II. — ÉCOLES FRANÇAISES
Mobilier actuel.
Le mobilier actuellement en usage dans les écoles françaises (fig. 163) se compose d'une table inclinée, accompagnée d'un rayon placé au-dessous et d'un banc ordinaire, banc et tables séparés l'un de l'autre ou réunis par des traverses disposées aux deux extrémités. Ces meubles sont indifféremment construits en chêne ou en sapin, suivant les ressources de la commune. Les défauts de bancs-tables de ce genre sont :
i° L'espacement trop considérable laissé entre le bord extrême de la table et le bord intérieur du banc ;
20 L'a'rsence de barre d'appui pour les pieds ;
ôn Le manque de dossier ;
40 Une excessive longueur qui les oblige à compter un trop grand nombre de places ;
50 Leur uniformité, par suite de laquelle les enfants de sept ans sont tenus de s'asseoir sur les mêmes bancs, devant les mêmes tables que les jeunes gens de quinze.
Les conséquences d'une aussi fâcheuse situation sont faciles à comprendre :
Les enfants, éloignés de la table sur laquelle se trouve placé leur livre ou leur cahier, s'en rapprochent en ne s'asseyant que sur Fextrémité du banc ; si cela ne suffit pas pour les mettre à une distance convenable, ils se penchent en
Fig. 163.
avant et se couchent sur la table, au détriment non-seulement de la bonne tenue, mais encore de leur santé ; dans l'impossibilité de trouver un soutien pour leurs jambes, ils les laissent balancer dans le vide sans les reposer ; leur dos manque de soutien et se replie sur lui-même, leur corps se projette en avant, se tourne en tous sens, cherchant sans la trouver une position commode : il n'est pas rare, en pareil cas, de voir leurs genoux s'élever à la hauteur du rebord
MOBILIER
de la table ou leur tête et leurs coudes s'y appuyer forcément ; assis en grand nombre sur un même banc, les enfants n'y entrent et n'en sortent qu'en déplaçant plusieurs camarades, et le maître ne peut qu'à grand'peine s'approcher d'eux, voir leur travail et s'assurer de la nature de leurs occupations ; enfin ces bancs-tables, déjà si mauvais en eux-mêmes, sont identiques pour les enfants de toute taille.
Modèle Lenoir.
Le modèle Lenoir (fig. 164) remédie peut-être à quelques-uns des vices précédents, mais non pas à tous, tant
Fig. 164.
s'en faut. Il se compose d'un système de points d'appui en fonte d'une forme plus bizarre qu'heureuse : ces bancstables sont accouplés deux à deux, ce qui rend difficile toute modification dans le nombre de ces bancs et dans l'emplacement qu'ils occupent. Les bancs ont un dossier.
ce qui constitue un progrès, mais les barres de pied manquent et le rebord du banc dépassant considérablement la table, gêne la surveillance, les enroulements en fonte sont un obstacle au libre passage des élèves, et, ce qui est plus grave,, l'intervalle entre le bord du banc et celui de la table est sensible ; ces bancs contiennent un assez grand nombre de places et, en outre, ne comptent qu'un modèle unique pour les élèves grands et petits. On voit donc que l'amélioration réalisée par le modèle Lenoir consiste principalement dans l'adjonction d'un dossier aux sièges, et encore faut-il remarquer que ces dossiers hauts, raides, pleins, doivent être peu confortables et souvent nuire au maintien de la propreté.
Modèle enfer et bois.
Ce modèle (fig. 165), en usage dans quelques écoles de
province, constitue un véritable progrès sans cependant
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encore approcher de la perfection, loin de là. Les points d'appui sont en fonte ou en fer forgé, le bord extérieur de la table est sur la même verticale que le bord antérieur du banc. L'enfant se trouve donc à une distance convenable de son livre ou de son cahier, de plus une barre inférieure soutient ses pieds et il peut appuyer ses reins sur un dossier. Les mauvais côtés de ces bancs sont : leur longueur (ils contiennent six places) et l'uniformité de leurs dimensions pour tous les enfants, quel que soit leur âge.
Nous avons maintenant à examiner les bancs-tables de construction récente satisfaisant plus ou moins aux prescriptions de la commission des bâtiments scolaires.
Le nombre de bancs-tables inventés depuis quelques années est considérable, on en fabrique de toutes formes et de toutes dimensions. L'imagination des inventeurs a souvent dépassé le but, et le résultat le plus fréquemment obtenu a été de remplacer les défauts des anciens modèles par d'autres défauts. On semble avoir surtout eu en vue de produire quelque chose de nouveau et on a perdu de vue le côté pratique et économique de la question.
Un mobilier scolaire n'a- pas besoin d'offrir la précision d'un appareil orthopédique et ne doit pas être un instrument de torture qui contraigne l'enfant à rester immobile à sa place. Il est nécessaire qu'un mobilier soit proportionné à la taille de l'enfant, qu'il s'y trouve à son aise, ait le dos soutenu, les pieds appuyés ; voilà les conditions indispensables qu'il convient d'exiger. Avoir recours à un mécanisme quelconque rendant mobile la tablette ou le banc, les placer à une distance variable modifiée suivant la position et la nature de l'occupation de l'élève, sont des
conditions acceptables en théorie mais qui ne sauraient dans la pratique donner les résultats qu'on en attend. Elles placeraient l'enfant dans des conditions anormales qu'il ne retrouvera pas à sa sortie de l'école et que pas un de nous ne voudrait accepter pour ses occupations de chaque jour. Les constructeurs de mobilier scolaire sont sans contredit très convaincus, mais ils poussent souvent trop loin l'amour des détails et il faut nous mettre en garde contre certaines de leurs affirmations. C'est ainsi que quelques-uns préconisent les mesures données à leurs bancs et déclarent fausses celles de leurs concurrents quand les uns et les autres ne diffèrent entre elles que de quelques millimètres.
Modèle Garcet.
Le modèle Garcet (fig. 166) est enfer et bois; il est à deux
Fig. 166.
places à sièges isolés et dépourvu de barres de pieds. Les points d'appui sont montés sur patins fixés au parquet, le
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nettoyage des salles, le changement de place des tables est ainsi rendu très difficile ; en outre par suite d'une combinaison particulière aussi nouvelle que malheureuse, les pieds de la table doivent être placés entre les jambes de l'élève, position gênante que l'élève ne pourrait longtemps conserver et qui l'obligerait bien vite à s'asseoir de côté.
Modèle Semel.
Le banc Semel 1 (fig. 167) est en fonte et bois à deux et quatre places à sièges isolés et avec barre pour les pieds.
Fig. 167.
Les points d'appui sont scellés au parquet sans être montés sur patins. Ce modèle estdonc bien préférable au précédent, mais les dimensions des points d'appui et leur scellement sur le parquet constituent de graves défauts.
fi) Constructeur à Rouen.
Ce modèle offre une disposition ingénieuse dans la manière dont sont placés les encriers.
Modèle André.
Le banc André (fig. 168) est en fer, tôle et bois ; il est à deux places et monté sur des patins en fer de dimensions
Fig. 168.
assez réduites pour ne pas offrir d'inconvénients. Ces bancs sont bien construits et solides, ils comptent cinq types de grandeurs différentes proportionnés aux tailles des élèves, ce qui est beaucoup. Ce banc n'a pas de barre de pieds et l'emploi trop absolu du métal en rend les réparations impossibles dans les écoles de village, aussi ne peut-il être utilisé que dans les écoles urbaines.
Modèle Cardot à tablette mobile.
Le modèle Cardot à tablette mobile (fig. 169) est le modèle le plus original qui ait encore été fabriqué : il est
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construit en fonte et bois et à deux places. Le banc est à dossier sans barre de pieds, il serait toutefois facile d'en ajouter une. Le côté original de ce modèle réside dans le mode de construction de la tablette rendue mobile au
Fig. 169.
moyen d'un mouvement de va-et-vient qui éloigne ou rapproche cette tablette de l'élève suivant la nature de ses occupations et suivant qu'il doit être assis ou debout. C'est là une ingénieuse solution du problème qu'on n'avait jusqu'alors résolu qu'en rabattant sur l'autre une des parties de la tablette ou en la faisant glisser dans des rainures latérales. Mais ce n'est là qu'une solution théorique, ce n'est même pas une solution nécessaire et en tout cas on peut atteindre un résultat suffisamment favorable sans l'emploi de moyens aussi compliqués.
Dans la pratique en effet l'usage de ces bancs rencontre quelques difficultés. La mise en mouvement simultanée de tous les pupitres cause un bruit que les élèves ont à cœur d'augmenter, et il faut agir prudemment pour que
le brusque changement de position des pupitres ne fasse pas tomber les livres ou cahiers et ne renverse pas les encriers. Nous supposons bien entendu tout l'appareil assez bien construit pour ne jamais se déranger et toujours fonctionner régulièrement.
Un autre défaut reproché au modèle Cardot qui théoriquement répond aux conditions du règlement est d'être scellé sur le parquet, il est vrai qu'il est facile de remédier à ce défaut en reliant les points d'appui par un patin en fonte.
Modèle Pompée.
Le modèle Pompée (fig. 170) est analogue au précédent avec cette différence que le mouvement de va-et-vient est
Fig. 170.
obtenu par le glissement de la tablette entre deux rainures, de sorte que toutes les fois qu'un gonflement quelconque de bois vient à se produire, le glissement ne peut plus avoir lie u Ce modèle est à deux places et tout en bois.
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Modèle Cardot à pupitre fixe .
Ce modèle est (fig. 171) à deux places et entièrement en bois; il est infiniment plus pratique que le modèle (fig. 169) du même constructeur. Il présente un inconvénient assez sérieux. En remplaçant les patins par des points d'appui,.
Fig. 171.
ce qui était une amélioration, le constructeur a fait résider toute la solidité de l'appareil dans celle de l'assemblage qui relie le banc à la table, or cet assemblage peut être mal fait, manquer de solidité, il aura bien vite trop de jeu et le banc et la table ne pourront alors rester en équilibre.
Modèle Simon-Cardan \
Ce modèle (fig. 1 72) est à deux places, entièrement en bois. Le constructeur a remédié à l'inconvénient signalé dans les assemblages du modèle qui précède, mais il a remplacé
(1) Constructeur à Reims.
ce défaut par un autre et le pied d'intérieur de la table tel
Fig. i72.
qu'il est disposé empêchera les enfants de passer à leur place sans se heurter le genou.
Modèle Gréart.
Ce modèle (fig. 173) très simple, très ingénieux et très
Fig. 173.
pratique, est entièrement en bois. Il compte trois places à sièges isolés. On lui a reproché le faux plancher sur hquel
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il est établi et qui forme une caisse que les pieds des enfants rendront bruyante et sous laquelle la poussière pourra s'amasser \
Modèle Lereculeur 2.
Ce modèle (fig. 174) est en bois et à deux places. Il n'est pas conforme aux nouvelles prescriptions et ne pourrait être utilisé en son état actuel, mais la forme donnée au montant
Fig. 174.
de la table est ingénieuse. Ce montant est formé d'une planche découpée très échancrée pour le passage des genoux et assemblé sur un patin.
(1) Construit sur les indications de M. Gréart,alors directeur de l'enseignement primaire de la Seine.
(2) Architecte à Vimoutiers (Orne).
Modèle De la g rave.
Ce modèle (fig. 175) est tout en bois, à deux places, il est absolumsnt conçu dans les données nouvelles. — Son apparence est un. peu brutale, ce n'est pas là un meuble élé-
Fig. 175.
gant et fragile, il peut sans crainte être exposé aux coups et aux secousses violentes, enfin avantage considérable pour les écoles rurales, sa construction est si simple et si facile qu'il n'y a pas de charron ou de menuisier de village qui ne soit capable de le réparer.
Modèle combiné avec la ventilation.
Un des problèmes à résoudre dans le système de ventilation précédemment décrit est la disposition qu'il convient de donner aux orifices d'évacuation ménagés sous le sol des classes. Ces orifices, percés dans le sol, laissent une ouverture béante mal défendue par un grillage et par laquelle
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s'introduisent tous les immondices provenant du balayage. Ces immondices, s'accumulant dans les conduits, les auraient bientôt obstrués et constitueraient ainsi une cause permanente d'insalubrité ; on a proposé de donner à ces orifices, à leur sortie du plancher, la forme d'une pyramide, d'une demi-sphère ou toute autre disposition aussi variée que peu pratique, mais ces diverses combinaisons ne remédieraient pas au mal et créeraient un obstacle sérieux au balayage et au maintien de la propreté dans les salles.
Un moyen plus simple peut-être consiste à faire aboutir les orifices de ces conduits dans l'intérieur des pieds des bancs ou des tables, disposés à cet effet.
La figure 176 indique une des dispositions qui pourraient être adoptées pour arriver au résultat désiré. Le pied delà table serait renflé à son extrémité de façon à recouvrir sur le sol l'emplacement de l'orifice d'évacuation ; ce pied en fonte continuerait le conduit et, percé de fentes longitudinales, laisserait à l'air un accès libre et suffisant ; si pour une raison quelconque cette disposition ne pouvait être
appliquée au pied de la table, on la reporterait sous le pied du banc dans une boîte en tôle également ajourée. Les immondices provenant du balayage pourraient ainsi d'autant plus difficilement s'introduire dans les conduites que les fentes mé- Fis- '76- nagées dans les points
d'appui seraient étroites et, en outre,protégées par un treillis.
L'inconvénient de ce système serait de rendre le scellement des bancs sur le parquet nécessaire ; par suite, toute modification dans l'emplacement et dans le nombre des meubles de la classe deviendrait sinon impossible, du moins excessivement coûteuse.
Modèle Bapterosse.
Le modèle Bapterosse ne serait pas, croyons-nous, d'une application possible dans une école publique ; ce n'est donc qu'au point de vue purement théorique que nous voulons en parler.
Chaque enfant (fig. 177) a son installation distincte, pu-
Fig. 177.
pitre et banc, le siège est en bois, de forme carrée ; il est muni d'un dossier et porté sur une tige qui s'élève ou s'a-
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baisse suivant les exigences de la taille des élèves, de façon à ce qu'ils soient toujours à distance convenable du pupitre. La barre de pieds est également mobile ; comme le siège elle s'abaisse ou s'élève jusqu'au niveau nécessaire. Ce modèle peut ainsi servir aux enfants de tout âge ; il se modifie suivant leur taille, mais ne peut guère être utilisé que dans des maisons d'éducation dont le personnel est très restreint, ou dans des établissements scolaires pour lesquels la question de dépense est secondaire.
Bureau de maître.
On donne, en général, aux estrades des maîtres de nos écoles une forme trop importante et trop monumentale (fig. 178) ; c'est une dépense superflue dont le résultat le plus immédiat est de créer un nid à poussière, une difficulté à l'entretien de la propreté ; il semble qu'un degré,
Fig. 178.
exhaussé de om, 1$ ou om, 30 au-dessus du sol, supportant un petit bureau avec un ou des tiroirs, et une simple chaise ou un fauteuil, suffisent pour remplir le but qu'on se propose \
(1) Disposition prescrite par le Règlement du 17 juin 1880.
Table porte-modèle Lenoir.
Cette table dont l'usage a été très répandu peut à la fois servir au dessin géométrique et au dessin d'ornement. Elle est destinée à habituer, à contraindre même l'é-
Fig. 179.
lève à dessiner en laissant son modèle occuper une position qui rappelle celle de la nature. Cette table est construite en fonte de fer, ce qui permet l'assemblage ou la séparation d'une, de deux ou plusieurs places et
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donne par suite une grande facilité de transport en cas de changement de local; une barre inférieure sert de point d'appui pour les pieds; au-dessus delà partie mobile se trouve une case pour les crayons et une place pour le dépôt des cartons à dessiner (fig. 179).
Selle de modelage Lenoir.
Ce meuble peut servir à la fois au travail d'après le mo-
Fig. 180.
dèle vivant ou d'après la bosse ; la table verticale étant mobile sur son axe, le sculpteur trouve deux faces à sa dis-
position dans le cas où il voudrait travailler concurremment à deux œuvres. Les deux récipients latéraux contiennent la terre àmodeler, les ébauchoirset autres ustensiles. Laplateforme monte et descend verticalement le long d'une tringle à pivot dont le sommet reçoit un appareil d'éclairage pour le travail du soir (fig. 180).