PENDANT LA PÉRIODE DE CHOC
Ne pas amputer mais remonter énergiquement l’état général et désinfecter soigneusement la plaie.
Nous avons dit précédemment qu'à la période de choc la vie du blessé était menacée par deux dangers: l’un l’hémorragie, qui est assez: rare; l’autre, le choc qui est au contraire un phénomène constant. Que doit faire le chirurgien en face de ces deux dangers?
Tout d'abord il doit aller au plus pressé. L’hémorragie est la première chose dont il faille s’occuper.: Elle doit être
soignée aussi rapidement que possible car si elle west pas habituelle, elle peut, dans certains eas être abondante et compromettre à bref délai la vie du blessé. Dans ces cas, il n’y a pas une minute à perdre: si on est sur la rue, on fait un garrot de fortune; si on est à l’hôpital on place la bande de Houzé au-dessus de l’écrasement et on pince ou lie dans la plaie tous les vaisseaux qui saignen£.
L'hémorragie primitive écartée, le chirurgien n'aura, plus devant lui qu’un seul ennemi: le choc. Que faire? avant fout Ie premier devoir dæ chirurgien est sinon d'oublier qu'il a un membre écrasé, du moins de my porter quun intérêt secondaire pour ne voir que le choc.
Ce n’est pas au moment où l’écrasé est en pleine dépression que l’on doit chercher à lui enlever le peu de résistance qui lui reste par un tratmatisme aussi grave qu'une amputation ou une désarticulation. Et dans quel but cette mulilation? Pour supprimer un foyer futur d'infection à un moment où les accidents septicémiques graves n'étant pas imminents, la suppression du membre n'a guère davantages.
Car il existe dans l'acte opératoire une foule de causes déprimantes. C’est tout d’abord le choc chirurgical, réalisé par les sections musculaires et osseuses. Jordan et Crile ont montré par des sphygmogrammes que le pouls ample et vigoureux avant l'opération s’affaiblit et se déprime progressivement au moment de la section osseuse let Pirogoff à vu un malade non anesthésié mourir quand on a commencé à lui scier la jambe. Le cAloroforme de son côté, est un toxique dont les inhalations vont amener du choc nerveux. L'hémolyse chloroformique est un fait physiologique (Leuret) et les graphiques d'animaux anesthésiés montrent un abaissement manifeste de la pression artérielle qui peu à peu, se rapproche de lhorizontale. Si l’on joint à ces deux causes: choc chirurgical, chloroforme, l’hémorragie plus ou moins grande qui accompagne l’ampulation, on voit que théo-
oriquement l'intervention doit être absolument répudiée pendani la période de choc.
Cliniquement les faits sont là pour prouver les tristes résultats de l'opération pratiquée quand même. Les exemples ne manquent point dans la littérature médicale. II y a quelque dix à vingt ans, l’on amputait d'urgence à l’hôpital tous les malheureux écrasés; ils succombaient bientôt parce qu'on ajoutait au choe fraumatique le choc opératoire. Nous publions ici quelques observations d’écrasés opérés à l'état de choe qui nous paraissent suffisamment éloquentes.
OBSERVATION F (D'après les notes de M. le docteur L. de Boucaud)
Ecrasement de jambe par roue de wagon. -- Intervention minime. — Mort de choc.
Le 5 décembre 1898, entrait à l'hôpital Saint-André un manœuvre, âgé de 45 ans, qui venait d’avoir la jambe gauche prise sous les roues d'un wagon.
L'état de choc est très prononcé, le refroidissement accentué. Localement, la jambe gauche est complètement broyée, ne tenant plus que par quelques débris musculocutanés. Aussi et sans aucune anesthésie, on supprime les quelques fibres qui retiennent encore le membre et on désinfecte largement.
Mais le blessé s’affaisse peu à peu et meurt dans la soirée.