‹ Les Écrasements des Membres: Leur TraitementChapitre 27 sur 44 · OBSERVATION X · texte numérisé non relu

OBSERVATION X

(M. le professeur agrégé Bégouin, chirurgien des hôpitaux.)

Ecrasement de jambe par roue de tramway. — Essai de con servation. — Septicémie. — Amputation tardive. — Mort.

Alexandre L..., quarante-six ans, manœuvre, entre le 15 décembre 1907 dans mon service, salle 10, lit 29.

A six heures du soir, la roue d’un tramway vient de passer sur sa jambe gauche. Transporté aussitôt à l’hôpital, il est vu par l’interne de garde qui le trouve pâle, agité, un peu choqué, bien qu’il n’y ait pas eu d’hémorragie abondante. La plaie de la jambe est longuement nettoyée à l’eau oxygénée, et pansement oxygéné. Mise du membre dans une gouttière métallique.

Le lendemain matin, je vois le malade à la visite ; le visage est bon, le pouls bat à 74, la température est de 37°. Le choc est passé.

Il y a un véritable broiement de la jambe gauche au niveau de son tiers inférieur : muscles, os, vaisseaux sont réduits en bouillie. Aucune artère sous-jacente ne bat, le pied es! blanc, froid ct insensible. Je propose au blessé une amputation immédiate, après le choc et avant le développement des signes d'infection. Il espère encore conserver

sa jambe et son pied : il refuse .

Réderer.

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Le lendemain 17, le teint est devenu terreux bien que le pouls ne soit qu'à 110 et la température à 386. Le pied est plus froid que la veille, couvert de marbrures, insensible. Le blessé se rend compte qu’il est bien mort comme la partie inférieure de sa jambe, et en face de cette gangrène il se résout à l’amputation que je lui propose encore. M. Lefèvre, médecin résidant, veut bien la pratiquer séance tenante, quarante heures après l'accident. Le broiement existait au niveau de la réunion des deux tiers supérieurs avec le tiers inférieur de la jambe ; il fit la section osseuse au lieu d'élection et recouvrit avec deux lambeaux latéraux qui parurent coupés en tissus sains. La plaie fut très largement laissée ouverte et pansée avec des compresses imbibées d’eau oxygénée et saupoudrée de peroxyde de zinc. L'examen du segment du membre enlevé montre qu'il y avait broiement complet avec déchirure des vaisseaux.

Le soir, la température tomba à 37° et le pouls à 104.

Le 18, la température s'élève à 38°2, pouls 120 ; le blessé «se sent bien » cependant, dit-il. Le moignon de l’amputation a bon aspect : il présente à peine un léger œdème sans tension, sans douleur. Mais le teint est mauvais, les urines rares et, le soir, température 400, pouls

Le 19 et le 20, le malade est dans le même état, il meurt dans la nuit du 20 au 21. La nécropsie montre que les chairs du moignon d’amputation ne présentent pas de sphacèle, pas de suppuration, si ce n’est sur une surface limitée ; aucune fusée purulente, nitraînéeinfectée intermusculaire. Le cœur est gros, flasque, mou, présentant l’aspect de la myocardite infectieuse ; le foie est criblé à sa face convexe des ta-

ches jaunes du foie infectieux, les reins sont congestionnés.

« Voilà donc, conclut M. Bégouin,, trois faits d'écrasements du membre inférieur où j'ai tenté la conservation, et où, comme M. Imbert, j'ai été obligé, devant Ja profonde toxiinfection de l'organisme, qui augmentait toujours, de faire plus tard l’amputation proscrite « toujours et sans exception » par la formule conservatrice avant le développment des phénomènes infectieux. Mes trois malades sont morts de la

ce

continuation de leur loxi-infection, dont Famputation n’a en rien modilié l'évolution progressive. Les moignons ne se sont pas sphacélés, n'ont pas présenté de phénomènes d'infection sérieuse, et cependant, dans l’autopsie que j'ai faite, les reins, mais surtout le cœur et le foie, présentaient les caractères de l'infection profonde de ces organes. Aussi, sans vouloir faire de cenciusior générale avant la production de documents plus nombreux, j'ai cependant la conviction que les mêmes malades, amputés aussitôt le choc passé, dans les six, dix ou vingt-quatre premières heures de leur accident, eussent été sauvés très probablement; en tout cas, l4« méthode conservatrice ne leur a rien évité, ni l’amputation, ni la mort. »

OBSERVATION XI (Personnelle).

(Prise dans le service de M. le Docteur Courtin, chirurgien des hôpitaux).

Ecrasement de cuisse par roue de charrette. — Essai de conservation. — Septicémie. — Désarticulation de la hanche 54 heures après l’accident. — Mort.

Le 11 avril 1910, à quatre heures de l'après-midi, Lucien G..., charretier de 43 ans, tombe sous une charrelte de fumier qui lui écrase la cuisse droite. On le transporte en automobile à St-André où il arrive vers 5 heures. Il est choqué, très agilé, avec un pouls à 108. L'examen montre un écrasement de la cuisse droite à la partie moyenne. Il y a fracture comminutive ouverte et une vaste plaie au niveau de la face externe de la cuisse par où font hernie le biceps et l’aponévrose. La plaie est ensanglantée, mais le pied a conservé sa sensibilité et on sent battre la pédieuse. On ligature les artérioles, désinfecte la plaie à Ia teinture d'iode et à l’eau oxygénée et on traite le choc par chaleur, sérum de Hayem, alcool.

Le 12, le blessé souffre un peu, mais l’état général est meilleur. La température de la journée reste à 37, le pouls est bon vers 90. Le choc est passé, l'infection n’a pas encore commencé.

Le 13 au matin, l’état s’est singulièrement aggravé. Le blessé

n’a pu dormir de la nuit, il souffre vivement de sa plaie, La témpé-

20 ee

rature est à 396, le pouls petit à 104. Le pansement dégage une odeur désagréable. Pas de crépitation gazeuse,

L'après-midi, la température reste à 3906 mais le pouls monte à

On l’opère à 9 heures du soir. Après injection de caféine et de sérum artificiel, le Dr Rabère, médecin résidant, désarticule la hanche, procédé à raugette avec ligature préventive de la fémorale. Durée: demi-heure.

Le 14, l’opéré n’a pu dormir. Le pouls est filiforme, la température est à 3%6. La langue est sèche. Injection de spartéine, toniques.

Vers cinq heures de l'après-midi, le blessé se met à délirer.

Il meurt à sept heures.

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