PREMIERS ELANS DE VOCATION POETIQUE SOUS FORME PASTORALE
Sur le printemps de ma jeunesse folle Je ressemblois l'arondelle qui vole Puis çà, puis là; l'âge me conduisoit, Sans peur ne soing, où le cueur me disoit. En la forest, sans la crainte des loups, Je m'en allois souvent cueillir le houx, Pour faire gluz à prendre oiseaux ramages, Tous différents de chants et de plumages; Ou me soulois, pour les prendre, entremettre A faire bries ou cages pour les mettre; Ou transnouois les rivières profondes; Ou renforçois sur le genouil les fondes, Puis d'en tirer droict et loing j'apprenois Pour chasser loups et abattre des noix.
0 quantesfois aux arbres grimpé j'ai Pour desnicher ou la pie ou le geai, Ou pour jecter des fruicts jà meurs et beaux A mes compaings, qui tendoient leurs chapeaux.
Aulcunesfois aux montaignes allois, Aulcunesfois aux fosses devallois, Pour trouver là les gistes des fouines, Des hérissons ou des blanches hermines, Ou pas à pas le long des buissonnets ' Allois cherchant les nids des chardonnets, Ou des serins, des pinsons ou linottes.
Desjà pourtant je faisois quelques nottes De chant rustic, et, dessoubs les ormeaux, Quasi enfant, sonnois des chalumeaux.
Si ne saurois bien dire ne penser Qui m'enseigna si tost d'y commencer.
Ou la nature aux Muses inclinée Ou ma fortune, en cela destinée A te servir : si ce ne fut l'un d'eux , Je suis certain que ce furent tous deux.
Ce que voyant, le bon Janot, mon père. Voulut gaiger à Jaquet son compère Contre un veau gras deux aignelets bessons Que quelque jour je ferois des chansons; Et me soubvient que bien souvent, aux festes. En regardant de loing paistre nos bestes. Il me souloit une leçon donner Pour doulcement la musette entonner, Ou à dicter quelque chanson rurale Pour la chanter en mode pastorale.
Aussi, le soir, que les troupeaux espars Estoient serrés et remis en leurs parcs. Le bon vieillard après moi travailloit.
Et à la lampe assez tard me veilloit,
Ainsi que font leurs sansonnets ou pies Auprès du feu bergères accroupies.
(Églogues.)
l'enfer ou prison du ghatelet
Ains que je'fusse entré au gouffre noir,
Je vois à part un autre vieil manoir,
Tout plein de gents, de bruit et de tumulte,
Par quoi avec ma guide je consulte,
En lui disant : c( Dis moi, s'il t'en soubvient,
D'où, et de qui, et pourquoi ce bruit vient. y>
Si me responds : « Sans croire le rebours, Sache qu'ici sont d'Enfer les fauxbourgs, Où bien souvent s'esleve ceste feste, Laquelle sort, plus rude que tempeste.
De l'estomac de ces gens que tu vois, Qui, sans cesser, se rompent teste et voix, Pour appoincter faulx et chetifs humains. Qui ont desbats et desbats ont eu maints. Haut devant eux le grand Minos se sied, Qui sur leurs dicts ses sentences assied.
« Mais puisque tant de curiosité Te meut à voir la somptuosité De nos manoirs, ce que tu ne vis oncques Te ferai voir. Or saches, ami, doncques Qu'en cestui parc, où ton resgard espands, Une manière il y a de serpents, Qui, de petits, viennent grands et félons. Non poinct volants, mais traisnants et bien longs. Et ne sont pas pourtant couleuvres froides. Ne verds lézards, ne dragons forts et roides;
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Et ne sont pas crocodiles infects,
Ne scorpions tortus et contrefaicts ;
Ce ne sont pas vipereaux furieux,
Ne basilics tuants les gents des yeux;
Ce ne sont pas mortifères aspics,
Mais ce sont bien serpents qui valent pis.
Ce sont serpents enflés, envenimés,
Mordants, maudicts, ardent et animés,
Jectants un feu qu'à peine on peut esteindre,
Et, en picquant, dangereux à l'atteindre :
Car qui en est picqué ou ofl"ensé
Enfin demeure chetif ou insensé :
C'est la nature au serpent plein d'excès
Qui, par son nom, est appelé Procès. »
Venons au poinct. Ce juge tant divers Un fier regard me jecta de travers.
Tenant un port trop plus cruel que hâve; Et, d'un accent impératif et grave, Me demandant ma naissance et mon nom, Et mon estât : « Juge de grand renom, Respons je alors, à bon droict tu poursuis Que je te die orendroict qui je suis.
En la mer suis cogaeu des plus hauts dieux Jusque aux Tritons et jusqu'aux Néréides; En terre aussi des Faunes et Hymnides Cogneu je suis; cogneu je suis d'Orphée, De mainte nymphe et mainte noble fee.
Du gentil Pan, qui les flustes manie; D'Eglé, qui danse au son de l'harmonie. Quand elle void les Satyres suivants; De Galatee et de tous les servants, Jusqu'à Tityre et ses brebis camuses. Mais par sus tout suis cogneu des neuf Muses,
Et d'Apollo, Mercure et tous leurs fils En vraie amour et science conficts.
Si t'advertis que mon nom est Clément.
Quant au surnom, aussi vrai qu'Evangile, Il tire à cil du poète Vergile, * Jadis chéri de Meecenas à Rome :
Maro s'appelle, et Marot je me nomme : Marot je suis, et Maro ne suis pas :
Il n'en fut onc depuis le sien trespas; Mais puisque avons un vrai Mœcenas ores; Quelque Maro nous pourrons voir encores.
« A bref parler, c'est Gahos en Quercy, Que je laissai pour venir querre ici Mille malheurs, auxquels ma destinée M'avoit submis. Car une matinée.
N'ayant dix ans, en France fus mené; Là où depuis me suis tant pourmené, Que j'oubhai ma langue maternelle, Et grossement apprins la paternelle Langue françoise, es grands courts estimée, Laquelle en fin quelque peu s'est limée, Suivant le roi François premier du nom, Dont le savoir excède le renom. »
(L'Enfer.)
FRIPELIPES, VALET DE MAROT, A SAGON
Par mon ame, il est grand foison.
Grande année et grande saison De bestes qu'on deust mener paistre Qui regimbent contre mon maistre.
Je ne voi poiiict qu'un Sainct Gelais Un Heroet, un Rabelais, Un Brodeau, un Sève, un Ghappuy Voisent escrivant contre lui.
Mais bien un tas de jeunes veaux.
Un tas de rithmasseurs nouveaux, Qui Guident eslever leur nom, Blasmant les hommes de renom.
L'un est un vieux resveur normand,
Si goulu, friand et gourmand
De la peau d'un povre latin
Qu'il l'escorche comme un mastin ;
L'aultre, un Huet de sotte grâce,
Lequel voulut voler la place
De l'absent; mais le demandeur
Eut affaire à un entendeur.
0 le Huet en bel arroi
Pour entrer en chambre de roil
Ce Huet et Sagon se jouent;
Par escrit l'un l'aultre se louent
Et semblent, tant ils s'entreflattent.
Deux vieux asnes qui s'entregrattent.
Or, des bestes que j'ai sus dictes,
Sagon, tu n'es des plus petites.
Oui, quand tes escrits adressas Au roi, tant excellent poète.
Il me soubvient d'une chouette Devant le rossignol chantant, Ou d'un oison se présentant Devant le cygne pour chanter.
Venez donc, ses nobles enfants.
Dignes de chapeaux triomphants
De vert laurier. Susl haut la patte, Que du premier coup on l'abatte I Zon dessus l'œil, zon sur le groin, Zon sur le dos du SagoinI Enflez, vilain, que je me joue!
Sus, après, tournez l'aultre jouel Vous criez ^ je vous ferai taire, Par Dieu, monsieur le secrétaire!
(Épîtres.)