‹ Les Écrivains normandsChapitre 14 sur 57 · GUSTAVE FLAUBERT · texte numérisé non relu

GUSTAVE FLAUBERT

yeux noyés de mystère, la main levée en un geste large de \bénédiction. Une émotion poignante s'empare des cœurs. Ine clameur, d'abord sourde et confuse, monte vers le ciel en hymne d'action de grâce. Des jeunes fiUes, roses comme d^s grenades entr'ouvertes, portent la palme dédiée à la fière A\ké, tandis que les accords des tympanons et des kynnors se Vicient aux murmures fervents de la foule. Parfois, dans les htervalles de la musique, on entend claquer sur les dalles les ©thurnes pesants des hoplites. Derrière les sénateurs et les p^ncipaux membres du Grand-Conseil, marchent des group^ de rhéteurs, de philosophes et d'écoliers aux coiffures barplées, des vétérans chenus de la funeste bataille des Iles /Ekites, des représentants de corporations et de métiers, enfin dé\ agents d'information, conduits par Genc' Havas, leur chef\

Sur là place de Khamon, oij se dressa le bûcher de la Vierge, 1^ cortège fait halte et s'épanouit en hémicycle, face à la plaque de marbre oii se trouve gravée l'inscription commémora\ve. Vahli, successeur du puissant Hannon, monte solenneilemÀt les degrés de l'estrade de porphyre rouge. Il déroule un Iqg morceau de papyrus et déclame, d'une voix métallique et^erme, des stances lyriques, écrites en langue punique, où slht exaltées les vertus d'Arké-Rabbetna. Nul bruit ne s'élevide cette foule religieusement recueillie ; on entendrait voler^n scarabée aux élytres d'azur, et, durant le discours du suff^, où retentissent les mots magiques de Liberté, de DémoWtie, de Triomphe du Droit, et d'antres termes en usage \équent dans les harangues publiques, un

fantôme merveilleux plane, les ailes déployées, au-dessus de rassemblée immobile.

Dans une communion patriotique des âmes, tous les assiitants, patriciens et plébéiens, maîtres et esclaves, prêtres <ie Baal, de Tanit ou de Zeus reconnaissent alors, en cette vision fugitive, le radieux emblème de la Concorde natiomle.

Page 1