‹ Les Écrivains normandsChapitre 3 sur 57 · CORIACE · texte numérisé non relu

CORIACE

Tragédie en cinq actes

(FRAGMENTS, PLUS UNIÎ I-PITRK HT QUELQUES LETTRES LIMINAIREvS)

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Lettre de Monsieur Georges Venel, architecte, à Monsieur Tondu, bibliophile.

Rouen, ce 15 Octobre 1920.

(( Bien cher Monsieur,

(( Au cours des travaux, présentement exécutés en vue de la restauration de la maison de Pierre Corneille, rue de la Pie, des maçons ont trouvé, sous une des poutree du grenier, un vieux manuscrit, qu'ils ont immédiatîement remis entre mes mains. J'y ai sans peine découvert les fragments d'une tragédie, inconnue jusqu'à ce jour, de notre glorieux compatriote. Sachant quelle pieuse vénération vous professez pour les œuvres de Pierre Corneille, je m'empresse de vous faire parvenir ci-joint le texte découvert, vous laissant pleine liberté sur l'utilisation que vous croirez devoir en faire.

« Croyez, je vous prie, à mes sentiments les meilleurs.

« G. VENEL. »

Réponse de Monsieur Tondu, bibliophile, à Monsieur Georges Venel, architecte.

Rouen, le 16 Octobre 1920.

(( Cher Ami,

(( Merci de tout cœur pour votre aimable attention ! J'ai reçu ce matin les fragments de la tragédie inédite de Pierre Corneille et j'ai pu, avec minutie, reconstituer l'action de la pièce.

(( J'estime qu'il serait d'un égoïsme coupable de conserver chez moi ce manuscrit, sans le répandre dans les milieux lettrés. Je me suis donc entendu avec mon ami, Monsieur Henri Defonlaine, qui m'a promis de publier les plus beaux passages de ce curieux ouvrage dans l'un des livres qu'il se propose d'éditer prochainement.

(( Puissent mon intervention, votre découverte et l'initiative de M. Defontaine ajouter encore à la gloire de notre immortel poëte !... Encore merci !

(( Présentez, je vous prie, mes hommages à Madame V<enel et croyez, mon cher ami, à mes sentiments d'affectueuse •gratitude.

« rONDU. ))

CORIACE Tragédie en cinq Actes de Pierre Corneille (1644).

A Monsieur le Commandant Quesne d'Ay,

de la Garde Royale,

Membre de U Académie Française

(( Monsieur,

« Je vous avais bien dit que « Horace )) ne serait pas le dernier emprunt, que je ferais à l'histoire militaire de Rome ; et je vous en présente une suite, qui est encore tirée d*un texte de Tite-Live, dont Pierre de Laudun d'Aigaliers s'est inspiré déjà dans une de ses œuvres les moins connues. J'ai donc la témérité de vous offrir ce nouveau tableau d'une des plus belles âmes de l'antiquité, car je sais que je n'en pouvais donner le portrait qu'à celui qui, ayant reçu de la faveur divine une âme valeureuse en un si haut' degré, serait le mieux en pouvoir d'apprécier les grâces du sujet. Je voudrais que le poëme, que je dépose à vos pieds, fût digne de l'action et qu'il méritât ainsi de s'acquérir, durant quelques instants, votre indulgente attention. Mais si la capacité de l'artisan

n'a pas su rendre les beautés de la matière, j'ose espérer cependant que vous ne retiendrez que la flamme généreuse qui anime mon héros. C'est cette flamme, Monsieur, que tous ceux qui vous connaissent, c'est-à-dire qui vous aiment et vous ont mille redevances, ont trouvée en votre personne, c'est cette flamme, dis-je, qui constitue le trait que vous avez particulièrement de commun avec Coriace. Ma muse de province a vécu trop éloignée des grands de ce siècle, pour être experte dans l'art si répandu de la flatterie. Je pense donc être en mesure d'éviter tout soupçon sur ma sincérité, lorsque je crois devoir donner des louanges — ce que j'accorde peu souvent — Et c'est par crainte qu'on m'accuse de prodiguer quantité de faux éloges, que je ne parlerai que de votre vertu militaire et de votre magnanimité tant de fois témoignée à tous ceux qui donnent leurs veilles au théâtre et aux lettres. Pour ces deux qualités, d'apparence si différentes, nous vous avons. Monsieur, deux obligations très signalées : L'une, de nous fournir par le courage que vous déployez dans la profession des armes, la reproduction vivante et présente des grands héros de l'antiquité, dont nous faisons le portrait dans nos écrits ; l'autre, d'honorer de votre assistance et de votre bienveillance la lecture de nos vers et de pousser l'intérêt que vous portez aux gens de lettres audelà de la louange stérile, jusqu'à la récompense rémunératrice de leurs travaux. Vous trouverez donc bon que je m'acquitte du remerciement, dent je sais vous être débiteur, par l'offrande modeste que je vous fais de mon nouveau poëme, que j'ai choisi comme le plus convenable aux richesses de

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votre cœur et de votre esprit, pour que ceux qui auront au cours des temps la clémence de lui prêter quelque intérêt, apprennent que les vertus qu'ils trouveront dans l'âme de Coriace, se montrèrent réunies dans la vôtre, avec tant d'autres encore, qui la complétèrent si bien, que je veux dans un nouveau témoignage d'admiration et de gratitude, faire serment devant Dieu d'être toute ma vie,

(( Monsieur,

(( Votre très humble et très obligé serviteur,

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