‹ Les Écrivains normandsChapitre 43 sur 57 · L. LETELLIER · texte numérisé non relu

L. LETELLIER

Partout nous retrouvons cette verve facile et heureuse, enjouée et piquante, cette fantaisie imprévue, qui étonne et ravit le lecteur. Son esprit se révèle parfois curieux, avide de science :

(( Que savez-vous de neuf ? Tel est le premier mot (( Que, dès qu'on se rencontre, on échange aussitôt ! » (I) Il évite de traiter les sujets âpres et rebattus, tels que l'amour, les mystères de l'au-delà, les beautés de la nature. Sa muse se fait de plus en plus familière et bourgeoise.

Estimant avec raison que la forme, autant que l'idée, doit concourir à la beauté du poëme, il recherche le vocable sonore :

« Au prix exhorbitant que coûtent les ténors, (( Quand il faut ajouter la danse et les décors, (( L'opéra maintenant devient plaisir de prince ! (( L'opérette à sa place a conquis la province... (( Seule elle anime un peu ses théâtres déserts « Et n'a d'autre rival que les cafés-concerts ! » (2)

Il se plaît à soigner particulièrement la rime :

(( Je remarque au surplus, parlant du mariage,

(( Qu'il n'est point de sujet qui soit plus en usage.

(( C'est dans l'intimité, comme dans les salons ;

(( Le texte tout trouvé des conversations ! » (3)

La technique proprement dite de Decorde se résume

(i). a La Conversation », pièce de vers (1865). (2). « Un bonrg en progrès », conte (1867). (3). « La Conversation », op. cit.

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ainsi : Forme personnelle, absence de parti-pris d'école, connaissance de toutes les règles de la poésie. Notre auteur étonne souvent par un artifice littéraire : l'énumération. Et, fait remarquable, celle-ci n'est jamais monotone sous sa plume :

a Saint-Tard est un gros bourg, dont le nom peu connu (( Sans doute jusqu'à vous, n'était jamais venu. (( Il possédait pourtant; choses dignes d'envie, {( Un bureau de police et la gendarmerie, (( La justice de paix et l'enregistrement, (( Un hospice assez grand, légué par testament, (( Un garde-général, deux huissiers, un notaire... (( Mais rien de tout ceU n'a pu le satisfaire ! » (1) De façon très heureuse, il abandonne parfois l'alexandrin pour donner à l'expression de sa pensée une forme légère et agréable :

(( Nos bons aïeux, de friande mémoire,

(( Autrefois avaient eu la gloire

(( — Le Satyrique nous l'a dit —

(( D'inventer le citron confit ! » (2)

Tous ces poëmes sont d'un technicien expérimenté. On pourrait répéter de lui ce que Flaubert écrivait de Louis Bouilhet : a Les rejets, les entrelacements, les rimes, tous les secrets de la métrique, il les possède... Il n'enivre du rythme des vers. »

(i). « Un bourg en progrès », op. cit. (2). « Un cours de cuisine », poème.

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