OBSERVATION III
(D'après les notes de M. le professeur agrégé Bégouin)
Ecrasement des deux cuisses par roue de wagon. — Hémor-. ragie. — Ligature de la fémorale. — Mort de choc.
En juillet 1896, entre à l'hôpital Saint-André un manœuvre de la gare du Midi qui vient d’avoir les deux cuisses broyées par une roue de
wagon.
Il arrive absolument choqué, visage froid, pouls petit, regard fixe. Localement les deux cuisses sont écrasées mais tandis qu’à gauche, il ne paraît pas y avoir de lésions vasculaires, il y a, à droite, une hémorragie assez considérable qui paraît due à une rupture de la fémo-
rale.
En présence d’un état aussi grave le Dr Breiffel repousse toute in-
tervention importante; il se contente de désinfecter et lier la fémorale.
Le blessé meurt du choc quelques heures plus tard.
Dans ces deux observations, l'intervention a été bien minime puisqu'elle s’est bornée dans un cas à compléter l’amputation réalisée’ par le traumatisme et dans l’autre à lier la fémorale. Néanmoins les blessés ont succombé et on est en droit de penser que cette intervention insignifiante du chirurgien a contribué quelque peu à l'issue fatale. A plus forle raison, le résultat est mauvais lorsqu'il s’agit d'uve opération comme l’amputation ou la désarticulation.
OBSERVATION IV (personnelle).
(Prise dans le service de M. 1e professeur Demons.)
Ecrasement du bras par roue de wagon.— Désarticulation interscapulo-thoracique. — Mort de choc.
En mars 1910, étant de garde à l'hôpital Saint-André, j'eus l'occasion de recevoir vers 7 heures du matin un homme d'équipe d’une quarantaine d'années. Cet homme, traversant la voie ferrée entre deux trains avait été renversé et une roue de wagon lui avait écrasé l’épaule et le bras droits. :
Il arrive choqué. Il a perdu pas mal de sang, les extrémités sont froides, le pouls petit ; le blessé s'inquiète s'il va falloir l’amputer. Soins classiques: sérum antitétanique, sérum de Hayem, lavages à l'eau oxygénée. M. le professeur Demons le juge trop choqué pour
pouvoirintervenir.
Le lendemain matin, le blessé est encore choqué, mais dans la crainte de complications septiques graves il se décide à l'intervention. Il fait porter le lit à la salle d'opération et on pratique la désarticulation interscapulo-tho acique.
Le blessé est trop choqué, il succombe peu après.
OBSERVATION V (personnelle).
(Prise dans le seryice de M. le docteur Courtin.)
Ecrasement des deux jambes par roue de wagon. — Choc profond. — Amputation double 15 heures après l'accident. — Mortde choc. ,
Il s’agit d'un employé de la gare du Midi qui, le 28 février 1909, à 1 heure du malin, glissa sur la voie et eut les deux membres inférieurs écrasés par un wagon. On le porte à Saint-André.
A 8 heures, à la visite de M. le docteur Courtin, le choc est énorme: les extrémités sont froides, le pouls imperceptible, la respiration superficielle, la voix entrecoupée. On constate : 1° A gauche, un broiement de la jambe au-dessous du genou tel que le segment inférieur ne lient plus que par quelques bribes de tissus.
2 A droite, une fracture de cuisse et un broiement de jambe audessus de la tibiotarsienne. Les téguments sont relativement conservés mais on sent au-dessous une bouillie pâteuse avec crépitation en cac de noix. Les deux jambes sont donc perdues. Aucun espoir de conservation n’est possible.
Cependant, en présence d’un état de choc aussi particulièrement grave, M. Courtin repousse toute intervention immédiate. Il se contente de désinfecter les plaies et tâche de remonter le blessé par des injections de sérum, Le pouls se relève un peu mais le choc reste très prononcé : le blessé se plaint surtout du refroidissement.
L’après-midi, à 4 heures, soit 15 heures après l'accident, l'état est à peu près stationnaire. On transporte le blessé à la salle d'opération et là, sous chloroforme, le D' Courtin ampute la cuisse gauche, le D' Rabère, médecin résidant, la jambe droite. Mais, le blessé s'éteint dans le collapsus à la fin de l'opération bien qu'on ait cessé depuis un mo-
ment le chloroforme.
Hamet. 5