OBSERVATION XXXVI
(M. le docteur Charrier. (Thèse de Bordeaux. 1905-1906.)
Écrasement de l'avant-bras droit par roue de tramway. — Conservation. — Septicémie, — Guérison.
Le 31 décembre, vers quatre heures de l'après-midi, R., élève du service de santé de la Marine, veut descendre de tramway. Il glisse et le chasse-picrres de la remorque lui écrase l’avant-bras droit sur le rail. L’hémorragie est assez abondante. Le blessé est transporté à la maison de santé de M. le docteur Villar.
Il y arrive choqué: il a des vomissements, le teint est terreux, les lèvres pâles, les extrémités froides. Localement, on constate une fracture des deux humérus mais la lésion essentielle est lécrasement de lavant-bras droit.
Sur la surface postérieure, s'ouvre une vaste plaie. La peau est décollée et déchiquetée irrégulièrement, les muscles, les extenseurs en particulier font hernie. Sur la face antérieure, on trouve une plaie semblable menant directement sur le cubitus et le radius broyés, il est difficile de dire en combien de morceaux.
Mais les vaisseaux sont épargnés: on sent battre la radale et la cubitale. Au point 'de vue sensibilité, on trouve de l’anesthésie de la face dorsale de Ia main
Le blessé est trop choqué pour qu’on puisse songer à une intervention radicale: cependant il est possible qu'elle ne puisse être évitée. En attendant, on désinfecte minutieusement à l’eau oxygénée. On résèque la hernie musculaire, on enlève une esquille assez volumineuse puis on applique un large pansement antiseptique.
Dans la soirée, l’état général reste mauvais.
Le lendemain, 1er janvier, la température est à 3%, le pouls rapide, traits tirés. Lavages à l’eau oxygénée.
Le 2 janvier, le docteur Villar songe à une amputalion, mais
Ptéat général très déprimé reste une contre-indication.
De
Les 3 et 4 janvier, même état: lous les soirs, température à 3%, pouls vers 96, mais pas de symptômes graves du côté de la plaie.
Le 5, l’état tend à s’amender. Le membre est placé dans une grande goullière métallique remontant de la main à laisselle. A partir de ce moment, la fièvre tombe, la suppuration est ‘abondante et des bourgeons charnus el rosés commencent à surgir.
Un mois el demi après, la suppuralion est toujours abondante, il n'existe pas de consolidalion et l'anesthésie subsiste toujours dans le domaine du radial.
Au début de mars, on conslale un commencement de consolidation, l'anesthésie du dos de la main disparaît peu à peu, mais persiste au niveau de l'index et du pouce; les doigts sont gros, raidis et boudinés; l’arliculalion du poignet est fixe, la pronation et la supination n'existent plus. Etat général satisfaisant.
Au débutide mai, il n'existe plus qu’une petite perte de substance sur le dos de l'avant-bras est un trajet fistuleux à la partie antérieure par lequel quelques jours avant, à été extraite une esquille provenant du cubilus. On commence mobilisation et massage.
25 mai. Le blessé quitte la maison de santé. L’œdème des doigts el du dos de la main a beaucoup diminué; encore un peu de mobilité anormale du cubilus et radius. Le blessé a été réformé par la Marine mais la demi-impotence persistante de son membre supérieur droit ne l'empêche pas d'exercer à l'heure actuelle Ia
profession de médecin civil.
OBSERVATION XXXVII (personnelle) (Prise dans 14 service de M. le professeur agrégé Bégouin.) Écrasement complet de la maïn, du poignet et de l’avant-bras dans un engrenage. — Pas de choc. — Amputation immédiate. — Guérison en 15 jours.
Le 15 janvier 1908, à 5 heures du soir, Fernand V.., ouvrier briquetier à la Souys, en poussant la terre glaise enfre les cylindres à la main et la moitié inférieure de l’avant-bras happées et écrasées par l'engrenage avant qu'on ait le temps d'arrêter
la machine, Il ne perd pas connaissance, ne saigne pas beaucoup.
Après un pansement fait à la Bastide, il entre vers 10 heures à St-André.
Le blessé n'est pas choqué. Il marche d'un pas ferme sans l’aide de personne et répond normalement aux questions. Il est un peu pâle seulement mais le pouls est à 80, régulier, bien frappé el les extrémités sont chaudes. On constate un broiement complet de la main, du poignet el de la moitié inférieure de l'avant-bras. À la main, les doigts sont luxés, écrasés, les mélacarpiens et les os du poignel en bouillie, les articulations ouvertes, les tendons sectionnés. A la parlie inférieure de lavant-bras, la peau manque, les muscles sont à nu, broyés. On voit le squelette dépériosté mais non brisé. Les deux artères ne battent plus et la sensibilité a à peu près disparu. Le tout est intimement souillé de terre glaise.
Devant ce délabrement, le docteur Lefèvre, médecin résidant, se décide à l'intervention d'autant plus que le blessé n’est pas choqué, il s'est d'ailleurs écoulé 5 heures depuis Faccident. SOUS chloroforme il pratique une amputation atypique d’avant-bras. Lavage à l’eau oxygénée, suture lâche et drainage.
Les suites opéralicires furent très bonnes, sans phénomènes infectieux. A noter simplement une angine érythématcuse intercurrente, mais 15 jours après l'amputation, le blessé quittait l'hôpital, guéri par première intention. Seuls subsistaient
quelques bourgeons charnus pas encore complètement cicalrisés.