EPIGRAMME SUR LA MORT DE SEMBLANÇAY
Lorsque Maillart, juge d'Enfer, menoit A Montfaucon Semblançay l'âme rendre, A vostre advis, lequel des deux tenoit Meilleur maintien? Pour le vous faire entendre, Maillart sembloit homme qui mort va prendre, Et Semblançay fut si ferme vieillard.
Que l'on cuidoit, pour vrai, qu'il menast pendre A Montfaucon le lieutenant Maillart.
(Eyigrammes.)
EPITRE A FRANÇOIS l'^
On dit bien vray : la mauvaise fortune Ne vient jamais qu'elle n'en apporte une, Ou deux, ou trois avecques elle : Sire, Votre cœur noble en sçauroit bien que dire
Et moy, chetif, qui ne suis roy ne rien, L'ay esprouvé et vous conteray bien, Si vous voulez, comme vint la besogne.
J'avois, un jour, un valet de Gascogne, Gourmand, ivrogne et asseuré menteur, Pipeur, larron, jureur, blasphémateur, Sentant la hart de cent pas à la ronde. Au demourant, le meilleur filz du monde.
Ce vénérable billot fut adverty
De quelqu'argent que m'aviez départy,
Et que ma bourse avoit grosse apostume :
Si se leva plus tôt que de coutume,
Et me va prendre en tapinois icelle.
Puis vous la met très-bien sous son esselle,
Argent et tout, cela se doit entendre,
Et ne croy point que ce fust pour la rendre;
Car oncques puis n'en ay ouy parler.
Bref, le vilain ne s'en voulut aller
Pour si petit; mais encore il me happe
Saye et bonnet, chausse, pourpoint et cappe
De mes habits en effect il pilla
Dans les plus beaux, et puis s'en habilla
Si justement, qu'à le veoir ainsi estre,
Vous l'eussiez pris en plein jour pour son maistre.
Finalement de ma chambre il s'en va Droit à l'estable ou deux chevaux trouva. Laisse le pire, et sur le meilleur monte, Pique et s'en va. Pour abréger le conte, Soyez certain qu'au sortir dudit lieu N'oublia rien, fors de me dire adieu.
Ainsi s'en va, chatouilleux de la gorge, Ledict valet, monté comme un saint George, Et vous laissa Monsieur dormir son saoul,
Qui au réveil n'eust su finer d'un soûl. Ce monsieur-là, Sire, c'estoit moi-mesme. Qui, sans mentir, fus au matin bien blesme Quand je me vis sans honneste vesture, Et fort fascho de perdre ma monture.
Mais pour l'argent que vous m'aviez donné, Je ne fus point de le perdre estonné; Car votre argent, très -débonnaire prince, Sans point de faute, est subject à la pince.
Bientost après cette fortune -là,
Une autre pire encore se mesla
De m'assaillir, et chascun jour m'assault.
Me menaçant de me donner le sault.
Et de ce sault m'envoyer à l'envers
Rithmer sous terre et y faire des vers.
C'est une longue et lourde maladie De trois bons mois, qui m'a tout estourdie La povre teste et ne veut terminer; Ains me contraint d'apprendre à cheminer, Tant foible suis; bref, à ce triste corps Dont je vous parle, il n'est demouré fors Le povre esprit qui lamente et souspire Et en pleurant tasche à vous faire rire.
Voilà comment depuis neuf mois en çà
Je suis traicté : or ce que me laissa
Mon larronneau, longtemps jà, l'ay vendu
Et en sirops et juleps despendu.
Ce néantmoins ce que je vous en mande
N'est pour vous faire ou requeste ou demande;
Je ne veux point tant de gens ressembler.
Qui n'ont soucy autre que d'assembler.
Tant qu'ilz vivront, ils demanderont, eux;
Mais je commence à devenir honteux,
Et ne veux plus à vos dons m'arrester.
MAROT 27b
Je ne dy pas, si voulez rien prester,
Que ne le prenne : il n'est point de presteur,
S'il veut prester, qui ne fasse un debteur.
Et savez -vous, Sire, comment je paye?
Nul ne le sçait si premier ne l'essaye.
Vous me devrez, si je puis, du retour.
Et vous feray encores un bon tour;
A cette fin qu'il n'y ait faute nulle.
Je vous feray une belle cédule
A vous payer, sans usure, s'entend,
Quand on verra tout le monde content;
Ou, si voulez, à payer ce sera
Quand votre los et renom cessera.
Je sais assez que vous n'avez pas peur Que je m'enfuye ou que je sois trompeur ; Mais il fait bon asseurer ce qu'on preste. Bref, votre paye, ainsi que je l'arreste, Est aussi seure, avenant mon trépas, Gomme avenant que je ne meure pas.
Avisez donc, si vous avez désir De me prester; vous me ferez plaisir.
Car depuis que j'ay basti à Clément, Là où j'ay fait un grand déboursement; Et à Marot, qui est un peu plus loin. Tout tombera, qui n'en aura le soin.
Voilà le point principal de ma lettre ; Vous savez tout : il n'y faut plus rien mettre. Rien mettre, lasl certes, et si ferai.
Et si faisant mon style hausserai; Disant : 0 roy, amoureux des neuf Muses, Roy, en qui sont leurs sciences infuses, Roy, plus que Mars d'honneur environné, Roy, le plus roy qui fut onc couronné. Dieu tout puissant te doint, pour t'étrenner.
276 MARÛT
Les quatre coins du monde à gouverner, Tant pour le bien de la ronde machine, Que pour autant que sur tous en es digne.
(É'pîlres.)
TRADUCTION DU PSAUME Supcr fiumina Babylonis.
Estant assis aux rives aquatiques
De Babylon, plorions mélancoliques
Nous souvenans du pays de Sion :
Et au milieu de Thabitation,
Où de regret tant de pleurs espandismes,
Aux saules verts nos harpes nous pendismes.
Lors ceux qui là captifs nous emmenèrent De les sonner fort nous importanerent, Et de Sion les chansons réciter :
Las, disme-nous, qui pourroit inciter Nos tristes cœurs à chanter la louange De nostre Dieu, en une terre estrange?
Or, toutesfois, puisse oublier ma dextre L'art de harper, avant qu'on te voye estre, Jérusalem, hors de mon souvenir:
Ma langue puisse à mon palais tenir, Si je t'oublie, et si jamais j'ay joye. Tant que premier ta délivrance j'oye.
Mais donc. Seigneur, en ta mémoire imprime Les fils d'Edom, qui sur Jerusahme Crioient au jour que l'on la destruisoit; Souvienne-toi que chacun d'eux disoit :
A sac, à sac, qu'elle soit embrasée.
Et jusqu'au pied des fondements rasée !
Ainsi seras, Babylon, mise en cendre :
Et très-heureux qui te saura bien rendre
Le mal dont trop de près nous viens toucher; Heureux celui qui viendra arracher Les tiens enfants d'entre tes mains impures, Pour les froisser contre les pierres dures.
(Traduction des psaumea.)