‹ Les écrits de James EnsorChapitre 9 sur 27 · UN BRONZE OSTENDAIS A PLACER · texte numérisé non relu

UN BRONZE OSTENDAIS A PLACER

Resignalons allègrement les évolutions sardinéennes de nos bourgmestres vacillants ou édiles impénétrables, travaillés par des voix» Contemplons caricaturalement les entrechats effrénés de certains administrateurs ventripotants : singulières gambades agrémentées de culbutes désopilantes, subtiles ruades de grisons affolés, tiraillements aigre-doux de fonctionnaire non fonctionnant ruminant son bronze, maître coup de gaffe d'adroit manœuvrier manœuvrant, discussion spongieuse de batracien encornichonné coassant, effondrement subit de mache-brique imprévoyant, grossissement anormal de cucurbitacé triomphant.

Lançons quelques pierres dans cette mare aux marmousets et enveloppons d'un voile épais les échantillons artistiques de nos esthètes tremblotants pataugeant en sourdine dans les vases de barbotine ou d'élection»

Ces mêlées de moules et contre-moules et d'asticots asticotés me laissent indifférent : le contribuable ostendais a d'autres singes à fouetter» Mais une grosse question divise nos esthètes mercurisés»

L'érection de la statue de Jan Van Iseghem s'impose, clament nos édiles en mal de bronze ! Pschykoriaxi

minikrolobrédibérascipipipi ! expectorent péniblement nos vieux barbons du littoral ; « une réunion des conseillers de THuîtrisie Heureuse s'indique », bafouillent nos scaphandriers désossés, prudents imergeurs de vesses traîtresses»

Après vives discussions hérissées de bourdes solennelles, sauts de carpes, torgnioles, plamussades, nasardes fraîches, faux horions de narquoisie, momeries variées, arlequinades de haute lisse, péroraisons limaçonnes, jérémiades de tritons essoufflés, volées oratoires de grand effet, miaulements suraigus, grognements agressifs, gloussements inarticulés et bredouillements confus dignes d'une assemblée de vieilles lavandières échaudées ou marchandes des quatre-saisons coquemardées, nos orateurs mollusqueux, égosillés et contents, se réfugièrent prestement entre jolies valves nacrées et perlières, et il ne fut plus question de la statue du plus pellicule des bourgmestres passés, présents ou à venir»

Mais la ténacité des Vaniseghémiens est grande.

Harcelés par les labréens, les pouilleux, les truandiers et autres croque-puces du conseil de punaisie, nos édiles somnolents abandonnèrent, bien à regret, leur coquille préférée et désignèrent le carrefour de la commune pour y déposer le bronze tant discuté»

Choix malheureux !

En effet, la statue du Roi Léopold apparait liliputienne sous Ténorme cloche de Tathénée. Les tristes cheminées des brasseries accentuent de relents violents

la vulgarité du milieu solitaire et renfrogné où de laides villas frontispissent effrontément de belles devises macaroniques»

Au débuts très mal placée le fringant cavalier saluait complaisamment le Royal Palace Hôtel et le destrier de bronze étalait asse2; irrévérencieusement vers le vieil Ostende une croupe idéale mais charnue*

Posture malencontreuse justifiant, dans une certaine mesure, Texclamation naïve d'un édile stupéfait : « Nous avons payé la statue, nous la voulons en plein Ostende et nous regardant par Tautre côté ! » Hé bien ! il a raison, ce brave édile et nous approuvons sans restriction son exclamation croupionnesque de marche-crotte à toupet.

Pour en revenir à la statue de Jan Van Iseghem, il faut sans tarder songer à d'autres lieux d'érection.

En effet, la suie des trams sillonnant la place communale panacherait de volutes trop capricieuses le crâne embroussaillé et la barbe d'étoupe de ce bourgmestre mal torché.

Quelques becs-salés patibulaires ou pisse-vinaigre suintants ont opiné amèrement du bonnet pour la digue de Mer face à la rampe de Flandre, avec avancée sur la plage, sans songer aux caprices de la vague, paquets de mer, déchets de méduses, pets éoliens, rafales de bonne brise, pluie de sable et de coquilles, chiques et vesses de loups de mer, tourmentes aquatiques, moutons blancs, dégringolades de cumulus, trombes et

cyclones, vents debout, brises gaillardes, vents coulis, grains mauvais, culbutes de folâtres marsouines, minauderies de crustacés pince-sans-rire, croustillons de mouettes, entrechats de crevettes, charivaris de chiens marins, suées de morues, sur le retour, frais de sirènes, espiègleries de néréides, bavures d'ondines, jalousies d'hippocampes, conciliabules de cormorans, grêles de saurets, gueuletons de thons, hymnes de rougets, peignées de merlans, méprises de poux de mer, hurlements de cétacés.

N'exposons pas le pudibond Van Iseghem aux violentes caresses de la lame. Les malices de Neptune, tout comme les baisers salés d'Amphitryte, auraient tôt enlevé tout caractère à son vilain chef de bronze.

Trainé de sel en suie, enfumé comme saucisson ou salé comme un jambon, son image toujours trempée serait vouée aux patines les plus invraisemblables et aux pires détériorations. Un emplacement moins anormal est indiqué cependant ! trépanons profondément les cervelets édiléens pour en soutirer quelques granules de sens pittoresque : mais combien d'arachnéides déserteraient ces crânes d'a2;ur tapissés !

A Touest du Kursaal, la Digue s'étale largement. Là depuis vingt ans toutes les grues retroussées d'Ostende vous contemplent complaisamment, messieurs les édiles, A gauche, une plage incomparable non exposée aux coups de mer, A droite, les bâtiments du Kursaal minuscules de frais par maître Chambon, Thabile faïen-

cier décorateur ; où trouver meilleur endroit et lieu mieux choisi i

Quant au monument du Roi Léopold, déplacez-le sans tarder^ messieurs les édiles, gros et petits boutiens, et chapeau bas : le Roi est las !

Et^ maintenant, 2;wi2;wa2;worium on2;ejanstadirstivenstarc ! bafouillent au nés: patiné du singulier mayeur nos phoques à queue de morue, poulpes à lunettes et autre poissonnaille du littoral vertement machoirdée»

Adjectivons ces Bran-Bran-Bran sans foi ni poids rampant sur champ de sable»

Les suffisances matamoresques appellent les finales crevaisons grenouillères»

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