‹ Les Écrivains normandsChapitre 2 sur 57 · CONSOLATION · texte numérisé non relu

CONSOLATION

A Monsieur Jérôme du POIRIER,

Gentil-homme de Caen, Sur la mort de sa helle-mère.

Ta douleur, du Poirier, sera donc invincible,

Et mes propos joyeux Ne pourront ramenei une gaieté paisible

En ton cœur soucieux ?

Elle ne pourra donc jamais être étanchée. L'eau ^ue versent tes yeux.

Depuis qu'est abattu, comme une fleur séchée, Ce ché-d'œuvre des Cieux ?

Je scay, mon du Poirier, combien ta belle-mère

Etoit pleine d'appas.

Mais pouvois-tu compter, en démente chimère,

La ravir au trépas ?

Avois-tu pris espoir, que, de vie immortelle, Les Dieux lui feroient don.

Quand Jupiter ne put, par une faveur telle, Conserver Sarpédon ?

Croy-tu que, par tes pleurs, ta disparue échappe A la mort qui Tatteint ?

Attends-tu de Pluton ia grâce qu'Esculapc Pour Hippolyte obtint ?

Mieux vault te rappeler que tout, par règle austère.

Ici-bas n'a qu'un temps.

Et que la chère enfant séjourna sur la terre

Quatre-vingt dix-huit ans !

Songe, dans ta douleur, à l'amère souffrance

De qui perd son enfant, Dans la guerre tombé, faisant sauve la France

Et son Roy triomphant !. . .

Le jeune, en combattant, qui vers le trépas vole Pour n'estre point va'ncu,

Ne porte pas en soy ce penser, qui console, D'avoir assez vécu !

Croy-moi, calme ton cœur, qui s'agite et soupire î

Ton mal ne doit durer ; Et fay prière aux Dieux que jamais malheur pire

Ne le fasse pleurer !

p. Corneille

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