur crayon, toutes auront besoin de savoir tenir une aiguille. La connaissanee incomplète d'un art est souvent pour une femme un danger qu'elle ne pourrabraver; c'est pour elle, laplupartdu temps, une source de déceptions et de désillusions. Elle trouvera plus triste, plus désagréable son modeste intérieur quand elle aura rêvé d'être artiste, et qu'il lui faudra se résoudre au rôle plus modeste, plus sage et plus utile de bonne ménagère et de bonne mère de famille.
Les salles de dessin sont le plus souvent remplacées, dans les écoles de filles, par un ouvroir, c'est-à-dire une salle dans laquelle les élèves sont initiées aux divers procédés de couture ; ces salles ont un mobilier spécial approprié à ce genre de travail, qu'elles doivent faciliter.
Le travail de l'aiguille est jugé si important pour les femmes que, dans un rapport présenté auxChambres en 1 874*, le ministre de l'intérieur s'exprimait ainsi : « Le gouvernement de la province continue à insister auprès des administrations communales en retard, afin que le tricot et la couture soient enseignés dans toutes ses écoles.
f Les résultats de l'enseignement dans les écoles de filles et dans les écoles mixtes sont satisfaisants; ils ne seront complets que lorsque les institutrices et les maîtresses spéciales auront amené partout les enfants à apporter en classe des vêtements à raccommoder. Déjà on a beaucoup gagné sous ce rapport; dans bien des localités où les parents paraissaient avoir honte de confier à leurs filles de vieilles hardes pour les faire rapiécer à l'école, les institutrices sont parvenues, sur les instances souvent réitérées de l'inspection, à vaincre cette fausse honte et à persuader à leurs élèves que l'entretien des vêtements par la mère ou par la fille est une grande source d'économie dans la famille ouvrière.
• Les ouvrages à l'aiguille sont à l'ordre du jour dans toutes les conférences d'institutrices ; ils procurent à l'inspectrice l'occasion de dire aux maîtresses que si elles parviennent à mettre leurs élèves en état de raccommoder soi-
I. Rapport sur la situation du royaume, présenté aux Chambres législatives, le 28 janvier 1874, par M. Delcour, ministre de Tintérieur. Bruxelles, 1874.
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gneusenent tout ce qui sert à les vêtir, elles leur auront rendu un service inappréciable. C'est dans cette partie essentielle de l'éducation de la femme que Futilité de Técole primaire doit surtout se faire sentir. Habituer la jeune fille pauvre à manier habilement l'aiguille, ce premier outil de la mère de famille, c'est lui fournir un moyen puissant de lutter contre la misère. • Quant aux enfants chez lesquels des aptitudes spéciales se manifestent pour le dessin, ou autre industrie quelconque, elles trouvent dans les écoles industrielles un enseignement propre à développer ces dispositions; on les dirige vers un but certain, d'autant moins hors de leur atteinte qu'on s'efforce alors de le rapprocher d'elles.