ENVOY
Prince, pensez veu la facture.
Combien puissant est le facteur :
Et vous aussi, mon escriture, Louez le nom du Créateur.
(Chants divers.)
Pierre de Ronsard naquit en 1524 au château de la Poissonnière dans le Vendomois. Il fit ses études au collège de Navarre, et devint ensuite page du duc d'Orle'ans. Ce prince le chargea de plusieurs missions secrètes dont il s'acquitta avec intelligence et succès. Puis Ronsard entra au service de Henri II, et accompagna Lazare de Baïf, quand ce dernier fut envoyé comme ambassadeur à la diète de Spire. C'est à cette époque qu'il fut atteint de surdité. Aussitôt on le voit renoncera cette existence voyageuse, s'enfermer dans son cabinet, recommencer ses études pour les fortifier, traduire tous les auteurs anciens qu'il trouve au fond des bibliothèques, se passionner pour les littératures grecque et latine. Il a pour maître Jean Dauraf, principal du collège de Cocqueret; pour compagnon d'étude, Antoine de Baïf. Vers l'an 1549, il se lie d'amitié avec Joachim du Bellay. Dès lors Ronsard, du Bellay, Baïf, forment une sorte de triumvirat littéraire. Ils s'adjoignent bientôt quatre poètes, et la pléiade est formée. La jeunesse se range autour d'eux; leurs idées se propagent, leur influence s'étend , leur renommée grandit chaque jour. Les louanges les plus hyperboliques sont prodiguées à Ronsard. On l'appelle le « roi de la poésie », !'« Apollon de la source des Muses », l'wHomère de la France ». Toulouse lui envoie une Minerve d'argent massif; le Tasse réclame ses conseils; Charles IX lui donne son amitié. Cette admiration passionnée lui fait cortège durant toute sa vie. Le vendredi 27 décembre 1585, Ronsard, qui s'était retiré depuis quelque temps au monastère de Saint-Cosme-lez-Tours , dont il était prieur, « rend son âme à Dieu, après avoir édifié les assistants par la ferveur de sa pieté. »
A peine Ronsard est -il mort, qu'une réaction violente se produit. Malherbe le traite avec un dédain suprême; Boileau, moins sévère dans son jugement, lui reproche pourtant de parler «grec et latin », et ne le cite que pour le dénigrer. Notre siècle, moins enthousiaste que les contemporains de Ronsard , plus indulgent que Boileau et
Malherbe, n'a pas voulu pardonner à ['«Homère Vendomois » ses ncologismes, ses épilhètes singulières, son imitation servile de l'antiquité, le mauvais goût qui dépare ses plus belles œuvres; mais il a rendu justice à ce talent si souple et si varié , à cette imagination si puissante, à cette fécondité vraiment merveilleuse.
Il est doux de penser que ce poëte d'une si haute intelligence fut en môme temps un fervent catholique.
« Je suis à Prime, à Sexte, à Tierce et à None , »
nous dit-il lui-même. Si nous en croyons M. Lenienl', « aux jours des grandes cérémonies religieuses, il se plaît à revêtir le surplis, la chape; et, le cierge en main, à suivre le dais éclatant de velours et de soie , à travers un nuage d'encens , en psalmodiant les hymnes sacrées. » Mais sa foi n'est pas silencieuse et passive, elle parle, elle agit, et les protestants sont durement traités dans certains vers du grand poëte. Ronsard, en effet, ne peut croire à la sincérité de ces « bateleurs solennels », de ces «austères pipeurs », et il maudit de toute son àme Genève, « cet impur nid de chenilles. »
Ronsard a laissé un poëme épique, la Franciade , des hymnes, des élégies, des églogues , des mascarades, des sonnets.