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Les écritures manichéennes

Le Mcinichéisine se présente comme une énig-me i\u regard de riiistoire. Né (ui milieu du ni^ siècle dans la Babylonie, c'esl-à-dire sur les confins du Christianisme et du pur Paganisme, il s'est réclanu'î et inspiré de l'un et de l'autre. 11 s'est très vite répandu chez l'un comme chez l'autre, jus(|u'(Mi Espagne et dans l'Afrique romaine, jusqu'au fond de la Chine et de la Mongoli(\ Chez l'un comme chez l'autre il a été vivement condjattu et, après un millénaire d'existence, il a si bien disparu qu'on a peine aujourd'hui h retrouver sa trace et à d('finirsa vraie nature. Tl reste un « signe de contradiction )).

Aussi les théories les plus opposées ont été émises à soin sujet. Au xvii^ siècle, dans une Histoire critique de Manickée et (In Maniehéisinc, le luthérien Beausobre le présentait comme une sorte de Protestantisme anticipé mais encore inconscient, où le vrai Christianisme tendait à s'émanciper des superstitions catholiques sans bien y réussir. Plus récemment, dans un travail de même genre resté inachevé, l'orientaliste Kessler a vu en lui une survivance du Paganisme babylonien, plus ou moins dissimulé sous le couvert de l'Evangile. Beausobre s'appuyait sur les affirmations de polémistes chrétiens, qui ont souvent combattu le Manichéisme comme une hérésie par ticulièrement perfide et redoutable. Kessler invoquait plutôt le témoignage d'historiens Arabes qui ont été surtout frappés par la mythologie extravagante de la nouvelle secte, mais Chrétiens et xVrabes n'ont vu le Manichéisme que du dehors. Et ils ne l'ont étudié que pour le critiquer. Leur témoignage se trouve ainsi doublement suspect.

Seuls les Manichéens peuvent nous renseigner exactement au sujet (le leur foi. Kn fait ils ont beaucoup écrit. Mani luinièine a composé de nombreux et importants ouvrages. Or les livres du Maître et ceux de ses principaux disciples ont joui dans la secte d'une très grande autorité. Ils ont été regardés comme l'expression parfaite de l'enseignement orthodoxe, comme la Uible des vrais croyants. Ils ofîrent donc pour l'historien un très vif intérêt. D'autres écrits, de provenance gnostique, qui les ont plus ou moins inspirés et qui leur sont restés fréquemment associés, ont joué aussi un rôle important dans la vie du Manichéisme. Ils constituaient comme une JUbbî de second ordre qui complétait heureusement la première et qui aidait à la comprendre, ("est dire qu'ils ne peuvent en être détachés et (pi'ils demandent à être aussi étudiés de très près.

Cette littérature sacrée n'existe plus. Mais des auteurs anciens de diverses époques et de divers pays (mi ont cité ou résumé les [)rincipales œuvres. Tout réc(»mment, au cours de fouiHes méthodiques exécutées dans l'Asie centrale, plusieurs archéologues en ont exhumé des débris importants. Les écritures manichéennes nous sont ainsi connues par des textes nombreux. Malheureusement ceux-ci se trouvent dispersés à travers des ouvrages très rares ou des recueils scientifiques eiu'ore moins accessibles. Ils sont rédigés en un grand nombre de langu(^.s dont ccMMaines restent fort peu connues. Et ils ne s'olTrent à nous qu'à travers des traductions trop exclusivement verbales, où la philologie se montre trop étrangère à la théologie. Ils demandent à être groupés et expliqués.

Pour être complète et définitive, une telle œuvre demanderait la connaissance la plus approfondie et la plus minutieuse de tontes les littératures et de toutes les langues. Elle n'(Mi mérite pas moins d'être tentée. Si imparfaite qu'en soit la réalisation, celle-ci olTrira toujours un double avantage. D'abord elle fixera un certain n()mbr(^ de résultats acquis et par là elle inaugurera un chapitr<^ nouveau et important de l'histoire des religions. Ensuite elle guidera les recherches futures ; elle attirera rattenlion di's éi'udits sur des t(\\tes ignorés et suggérera aux philologues une interprétation meilleure de certains documents.

Tel (^st l'objet, tel est aussi le but de la présente étude. L'auteur a mis à contribution un grand nombre de savants

PRÉFACE l!l

français et étrangers. Il souhaite qu'en retour eux-mêmes puissent tirer quelque profit de son travail. Parmi ceux auxquels il est particulièrement redevable il se plait à citer MM. Loisy, Meillet, Chavannes et Pelliot, professeurs au Collège de France, M. Serruys, professeur à l'Ecole des Hautes Etudes Religieuses et M. Blochet, traducteur à la Bibliothèque Nationale. Il les prie d'agréer l'expression de sa gratitude.

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