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OBSERVATION IX

(M. le professeur agrégé Bégouin, chirurgien des hôpitaux.)

Amputation traumatique de jambe par écrasement, — Embaumement du moignon. — Septicémie. — Amputatioñ tardive; — Mort.

Victor D... dix-huit ans, est porté à l'hôpilal Saint-André dans le service de M: lé professeur Demons, le dimanche 24 janvier 1897, à huit heures du soir, pour un broiement de la jambe gauche. C'était un jeune homme vigoureux, sans tare organique quelconque.

A deux heures de l’après-midi, en travaillant à la scierie mécanique

de Mios (Gironde), il avait eu la jambe broyée entre une courroie de

ON transmission et le volant qui l’actionnait. Un médecin, aussitôt appelé, avait appliqué une bande hémostatique sur la cuisse, nettoyé un peu la plaie, fait un pansement compressif, puis dirigé le blessé sur l'hôpital de Bordeaux.

Quand je vis le malade à onze heures du soir, — j'étais alors chef de clinique de M. Demons, — il était pâle, mais ne paraissait pas sérieusement choqué: son pouls était bon, à 90; il avait toute sa lucidité et causait facilement.

Le pansement défait, l’on voit que le pied et la moitié inférieure de la jambe ont disparu : {« jambe a été amputée par le traumatisme à sa partie moyenne. Le tibia et le péroné, fracturés au même niveau, font saillie; leur périoste arraché. Les muscles antérieurs de ce moignon de jambe sont en bouillie et presque réduits à quelques centimètres de longueur. Ceux de la partie postérieure ontenviron 0 m.15 de long; ils pendent, écrasés, dissociés, mais liés par une ficelle, probablement mise pour arrêter l’écoulement de sang. Il n’y a plus de peau pour entourerles chairs musculaires : elle se montre seulement au niveau du genou, mais est décollée en manchon jusqu’au tiers moyen dela cuisse.

En face de ce moignon musculaire dilacéré, contus et souillé, je voulus, sous l'influence des idées de M. Reclus, faire la désinfection et la conservation. Comme le blessé ne supportait pas le nettoyage à cause de la douleur, je fis donner un peu de chloroforme, et j’essayai de nettoyer les muscles ; devant l'impossibilité d'y réussir, je fis tomber le moignon en le détachant rapidement au niveau du genou, ce qui me parut devoir faire une meilleure désinfection. Puis, après un nettoyage prolongé, à l'eau bouillie cyanurée, chaude, des muscles dissociés de la partie inférieure de la cuisse et de la peau décollée, j'embaumai le membre avec de la gaze enduite de pommade polyantiseptique et fis ensuite un pansement ouaté légèrement compressif.

Le malade alla bien les deux premiers jours ; mais le troisième, le teint devint terreux, le pouls s’éleva à 120, et la température atteignit 39°. Localement le moignon ne laissait cependant écouler que de la sérosité, il ne présentait ni gangrène gazeuse, ni rougeur, ni suppuration franche. Les jours suivants, le teint resta mauvais, la langue devint sèche, la température s’éleva à 40° sans que localement il y eût,

du côté du moignon, aucun symptôme spécial.

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