I. EXPOSÉ HISTORIQUE DES DIFFÉRENTES ÉCRITURES DE Lk CHIIfE
L'origine de récriture figurative proprement dite remonte , en Chine , à une époque tellement reculée, qu'on est réduit à la rechercher dans des temps tout au plus semi-historiques ; les historiens Chinois eux-mêmes ne sont pas d'accord sur le siècle auquel on doit &ire remonter cette précieuse invention. Selon les uns \ il faut se reporter au règne deFou-hi (plus de 3000 ans avant noti*e ère) pour en découvrir les premiers vestiges. Ce prmee aurait inventé les caractères figuratifs ou Koù^wèn, pour remplacer les Koua et les cordelettes nouées, dont l'emploi devenait insuffisant au peuple chinois, désormais entraîné par une puissante impulsion progressive, vers un avenir plus large de lumière et de civilisation. Suivant d'autres écrivains^, l'honneur d'avoir imaginé l'écriture est dû au ministre Thsang-hieh, qui avait reçu pour cela des instructions de l'empereur Hoang-ti, vingt-six à vingt-sept siècles avant notre ère.
Les signes de l'écriture figurative dont nous venons de rapporter l'origine prétendue, sont généralement des images plus ou moins exactes des êtres ou 'des objets que l'on avait à désigner par écrit ^. Par une suite de dégradations successives, ils se sont en partie transformés en des caractères tels que nous les représentent, de nos jours, les livres de la Chine; mais il nous parait certain d'ailleurs qu'un grand nombre des signes chinois communément usités aujourd'hui, ne
1 Tsœhio-tien^ Livre I. pag. 1. — SscB-ki pou (supplément aux mémoires du Grand-historiographe Ssoema)-thaien) ; TotÊng-kiên^ sect. tiien-piw; Lou-têœ de Lo-pi; cités par Pauthier, dans SinicO'jEgyptiaca, pag. 3 et STiiv., 25 etpass.
3 L'antenr da Wai-Ki et Tchou-hi dans son commentaire dn Hiao-kiog (Le Livre de la Piété filiale).
y. Pauthier, op. ctf. p. 8 ; Klaproth, Aperçu âeVorîg(n§ dêê diffirmUu éorituru d$ V ancien monde , pag. 3.
3 n nous parait à peu près certain que cette écriture ne s'est jamais composée que d'un nomhre de signes excessivement restreint, et que ce nombre était presque toujouri insufiBsant pour reproduire de§ pensées oontinnes.
proviennent point d'images grossières analogues à celles qu'on attribue à Fou-hi et à Tsang-bieh, et dont on s*efibrce en vain de les faire dériver'.
Pour donner une idée quelque peu exacte des signes figuratifs des prenoiers Cbinois, nous allons en insérer ici quelques spécimens, auxquels nous joindrons leurs équivalents en écriture cbinoise moderne et leur valeur en français.
Q (i itL
Soleil.
Lune» Montagne.
Arc.
Éléphant, Main.
On donne, comme un premier perfectionnement de cette écriture d'images, la combinaison que Ton fit de plusieurs de ces signes simples pour en obtenir des signes composés, d'où découlent des idées complexes ou dérivées. Toutefois ceméme perfectionnement parait n'avoir été réalisé que longtemps après Tinvention des figures primitives, peut-être même à l'époque de la transformation de ces peintures grossières en écriture idéographique régulière, semblable à celle que les Chinois nous ont transmise sous le nom de tchouen*. Un nouvel exemple sera utile pour bien faire comprendre la nature de ces signes composés:
®J) Lumière : composé da signe da soleil et du croissant lunaire. ^ Entendre : composé d'une oreille entre les deux battants d'une porte. '^\tif Im^i'^'mb : composé du signe de l'eau (figuré par des courants) et du signe œil \
Un autre ordre de caractères vint augmenter la série des images primitives des Chinois. On imagina des signes qui, par la position relative de leurs traits constitutifs ou par le tracé antithétique de leurs formes, permissent de représenter des mots pour lesquels, suivant l'expression chinoise, il n'existe pas de figure. En voici quelques exemples :
£n haut. En bas. Un. Deux. Trois. Gauche. Droite. Homme. Cadavre. Debout. Couohé.
Il est très-difficile de déterminer d'une manière exacte, dans l'état actuel de la science paléographique, l'époque durant laquelle les Chinois se sont servis des caractères purement figuratifs, tels que nous en avons donné plus haut quelques exemples. C'est pourquoi nous placerons en tête de notre exposé
* Afin d*éTiter des digressions qui m'éloigneraient trop longtemps du but principal de cet ouvrage, j'ai dû remettre à une autre occasion le développement de cette proposition, dont Texamen consciencieux peut amener à des résultats importants pour
rarchéologpe et la paléographie chinoise.
' Voy. plus loin, pag. 5
' J*ai dû me servir des signes déjà employés dans la Qrammairt chinoite d'Abeî Bémusat {pag. 9), n*en ayant pu avoir d'autres à ma disposition.
ECRITURE CHWflîSE.
C«ractèi'e8 aiiU<|ii<^K.
('«vartr.rfR ts*M »« cnrsifs.
JD
En fa 111
rii(;v,il
Voir Hjche
Plu.e
Pcre
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Hluunréruï,
chronologique des écritures de la Chine, les caractères de rinscription érigée sur le moniHeng-chan ^par Yu-le-Grand (2278 années avant notre ère) en commémoration de l'écoulement des eaux du déluge ^. Les signes tracés sur ce monument ne sont malheureusement parvenus jusqu'à nous que fort dégradés: toutefois on peut encore les rattacher à récriture dite Kho-teou ^ ou c têtards », ainsi appelée à cause de l'irrégularité de ses traits constitutifs, qui rappelait à Tesprit la forme de l'animal portant ce nom^.
Mais ces signes, où l'image primitive tendait incessamment à s'effacer, se multipliant avec irrégularité par l'absence de lois qui en réglassent la forme exacte, devinrent bientôt une source de confusion. Il fallut y remédier en promulguant une écriture basée sur des principes généralement invariables. Cette écriture, désignée par l'expression ta-tchouen &, passe pour avoir été inventée par le Grand-historiographe Tcheou qui vivait sous le règne de Siouen-wang de la dynastie des Tcheou (de 827 à 782 de notre ère). Elle était en usage au siècle de Confucius et s'est conservée jusqu'à l'époque desHan (n* siècle avant J.-C). Postérieurement modifiée etsimplifiée par Li-sse, ministre de l'empereur Thsinchi-hoang-ti, l'incendiaire des livres et le constructeur de la Grande-muraille, elle pritle nom àeSiaO'tchouen^. Cette dernière écriture demeura peu de temps en faveur ?.
Jusqu'alors on s'était servi pour écrire de petites planchettes en bois de bambou sur lesquelles on traçait des canictères avec un petit bâtonnet trempé dans une sorte de vernis. L'invention du papier, de l'encre et des pinceaux vint opérer une révolution dans le système graphique usité jusqu'à cette époque parmi les Chinois. Les caractères tchouen étaient raides et longs à former : il fallait désormais une écriture qui se pût tracer facilement sur le papier, et dont l'aspect fût agréable à la vue, grâce à un heureux mélange de pleins et de déliés. Les caractères li virent le jour sous les Han, et parurent remplir avantageusement ces conditions. On en attribue l'invention à Tcheng-mo qui, pour récompense de ce service, reçut de l'empereur Tsin-chi-hoang-ti le titre et les fonctions de Moniteur impérial. Ces caractères parurent très-propres pour les actes d'administration ; c'est ce qui les fit nommer li-chou ou k écriture des bureaux. »
* Nom d'une montagne célèbre dans Tliistoire antique de la Chine et sur laquelle les empereurs Tenaient offrir des sacrifices an Chang^i, ou Suprême souverain.
3 Cette inscription conservée dans la ville de Si-fH^fifùu (province du Chên^i)^ en été copiée et traduite en français par le père Amiot» et Tobjet de plusieurs *némoires par Klaproth, Hager et autres.
' L*écriture Kho-Uou passe pour avoir été inventée par Fou-hi.
^ Cf. Abel-Rémusat, Élémeru de la grammaire dUnoiMy pag. 5.
^ Ta veut dire « grand » ; TcKoumi signifie, dans ce composé « tradition *>, ( CC Tencydopédie for-plfi^ yu-lan, livr, 749, pag. 2.)
Cf. Stanislas Julien, Histoire el fabricaiion de la porcelaine chinoise, pag. 14; Abel Ktomsat, Élémente de la grammaire chinoiee^ pag. 5; Klaproth, Aperçu des écrituret de l'ancien monde ^ pag. 13 et suiv.
7 C'est-à-dire « ptût-Tchouen ».
TABLE DES 9té RADICit
li ^
nut.
entrer.
cofTre.
lettré.
cadaTre.
nnion.