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A,— CAS OU LE MEMBRE EST IRRÉMÉDIABLEMENT PERDU

Les échecs de l’embaumement.

Le membre écrasé est irrévocablement perdu soit qu'il ait été littéralement amputé par le traumatisme ou ne lui tiennc plus que par quelques bribes; soit encore que le paquel vasculo-nerveux ayant été écrasé, le segment sousjacent soit manifestement réduit à l’état de cadavre local. Le signe de certitude dans ce cas, est donné par l'absence

du pouls artériel au-dessous du foyer du traumatisme, par le refroidissement el l’insensibilité du segment sous-jacent.

Dans ces cas, aucun doute n’est permis sur l’état du segment périphérique et le sort qui lui est réservé. Au-dessous de l’écresement, c’est l'inertie et l'immobilité complète, le refroidissement de la mort. Que faire”

Les complications les plus redoutables vont s’'abattre sur le membre écrasé. Non seulement il est perdu pour la fonction; mais il est un péril pour l'organisme entier, par les graves accidents septiques dont il va devenir le point de départ. Alors pourquoi ne pas le sacrifier? On ne perd rien à l'intervention puisque le membre est déjà perdu et l'on y gagne d’écarter la septicémie en substituant une plaie Opéraloire aseptique au foyer traumatique inoculé et déjà virulent. Telle paraissait être jusqu'ici la conduite sage et prudente. |

Ce n'est pas l’avis des conservateurs « à outrance » et en particulier de Reclus. Il faut respecter soigneusement ce segment perdu, « embaumer » le cadavre et le laisser appendu à l'extrémité supérieure du membre jusqu'à ce qu'il se détache par le processus de l'élimination naturelle. L’abstention doit être la règle et cela pour deux raisons: le sphacèle fréquent des lambeaux qui suit l’intervertion et la possibilité d’une large exérèse, Mieux vaut temporiser pour savoir exactement les limites de l'élimination car la nature est souvent plus économe que le bistouri. Pour réaliser cette conservation, après avoir soigneusement désinfecté le foyer de l’écrasement, on « embaume ».

L’embaumement consiste à enduire Iles compresses de pommade antiseptique: cette gaze est mollement tassée ‘dans chacun des recoins de la plaie. La région est recouverte d'épaisses couches d’ouate et assez énergiquement' comprimée par de nombreux tours de bande qui ramassent les chairs et suppriment les « espaces morts». Reclus conseille pour cet embaumement sa pommade polyantiseptique. Elle contient de nombreux antiseptiques dont les uns absorbables

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comme le sublimé, l'acide phénique et l’icdoforme sont en faible proportion tandis que les autres peu absorbables comme l'acide borique, le salol et l’antipyrine sont distribués plus abondamment. Masini préfère le baume du Commandeur qui est forlement antiseptique par l'acide benzoïque mais moins toxique que la pommade de Reclus. Charrier vante les pansements à la poudre de Lucas-Championnière.

« Quelquefois, dès le premier jour, le pansement est traversé par la sérosité sanguinolente qui transsude du membre; on met alors de nouvelles couches de ouate et lPon ne regarde la plaie qu’au 21e jour à moins que la température ne monte ou quil ne se dégage du pansement des odeurs trop désagréables.

« Au bout de la troisième semaine, en général, le mort est séparé du vif; toutes les escarres sont tombées, sauf peutêtre quelques lanières aponévrotiques ou tendineuses; on allend que toutes les surfaces sont rosées et granulées; il ne reste plus alors qu'à détacher avec la rugine les parties molles qui recouvrent les extrémités osseuses et l’on en détache lé périoste assez haut pour que les tissus puissent constituer un moignon solide et bien matelassé (1). »

Telle est la technique de l'embaumement exposée par son auteur lui-même. Voyons maintenant les résultats. À prime abord, ils paraissent très favorables mais nous sommes persuadé que la mort chez les écrasés conservés à outrance est beaucoup plus fréquente qu'on ne. le croit. Les slalistiques sont en effet faussées dans leur nombre comme dans leur valeur. : On a en effet une tendance na- - turelle à publier seulement les cas heureux. Tous les insuccès ne sont pas produits, ils sont la plupart du temps conservés avec soin et peu mis au jour. D'autre part les succès de li méthode conservatrice comprennent, quand on les examine de près, indistinetement les écrasements de membres, des plaie: par armes à feu, des fractures ouvertes, des plaies

(1) Reclus. Revue de chirurgie, janvier 1896. p. 8.

conluses diverses, des écrasements de main, de doigts, d'avantpied; ce qui diminue singulièrement leur valeur. Les

observations que publie Reclus à l'appui de sa méthode ne se rapportent pas toutes à des écrasements. Qu'on prenne le avail si documenté de Charrier (1), véritable plaidoyer en en faveur de la conservation. Pour défendre la doctrine de Reclus, il présente 12 observations, mais sur le nombre il y a 4 fractures compliquées; 2 plaies par coup de feu; 1 écraisement de l’avant-pied. Restenk 5 xbservations; or dans l’une, le blessé est mort tardivement du tétanos. Dans les 4 dernières (Observations, XI, XIII, XVIII, XXII), le segment sous-jacent avail conservé sa vitalité. Dans aucun de ces cas par conséquent le membre ne s’imposait comme perdu, e’est-à-dire ne répondait pas au type que nous étudions en; ce moment. On voil par là l'importance que présente la terminologie dans celte question des écrasements.

C’est Imbert et Bégouin qui eurent les premiers le mérite d'altirer nettement l'attention sur les graves déboires auxquels ie chirurgien s'expose en voulant conserver quand : même un membre perdu. Imbert déclare dans son mémoire que sous l'influence des idées nouvelles, il a cherché au début à conserver à cütrance comme on je lui avait enseigné, mais dans la majorité des cas, il a été amené à amputer. Sur dixsept blessés: treize amputations, quatre conservations, tels sont les chiffres bruts. Encore doit-il faire remarquer que. sur les qüatre conservés, il en est deux qui sont morts, l’un. pour lequel la famille lui a refusé l’amputation, l'autre qui -a succombé avant la fin du premier jour en pleine période de choc. En fait, ils auraient été amputés, s’il en avait eu la possibilité. Restent donc 2 conservés vrais, qui ont guéri, il est vrai, l’un et Pautre, mais l’un avait été écrasé par une roue de charrette modérémenti chargée, et l’autre rentre dans la catégorie des phénomènes cliniques dont on ne saurait tirer parti pour lappréciation de cas semblables. C’est un enfant qui présentait

(1) Charrier. Thèse de Bordeaux, 1905-1906.

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des lésions telles qu'il semblait devoir succomber dans la journée; il se remit peu à peu et guérit complètement, sans complications graves.

Bégouin apporte à son tour dans le Journal de Médecine de Bordeaux du 12 janvier 1908, les trois faits suivants où comme Imbert, il a d'abord cherché à conserver et où il a été obligé les jours suivants d’amputer en face de la septicémie.

OBSERVATION Viti

(M. le professeur agrégé Bégouin, chirurgien des hôpitaux.)

Ecrasement de la cuisse et du bras $gauches par roue de wagon. -- Essai de conservation. — Septicémie. — Amputation quatre jours après l’accident. — Mort.

Ulysse D... employé de la compagnie du Midi, entre le 6 octobre 1905, salle 17, lit 30 dans le service de M. le professeur Lanelongue — que je suppléais alors — pour un écrasement de la cuisse et du bras gauches.

Il venait de tomber sous les roues d’un wagon qui lui avait passé sur le genou gauche et le bras du même côté, au-dessus du coude. Il n'y avait pas eu de grosse hémorragie et au moment où le chef de clinique, le docteur Duvergey, l’examine, deux heures environ après l'accident, le blessé est un peu choqué : le facies est pâle, la température à 36°4, le pouls bat à 90.

La jambe gauche a été désarticulée par le traumatisme au niveau du genou, en arrière duquel pendent en lambeau flottant les muscles du mollet ; le bras gauche est broÿé au niveau de son tiers inférieur. On lie l’artère et la veine humérales. L'on fait de larges irrigations à l’eau oxygénée et l’on nettoie les parties voisines à la brosse ausavon, à l'alcool et au cyanure de mercure, puis l’on termine par un large pansement à l’eaù oxygénée. Injections de sérum antitétanique et de

un litre et demi de sérum de Hayem.

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Le soir, la température monte à 38°4, le pouls à 120, nouveau pansement el lavages oxygénés.

Le lendemain, 7 octobre, le pouls est mieux frappé mais la température monte encore. Le blessé boit champagne et lait, reçoit une injection de 500 ec. de sérum. Pansements avec grands lavages matin et soir.

Le 8 et 9, le pouls et la température montent toujours : le visage s’altère et devient terreux. Température 40°, pouls à 160 ; le blessé est agité, les plaies suintent abondamment et présentent des points de sphacèle. Devant cet état d’aggravation progressive, je décide d’amputer pour tarir la source de cette toxiinfection.

Le 10 octobre. — Quatrième jour après l'accident, j'ampute la cuisse et le bras sous chloroforme. Le blessé perd peu de sang, supporte bien le choc opératoire. Les pièces examinées ont montré que de petits abcès gros comme un pois, une lentille, étaient en formation au-dessus de la plaie.

Le soir, la température tombe à 36°4.

Mais le lendemain 11 et les jours suivants, le blessé est repris de fièvre, il délire. Localement, il s'écoule par les drains une sérosité purulente et fétide.

Le 1# octobre. — Le blessé meurt avec 40° et un pouls incomptable.

Les moignons d'amputation avaient bon aspect, sans sphacèle.

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