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J. LAFOND

s'est sensiblement réduit à néant pendant la lutte esthonovénézolane et nous voulons espérer que les relations commerciales avec notre pays reprendront leur cours normal dans Tannée qui commence.

Le Président du Conseil — car l'importance de cette question ne lui a pas échappé — a fait part à la Commission des Affaires Etrangères de son intention de remplacer à bref délai nos deux consuls de Revel et de Caracas par deux chargés d'affaires ayant rang d'ambassadeurs. Cette communication, qui répond au vœu unanime de l'opinion publique, n'a d'ailleurs pas paru satisfaire M. Mochard.

Nous apprenons aujourd'hui que le choix du Ministre des Affaires Etrangères s'est porté pour ces postes sur M. de la Mirlourette, désigné pour le Venezuela, et, pour l'Esthonie, sur M. Lampeigne, député républicain socialiste de la Haute-Garonne, La désignation de M. de la Mirlourette rencontrera l'approbation générale. On n'a pas oublié les services éminents que cet habile diplomate a rendus à la cause française en maintes circonstances — et récemment encore dans les négociations avec le Groenland pour la délimitation de la zone de pêche des loups-phoques. — Par contre, M. Lampeigne semble vraiment peu qualifié pour tenir avec autorité l'emploi de premier plan qui lui est confié. Orateur médiocre, il ne s'est jamais manifesté dans sa carrière parlementaire sous les dehors d'un homme de savoir, de valeur et d'expérience, mais bien plutôt d'un politicien sectaire et h courtes vues. Or la présence d'un tel représentant officiel de la France dans un pays soumis à l'influence bolcheviste n'est

pas sans éveiller de vives craintes dans l'esprit du Bloc National. 11 semble même vraisemblable que certains de ses membres — et non des moindres — interpelleront le gouvernement à ce sujet dans une des prochaines séances de la Chambre.

Comme il était bien à prévoir, cette nomination au contraire satisfait pleinement le groupe des députés de gauche, dont M. Herriot s'est constitué le chef. Quant aux journaux socialistes, V Humanité et Le Populaire, ils adressent un concert d'éloges à M. Lampeigne et lui tressent des guirlandes de fleurs de rhétorique. M. Jean Longuet écrivait hier dans ses colonnes : a Le nouveau chargé d'affaires à Revel, qui « fut jadis disciple de Jaurès, saura s'inspirer, dans la pro- (( tection et la gestion des intérêts français, des théories inter- (( nationalistes, auxquelles le tribun, son vénéré maître, con- (( sacra son labeur jusqu'au dernier souffle. » C'est plus qu'il n'en faut pour légitimer nos inquiétudes.

Deux études du plus haut intérêt viennent de paraître sur les causes et les diverses phases du conflit dont la solution est heureusement intervenue le mois dernier au Conseil de Jerven. La première est publiée par Le Correspondant (1) sous la s'gnature de M. Lécrou. (( L'hostilité qui éclata en (( 1915 entre ces deux nations, écrit l'éminent historien, ne (( trouve pas son origine dans les di^érences ethniques ou des

(i). Le Correspondant, « Esthonie et Venezuela », 17 pages, n* du 10 jauvier.

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({ rivalités commerciales, mais dans l'arbitrage de 1899, qui (( trancha entre l'Angleterre et le Venezuela la question du « delta de l'Orénoque. Sur l'intervention du président des (( Etats-Unis, Cleveland, la Russie fut alors chargée de ré- (( soudre le différend, et la présidence de la conférence échut (( à M. Forenski, min-stre d'Esthonie. Le Venezuela ac- (( cueillit avec fureur la sentence qui cependant donnait (( pleine satisfaction à ses revendications et nourrit dès lors (( vis-à-vis du gouvernement de Revel des sentiments de (( haine sournoise et féroce. »

Ces lignes jettent une lueur singulière sur la naissance du conflit et la mentalité vénézuélienne.

M. Hilaire Belloc, dans un article de Land and Water, compare rétrospectivement les méthodes de guerre des marines adverses. Il attribue à l'action destructrice des sousmarins sur les vaisseaux de haut-bord la victoire finale de l'Esthonie. a La lutte navale, dont l'univers vient d'être le (( témoin, déclare ce stragège avisé, prouve l'exactitude des (( vues de l'Amiral Percy Scott, que l'honorable M. Asquith (( a exposées devant la Chambre des Communes. Le cuirassé (( a succombé aux piqûres de la guêpe sous-marine, et les pro- (( jets grandioses de construction, que M. Daniels envisage (( pour l'Amérique, ne donneront au mastodonte des escadres, (( dès maintenant condainné, qu'une survie éphémère. ))

Lors du vote prochain du budget de la Marine, nous aurons à revenir sur cette question de la composition future des flottes de guerre. Enregistrons pour l'instant l'urgente nécessité pour la France de renouer fortement ses relations com-

merciales avec les nations récemment rendues à l'état de paix. L'Angleterre nous a déjà devancés dans cette voie. Tarderons-nous à la suivre ? Le Parlement et l'opinion publique ne permettront pas la moindre hésitation dans notre action diplomatique et économique, car le pays sait que tout retard peut être des plus préjudiciables à ses intérêts.

— B — F. Destin

Extrait de La Dépêche de Rouen du 21 Janvier

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