‹ Les Écrasements des Membres: Leur TraitementChapitre 12 sur 44 · OBSERVATION I · texte numérisé non relu

OBSERVATION I

(d'après les notes de M. le professeur agrégé Bégouin)

Écræsement des deux membres inférieurs par roue de wagon. Mort de choc.

Le 6 septembre 1896, S.…. Alexandre, 50 ans, maçon à Audenge, étant ivre, a dü se coucher sur la voie ferrée. Le train passe à 11 heures du soir. Le lendemain matin à 6 heures on trouve l’homme ensanglanté et les deux membres inférieurs broyés. On Ie dirige sur Bordeaux. Il arrive à l'hôpital St-André salle 10 bis, à 7 heures et demie.

L'hémorragie est abondante car toutes les couvertures sont lachées de sang. Il meurt de collapsus une demi-heure plus tard.

Le choc à lui seul peut donc tuer. Voilà la conclusion aui - se dégager de ces faits.

II. — Période primitive ou des grandes complications septiques.

Lorsque se sont peu à peu dissipés les phénomènes de choc qui dominaient la scène pendant les premières heures après l'accident, la vie du blessé ne doit pas encore être considérée

(HÙ)—

comme hors de danger. Au contraire, c’est alors que Va commencer pour lui, la période redoutable des grandes complica- ‘tions septiques; c’est pendant cette phase qui peut durer une quinzaine de jours, qu'il sera menacé par la septicémie et parfois par d’autres dangers encore plus graves: gangrène gazeuse, tétanos, gangrène simple.

Pourtant l'assaut des phénomènes mfectieux ne se produit pas immédiatement.{l existe de façon constante —etc’est un fait qui nous semble d’une importance capitale — un temps de répit, une sorte d'espace libre » entre les dernières mdnifestations du choc et l'invasion des processus septiques . L'’ébranlement provoqué à l'organisme par les différents facteurs du traumatisme accidentel a cessé mais l'introduction dans le sang des toxines sécrétées par les microbes pyogènes ne s’esl pas encore révélée.

Qu'on examine le blessé à ce moment; la face a perdu la pâleur de la veille, les yeux ne sont plus fixes et s’inté} ressent à l'entourage. Interrogé le blessé répond faiblement; il fait des gestes, raconte les circonstances de l'accident, relate ses antécédents et s'inquiète sur l'avenir du membre broyé.

Le pouls qui hier battait vite et misérable est revenu À son ampleur normale. Le corps s’est réchauffé comme l’atteste le thermomètre. À ce moment, le blessé éprouve une sensation de bien-être général; c’est tout au plus s'il souffre un peu de la région traumatisée. Les tracés de température et de pouls enregistrent ce répit et montrent que cet espace libre dont nous parlons n'est pas une simple vue de l'espril. Qu'on consulte en effet les graphiques suivants absolument typiques et l’on verra que le lendemain de l’accident, le soir même parfois, le pouls et la température reviennent à la normale, qu'ils s’y maintiennent une demijournée, un jour avant l'ascension brusque et simultanée

qui traduit l’apparition de linfection. |

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