L'INFECTION ET L'IMPOTENCE FONCTIONNELLE
La conservation d'un membre écrasé ne se poursuit pas sans aventures. C’est une grosse responsabilité que s’est assumée le chirurgien. Pendant quinze jours, la vie du blessé est menacée par de graves complications infectieuses: septicémie, gangrène gazeuse, tétanos. Il importe de connaître la conduite à tenir en présence de pareilles complications. Ne viennent-elles pas créer des indications opératoires? Ne viennent-elles pas forcer la main du chirurgien et dans quels cas?
Prenons l'éventualité la plus fréquente, celle des phénomènes de septicémie simple. C’est aussi la plus embarrassante; la température est élevée avec une légère rémission le matin, le pouls est rapide, le membre sécrète une sérosité abondante qui n’est pas encore du vrai pus. Ces phénomènes sont la règle chez les écrasés dont on n’a pas supprimé le foyer traumatique. Mais quels sont les signes particuliers qui indiquent avec fidélité, que la septicémie est en train de vaincre l’organisme? Quels sont les symptômes qui trahissent de façon nette la défaillance du sujet et at-
testent qu'il est temps de lui venir en aide? Ici, c’est sur-
tout affaire de sens clinique. C’est le chirurgien qui dans chaque cas particulier devra juger du degré de résistance du blessé et de l'opportunité d’une intervention. La fièvre en elle-même ne nous paraît pas une indication formelle de l'intervention même lorsqu'elle s'élève à 39. Si en méme temps l’état général se maintient, si le pouls reste bon, la langue humide, et si le blessé {s’alimente, on peut attendre.
L'altération rapide de l'état général a une tout autre importance.
Lorsqu’avec les oscillations de la température, on constate la rapidité et la faiblesse du ‘pouls, lorsque le facies devient terreux, que les traits s’altèrent, que l’amaigrissement se produit rapidement, que le blessé souffre, qu'il &sl agité. anxieux, sans appétit et sans sommeil, orsque surtout la langue se sèche, alors il n’y a plus d’'hésitation: il ne faut pas attendre le frisson pyohémique; il faut intervenir. Localement, on trouve une plaie opératoire de mauvais aspect, terne, atone et par où s’écoule une suppuration fétide, d’odeur faisandée. |
Telle paraît être à notre avis la règle de conduite la plus sage. Le coefficient personnel du blessé doit ici avant tout entrer en ligne de compte. S’il se maintient bon, on peut attendre. Si l’état général s’altère rapidement, le signal d’alarme est tiré; il faut arrêter la conservation et il faut l’arrêter le plus vite possible. Tout à l'heure, il sera trop tard et le blessé épuisé par la toxi-infection ne pourra plus supporter le choc opératoire. Son organisme restera imprégné par les produits septiques dont les effets persisteront et mèneront le blessé à la mort.