UNE REACTION ARTISTIQUE AU PAYS DE NARQUOISIE
Une morasse opaque englue quelques flandrophyles ou dérouledéens exaspérés ♦Peintres nationalistes pirouettant follement à la brise-quille» Réactionnaires combatifs irisés^ désirisés ou jaunissants» Petite séquelle éperdue activée par sémites crochu-crasseux ou mécènes désordonnés bisquant^ depuis les Vingt, en écrevisse affolée tournoyant dans une soupière : jolies faces pâles» Impuissants vomisseurs de pointes glacées» Enragés philistins vertement machoirdés» Pantins gouailleurs sacrispanés» Vieux exagérants adjectivés» Masques de toute couleur.
Au risque de patauger dans la bourbe remuée par de soyeux conspirateurs échaudés et bouillants, vagues artificiers incongrus, gratte-pétards déroutés, culbutés jambes par dessus tête par explosif tonitruant, il me plaît de reconstater allègrement Tindulgence touchante de ces éternels lions rampant devant les « peintres arrivés évoluant vers le neuf » en croque-marrons fieffés ; jolis saluts respectueux de prudents vessards borborygmés s'éclipsant à l'adresse des peintres arrivés.
Pétarades fiéleuses destinées aux vrais chercheurs. Viles détonations contre révolutionnaires célébrant le triomphe suraigu des archi-pondérés, Evolutionnaires prudents devenus parfaits négociants et sages évolueurs* Pour récolter le bénéfice de ces « sages évolutions » il faut savoir s'arrêter à temps, ne pas trop chercher, connaître son point faible, agréable besogne, très faisandée, de manœuvre routinier ou gobe-sous sevré : ces pirouettes magistrales des scorpions tarentules écœurent»
Où retrouver les Vingt et leur programme généreux; seraient-ils avantageusement remplacés par certains peintres trop arrivés : limaçons à sonnettes, microbes débandés; prudents manifestants stérilisés sortant de punaisie* Boutiquiers rapaces» Ex-influencés des Vingt, très disposés à récolter le bon grain semé* Bien semblant définitivement acquis, au prix de vingt années de luttes, plaies et bosses, éreintements choisis, saignées et horions consécutifs»
Braves gens du marais, trop gargouilleusement vous aspergea les vrais artistes» La lumière symétriquement absorbe vos partisans désarticulés» Étranges reconstructeurs biscornus» Sottisiers tumultueux» Influents sémites, horlophernés divaguant» A la chaudière, à la chaudière, les sottisiers sans foi ni loi !
Une exposition doctrinaire a mis en branle une légion Méduséenne de podagres et podagresses caressant le vague espoir d'écouler de louches produits» Acharnement de vieilles buses ou chouettes endolories, désorien-
tées par une éclipse. Protestataires vaporeux^ masquant un astre^ asticots maculant fleurs. Contemplons en perspective scabreuse et caricaturalement les minauderies coutumières aux défenderesses embrasées de fades licheries picturales des vieux apôtres récalcitrants. Singulières muscadines évolutionnaires. Sarigues boxeuses pochées sur plat. Douces confiturières.
Au reste^ la pleutrerie de certains devant le croquemitonisme intransigeant dépasse les limites connues. Pauvres Fritos^ oiseaux sans pied, à Taile enduite de glu, dansant lourdement au son d'une musique barbare.
Le peintre coloriste ne doit pas écrire, clament très prudemment de bons censeurs chiquenaudes, bredouillant correctement les inepties les plus opaques. Saluez, Eugène Delacroix, Rubens, Reinolds, Rops, Robie, Henri Regnauld, de Lairesse, Fromentin, Levêque, Lemmen, De Groux, Dujardin, Delville, Hannon, etc.!
Vive le peintre ignorant et surnaïf ! Saluez encore, Rubens, Vinci, Michel-Ange, Ingres et vous aussi brave Bosch, tenté par tous les diables, et vous Goya, le grand inquiet, et vous Turner, Tétincelant, et Callot, et Rosa, les spirituels égratigneurs, et Cellini, Tenragé dagueur et vous surtout méprisant Patinier, saluez^ saluez !!!
Vive le paysan en art, clament de bons plume-oison et, de fait, depuis les récentes énergies boers (i 900-1 901), Téclosion du paysan navré, largement culotté, est à Tordre du moment. C'est de Tart flamand et aussi les
angelets rosâtres^ bouffis, légèrement difformes et voués aux effervescences diurétiques*
Une incompréhensible défense d'oeuvres et de choses ternes est de saison. La peinture fraîche et crue (pauvre Rubens ! )effraie nos vieux esthètes craquelés* Pitoyable jugement ! Bourdes atroces ! Vous sublime2; à tous crins le culottisme en peinture, vilains mécènes corrosifs* Plumitifs borgnes à Tœil de merlan écartelé, grands hurleurs reculbutés à la façon de Barbarie*
Ex-défenseurs de peintures saucées, bistrées, iodées, brumes, embrunies, garancées, roussies, colodionnées, terre-de-siennées, ombrées, bitumées, jus-de-chiquées, momifiées, goudronnées, huilées, essencées, réglissées, crotisées, sardinées, fricadelées, seringuées, enfientées, saurées, dégueulées, confiturées, rouillées, braisées, fricassées, savourons vos grosses inepties sur Tart flamand régénéré !
L'art flamand depuis Breughel, Bosch, Rubens et Jordaens est mort, bien mort*
L'art flamand ou plutôt belge est composé depuis 1830 de reflets et d'ombres* Nos grands peintres belges descendent de l'étranger, il faut bien le reconnaître*
Descendants de Courbet : Louis Dubois, Boulenger, Alfred Verhaeren, Baron, Bouvier et tous les paysagistes belges, sans excepter les très récents, Gilsoul, Courtens, etc*
Descendants de David, peintre révolutionnaire : Navez, De Keyser, Wappers, de Biefve, Wiertz même,
admirateur de Rubens mais peintre académique et très piètre coloriste ♦
Successeur sympathique de Véronèse et Titien: Eugène Smits*
Pur reflet de Delaroche : Louis Gallait»
Descendants de Manet : Les impressionnistes belges et flamands^ petits et grands^
Emule de Signac : Théo Van Rysselberghe»
Héritier de Bastin Lepage, Burne Jones^ Holbein et Kate Greeneway : Fernand Khnopff,
Sorte de Watteau courbetisé : Alfred Stevens*
Descendant de Pieter de Hoogh^ peintre hollandais : Henri de Braeckeleer*
Ainsi pour Técole belge entière sans pouvoir rien excepter*
Seul^ Eugène Delacroix^ le plus rubenéen des peintres français^ n'a pas eu de reflet belge»
Indice significatif !
Le flamand n'est plus coloriste» L'art flamand n'est plus : il est mort^ bien mort^ il est impossible qu'il ne soit pas mort» Pourquoi, ridicule acharnement, ressusciter ce grand cadavre exsangue. Simple question de déplacement, honteuse spéculation de grippe succès, fantaisie huîtreuse de pêcheur en eau vague, car, je le répète, l'on ne di^ingue à l'œil nu les ténues nuances flamandes différenciant nos artistes, et citons : Claus, Stevens, Verhaeren, Dubois, Baertsoen, Gallait, Mellery, Wappers, Portaels ou Courtens, Khnopff, Laermans,
Frédéric, Artan, Van Rysselberghe, Gilsoul, Claeys^ De Keyser^ Que de méprises, de classements maladroits, de fausses appréciations concernant ces peintres» Les appellations à faux de peintre flamand et non flamand sont perfidement lancées par les déclassés de la critique, agréable étiquette patriotique appliquée à certains artistes, bon négociants, bien sages, par des plumitifs hors de saison, visionnaires étriqués, vieilles moules ou provinciaux snobolâtres» Gros pavé d'ours souvent mal digéré par autruchon trop goulu, aussi arme facile pour nuire aux artistes indépendants ; se rebiffant devant les maréchaux marécageux ou caméléons indécrottables issus des vieux marais de Groeningue»
Ecrasé sous la botte des soudards de Leys, maculé sous le sabot des vaches de Verwée, Tart flamand s'étiole et meurt»
Ne remuons plus ce grand cadavre flamand» Aujourd'hui mannequin creux, décoloré, animé par quelques criquets agressifs» Flandrophyliseurs intempestifs, désorienteurs déclassés délirants, vos excitations intéressées de siffleurs déclaqués restent sans écho»
L'art moderne n'a plus de frontières»
A bas les rembrunis acariâtres» Fromagers égoïstes et sirupeux» Alarmistes frontiérisés» Charcutiers de Jérusalem» Moutons de Panurge» Architectes frigides et mélassiers, etc»
Vive l'Art libre, libre, libre !»♦♦
TROIS SEMAINES A L^ACADËMIE
Monologue à tiroirs
La scène est dans la classe de peinture. Personnages :
Trois Professeurs,
Le Directeur de rAcadémie, Un surveillant.
Personnage muet :
Un futur membre des XX,
Nota : La vérité des menus propos qui suivent est garantie,
i' SEMAINE : M, le prof esseur Pielsticker, Vous êtes coloriste Monsieur, mais sur loo peintres il
y a 90 coloristes.
Le flamand perce toujours che^ vous, malgré tout. Je
trouve les artistes français très forts ; dans une exposi-
tion on les distingue de suite de leurs voisins ; ils sont très forts en composition.
Il ne faut pas croire que le professeur abîme Tétude en la corrigeant ; quand j'avais votre âge je le croyais aussi, maintenant je vois bien que le professeur avait raison»
Vous n'avancez pas ! ça n'est pas modelé ! (montrant l'étude d'un autre élève) : En voici un qui va bien ! malheureusement il est trop paresseux»
Vous cherchez déjà l'air ambiant au lieu d'attendre que vous soyiez assez fort en dessin; songez que vous avez encore deux classes d'antiques à faire ! après cela vous aurez bien le temps de vous occuper d'air ambiant, de couleur et de tout le reste»
Vous ne voulez pas apprendre ; peindre comme cela c'est de la folie et de la méchanceté »
Je suis forcé de vous complimenter sur votre dessin ; mais pourquoi faites vous des dessins contre l'Académie i
2' SEMAINE : M» le professeur Slimmevogeh Vous avez fait votre fond au lieu de faire la figure ; ça n'est pas difficile de faire un fond»
Vous faites le contraire de ce qu'on vous dit» Au lieu de commencer par vos vigueurs, vous commencez par les clairs» Comment pouvez-vous juger votre ensemble» Il faut faire vos vigueurs avec du noir de vigne et de la terre de sienne brûlée»
Je ne sais pas ce qu'il y a dans l'air ici ; jamais je n'ai vu
la classe de peinture comme cette année» Je serais honteux si un étranger entrait ici»
Je ne vois riens là-dedans» Il y a de la couleur, mais ça ne suffit pas. Ça manque de vigueur» Vous empâtez trop. Vous ave2; Tair de bien chercher cependant» Vous avez assez cherché maintenant»
Est-ce M» Pielsticker qui a corrigé votre étude i Ce n'est pas sa semaine pourtant» C'est embêtant ça !
3' SEMAINE : M» le professeur M» Van Mollekot.
Qu'est ce que c'est que ça! C'est beaucoup trop brun, vous savez ! Est-ce Slimmevogel qui vous a corrigé i
C'était si bien commencé» Vous dessinez si bien ; mais vous abîmez tout ce que vous faites»
Croyez-moi, c'est dans votre intérêt que je vous le dis» Mettez votre étude à côté du modèle» Vous avez peur de peindre»
Il faut peindre avec des brosses plates, en pleine pâte, mais il faut faire attention de ne pas blaireauter» Vous n'empâtez pas assez» Je sais bien que vous savez le faire, mais il faudrait le montrer aux autres»
Vous faites du paysage ^ C'est de la farce le paysage !
Monsieur le Directeur»
Vous dessinez en peignant, mauvais ! mauvais ! vous allez vous noyer»
C'est le sentiment qui vous perd, vous n*êtes pas le seuL
La semaine passée vous avez fait un bon dessin, maintenant c'est encore une fois la même chose ; vous avez mal à Tœil peut-être ^ Un sculpteur serait bien embarrassé s'il devait faire quelque chose d'après votre dessin*
Est-ce M* Slimmevogel qui a retouché ça i
Le surveillant* M» le Directeur et M» Pielsticker sont très fâchés contre vous à cause de votre concours d'esquisse peinte* Si vous voulez me promettre de changer de matière, j'en parlerai à M* le Directeur et vous pourrez entrer à la classe de nature*
Moralité* — L'élève quitte l'Académie et se fait Vingtiste* Moralité ultérieure* — On refuse ses toiles au salon*