‹ Les écrivains français du xvie siècle: choix de morceaux avec une introduction, de brèves notices et des notesChapitre 34 sur 60 · AUX BUCHERONS DE LA FORET DE GASTINE · texte numérisé non relu

AUX BUCHERONS DE LA FORET DE GASTINE

Escoute, buscheron, arreste un peu le bras :

Ce ne sont pas des bois que tu jectes à bas.

Ne vois tu pas le sang, lequel dégoutte à force,

Des nymphes, qui vivoient dessoubs la dure escorce?

Sacrilège meurtrier, si on pend un voleur

Pour piller un butin de bien peu de valeur.

Combien de feux, de fers, de morts et de détresses

Mérites tu, meschant, pour tuer nos déesses?

Forest, haute maison des oiseaux bocagers.

Plus le serf solitaire et les chevreuls légers

' La Satire au XVP siècle.

Ne paistront soubs ton ombre, et ta verte crinière

Plus du soleil d'esté ne rompra la lumière.

Tout deviendra muet; Echo sera sans voix;

Tu deviendras campagne, et en lieu de tes bois.

Dont l'ombrage incertain lentement se remue,

Tu sentiras le soc, le contre et la charrue :

Tu perdras ton silence, et Satyres, et Pans;

Et plus le cerf chez toi ne cachera ses fans.

Adieu, vieille forest, le jouet du zephyre,

Où premier j'accordai les chordes de ma lyre,

Où premier j'entendis les flesches resonner

D'Apollon, qui me vint tout le cœur estonner;

Ou premier, admirant la belle Galliope,

Je devins amoureux de sa neuvaine troppe.

Quand sa main sur mon front cent roses me jecta

Et de son propre laict Euterpe m'allaicta.

Adieu, vieilles forest; adieu, testes sacrées.

De tableaux et de fleurs en tout temps révérées.

Maintenant le desdaing des passants altérés.

Qui, bruslés en esté des rayons etherés.

Sans plus trouver le frais de tes doulces verdures.

Accusent tes meurtriers et leur disent injures.

Adieu, chesnes, couronne aux vaillants citoyens.

Arbres de Jupiter, germes Dodoneens,

Qui, premiers, aux humains donnastes à repaistre.

Peuples, vraiment ingrats, qui n'ont seu recognoistre

Les biens receus de vous; peuples vraiment grossiers

De massacrer ainsi leurs pères nourriciers.

(Élégies.)

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