‹ Les écrits de James EnsorChapitre 10 sur 27 · ENTRE 1830 ET · texte numérisé non relu

ENTRE 1830 ET

« Quels sont les six peintres belges dont la maîtrise s'est le mieux affirmée, entre 1830 et 1900 ?* » C'est là une question grave, demandant grosse réponse, aiguisée d'imprévu»

Le prodigieux David disait aux rapins et aux suiveurs de son école : « N'est pas Boucher qui veut ♦»

Mais j'entends répondre en citant d'abord maître F. Simonau, peintre admirable, précurseur incontesté de nos grands coloristes, tels Louis Dubois, Charles Degroux, etc., etc. De lui, au musée de Bruxelles, un portrait d'homme, pur chef-d'œuvre. Encore, en première ligne, l'excellent père Navez, jadis tant dénigré. Je loue sans réserve son « Groupe de la famille de Hemptinne » joyau du Musée de Bruxelles, peinture candide, auréolée de grâce ingénue. Admirons ce grand maître. Les réactionnaires de demain sauront l'honorer et le défendre inlassablement.

Puis, Jean Portaels, l'éducateur de nos beaux peintres modernes, artiste d'exception, maître absorbeur, flaireur

(^) Réponse à l'enquête du journal " Pourquoi-Pas ? " (1920).

constant de féminités parfumées et de mollesses charmantes» L'œuvre marquante du peintre des flirts passionnés et des tendresses élégantes des filles de Loth et de Sion, « Une loge au théâtre de Pesth^ » demeure sympathique en dépit des années.

Léon Philippet^ coloriste acide^ virtuose brutal, un tantinet précurseur de quelques gros peintres avancés ; peintre incomplet, corsé d'âpreté»

En P» Pantazis, gréco-belge, mais bien nôtre, je salue sans arrière-pensée le poète subtil des finesses perlées d'opales irisées»

Enfin, Verdyen, le père méconnu de nos luministes notoires ; peintre antivulgaire, infiniment charmeur.

Hélas ! trois fois hélas ! ! ! suprême injustice ! les organisateurs de l'exposition rétrospective des chefs-d^œuvre de l'école belge (i) n'ont pas songé aux beaux peintres en question : noire ingratitude ou oubli impardonnable, légèreté lourde ou imprévoyance insigne ! Protestons sans répit! Condamnons les complaisances débridées, tout comme les sévérités outrées.

Et j*étale à nouveau au groin sensible de certains croquants ma vieille devise: « toujours jeune », cette fois doublement poivrée ou moutardée d'ironie, et je clame et réclame : « Les suffisances matamoresques appellent la finale crevaison grenouillère ! et hurrah ! pour Simonau, Nave2;, Portaels, Philippet, Pantazis et Verdyen, les six grands peintres méconnus ! »

(i) Anvers, Mai-Septembre 1920.

P» s. — J'aimerais^ pour former la douzaine classique^ ajouter le grand Wiertz et certains coloristes somptueux^ les perles de notre école : Louis Dubois, Eugène Smits, H, Boulenger, Ch» Degroux, H. De Braekeleer ou H, Leys, Jan Stobbaerts, Artan, Rops, Huberti, Dewinne, peintres heureux^ marqués de vaillance et de belle envergure»

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