LE PRINTEMPS
La froidure paresseuse De l'hiver a faict son temps; Voici la saison joyeuse Du délicieux printemps.
La terre est d'herbes ornée, L'herbe de fleurettes l'est; La feuillure retournée Fait ombre dans la forest...
294 RAIF
Mais oyez dans le bocage Le flageolet du berger, Qui agace le ramage Du rossignol bocager.
Voyez l'onde clere et pure Se cresper dans les ruisseaux; Dedans, voyez la verdure De ces voisins arbrisseaux.
La mer est calme et bonasse; Le ciel est serein et cler; La nef jusqu'aux Tndes passe :
Un bon vent l;i fait voler.
Les ménagères avettes Font çà et là un doux fruict, Voletant par les fleurettes Pour cueillir ce qui leur duict.
En leur ruche elles amassent Des meilleures fleurs la fleur.
C'est à lin qu'elles en fassent Du miel la doulce liqueur.
Tout resonne des voix nettes De toutes races d'oiseaux :
Par les champs des alouettes, Des cygnes dessus les eaux.
Aux maisons les arondelles, Les rossignols dans les bois, En gaies chansons nouvelles Exercent leurs belles voix.
(Premier livre des Passe-temps.)
Joachim du Bellay, Remy Belleau, Jodelle, Pontus de Thiard , Amadis Jamyn, Antoine de Baïf, réunis autour de Ronsard, partageant ses idées de révolution littéraire, le soutenant dans sa tâche difficile, formaient ce qu'on est convenu de nommer, un peu ambitieusement peut-être, la Pléiade. Remy Belleau ne fut pas une des étoiles les moins brillantes de cette constellation. Il y a chez lui , en effet, de la grâce, de la fraîcheur, et, ce qui vaut mieux encore, de la sensibilité et de l'émotion. Ses œuvres renferment de ravissants tableaux; et Ronsard , qui faisait grand cas de son ami, l'avait surnommé le peintre de la nature, Remy Belleau mourut en lo77. Il était né en 1528, à Nogent-le-Rotrou.
Ce poëte avait traduit en vers les Odes d'Anacréon , les Phénomènes d'Ara tus, VEcdésiasfe, le Cantique des cantiques. On a encore de lui une comédie : la Reconnue , et un poëme macaronique : De Bello huguenotico.