‹ Les Ecritures CunéiformesChapitre 5 sur 33 · EUR O GH R F · texte numérisé non relu

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Il n’y avait de bien déchiffré alors que trois lettres, U R D; la première et la dernière avaient été découvertes par Münter; il traduisitee mot par Oromasdis cultor. En identifiant ainsi seulement la première partie de ce nom avec le zend d’Anquetil Ehori , et en le traduisant, sans chercher à le lire, il s'enleva le moyen de recoDna tre la terminaison mazda , qui ne fut découverte que long-temps après. Nous suivrons, du reste, lesdifférents progrès

ECRITURE ARIENNE

qui ont abouti à la lecture de ce mot , dont le sens a été compris long-temps avant que l'articulation phonétique n’en ait été déterminée.

Il y avait quelque chose de si heureux et de si effrayant dans l'hypothèse de Grotefend, qu’il eût fallu pour la soutenir avoir tout deviné; et les travaux ultérieurs du professeur de Hanovre, il faut bien le reconnaître, ne furent pas de nature à engager les savants à le suivre dans ses recherches, malgré les encouragements de M. de Sa’cy qui le premier rendit hommage à cet heureux hasard, si l’on ne veut point appeler cela du génie.

Quoi qu'il en soit, on comprenait déjà l’importance de la langue du Zend-Avesia pour arriver à ces résultats. Un seul homme alors, Anquetil-Duperron', pouvait apprécier à ce point de vue la découverte de Grotefend ; son approbation ne lui fit pas défaut; ilia lui donna sans réserve et l’intérét en rejaillit sur ses propres études. On le pressa en effet de mettre la dernière main aux travaux qu’il avait commencés sur le zend, et qui depuis trente ans restaient interrompus. Cette sollicitude tardive fit briller une lueur de courage dans ce savant vieillard; mais elle s’éteignit bientôt avec lui. Trente ans plus tard encore, l'œuvre d’Anquetil fut reprise et achevée par Eugène Burnouf, qui livra au monde savant ses magnifiques travaux sur les livres de Zoroastre.

U est surprenant de voir, sur ce point, le scepticisme de Volney (1): il prétendit en effet que tout le sysjèmede Grotefend devait s’écrouler , parce qu’il reposait sur une orthographe vicieuse des mots Xerxès et Darius? Sa parole faisait alors autorité dans le monde savant et devait retarder la démonstration scien-

(I) Souccttc < recherche* *ur l'hitlaire ancienne , U, p. AS3 , düus les CKu»re« compK'lo.

KCRITt'RES CCNEIFIIRMKS.

tifique des résultats de Grolefend ; aussi la solution du problème resta long-temps indécise. Le premier exposé des idées de Grolefend eut lieu en 1802, et ce n’est qu’en 1824 que son travail réfléchi parut dans la seconde édition de l’ouvrage de Heeren sur la politique des anciens peuples (1). Ce travail , du reste, ne contient rien déplus que sa première inspiration, si l’on en excepte des remarques plus développées sur les différences que présentent les trois genres d’écritures.

De nouveaux textes étaient en effet arrivés en Europe dans l'intervalle, et jetaient de l’incertitude sur les bases que l’on devait adopter pour appuyer les premiers travaux. Ce n’étaient plus seulement quelques signes sur des briques, sur des pierres gravées qui présentaient de nouvelles combinaisons de l’élément primitif, et qui semblaient annoncer, pour ainsi dire, autant d’alphabets spéciaux que l’on comptait de monuments. Sir liartford venait de découvrir à Babylone une longue inscription , dont les caractères cunéiformes avaient une grande ressemblance avec ceux des briques. La Compagnie des Indes la fit graver avec beaucoup de soin et la livra aux observations des savants. Bellino rapporta un cylindre en terre cuite, couvert d’une petite écriture serrée dont le clou était encore l’élément radical, mais qui, au premier aspect, semblait former une nouvelle variété d’écriture. Enfin Ouseley , Ker-Porter, Rich, etc., firent connaître tous les textes de Persépolis, et ces textes , pendant vingt ans , ne provoquèrent que des méditations infructueuses.

Nous ne reviendrons plus sur les autres systèmes d’écriture cunéiforme avant que nous n’ayons achevé d’exposer les progrès

(1) Ideen uc ber die Politik und den Handcl der vornchmtten Voclker der nlten HWr, (. !•*., l r *. parût 1 , édit de 1805 cl de 1824.

EOMTIME AltlE.NNK

qui ont abouti au déchiffrement du premier système. A partir de Grotefend , les trois divisions des écritures persépolitaines ont été de plus en plus sanctionnées. Rich et les voyageurs qui depuis ont exploré les ruines n'ont pu que rendre hommage à la justesse de ses conjectures.

Vers 1820, Saint-Martin, profondément versé dans la connaissance des langues orientales, reprit l’œuvre de Grotefend. Il s'attacha particulièrement à soumettre les découvertes de son devancier à l'épreuve des faits et de la langue. Le résultat de son travail fut, entre la langue exprimée par ces signes et celle du Zend- Avesta, une assimilation de plus en plus grande, mais qui toutefois n'allait pas jusqu’à une identité parfaite. Son premier mémoire fut lu le 20 décembre 1822, devant l’Académie des inscriptions et belles-lettres (1). Cependant ses opinions réfléchies, celles qu’il regardait comme à l'abri de la critique , ne furent publiées qu’en 1832, dans l’ouvrage de Klaproth , sur les écritures des peuples de l’ancien monde (2), au moment même où une mort prématurée l’enleva à la science. Les opinions réfléchies de l'illustre savant, il faut bien le reconnaître ici , n'ont pas dépassé , malgré dix ans de veilles, l'inspiration du üanovrien, et toutes ses recherches ne consacrèrent que les découvertes de 1802. Toutefois, si Saint- Martin n'a pu dépasser Grotefend , il a étayé les découvertes de son prédécesseur de tout le poids de son savoir, et il demeura dès-lors acquis que le sillon était ouvert.

Le professeur Rask fut plus heureux que Saint-Martin. Ce

(1) Conf. Mémoires de i’ Académie des inscriptions , 11*, série, U XII, 2*. partie, p. US et suir. — Journal asiatique, U II, p. 59.

(2) Klaproth, Aperçu de l'origine des diverses écritures des peuples de l'ancien monde , p. 65. Paris, 1832.

ECRITURES CUNEIFORMES.

n’est pourtant qu’accidentellement qu'il s'occupa de l'écriture de Persépolis. Les livres de Zoroastre intéressaient alors vivement les savants, et dans un article sur l'authenticité de la langue zcnd (1), Rask eut occasion de critiquer les valeurs attribuées par Grotefend à deux signes mal déchiffrés : critique féconde qui amena la connaissance de deux lettres nouvelles , dont allait s'enrichir l'alphabet pcrsépolitain.

Ces deux lettres n’ont pas été obtenues par les mêmes procédés qué ceux qui avaient été employés jusqu’alors. Chacune de ces premières découvertes appartient en propre à celui qui le premier a marqué ce sol antique de son empreinte. Pour Rask, il n’est plus question de déductions philologiques de la nature de celles que Mtinter avait tentées en observant isolément les lettres ; ni de problèmes historiques à résoudre, comme ceux qui avaient été si heureusement agités par Grotefend. C’est l’observation des formes grammaticales qui a guidé Rask dans sa découverte. Les deux mots qui contenaient le litre de roi des rois devaient nécessairement renfermer une forme grammaticale en rapport avec celles qui caractérisent les idiomes de la grande famille à laquelle on rattachait la langue de Darius. Le sanscrit et le zend autorisaient le soupçon d’un génitif pluriel en anam bien caractéristique et qui pouvait se retrouver dans la terminaison

du second titre royal. Or , en donnant au signe la va-

leur de N, et au signe ►— la valeur de M, il lut ces deux mots ( Khsûyathiya Klis&yathiyanam), avec une forme parfaitement en rapport avec tous les idiomes indo-germaniques , bien que la

(1) LeOer dus Al ter und Echthcit der Zcndsprochc und des Zcnd-Avcsia , etc. TraducL ail. Berlin, 1820.

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valeur de toutes les lettres n’en fût pas alors définitivement déterminée.

En effet , les valeurs déjà acquises par scs prédécesseurs aux caractères qui composaient' ces deux mots donnaient , pour le premier :

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