‹ Les Écrivains normandsChapitre 15 sur 57 · GUSTAVE FLAUBERT · texte numérisé non relu

GUSTAVE FLAUBERT

(( Vous me reprochez certaines erreurs archéologiques, et affirmez à la légère qu*à l'époque où le sufîète Vahli présidait aux destinées de Carthage, « les gardes municipaux n'utilisaient plus le fouet, mais la matraque )). Bien que je ne possède pas votre science universelle, je puis aisément réfuter votre acerbe critique. La matraque, à laquelle vous sembîez tenir si fort, fut donnée aux gardes de Carthage par le commissaire central Renhô plusieurs mois après la célébration de la fête d'Arké.

« Je vous renvoie sur ce point à la 76' dissertation de l'abbé Mignot (mémoires de l'Académie des Inscriptions, tome XXI ou XLIV, je ne sais plus. Cherchez !)

(( En outre, je n'accepte pas le mot d^ anachronisme appliqué aux services d'information que j'ai fait défiler dans le cortège triomphal. Genc' Flavas est parfaitement contemporain de Vahîi ; en voici la preuve : Je possède l'extrait d'un procès-verbal de séance municipale, retrouvé dans les ruines du temple de Thugga, et, sur ce parchemin authentique^ figurent par un curieux hasard les deux noms précités. Aucun doute n'est permis. Je tiens à votre disposition une photographie de ce document, ne pouvant mettre entre vos mains une pièce si rare et si précieuse.

(( Enfin je riposterai à votre reproche d'inViaisemblances dans le récit, en vous disant que ce cortège d'Arké, dont vous me corilestez l'ordonnance, je l'ai vu, entendez-vous, vu, de mes propres yeux vu, que j'ai exclusivement rapporté des faits constatés par moi-même, ne procédant pas comme ceux qui, à votre instar, observent la vie et les cho-

ses à travers des livres, des lunettes brouillées ou le prisme de leurs idées fausses.

« Ne prenez pas ces remarques en mauvaise part : Je ne fais que me défendre, et avec quelle modération ! Pourquoi d'ailleurs, mon cher Maître et Ami, vous tiendrais-je rigueur de vos injustes critiques ? Elles ne font que vous couvrir de ridicule aux yeux de vos rares lecteurs ; et je m.e réjouis de penser que, par les réponses que je vous adresse, j'attire sur vous l'attention du public qui vous ignorait jusqu'alors.

« Mille cordialités.

« Gustave Flaubert, n

Frédéric Bérat

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